Entrevue Fantôme – VoxPlume

La vie nous réserve parfois de bien drôles de surprises. Au moment précis où je vous parle, elle s’apprête à en faire une bien belle à notre héros du jour, Maximilian Hofenschtater. Il est plus de minuit et celui-ci est, comme à son habitude, resté à son bureau afin de fignoler un article. Max est le rédacteur en chef d’un magazine littéraire qu’il a fondé voilà près de dix ans mais chut, voyons plutôt ce qu’il va lui arriver.

Alors qu’un ouvrage rempli de post-its trônait sur son bureau, Maximilian tentait, en vain, d’enregistrer des notes vocales sur son portable :

« Bon sang ! Mais comment marche cette foutue saleté ?! Alors…huuumm…ah oui ! Ça doit être ce bouton…voilà…ça semble fonctionner…okay…Mémo pour demain : Faire penser à Jane d’aller me chercher le manuscrit du dernier roman d’Howard Forster. J’espère qu’il se sera, enfin, décidé à changer la trame éléphantesque de son récit. Il faut, également, appeler Margaret Banks et la féliciter pour son dernier essai. C’est un véritable petit bijou. À ce sujet, la critique d’Edgar devra être légèrement modifiée. Il n’appuie pas assez sur l’intérêt que représente l’analyse des théories du professeur Brown sur l’humour….quoi d’autre…Ah oui ! Il faudra aussi dire à Tom qu’il arrête de porter sa nouvelle veste. Sincèrement, j’ai l’impression de m’adresser à la moquette de l’Overlook Hotel quand il la porte.
– Décidément, tu peux pas t’en empêcher. Faut toujours que tu prennes des notes alors que tu sais pertinemment que t’en as pas besoin.»

La voix venait de l’entrée de la pièce. Un jeune homme d’environ 35 ans s’y tenait en arborant un sourire malicieux. Il portait un nœud papillon rouge ainsi qu’un complet veston noir. Max se leva d’un bond de sa chaise et se jeta dans les bras de l’inconnu le serrant aussi fort qu’il put.

« Nom de dieu ! Artie ! Ça fait une paye !
– C’est vrai, mon vieux. Par contre, tu pourrais un peu desserrer ton étreinte, s’te plaît ? J’ai toujours apprécié une bonne vieille accolade mais pas besoin de te la jouer en mode Kraken…
– Ah oui…désolé…mais je suis tellement content de te revoir…bon sang, ça va faire plus d’un an que je suis sans nouvelles. Tu m’as sacrément manqué.
– Toi aussi, tu m’as beaucoup manqué.
– Alors, dis moi, qu’es-tu donc venu faire dans mon antre de la littérature ?
– Eh bien, je suis venu t’apporter un petit cadeau qui, je pense, devrait beaucoup te plaire.
– Arrête ton suspense et montre-moi ça de suite ! »

Arthur eut à peine le temps de lui tendre un manuscrit que Maximilian lui arracha des mains.

« C’est ton nouveau livre ?
– En effet et je dois t’avouer que je n’en suis pas peu fier.
– « La porte de Kqristal », ça promet !
– Eh ben, mon vieux ! La dernière fois que je t’ai vu aussi excité, c’était lors de la sortie en dvd d’un épisode inédit du deuxième Docteur. »

Cette phrase toute simple, toute bête, ce petit trait d’humour de son meilleur ami fit naître, en Max, un profond sentiment de nostalgie.

« Dis Artie, tu te souviens de Monsieur Bartolomeus, notre vieux voisin ?
– Comme si c’était hier. Je me rappelle qu’il nous disait toujours : « Les enfants, si vous voulez atteindre vos rêves, il ne faut surtout jamais lâcher votre objectif ! Battez-vous ! N’abandonnez pas ! Au final, il ne faut pas juste se contenter de rêver, il faut concrétiser ! »
– Il est vrai…tu te souviens aussi de notre promesse ?
– Oui…tu m’avais juré de devenir le plus grand journaliste littéraire de tous les temps et de fonder le meilleur magazine qui puisse exister afin que je sois fier que mes romans y soient critiqués.
– En effet ! Et toi, tu t’étais engagé à devenir le meilleur écrivain de tous les temps afin que je puisse défendre tous tes bouquins sans avoir à en rougir…on s’était aussi promis autre chose…on devait ne jamais s’abandonner l’un-l’autre et toujours se soutenir…
– C’est vrai mais Max…
– Alors, pourquoi as-tu disparu comme ça ?!
– Je ne pouvais pas faire autrement…
– Bordel ! Ne dis pas ça ! On peut toujours faire autrement ! Quand on veut, on peut ! Alors, maintenant, t’as pas intérêt à repartir !
– Je suis désolé mais il le faut bien…ne pleure pas…on se reverra…ne t’inquiète pas…et puis, n’oublie pas que tu as Tom pour veiller sur toi…
– Comment veux-tu que je ne pleure pas ? Mon meilleur ami, m’abandonne et ce, pour la deuxième fois…*souffle* c’est pas du flan, hein ? On se reverra vraiment ?
– Bien sûr. Ne t’en fais pas pour ça.
– D’accord…au fait, j’y pense, tu te souviens de cette bonne vieille Margaret ? Elle m’a envoyé un nouvel ouvrage… »

Alors qu’il s’était retourné pour récupérer l’essai sur son bureau, Max ne vit pas Arthur repartir. À sa place se tenait Tom, son assistant.

« Tom, qu’est-ce que tu fiches ici ?
– Je suis resté à mon bureau pour mettre à jour quelques trucs et corriger les coquilles dans l’article de Frank. Tu parlais à qui ?
– Tu vas pas me croire ! Depuis tout ce temps, Arthur est enfin passé me voir.
– Max, ce n’est pas possible…
– Bien sûr que si puisque je viens de lui parler…
– Non, c’est tout bonnement impossible…il est mort…tu le sais bien…ça va faire plus d’un an…
– Mort…c’est…c’est vrai…mais alors…comment ?
– C’est sûrement la fatigue. Il faut que tu te reposes plus. Je te dépose les épreuves du prochain numéro sur ton bureau et après, je te ramène chez toi. »

En rangeant lesdites épreuves, Tom remarqua un nouveau manuscrit qu’il n’avait pas vu quelques heures auparavant. Il le prit et sa réaction ne se fit pas attendre :

« Bon dieu ! Où l’as-tu obtenu ?
– De quoi ?
– Ce bouquin inédit d’Arthur, où l’as-tu trouvé ?
– Ah…ça…quelqu’un que je pensais ne plus jamais revoir me l’a remis…Arthur, vieux brigand…
– Hein ?
– Non rien…allez viens, on s’en va…Au fait, change-moi cette veste ! Le motif…sans rire…on dirait de la moquette ! »

Mickaël


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Le progrès – VoxPlume

« Un peu de courage c’est pas le moment d’avoir peur ! Si ça se trouve dès que tu oseras, tu n’auras plus jamais peur. Il paraît que c’est à force de faire ce genre de chose qu’on domine nos pires craintes. » murmurai-je tout bas pour moi-même. Qu’est-ce que je ferai si rien ne se passe comme prévu ? Si tout à coup un scénario que je n’avais pas imaginé arrive ? … bon sang il ne faut pas que j’y pense. Il faut que je respire fort et profondément, je sais bien ce que je dois faire, et arrivera ce qui arrivera. J’y penserai à ce moment-là. Je ferme les yeux.

« Allez du courage, du courage ! Il faut juste appuyer sur un stupide bouton pour que tout s’enchaîne ensuite. Aucune raison pour que tout aille mal ! Tu as tout répété, millimétré, réfléchi au moindre détail, tu as absolument tout prévu, tout va bien se passer tu entends ? TOUT VA BIEN ALLER ! » martelai-je. D’une main tremblante, je saisis le petit appareil pour le contempler un instant. Il y a un bouton vert et un bouton rouge. Si tout va mal, je peux appuyer sur le bouton rouge. Oui, il faut que je me dise que je peux tout arrêter si ça venait à devenir trop éprouvant pour moi, mais je me sentirai bien honteux si je venais à abandonner en si bon chemin. Prenant soudain conscience de ce que je tiens dans la main, je rejette l’appareil au loin comme s’il venait de me brûler et vais me réfugier loin de lui.

« Je ne pourrai jamais ! C’est trop dur ! » hurle une voix dans ma tête. Je me recroqueville un petit moment pour me calmer. Il faut que je lâche prise, que je dédramatise. Je me relève, tremblant ; mon cœur bat la chamade, j’ai l’impression qu’il va exploser tandis qu’une perle de sueur roule sur ma tempe. D’un pas prudent, je m’approche à nouveau de l’appareil qui gît au sol, inerte. Il a l’air si innocent comme ça. On ne dirait pas qu’il pourrait provoquer une telle peur. Je me penche lentement pour le saisir à nouveau, prenant soin de ne pas faire de faux mouvements qui pourraient précipiter le processus si bien rôdé dans ma tête. Je le fixe un long moment d’un œil vide. Enfin, après une intense réflexion, je presse le bouton vert.

« Biiiiip  » geint-il une première fois.
L’impression de tomber dans le vide envahit mon corps entier, tout devient cotonneux, ma respiration s’accélère. Quelle horrible sensation. Je résiste pour ne pas appuyer sur le bouton rouge.
« Biiiiip  » répète-t-il tandis que mon malaise grandit. Enfin, lentement, ma main ose amorcer un trajet vers ma tête pendant que mon cœur s’arrête.
« Clinique du dentiste Müller j’écoute ? retentit une voix suraiguë.
– Bonjour Gaëtan Dupy à l’appareil, j’aimerais prendre rendez-vous jeudi prochain à dix heures. marmonnai-je à toute vitesse.
– Jeudi prochain à dix heures… d’accord pas de problème, c’est noté !
– Merci. Au revoir. »
Et je raccroche. Au bord des larmes certes, mais infiniment plus soulagé. Un nouveau petit pas en avant pour vaincre cette stupide phobie.

JellyBell

Question existentielle – VoxPlume

« Il faut savoir douter de tout », nous répétait sans cesse mon professeur de philosophie. Ça devait être un de ses passe-temps favoris, pendant nos cours, de tout remettre en question. Et il le faisait avec tout et n’importe quoi. Ce n’était pas une mauvaise chose en soi, bien au contraire, c’était très intéressant, j’aimais beaucoup. D’autant plus que ça permettait de nombreux débats en classe. Du moins, pour ceux qui ne dormaient pas. Pourtant, je ne pensais pas que cette réflexion que j’affectionnais tellement pourrait autant me tourmenter.

Vous avez déjà tous rencontré ce genre de personnes qui vient vous importuner même si vous n’avez rien demandé. Il y en a qui, par exemple, veulent vous vendre des radiateurs par téléphone en plein mois de juillet. Il y en a aussi qui viennent vous proposer leur tout nouveau décapeur thermique, alors que vous êtes juste venu acheter une bouteille d’eau. Eh bien laissez-moi vous raconter ma journée du 18 mars dernier. Enfin, pas toute ma journée ; ça serait inintéressant et inutilement long. Disons simplement que mon dernier cours venait de se terminer.

Après avoir quitté mes amis, je pris la route pour rentrer chez moi, à seulement quelques rues du lycée. Je m’apprêtais à mettre mes écouteurs quand j’entendis une interpellation venant de derrière. Je me retournai donc naïvement pour voir une petite tête blonde qui s’agitait niaisement.
« Hé monsieur ! Je peux te poser une question ?
Voulant rentrer rapidement, je ne pus m’empêcher de répondre froidement.
– Qu’est-ce que tu veux ?
Au vu de sa mine surprise par mon agressivité excessive, je repris plus calmement :
– Excuse-moi, qu’est-ce que tu voulais me demander ?
-Euh… Non rien, c’est peut-être un peu compliqué pour toi.
Il se moquait clairement de moi. Ma fierté me poussa à (après avoir bien regardé autour si personne n’avait vu la scène) lui extirper sa question.
– Tu voulais quoi ? Dépêche-toi !
– Comment on peut savoir qu’on existe ?
Sa question sortit si rapidement que je la pris de nouveau pour de la provocation. Aussi, je m’empressai de lui répondre :
– Ce n’est que ça ? Haha mais c’est très simple ! Tu le sais parce que tu … Enfin, le fait d’exister c’est … Tu sais, quand tu vois ce qui t’entoure et que tu te rends compte que…
Que tu disais n’importe quoi. Oui, j’étais totalement perdu, mais je n’osais simplement pas le reconnaître face à la question d’un enfant d’à peine 10 ans. C’est pourquoi je bafouillai une explication plus ou moins plausible (du moins je l’espérais pour un enfant de cet âge) :
– Bon, écoute, je vais faire simple. Rien ne te prouve que tu existes, tu le sais, tu le sens. Tu n’as pas besoin de trouver de justification à ton âge. Vis ta vie simplement et fais de ton mieux pour réussir ce que tu entreprends.
En voyant son regard intrigué, je pensais que j’avais fait illusion. Et j’étais plutôt fier de moi.
– En fait, t’en sais rien ? commença-t-il. Bon c’est pas grave, je savais que j’aurais dû demander à quelqu’un d’autre. A plus. »

Sur ces mots, le gamin s’en alla, me laissant là, totalement déconcerté au beau milieu de la rue et je le vis se diriger vers un homme assis (sûrement pour le déranger lui aussi). A ce moment, je n’osais pas admettre que les paroles de ce petit m’avaient atteint. Je rentrai donc chez moi, m’isolant au moyen de mes écouteurs et aussitôt arrivé, je me mis face à mon ordinateur pour regarder le dernier épisode de ma série. Les minutes défilaient, les scènes se succédaient, mais ce ne fut qu’au bout de quinze minutes que je remarquai que je n’avais pas enregistré la moindre parole et que mes pensées étaient entièrement consacrée à ma conversation antérieure.
Lorsque mon père arriva, j’étais encore plongé dans mes pensées. Loin de moi l’idée de lui demander son opinion : ses avis étaient généralement centrés autour de son travail et ses conquêtes. Le reste de la soirée se passa donc dans le calme habituel. Et une fois couché, je peinai à trouver le sommeil.

Le jour suivant, une fois arrivé au lycée, mes pas me guidèrent vers la salle de philosophie. Mon professeur me vit et avant qu’il ait le temps de prononcer la moindre syllabe, je lui lançai au visage :
« Monsieur, comment peut-on savoir qu’on existe ?
Cette phrase prononcée, je me rendis compte à quel point je devais paraître ridicule. Mais à ma plus grande surprise, il sourit, et me répondit après quelques secondes de silence :
– En tant que ton professeur de philosophie, je te rappellerais une des plus célèbres citations de Descartes, « Je pense, donc je suis ». Mais en tant qu’adulte et être humain, je te pousserais à te forger ta propre opinion sur le sujet, car c’est seulement ainsi que tu seras satisfait de la réponse que tu auras obtenue.
Modérément surpris de cette réponse, je le remerciai et m’apprêtai à quitter la salle lors que…
– Après… peut-on réellement trouver une explication à ce problème ? » Cette phrase qu’il venait de prononcer me parut sonner comme un défi. Deux personnes différentes m’avaient lancé un même défi. Il n’était donc pas question d’abandonner.

Depuis ce jour, j’ai eu le temps d’y réfléchir. Mais j’aimerais que vous y cogitiez aussi et que vous m’éclairiez si vous trouvez la réponse. Parce que moi, je pense en être encore loin.

Nouillechan

L’homme aux deux visages – VoxPlume

J’avais trop trop trop trop hâte que la journée se finisse. J’allais enfin pouvoir aller jouer chez mon meilleur ami, David. Mes parents ne m’avaient jamais laissée venir dans sa maison, alors qu’on était super ami depuis une éternité ! Au moins deux ans ! Mais ils avaient changé d’avis quand ils ont parlé avec le papa de David. Il était hyper cool, même si sa barbe de trois jours me piquait quand je lui faisais la bise. Il aimait jouer aux jeux vidéos, inventer des histoires avec David et moi, et puis ses yeux pétillaient quand il souriait. Mes parents m’avaient dit qu’il était charmant et cultivé. Je savais pas trop ce que ça voulait dire, mais en tout cas, ils m’avaient enfin laissée aller chez David.

Quand la sonnerie de l’école sonna enfin, David et moi, on courut dehors, tellement vite que je faillis tomber sur le sol. Mais j’avais déjà pleins de bleus sur les genoux, alors j’ai fait attention. On a oublié de dire au revoir à la maîtresse, par contre. David est sorti, moi juste après, et il a crié « Papa ! » en sautant dans les bras de son papa qui sortait de sa voiture. Alors moi je l’ai suivi, toute contente de pouvoir aller chez mon meilleur ami, et c’est là que j’ai vu que quelque chose n’allait pas.
Ce n’était pas le papa de David.

Il lui ressemblait pas, mais alors pas du tout. Le faux papa était plus petit, moins souriant, et avait même pas de barbe. Pourtant, ses habits et la voiture, c’étaient les mêmes que ceux du papa de David. Je fronçai les sourcils et arrêtai de courir. Pourquoi est-ce que David lui faisait un câlin alors que c’était pas son papa ? Il était débile, ou quoi ?
« Bonjour, Alice ! me lança le faux papa joyeusement. Bah reste pas plantée là, viens ! »
Je pinçai les lèvres. J’étais pas sûre de quoi faire. Le faux papa avait pas l’air méchant, il connaissait mon nom, et David lui avait fait un câlin, mais ma maman m’avait bien dit de ne pas parler aux étrangers. Et puis c’était quand même vachement bizarre.

David m’attrapa la main, et alla s’asseoir dans sa voiture. Je l’imitai, m’installant à côté de lui, mais cette histoire de faux papa me dérangeait toujours. En même temps, j’avais trop envie de jouer avec mon meilleur copain pour me décourager. J’avais un peu peur, mais j’essayais de me calmer. Si David l’aimait bien, il devait pas être dangereux.
Sur la route, j’ai réfléchi à des solutions qui expliqueraient pourquoi le papa de David n’était plus le même papa. Est-ce qu’il avait changé de papa ? J’aurais trop aimé faire ça, moi aussi. Ou bien est-ce que son papa avait changé de visage ? C’était un peu bizarre, ça. Je voulais pas poser la question, parce que si ça se trouve il allait dire que j’étais bête de pas savoir.

On arriva à la maison de David. Elle était chouette. Il m’emmena dans sa chambre et le faux papa vint avec nous. On s’est assis sur le tapis et David a sorti pleins de jouets. Le faux papa nous regardait pendant qu’on jouait. Il souriait et rigolait. Et puis après il a commencé à jouer aussi. Il était trop rigolo, alors j’avais un peu moins peur, mais ça voulait pas dire que je me sentais hyper bien non plus. J’avais pas de problèmes avec le fait que son papa ait deux visages différents, mais si il avait vendu son ancien papa contre un nouveau, je voulais faire pareil, aussi.
Au moment où ma princesse gagna contre le dragon du faux papa, quelqu’un toqua à la porte. Elle s’ouvrit, et une tête souriante apparut. C’était le vrai papa ! J’étais trop contente de le retrouver, mais du coup c’était encore plus bizarre.
« Bonjour, chéri ! Bonjour, les enfants ! » s’exclama-t-il.
Oh ! David avait trop trop trop trop de chance. Il avait deux papas, et en plus ils étaient tous les deux plus rigolos que le mien.

Cupcake Nie

Dernière Balle – VoxPlume

William était penché sur sa machine à écrire, préparant son prochain article sportif. Il repensait à sa vie passée et ses actions pour la justice, se disant qu’il pourrait peut-être en tirer un jour un bon livre. Après tout, il se faisait vieux, et il était bien temps qu’il pense à se détendre ; et comme l’écriture était devenue son moyen de vivre, que pouvait-il imaginer de mieux qu’écrire de la fiction pour se reposer ? D’autant que la vie en 1921 ne lui plaisait guère, il lui suffisait de voir les rues de New York pour regretter l’Ouest sauvage et ses hordes de hors-la-loi. Il ne s’attendait pas à un dernier caprice du destin…

Elzy Lay, un petit industriel du pétrole qui gagnait juste de quoi survivre en Californie, était en voyage d’affaires à New York et on avait demandé à William de l’interroger. En entendant ce nom, une dernière affaire en suspens lui revint à l’esprit ; il voyait là l’occasion de la régler. Il se présenta au rendez-vous dans le hall de l’hôtel où était descendu Lay. Malgré les années, il reconnut immédiatement le regard du vieux pistolero et se retint de littéralement le charger. L’interview se déroula sans problème, William étant formellement convaincu que Lay ne l’avait pas reconnu. Une fois qu’elle fût finie, après s’être salués, les deux hommes repartirent chacun de leur côté. William se retourna toutefois au dernier moment, avec une question à l’adresse d ‘Elzy Lay…

« Au fait, monsieur Lay… Comment vont messieurs Parker et Longabaugh ?
Lay se figea sur place en entendant ces noms. S’il s’attendait à ce qu’on lui pose des questions sur son passé, il était bien loin d’imaginer qu’il entendrait les vrais noms de ses deux vieux camarades, quand tout le monde ou presque n’en connaissait que les pseudonymes.
— Vous savez très bien qu’ils sont morts il y a maintenant presque quinze ans… Et même s’ils avaient miraculeusement survécu, je n’en saurais rien.
— Permettez-moi d’en douter, monsieur Lay. Car nous savons très bien tous les deux comme vous étiez proche de Parker, comme votre arrestation l’avait affecté il y a bien longtemps. Je n’imagine pas qu’il ait pu revenir ici sans vous prévenir, surtout que vous avez une petite renommée et qu’on vous trouve assez facilement.
— Mais qui êtes-vous, bon Dieu ? Demanda Lay dans un murmure pour ne pas trop attirer l’attention.
William dévoila discrètement une plaque de marshall à sa ceinture. Elle était vieille et rouillée, mais on pouvait encore y lire son nom.
— Enfoiré de marshall… On peut dire que vous êtes têtu. Je vous le répète, ils sont morts ! Vous n’avez qu’à aller faire un tour à la frontière ou à Ellis Island, vous n’en trouverez pas de trace. »

Lay s’éloigna ensuite sans un regard, laissant William se demander pourquoi il avait mentionné Ellis Island. Il se demanda alors si Parker et Longabaugh avaient pu revenir en bateau sous de faux noms, encore une fois.
Le registre de l’île ne semblait rien indiquer de spécial, jusqu’à ce que William découvre les noms de Lowe Maxwell et Frank Smith. Il n’en croyait pas ses yeux, mais la preuve était là : Parker et Longabaugh étaient vivants et aux États-Unis, et depuis peu.
Il finit par retrouver leur trace dans un vieil entrepôt où ils comptaient reformer une dernière fois leur bande, mais William ne l’entendait pas de cette oreille.

« La Horde Sauvage est morte, les gars, comme l’Ouest. Et comme vous dans peu de temps… »
Parker et Longabaugh se tournèrent vers la voix qui venaient de prononcer ces mots et eurent la plus grande surprise de leur vie. William était là, devant eux, la main prête à saisir son revolver. La scène avait de quoi faire resurgir le film du Grand Ouest sous les yeux de n’importe qui, il ne manquait que le décor traditionnel de cette période : Bat Masterson était là, l’arme à la ceinture comme à sa grande époque, face à Butch Cassidy et Sundance Kid, bien décidé à enterrer les derniers souvenirs de la Horde Sauvage !

Les balles fusèrent et Butch Cassidy et le Kid tombèrent, morts, dans un entrepôt de New York en 1921, sans que personne ne sache comment et qui ils étaient vraiment. Ironie du sort, William « Bat » Masterson les suivit un mois plus tard, alors qu’il s’apprêtait à écrire leur histoire. Pendant que la Faucheuse l’emmenait, il ne pouvait s’empêcher de penser qu’ils auront tout fait pour avoir le dernier mot jusqu’au bout, laissant planer le mystère autour de leur vie et de leur mort…

Anthony

Recette Mystère – VoxPlume

« S’il vous plaît boss, tout mais pas ça ! Pourquoi est-ce que vous ne confiez pas ce boulot au stagiaire ?! Il ne fout strictement rien de ses journées ! En plus, il y a encore eu de nouvelles disparitions cette semaine et j’aimerais bien bosser sur le sujet.
– Écoute Edgar, les choses sont simples. Quand je te demande d’aller interviewer M. Von Fleisch, tu te magnes de le faire et tu arrêtes de geindre. Justine s’occupera très bien de cette affaire de disparition. Quant au stagiaire, sache qu’il est en train de faire un reportage sur le nouveau club de culture japonaise qui a été créé par le fils du maire.
– Je rêve ! Vous confiez l’article sur les disparitions à Justine ?! Sauf votre respect monsieur, elle s’occupe de la rubrique mortuaire, du courrier du cœur et des petites annonces ! Vous pouvez m’expliquer en quoi elle est qualifiée pour ce job !?
– Si mes souvenirs sont bons, c’est moi qui dirige ce canard, non ?! Je n’ai donc aucune justification à te fournir ! Après, si tu tiens tant à faire autre chose, je peux tout aussi bien te proposer de me rédiger le papier sur le bicentenaire du naufrage du Marie-Anne.
– Plutôt mourir ! Donc, peu importe ce que je peux dire, c’est râpé pour les disparus ?
– T’as tout compris ! Maintenant tire-toi ! Tu vas te mettre en retard ! »

Thadeus Von Fleisch était le directeur de la manufacture locale de viande séchée. Celle-ci fut bâtie en 1815 par son arrière-grand-père, Victor Von Fleisch. Ce dernier s’avérant également être le fondateur de la ville où se trouve notre journal, notre rédacteur en chef a décidé qu’il était de bon ton d’aller interviewer son arrière-petit-fils, une fois de temps en temps. D’habitude, j’en m’en accommode mais, bon sang, pourquoi fallait-il que ça me tombe dessus maintenant !? Raaaah ! Ça me saoule ! Faut que je me calme…Je sais. Je vais me rendre à l’usine à pied. Me balader me fera le plus grand bien.
Alors que j’arrive à destination, je peux apercevoir M. Von Fleisch qui m’attend devant le portail de son usine. Ce petit bonhomme rondouillard à la moustache fournie m’a toujours paru étrange, comme ailleurs. J’imagine que cela est dû à son poste. Les nombreuses obligations qui sont les siennes doivent constamment lui occuper l’esprit.

« Bonjour Edgar, comment allez-vous depuis la dernière fois ?
– Bonjour monsieur, ça peut aller et vous ?
– Je vais merveilleusement bien ! Ne perdons pas de temps ! Je sais que ce genre d’entrevue vous déplaît au plus haut point et que vous préféreriez travailler sur quelque chose de plus…croustillant, dirons-nous »
Touché ! Il me conduit jusqu’à son bureau en me servant le speech habituel sur l’histoire de sa famille et sur sa volonté de maintenir la tradition familiale en conservant la recette qu’utilisait son grand-père il y a deux siècles. Recette qui, d’ailleurs, a toujours été jalousement gardée et maintenue secrète depuis sa création. Tandis que je m’assieds dans un fauteuil, il me propose une tasse de thé que je décline aussi poliment que possible. Ce n’est pas parce que ça me gonfle d’être là que je me dois comporter comme un sauvage.

« Commençons, voulez-vous, me dit-il.
– Bien sûr ! Je vous pose la même salve de questions que d’habitude ?
– Absolument ! Inutile de changer ce qui fonctionne parfaitement !
– Vous avez entièrement raison ! (Tu parles…) Je vais, également, en profiter pour vous poser deux-trois questions supplémentaires autour du bicentenaire de la disparition du Marie-Anne. Cela vous convient-il ?
– En voilà une excellente idée ! Après tout, c’était le navire de feu mon arrière-grand-père. Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’il fut le seul survivant de ce tragique naufrage.
– Il est vrai. Eh bien, allons-y ! »

Et c’est parti…L’entretien de l’ennui peut commencer. Soudain, un employé fait irruption dans la pièce. Il a l’air totalement affolé. Il chuchote quelque chose au creux de l’oreille de M. Von Fleisch qui essaye de le calmer. Il se dirige vers la bibliothèque et ouvre un coffre-fort où il récupère un vieux plan.
« Attendez-moi, je reviens dans cinq minutes. Il semblerait qu’il y ait un souci avec une de nos machines. C’est ça le problème quand on utilise de vieux appareils, on est jamais à l’abri d’un ennui mécanique. ».
Non mais je rêve ! Il me plante là, comme si que j’avais que ça à fiche ! Et le pire c’est que je peux même pas dégager d’ici. Si je me pointe au journal sans l’interview complète, je vais encore me faire enguirlander. Bon ben, j’ai plus qu’à poireauter… Décidément, le prix Pulitzer, c’est pas pour demain. Si seulement je parvenais à pondre un article qui ferait parler de moi, ce serait le bonheur. Il faudrait que je…attends une minute…il a laissé le coffre-fort ouvert et, si je ne me trompe pas, la recette originale secrète des Von Fleisch est censée se trouver dedans. Il m’en avait parlé lors de notre première rencontre. Il m’avait d’ailleurs expliqué qu’elle fourmillait de détails un peu trop…violents pour moi. Drôle de plaisanterie quand j’y pense… Peu importe ! Ça va être un sacré scoop si j’arrive à la dénicher ! Je commence à farfouiller et finis par trouver une série de feuillets très anciens. Ce sont des notes écrites par son ancêtre. Il parle de son voyage sur le Marie-Anne…okay…la catastrophe…ah ! Je crois bien qu’on y arrive :

~Cela va faire plus d’un mois que nous sommes coincés sur cette île. J’ai trouvé un moyen de nous sauver. J’ai pu élaborer un petit quelque chose grâce à mes connaissances en cuisine. La viande utilisée doit appartenir à un individu en bonne santé et dans la force de l’âge. J’ai effectué des premiers tests qui se sont avérés fort concluants. Le cuistot a parfaitement fait l’affaire. Voici comment je m’y suis pris…~

Non…C…C’est pas possible…il n’a pas osé…Mon dieu mais comment peut-on commettre des choses aussi immondes ?! Je crois…je crois bien que je vais me sentir mal…mes jambes sont en train de me lâcher..faut que je m’appuie sur quelque chose…j’ai envie de vomir…
« Je vois que vous vous êtes montré un peu trop curieux…Je vous avais pourtant prévenu… »
Je fais volte-face et découvre M. Von Fleisch dans l’encadrure de la porte.
« Vous m’avez fait peur !
– Veuillez m’en excuser…ce n’était pas mon intention…vous n’avez donc pas pu vous en empêcher…
– Je suis vraiment désolé, monsieur. Je comprends maintenant pourquoi vous ne vouliez pas que quelqu’un découvre la recette de votre arrière-grand-père. Si la vérité venait à éclater, cela détruirait la réputation des Von Fleisch et vous ruinerait quasi-immédiatement…
– C’est tout à fait probable.
– Ne vous inquiétez pas. Je n’en parlerai à personne. De toute façon, on en a rien à faire de ce qu’il y a d’écrit sur ces vieux bouts de parchemins ! Tout ce qui compte c’est qu’il ne s’agit pas de la recette actuelle. D’ailleurs, je ne l’ai pas trouvé ici. Où est-elle ?
– Vous l’avez entre les mains.
– Vous…vous moquez de moi, c’est ça ? (Aucune réponse…) Sérieusement, monsieur, ne me dites pas que vous osez perpétrer de telles horreurs ?! C’est de la folie !
– Mon cher Edgar, je ne peux faire autrement. Il faut respecter la tradition sinon on ne pourrait plus parler de recette originale.
– Oui mais on parle quand même d’êtres humains ! D’ailleurs, maintenant que j’y pense…j’imagine que les disparitions qui frappent la ville depuis des années sont votre œuvre ?
– Que voulez-vous…parfois les fournisseurs ne nous livrent pas assez de « marchandises »…du reste, il me semble que nous manquons d’un peu de stocks ! »

Lorsqu’on interrogea Thadeus Von Fleisch sur la disparition du journaliste venu l’interviewer, il se contenta de dire que tout s’était bien passé et qu’il l’avait vu repartir à pied vers le centre ville. La police eut beau chercher Edgar, celui-ci avait disparu sans laisser de traces. En fait, les seules traces que vous pourriez trouver de lui sont actuellement dans des sachets de viande séchée vendues à la supérette du coin.

Mickaël

Le syndicat des monstruosités en tout genre – VoxPlume

Sarah, un des nombreux fantômes de la tour de Londres, entra fièrement dans les locaux du syndicat des monstruosités en tout genre. Ici, tous s’activaient. Elle sourit à l’idée qu’elle avait eue.

À sa gauche, deux squelettes et un loup garou finissaient une gigantesque pancarte : « Marre d’être des poupées Barbies ! ». Ils avaient dessiné à côté une des Monster High que les fillettes idolâtraient.
Sarah grimaça. Elle ne les supportait pas, ces stéréotypes d’adolescentes branchées qui tentaient péniblement d’avoir l’air de vrais monstres. Une honte que les humains aient pu oublier à quoi elle et les siens ressemblaient ! Cette manif surprise allait les faire redescendre sur terre.

Elle passa devant le clan des fantômes qui se dressaient contre les immondes ghostbusters (comme si on pouvait attraper un fantôme, vraiment n’importe quoi ce film) et surtout, leur ennemi ultime : Casper le gentil fantôme.
Sarah n’avait pas de mot pour décrire Casper et sa gentillesse exaspérante. Ce bout de guimauve ambulante aurait été tabassé en moins de deux s’il avait vraiment existé. Même s’il était impossible qu’une telle chiffe molle fasse son apparition chez les fantômes, il était tout de même humiliant de se voir aussi mal représenté.

Le pire était peut-être que les humains essayaient maintenant de leur ressembler. Non contents de ternir leur image au moyen de dessins animés et autres histoires pénibles, ils avaient en plus décidé de leur voler leur travail en effrayant les gens eux-mêmes grâce aux films d’horreur. Une idée désastreuse, même pour des humains. Comment pouvaient-ils imaginer réussir à faire plus peur qu’un monstre entraîné ? Ils voyaient bien que ça ne marchait pas : les gens en redemandaient. C’était bien une preuve qu’ils n’étaient pas effrayés ! Ils allaient même jusqu’à se déguiser en monstre et organiser de grandes marches. Encore une idée typiquement humaine. Comme si les monstres n’avaient pas autre chose à faire que marcher bizarrement en groupe en beuglant…
Le signal d’alarme retentit et Sarah se précipita devant les écrans de contrôle.

« Que se passe-t-il ? demanda-t-elle à Milan, un jeune zombie.
– Ils l’ont fait Sarah, ils l’ont fait ! Malgré nos interdictions ! s’indigna celui-ci.
-Damnation ! rugit Sarah en regardant l’affiche du dernier Twilight qu’on venait d’accrocher dans le métro, Cette fois-ci, on n’a pas le choix. Il va y avoir des morts, c’est moi qui vous le dis, grommela-t-elle. Dites aux vampires de s’occuper des producteurs, de l’auteur, des acteurs et surtout de cette cruche et de ses fans décérébrés ! On va leur faire passer l’envie de tomber amoureux d’un vampire. »

Alice

La compétition – VoxPlume

« Hé debout, je te rappelle que c’est aujourd’hui que nous devons faire nos preuves ! »
Le petit son caractéristique qui annonçait un réveil difficile venait de retentir dans l’habitation. Le traînard s’exécuta avec peine, s’extirpant de son lit posé à même le sol sous les sommation de son colocataire. En effet les deux compères venaient de s’installer dans un petit coin reclus d’une immense tour où cohabitait un sacré paquet de gens, parfois renommés dans le monde entier. A peine eurent-ils le temps de se préparer qu’une vidéo apparue sur un écran posé devant eux.

« Bienvenue parmi nous Olegh G. et Romeo C. ! Vous êtes nouveaux dans le cercle des explorateurs et j’espère que vous vous êtes bien installés. J’ai le plaisir de vous annoncer que vous avez été sollicités pour la mission du jour. Cependant nous vous rappelons que vous êtes ici à l’essai et que si vos performances ne convainquent pas, vous risquez bien de ne pas être dans les favoris car vous n’êtes pas les seuls à concourir pour le titre du plus rapide… soyez prêts, votre mission commence bientôt! »

Le jeu est simple : trouver le plus d’informations, présentées sous forme de jetons à récolter. Le plus rapide gagne. Un petit message s’invita sur l’écran avec, à ses côtés, un chronomètre qui se mit en route.

Le mot affiché : Patate.

« Hum… patate…» répéta Olegh en réfléchissant à toute vitesse. «Il faudrait chercher à la grande bibliothèque Diwa Pike, c’est là où il y a le plus d’informations .»

Soudain, une certaine agitation se fit ressentir dans le bâtiment. Le jeu venait de commencer. Sans perdre plus de temps, les deux compères se ruèrent vers la porte pour découvrir les couloirs pris d’assaut par une armada de gens aux rôles divers et variés. Romeo distingua au loin un vieil explorateur renommé, visiblement de la partie, sortir de son appartement aidé de sa canne. Se faufilant comme ils pouvaient, les deux coéquipiers se dépêchèrent de gagner l’extérieur malgré la bousculade pour trouver un moyen de se rendre dans la grande bibliothèque où ils pourraient, à coup sûr, trouver le plus d’informations possibles, en évitant au passage un architecte qui portait des fenêtres. Un autre architecte qui portait une large colonne manqua, quant à lui, de les assommer.

Une fois dehors, ils remarquèrent un de leurs concurrents passer à bord d’une superbe automobile rouge de marque Eropa, très rapide. Non loin se trouvait leur tandem qu’ils enfourchèrent sans perdre de temps. En roulant, ils croisèrent d’autres prétendants sur divers véhicules, allant de la moto au roller, certains prirent même le train. Malgré leur coup de pédale vigoureux, Olegh et Romeo peinèrent à rattraper le type à la voiture qui montait déjà quatre à quatre les marches de la bibliothèque Diwa Pike. Ils furent les deuxièmes à arriver sur les lieux, distinguant de nombreux concurrents sur leurs talons.

« Il est à l’accueil ! Sors ta carte d’accès, je vais l’empêcher d’entrer le premier !» s’écria Olegh qui fondit sur l’homme en rouge.
Ce dernier tomba en laissant échapper la carte qu’il s’apprêtait à montrer à la responsable des lieux. Romeo s’empressa de prendre sa place, en aidant, dans son élan, Olegh à se relever. Ils passèrent les portes en jetant un œil en arrière, où ils virent une foule d’adversaires se ruer vers l’accueil.

« Patate, patate… là ! » désigna Romeo du doigt un rayon entier remplit de jetons où trônaient, au-dessous, des mots-clés de ce que chacun renfermait. Derrière eux, l’homme en rouge déboula dans la rayon, suivi de près par de la horde de candidats.
« Vite ! Prend Tout ce qui contient le mot patate ! » ordonna Olegh en saisissant un panier.

Romeo se mit à l’œuvre, lançant les pièces à la pelle vers son coéquipier tandis qu’il sentit des doigts lui arracher ses jetons des mains. Olegh fit son possible pour ne pas perdre leur gain et essaya de semer l’homme en rouge qui remplissait ses immenses poches de jetons. Romeo consulta son chronomètre.
« On a plus le temps, faut envoyer ! »

Olegh s’exécuta, écrasant certains ennemis pour atteindre une borne d’envoi où il versa tous ses jetons. D’un coup sec et rapide, il abaissa la manette « envoyer », presque en même temps que le type à l’auto qui se trouvait à une borne voisine. Après un long suspense, les résultats s’affichèrent.

« 18 600 000 jetons en 0.35 secondes ! hurla Romeo, fou de joie, en s’extirpant de la montagne de concurrents, on a fait mieux que « Monsieur Rouge » ! »
Les deux amis, ravis de leur score, se firent une longue accolade. Mais le bonheur fut de courte durée, car une voix sortie de nulle part, prononça le mot « canard ». Une nouvelle agitation gagna la bibliothèque et tous se précipitèrent vers un autre rayon. Pendant ce temps, le vieil explorateur se promenait dans les couloirs déserts, prenant le temps de lire chaque notice.

« Alors… patate… patate…» répétait-il sereinement près des étagères, en glissant un à un les jetons dans son panier.

*

« Donc la patate est un tubercule, pas une racine ! Je t’avais dit. triompha un jeune adolescent assis à son bureau.
– Oui d’accord j’avoue, renchérit une jeune fille à ses côtés, vexée. Pour le coup tu avais raison.
– Par contre je continue à dire qu’un canard est bel et bien une espèce à part entière.
– On verra quand les résultats s’afficheront» dit-elle en observant la barre de chargement des nombreux moteurs de recherche présents sur l’écran, se demandant lequel allait être le plus rapide cette fois-ci.

JellyBell

Reflet d’une Vie – VoxPlume

Cela faisait bien longtemps que Michael se sentait observé, voire dirigé, comme si ses actes et ses pensées ne lui appartenaient plus. Tout semblait pourtant parfaitement normal dans sa vie, mais il commençait à se sentir mal dans cette normalité et sa routine. Il avait l’impression tenace qu’il ne vivait pas dans le vrai monde et qu’il n’était qu’un pion, une marionnette ; mais qui en tirait les ficelles ?

Le même processus se répétait à chaque fois. Ces pensées lui venaient, brutalement, et il restait figé sur place, plus ou moins longtemps, avec l’impression d’avoir un voile devant les yeux ; subitement, tout autour de lui devenait un environnement virtuel qui camouflait un autre monde, cette fois bien réel. Une fois le malaise passé, il chassait ce sentiment de son esprit, reprenant tranquillement le cours de sa vie, puis elles revenaient plus tard. Michael s’était habitué à ce cycle, mais pas aux questions qu’il ouvrait ; celles-ci devenaient d’ailleurs de plus en plus insistantes. De plus, il vivait dans la crainte constante de voir surgir un jour une quelconque créature et de se demander si c’était réel ou non, plongeant dans une confusion qui le rendait fou à petit feu.

Il savait qu’il ne tiendrait pas longtemps s’il n’en avait pas le cœur net très vite. Luttant contre ses pensées, il se força à découvrir l’endroit où son malaise était le plus long et marquant. Ce fut une longue marche, entrecoupée de grands moments de solitude à le rendre régulièrement malade, mais il trouva quelque chose… La source de ses malaises semblait être la vieille fabrique de miroirs, dont les dirigeants de la ville interdisaient toute approche. La raison officielle était l’âge et la dangerosité du lieu, susceptible de s’effondrer à tout moment ; mais Michael commença à suspecter qu’il y avait une autre raison officieuse derrière cette mesure…

La nuit venue, il revint avec une lampe, ainsi que de quoi supporter les malaises et le matériel pour passer la nuit à l’intérieur. Il n’en avait guère envie mais était bien résolu à le faire si cela s’avérait nécessaire. Le bâtiment ne semblait rien cacher d’important, il s’agissait seulement d’une vieille fabrique dans laquelle on pouvait encore trouver plusieurs miroirs ; un fait bien étrange, à y regarder de plus près. Michael s’aperçut en effet que ces miroirs étaient neufs, en parfait état, et même parfaitement lisses et propres, comme si quelqu’un les nettoyait régulièrement. Il pensa que c’était peut-être le fruit d’un vieil original qui ne supportait pas de voir la fabrique laissée à l’abandon. Sa théorie ne tint toutefois pas longtemps quand il découvrit la zone de production…

C’était une salle vide, où l’on pouvait voir un grand trou dans le mur. Quand Michael s’approcha, son corps se mit à ne plus lui obéir, il se sentit inexorablement attiré et bougeait contre son gré. Quand il put enfin voir à l’intérieur du trou, il vit la vérité : un autre lui-même se mouvait en face de lui, exécutant les mouvements sur lesquels il n’avait aucun contrôle. Ceux-ci étaient simplement inversés par rapport aux siens. La vérité commença à se dévoiler dans son esprit, mais il n’osait y croire, et encore moins l’accepter… Cela voulait dire remettre en cause son identité, ses choix, sa vie ; il semblait bien pourtant qu’il n’était qu’un reflet dans un miroir, dépendant d’une autre version de lui-même.

Anthony

Son grand succès – VoxPlume

Il y était finalement arrivé. Il se tenait sur la scène, devant une foule en délire, un large sourire sur ses lèvres et son cœur battant la chamade. La lumière des projecteurs l’éblouissait, mais il n’y prêtait guère attention. Ses oreilles bourdonnaient des cris du public, et ses genoux tremblaient de peur que tout ne se passe pas comme prévu. On essayait de se lever, de l’attraper, de le toucher. Il se tenait là, inaccessible mais aux yeux de tous, droit et fier. Plus rien ne pouvait se dresser entre lui et le succès.

Après tant d’efforts, tant de batailles, de coups fourrés, de terreurs et de déceptions, il avait finalement atteint son but. Bien sûr, il n’avait pas pu achever tout ça tout seul, mais quoi qu’il arrivât, c’était désormais sa silhouette solitaire qui se tenait sur le devant de la scène. Il ouvrit les bras pour accueillir la vague de bonheur et d’accomplissement qui vint le cueillir avec douceur. Il eut presque envie de se mettre à rire, mais ce n’était pas le moment, et il le savait. Le spectacle allait commencer.

Il leva un peu plus haut son bras droit, une télécommande posée sur sa paume fébrile. Il eut envie de la jeter plus haut, pour la montrer au monde entier, pour prouver qu’il y était enfin arrivé. Les hurlements redoublèrent d’intensité. Il coula son regard vers son public, qui essayait d’être plus près de lui, toujours plus près de lui. Tous ses regards fixés sur lui le faisaient frisonner. C’était tout ce dont il avait jamais rêvé. La raison pour laquelle il avait lutté, depuis tant de temps. Ses croyances, ses échecs et ses réussites avaient finalement réussis à le hisser jusqu’au sommet. Il se sentait maître de son destin. Peu de personnes réussissaient à réaliser leurs rêves, envers et contre tous, à se battre suffisamment contre le monde entier pour devenir une personne qu’ils auraient admiré, mais lui, lui !, il s’était montré plus fort qu’il n’avait jamais pensé être. Son cœur battait un rythme irrégulier, frénétique, contre sa cage thoracique. Il sentait l’excitation monter, et un large sourire fendre ses lèvres sèches.

Finalement, lorsqu’il se sentit à son apogée, qu’il n’était plus qu’exaltation, il appuya sur le bouton central de sa machine. Et il fit exploser la bombe.

Cupcake Nie