Le problème de la timidité dans le milieu du travail… – VoxPlume

Robert Keller passa une main fatiguée sur son visage. Ses yeux relisaient encore et encore la même ligne du document, sans pour autant la comprendre. Finalement, il posa la feuille, s’avouant vaincu. Son regard las passa sur l’intégralité de son bureau inhabituel. Des tubes remplis de liquide étranges se tenaient en équilibre précaire en haut de ses étagères empilées les unes sur les autres. Le portrait au-dessus de la porte clignait occasionnellement des yeux. La fenêtre ne donnait pas vue sur l’extérieur, mais sur un mouvement coloré et indiscernable.

Les yeux de M. Keller aperçurent une forme derrière la porte entre-ouverte. Il soupira, et se força un sourire.
– Entre, Philip. Ne sois pas timide.
Le garçon rougit, puis, hésitant, entra dans le bureau de son supérieur. Ses yeux verts scannèrent rapidement la pièce, voulant regarder tout sauf l’homme qui lui souriait. Il joua distraitement avec une mèche de ses cheveux, fixa ses pieds, se mordit les lèvres, puis s’approcha finalement du bureau et s’installa sur la chaise en face.
Robert, tout accueillant, mit ses mains en cloche et regarda Philip par derrière ses doigts. Il savait à quel point le garçon était timide, et voulut prendre soin de ne pas le brusquer. Cependant, sa patience avait ses limites, et de plus il était fatigué. Il était conscient qu’il pouvait éventuellement déborder.

– Alors, Philip, dit-il en essayant de ne pas faire transparaître son agacement face au mutisme du jeune homme. Que veux-tu ?
– J’ai… J’ai les documents, Monsieur.
– Quels documents ? soupira Keller.
Philip se tordit sur sa chaise et tendit le dossier à Robert, la lèvre tremblante.
– Les documents sur le meurtre de Howey, Monsieur, bégaya-t-il.
M. Keller lui adressa un mince sourire avant de prendre le dossier et de l’ouvrir soigneusement. Ses yeux suivirent les lignes tandis que son cerveau imprimait les mots, les marquait au fer rouge dans son esprit. Il lança un regard à Philip, puis reprit sa lecture, l’air grave.

Le jeune homme sentait ses oreilles devenir brûlantes. Il n’osait partir, de peur que Keller ait encore besoin de lui. Mais en même temps, il avait un rendez-vous avec McConnell quelques minutes plus tard, et il ne voulait pas arriver en retard. Évidemment, il n’oserait jamais le dire à Robert.
Des fois, Philip se désespérait lui-même de sa timidité. Il se trouvait pathétique.

– Philip.
La voix de son supérieur le fit sursauter.
– C’est Dayne qui a fait cette enquête ? demanda Keller en jetant un coup d’œil au portrait au-dessus de la porte.
– Oui, Monsieur, répondit Philip, sa voix allant un peu plus dans les aiguës que prévu.
– Ce gamin est doué. Trop doué pour son propre bien.
Robert se remit à lire, ses yeux passant frénétiquement d’une phrase à l’autre. La commissure de ses lèvres remuait légèrement, ses paupières frémissaient. Ses doigts se crispèrent sur le papier blanc des documents.
– Tu as lu ce dossier, Philip ? demanda-t-il.
– Évidemment, Monsieur, répondit celui-ci, rougissant. Il fallait bien.
– Il fallait bien, soupira Keller. Comme c’est dommage.
– Pardon ?

L’homme se leva lentement, et avec flegme, agita la main en direction du portrait. Celui-ci ferma les yeux, et la porte se ferma dans un claquement. Philip, ne comprenant pas, passa son regard de la porte à son supérieur qui fouillait dans le tiroir de son bureau.
– Je t’aime bien, dit Keller tristement. Mais Dayne comprend bien. Et tu en sais trop.
Philip se leva d’un coup, et, avec la vitesse qu’il avait appris à atteindre pendant ses entraînements, courut vers la porte.
Il ne fut pas assez rapide. La balle de revolver traversa sa tête avec une facilité crasse.

Cupcake Nie


Annonces Google

Trente ans plus tard… – VoxPlume

« Enfin. Je l’ai enfin terminée. Mon œuvre sur laquelle je travaille depuis plus de huit ans, jour et nuit. Nuits blanches, repas sautés, isolation, j’ai dû faire bien des sacrifices pour parvenir à ce résultat. J’ai perdu bon nombre de mes affaires dans des tests, plusieurs animaux y ont également perdu la vie, mais aujourd’hui est la preuve que tous ces efforts n’auront pas été vains. Chers amis, la date du 21 octobre 2015 est à marquer d’une pierre blanche !
Après avoir envoyé mon compagnon de toujours pour le test décisif, je dois avouer que la tension était palpable.

L’idée même que Newton, ce vieux félin qui m’a soutenu dans les moments les plus difficiles, puisse ne pas revenir m’avait fait longuement hésiter à l’envoyer dans le futur. Mais suite aux réussites successives de l’envoi de deux oiseaux puis de mon poisson rouge, je m’étais enfin décidé à envoyer mon chat. Inutile de préciser le soulagement et l’immense joie de le voir arriver, cinq minutes plus tard, dans mon petit véhicule méticuleusement modifié par mes soins.

Ma vieille Simca-Chrysler que j’avais soigneusement entretenue pendant plus de vingt ans est aujourd’hui devenue l’objet de ce qui est sûrement l’une des plus grandes découvertes scientifiques de la décennie, que dis-je, peut-être même du siècle ! Les provisions sont en place, le convecteur est rechargé et la route est totalement déserte. Il est temps de commencer.

Je m’apprête actuellement à pénétrer dans la machine. Je suis désormais paré à voir ce que l’avenir nous réserve, en espérant, bien évidemment, que notre Terre soit encore vivable d’ici plusieurs années… Par précaution et pour des raisons scientifiques, il m’est impossible d’emporter ce carnet avec moi. Je ferai un compte rendu de mon voyage dès mon retour à cette époque. L’expérience devrait durer quelques semaines, mais je serai de retour dans seulement quelques jours à compter d’aujourd’hui.
Sur ce, l’heure est venue.

Date : 21/10/15
Heure : 7h 28
Température : 9°C
Taux d’humidité : 38% »

« Et il a réussi?
– Je sais pas, les pages d’après sont blanches…
– Tu crois qu’il est mort ?
– Possible… C’est con, la première machine fonctionnelle a été créée y’a trente ans, seulement deux ans après son départ. Bah, tant pis, continuons à chercher, j’ai faim moi.»
Les deux garçons reposèrent le carnet dans son trou et continuèrent à creuser un peu plus loin.

Nouillechan

Questions-réponses – VoxPlume

L’ascenseur s’arrêta net. Les trois passagers se regardèrent en soupirant, espérant encore voir repartir la nacelle. Ils se rendirent rapidement à l’évidence : ils étaient bloqués.
L’homme soupira et appuya sur la sonnette d’alarme. Après quelques minutes d’attente, une voix leur répondit :
« Oui allô ? crachota la voix.
-Bonjour monsieur, on est…
-Coincés dans l’ascenseur, je m’en doute.
-Vous pouvez nous décoincer ?
-Ca risque de prendre un peu de temps. »

La voix coupa la transmission. Les trois passagers se regardèrent, gênés. La femme âgée se laissa tomber sur le sol et s’accouda au mur. L’autre femme la suivit presque immédiatement. L’homme resta debout.
« Je crois qu’on en a pour un bon bout de temps. déclara-t-il. »
Les deux femmes lui adressèrent un sourire poli. Le silence se fit dans la petite nacelle. L’homme passait d’un pied à l’autre, bougeant sans cesse. Il était très mal à l’aise. La femme âgée avait sorti une lettre de sa poche et la relisait avec attention. L’autre femme ne faisait rien.

L’homme déclara :
« Si on faisait un jeu ? »
Les deux femmes le regardèrent de nouveau, incrédules.
« Mais si, renchérit-il, ça nous ferait passer le temps ! On pourrait jouer aux questions-réponses. On pose une question, et les autres doivent répondre.
-C’est pas un jeu… grommela la femme.
-Mais si, vous allez voir, ça va être très drôle ! Je commence. Il faut dire la vérité, hein. Qu’êtes-vous venues faire ici ?
-C’est original…
-Oh, jouez le jeu un peu !
-Bon, grommela la femme, j’avais rendez-vous chez une amie. Et vous ?
-Oh, moi c’est tout simple, j’habite dans l’immeuble, je rentrais chez moi. Et vous madame ?
-C’est tout simple aussi, je comptais me suicider en sautant par la fenêtre du dernier étage. »
L’homme resta interdit pendant quelques minutes. La vieille dame avait recommencé à lire sa lettre, l’autre ne disait rien.

Enfin, il se reprit :
« Vous rigoliez tout à l’heure, n’est-ce pas ? s’enquit-il nerveusement.
-Non.
-Mais enfin, vous ne pouvez pas faire ça ! s’écria-t-il, C’est ridicule de mettre fin à ses jours. Tenez, je suis sûr qu’il doit y avoir quelqu’un qui va vous pleurer une fois que vous serez partie !
-Oh oui, bien sûr ! Mes enfants et mes petits-enfants pour commencer. Sans compter mes amis.
-Et bien alors, vous ne pouvez pas les abandonner, eux !
-Oh vous savez, ils sont grands maintenant…
-Mais ça n’a rien à voir !
-Vous ne pourriez pas la laisser tranquille, non ? grommela l’autre femme, Si elle a envie de mourir, c’est son choix.
-Mais non, ce n’est qu’une phase, personne ne veut mourir !
-Ben si, moi. sourit la vieille dame.
-Mais pourquoi ? demanda-t-il, dépité.
-Pourquoi pas ?
-Comment ça ?
-Eh bien, considérez ça comme une nouvelle destination, une nouvelle expérience. Honnêtement, j’ai fait beaucoup de choses dans ma vie. Alors j’ai réfléchi et je me suis dis que, quitte à partir, autant le faire en testant quelque chose que je n’avais encore jamais fait.
-C’est sûr que se suicider en sautant d’un immeuble, c’est pas vraiment le train-train quotidien… sourit la femme.
-C’est votre seule justification : vous en avez marre de vivre?
-Pourquoi, il faut en fournir plusieurs ? répondit-elle avant de regarder l’heure. Par contre, ça m’embête qu’on soit bloqué, j’aurais aimé sauter avec le coucher du soleil. Là, il va être trop tard.
-Je trouve ça vachement courageux de votre part, madame. déclara l’autre femme.
-C’est tout. Vous n’avez rien d’autre à dire ? soupira l’homme.
-Pas vraiment. »

La femme se replongea dans sa lettre. L’homme se passa la main sur le visage, impuissant. Il était défait.
« Désolée de vous déranger encore monsieur mais, « je me suis suicidée », vous l’écririez avec un –e- à la fin ou pas ? Non parce que, quitte à se suicider, autant le faire sans faute d’orthographe…
-Avec un –e-. lui répondit l’homme, le visage éteint.»

Alice

Attente souterraine – VoxPlume

« Le trafic est momentanément interrompu sur la ligne 4 suite à un accident grave de voyageurs. Nous vous demandons de bien vouloir patienter ou d’emprunter un autre itinéraire. »
Les plaintes s’élèvent dans la station de métro. J’ai toujours trouvé ça assez amusant de voir les gens râler comme ça. Certes, il y a ceux qui sont venus à plusieurs et partagent leur mécontentement avec leurs accompagnateurs, mais il y a aussi en grande partie des gens seuls, qui maugréent dans leur coin. Oui, je trouve ça drôle ! Je suis un petit con, me direz-vous, se moquer ainsi des autres peut être pitoyable, mais comment ne pas rire en voyant ça ? Se plaindre, juste pour faire du bruit. C’est ce que je pense. Se plaindre seul, c’est juste pour faire du bruit. Et ça ne sert à rien.

Une fois le brouhaha calmé, une bonne partie de la foule s’est dissipée, pendant que le reste attend à la station. Soit ils ont la flemme de prendre un autre métro, soit ils n’ont rien de mieux à faire que d’attendre. Moi ? Je fais partie de ceux qui n’ont rien de mieux à faire. Je m’adonne donc à mon occupation favorite : observer. En réalité, c’est pas vraiment mon occupation favorite, c’est juste un moyen de passer le temps. Mais je pense que c’est mieux de dire ça plutôt que « un truc pour moins m’ennuyer »… Passons.
Parmi ceux qui restent, il y à ces trois hommes en costume qui discutent, peut-être de leur travail, peut-être de leurs situations familiales. Je n’entends pas ce qu’ils disent, mais ça semble amusant, au vu des sourires qu’ils arborent. J’aurais plutôt pensé que ce genre de personne aurait tendance à se dépêcher de prendre un autre chemin, mais ceux-ci paraissent assez détendus.

Près d’eux, il y a cette fille, plutôt banale qui, malgré son air assuré, laisse tout de même voir un côté assez… « incertain ». Par là, je veux dire qu’elle a un regard sûr d’elle, je ne peux pas le nier, mais les allers-retours plus ou moins réguliers de ses yeux entre le sol et la sortie montrent qu’elle ne sait toujours pas si elle ferait mieux de rester ou de partir. Maintenant que j’y pense, c’est vrai que je n’ai pas relevé combien de temps durera la suspension. Pas trop longtemps j’espère.

Un peu plus loin, il y a ces deux femmes conversant assez bruyamment, il faut dire les choses comme elles sont. Bien qu’elles parlent français, leur accent donne un petit côté exotique, ça ne me déplaît pas, moi, par contre le bébé dans la poussette d’à côté semble moins apprécier. Et les pleurs de bébés, ça par contre, c’est moins mélodique. Oh, tiens, la mère semble en avoir marre elle aussi, puisqu’elle se dirige vers les commères avec un air disons… peu assuré. La discussion semble pourtant bien se passer puisque le niveau sonore de toute la station baisse de plusieurs décibels rien qu’avec le silence de ces deux personnes (et celui du bébé accessoirement).

Inutile de préciser qu’il y a encore beaucoup de monde, sur le quai, à qui je n’ai pas vraiment prêté attention. Non pas qu’ils aient des vies inintéressantes, je ne les connais pas. Tenez, ce type avec son étui de guitare a peut-être beaucoup de choses à raconter, de même que cette enfant aux yeux gonflés et rouges de larmes, tenant un homme par le bout des doigts. Mais je ne me suis pas penché sur ces cas pour la bonne et simple raison qu’un train vient d’arriver, et la foule s’est rapidement ruée dedans, si bien que plusieurs passagers sont restés sur le quai, grognant de la même façon qu’à l’annonce de l’interruption. Personnellement, je n’ai pas bougé de ma place. Je pense simplement attendre le prochain métro et continuer mon petit divertissement encore un peu.

Nouillechan

Trésor Inestimable – VoxPlume

Mary et Ryan réussirent à atterrir sans trop de dégâts après leur longue chute, mais ils s’attendaient à trouver encore plus de pièges sur le chemin. Il serait étonnant qu’on les laisse approcher sans efforts, mais ils étaient rompus à ce genre d’exercice depuis quelques années. Ensemble, ils avaient vu bien des endroits étranges et récupéré bien des objets, mais celui qu’ils traquaient en ce moment était sans doute l’un des plus importants de tous, et il était aujourd’hui à leur portée. Bientôt, ils sauraient quelle réalité se cache derrière le trésor du capitaine Kidd ; du moins, si les renseignements obtenus étaient bons…

« J’espère que ton type t’a bien refilé les bonnes cartes, parce que, sinon, je le retrouve et je les lui fais bouffer ! Pas question que je passe à côté du trésor de Kidd !
— Mary, as-tu jamais eu une seule raison de douter de moi ou mes informateurs ? Si Joey dit que cette carte nous mènera à l’Adventure Galley, alors, c’est qu’on trouvera ce foutu navire au bout.
— Tu m’excuseras si j’en doute, répondit aussitôt Mary. Merde, ça fait genre trois siècles qu’on essaie de localiser ce foutu navire, et Kidd aurait tranquillement laissé une carte dans ses appartements à New York ? Tu m’expliques comment elle n’a pas été rendue publique plus tôt ?
— Qu’est-ce que j’ai raté dans mon cours d’Histoire sur le sujet ?
— Rien, je t’écoutais pas.
Ryan soupira à cette remarque.
— Comme d’habitude, quoi. Bref, en très gros, Kidd a été engagé comme corsaire par l’Angleterre avant de devenir un vrai pirate. Il a fini par être capturé et condamné à mort en 1701, et je vais éviter les détails. Après cela, on a perdu toute trace de son navire et la légende de son trésor a débuté. Mais il est évident que la couronne anglaise a tenu à effacer toute trace de Kidd et a donc vidé ses appartements avant de s’emparer du navire, Kidd ne l’ayant en fait jamais brûlé, et d’aller l’échouer on ne sait où. Du moins, jusqu’à aujourd’hui…
— Et évidemment, ils se sont emparés du trésor au passage…
— C’est là le plus étrange. Apparemment, ils l’auraient enfermé dans le navire, comme s’ils voulaient s’en débarrasser et le cacher au reste du monde… »

Tout en discutant, le duo n’avait pas cessé d’avancer, jusqu’à arriver à une baie où gisait un vieux navire. L’Adventure Galley semblait les attendre bien sagement, sans aucun piège. Tous deux se dirigèrent vers l’épave sans voir le moindre danger, puis y montèrent en se dirigeant droit vers la cabine du capitaine. Encore une fois, aucun piège ne semblait les attendre, et leur inquiétude grandit. Un coffret était posé sur le bureau du commandant. Mary l’ouvrit sans laisser à Ryan le temps de l’examiner ; son visage se décomposa en découvrant l’intérieur.
— Bordel, c’est ça, le trésor de Kidd ?
Mary claqua le coffret de rage au sol et sortit en trombe. Ryan s’en saisit et découvrit l’objet de sa colère : un parchemin signé du capitaine Kidd.

Si vous êtes arrivés jusqu’ici, j’en suis désolé pour vous, car il n’y a aucun trésor. J’espère que vous aurez apprécié le voyage et l’île où j’ai envoyé l’Adventure Galley. N’hésitez pas à l’explorer, elle peut encore vous réserver des surprises, tout comme ma cale…

Capitaine William Kidd, le 12 juin 1698

« Finalement, il s’est bien débarrassé du navire lui-même », pensa Ryan, qui eut un rire nerveux en pensant à ce qu’allait lui réserver Mary après un coup pareil…

Anthony

Une peur pour une vie – VoxPlume

La sueur perle le long de mes joues. La tension et le stress montent de plus en plus. Ce n’est pas la première fois que je suis confrontée à un cas extrême, mais cette fois, c’est totalement différent ; je n’ai jamais ressenti une telle peur auparavant.

Depuis mes débuts en tant que pompier volontaire, j’ai pu faire face à de nombreuses situations, passant par les plus éprouvantes, les plus tristes, et parfois même les plus morbides. Et même si toutes ces épreuves m’ont permis de me forger une carapace, il reste difficile de garder son calme dans des situations critiques. Cette fois, nous sommes deux à pouvoir intervenir, nous sommes deux à pouvoir assurer la sécurité, mais au fond de moi-même, je doutais de notre coopération.

J’ai pourtant l’habitude de travailler en équipe, c’est un des principes fondamentaux qu’on nous enseigne. Mais toutes les interventions que j’ai pu effectuer ont toujours été avec les mêmes personnes. Un groupe qui se connaissait par cœur, une équipe totalement complémentaire, une famille sur qui je pouvais toujours compter. Nous avons commencé ensemble, nous ne nous connaissions pas, au début, mais avons appris ensemble, et surtout, nous nous sommes battus ensemble contre le danger. Et le fait de ne pas retrouver mon petit cocon ne peut que m’inquiéter plus. Je ne remets pas du tout en question les compétences de ma partenaire actuelle, son calme apparent semble montrer qu’elle est sûrement habituée…

En espérant que ça ne soit pas qu’en apparence. Mais contrairement à elle, je ne suis pas du tout confiante. C’est la première fois que j’effectue ce type d’intervention, et à l’inverse de ce qu’on pourrait penser, je n’ai jamais eu de formation concrète face à ce type de cas. Bien sûr, nous avons eu des enseignements théoriques, mais aucun cours pratique. Je ne peux blâmer personne, il n’est pas vraiment possible de « s’entraîner » à ça. Toujours est-il que même si c’est ma première fois, je n’ai pas le droit à l’erreur.

Les cris fusent, je regarde la femme allongée en tentant de la rassurer. Elle essaye parfois de me sourire entre deux hurlements de douleur, comme si c’est elle qui essaye de me mettre en confiance, ce qui me rend encore plus mal à l’aise. A la vue de mon corps tremblant comme une feuille, je soupire longuement, ferme les yeux quelques secondes, mais on me rappelle rapidement à l’ordre : ma partenaire me glisse ce que je dois faire, me donne ce dont j’ai besoin et m’ordonne de rester concentrée. Je sais pertinemment qu’il n’y a que deux issues possible, et je ne pourrai jamais me pardonner l’une d’elle. Je me mets alors au travail. J’ai de plus en plus chaud, la fréquence des cris s’accélère, j’use de toutes mes connaissances et fais tout ce que je peux afin que se passe au mieux. Et c’est là que c’est arrivé. J’entends une deuxième voix se mettre à crier : il est sorti. Je regarde la femme dans les yeux et lui dit :
Félicitations madame, c’est un garçon.

Nouillechan

Le problème du harcèlement en milieu scolaire – VoxPlume

– Hé, TOCard !
Dayne ne releva pas les yeux à l’évocation de son surnom. Il ignora copieusement les autres élèves qui s’étaient rassemblés autour de son bureau, et continua de soigneusement ranger ses crayons dans sa trousse.
– Tu t’amuses bien à ranger, TOCard ? ricana un garçon.
– Ben c’est son délire, apparemment, s’esclaffa une grande fille.
Dayne regarda avec un certain ennui un adolescent -Jacob devait être son nom- prendre son cartable de « TOCard » et le vider de son contenu sur un bureau. Dayne tressauta, passa une main nerveuse dans ses cheveux noirs, et récupéra ses affaires avant de les remettre avec soin et ordre dans son sac, sous les regards moqueurs des autres.
– Dis, TOCard, c’est quoi ton pansement sur l’œil ? demanda Will avec un rictus. C’est ton papa qui t’a frappé ?
– Mais t’es trop con, toi, gloussa Emily. Son père est mort !

Dayne avait presque fini de ranger ses affaires. Ça lui prenait toujours plus de temps que les autres étant donné qu’il ne supportait pas que tout ne soit pas bien rangé, à sa place, et carré.
– Montre-nous ce que t’as sous ton pansement, TOCard ! s’exclama Will en faisant un pas vers lui.
Dayne releva la tête vivement et frappa la main qui se tendait vers son visage. Le contact entre les deux humains claqua comme un coup de fouet au milieu du silence.
Le visage de Will se ferma, mais il n’insista pas. Dayne n’avait jamais montré aucune résistance envers les remarques et les violences des autres, et ses tourmenteurs ne surent pas comment réagir. Emily ferma le poing et s’approcha de lui à son tour, dans l’esprit de venger son compagnon, mais Will l’arrêta d’un geste de la main.
– Laisse tomber, cracha-t-il. Il vaut pas le coup.

Il pointa le menton vers la porte de sortie de la salle de classe et son gang le suivit. Jacob, avant de passer la porte, fit un sourire grinçant à Dayne qui avait baissé les yeux et ne bougeait plus.
– On t’a laissé une petite surprise, TOCard ! s’exclama-t-il fièrement avant de quitter les lieux.
Le brun attendit que les pas s’éloignent avant de regarder autour de lui. La salle était entièrement vide désormais, mais le gang de Will l’avait laissé dans un désordre chaotique. Certaines chaises avaient été renversées, ils avaient laissé des boules et des morceaux de papiers un peu partout, et le tableau avait été recouvert de dessins obscènes et d’insultes. Dayne était trop dans son monde pour les avoir vu faire ce bordel.
Il eut un frisson de dégoût en voyant le bazar qui régnait, puis se baissa et se mit au boulot, ramassant patiemment toutes les saloperies qui paressaient sur le sol, remettant les chaises sur les tables, effaçant le tableau. Derrière les fenêtres, le soleil descendit lentement, et les éclats de voix des élèves encore dans l’établissement se firent de plus en plus rares. Les lumières des couloirs s’éteignirent les unes après les autres.
Dayne finit de ranger la salle et regarda son œuvre avec un mélange de désespoir et de satisfaction. Il n’y avait pas à dire, c’était beaucoup plus propre et supportable comme ça. Il allait enfin pouvoir sortir de cette école anxiogène et passer à autre chose – pour le moment.

Il soupira et s’assit par terre, fermant les yeux quelques secondes pour se permettre un bref repos. Sa main se promena automatiquement dans la poche de sa veste de laquelle il sortit un téléphone portable. Il le ramena à la hauteur de son visage, et vit son reflet contre la surface noire de l’appareil.
D’un geste las, il retira le pansement qui cachait son œil droit. La couleur rouge de celui-ci scintilla.
Il approcha son téléphone de ses lèvres et y murmura un charabia qui n’avait pas plus de sens pour lui que pour un inconnu. Puis, sans pour autant l’allumer, il colla le portable à son oreille.
– J’ai les informations sur Jacob Stephens, Docteur, annonça-t-il dans un souffle.
– TU EN AS MIS DU TEMPS. ON T’ATTEND.
Dayne soupira et sa main tenant l’appareil retomba mollement contre sa cuisse. Puis, d’un claquement de doigts, il disparut.

Cupcake Nie

Devenez célèbre en 3 clics – VoxPlume

Bienvenue ! Entrez donc, ne soyez pas timide. Je sais qu’il est impressionnant de se dire que la célébrité est plus proche de nous qu’on n’ose le croire. Vous pensiez cela impossible ? Allons ne prenez pas cet air incrédule, voyez plutôt ce que nous avons à proposer. Tenez, vous voyez ceci ? Il s’agit d’une base de données de citations et d’extraits de livres quasi-inconnus du grand public. Pour un petit supplément nous vous garantissons une traduction fidèle du texte d’origine, sinon vous pourrez toujours avoir la version approximative gratuitement. Il vous suffira ensuite de copier et coller les citations et extraits qui vous inspirent sur différents réseaux sociaux. Pardon ? Sans en citer l’auteur évidemment ! Il s’agit ensuite de faire passer ces magnifiques extraits pour un texte de votre cru et le tour est joué. Croyez-moi la plupart du temps les gens de votre entourage n’iront pas chercher plus loin.

Ah ! Dans la même veine, voici les dessins. Encore une fois d’illustrateurs et artistes peu connus pour ne pas éveiller les soupçons. C’est vrai, vous ne ferez gober à personne que vous avez peint « Les Tournesols » mais un croquis bien maîtrisé qu’on n’a jamais vu, avouez que c’est beaucoup plus crédible. Les dessins que nous proposons sont légèrement recadrés afin de passer inaperçus sur les recherches par images de Google, et pour quelques euros de plus nous effaçons la signature des artistes ! N’est-ce pas formidable ? Si vous en commandez plus de 10, vous recevrez en cadeau un Work In Progress pour tenir en haleine vos futurs fans qui trépigneront d’impatience à l’idée de voir votre œuvre achevée. Vous comprenez, il faut savoir se faire désirer…

Si c’est légal ? Bien évidemment que non, mais tout le monde le fait. Et puis les textes et images deviennent omniprésents, il faut savoir en tirer parti, quitte à tricher un peu. Ces écrivains, ces illustrateurs, ces artistes, ce n’est pas en volant deux ou trois de leurs œuvres qu’ils en souffriront, ils en feront d’autres. Et puis ils ne viendront pas vérifier sur tout l’Internet, pensez-vous ! Quand bien même il y en aurait qui le feraient, je vous propose d’acheter notre manuel « Comment discréditer un plaignant » qui saura vous aiguiller en cas de difficultés. Toujours utile ! Nous fournissons même de faux originaux tout droit venus de Shangaï. Bien sûr c’est un peu cher, mais ce sont des copies parfaites. Un bon moyen de faire passer ces artistes pour d’honteux plagiaires.

Bon je crois que nous arrivons au bout des prestations que nous proposons. Oh j’allais oublier ! Vous écrivez des articles ? Vous tenez un blog, un petit site qui a de la peine à décoller ? Oui ? Formidable ! Permettez moi de vous proposer ce petit guide pour créer des titres racoleurs à souhait. Tenez, vous pouvez placer les grands classiques : « comment perdre du poids en 3 jours ? » « les 10 astuces pour séduire à coup sûr », ou divers mots-clés comme « célébrité » ou « scandale ». Ou bien voici des dessins, images et photos très originaux qui se marieront parfaitement avec vos articles. Les packs Premium sont très avantageux, car vous avez les images en haute définition. Hein? Oh non, pas la peine de créditer les artistes voyons, comme si ça intéressait les gens… et puis ils sont assez intelligents, ils sauront les reconnaître tout seuls. Ce qu’il faut c’est savoir capter leur attention, donc allez à l’essentiel, laissez tomber les crédits.

Pardon? Vous devez y aller? Vous allez y réfléchir? Bien bien, merci de votre passage, et n’oubliez pas notre devise : « Copiez, collez, publiez avec malhonnêteté: à vous la célébrité ! »

JellyBell

Prequel, sequel et ainsi de suite – VoxPlume

Juin 2015 :

Deux scénaristes assis à une table de travail se faisaient face. Plongés dans leurs réflexions, ils ne s’adressaient pas la parole. Cela faisait des années que Bob Smith et Jerry Jones bossaient ensemble. Ils avaient connu le succès avec un petit film d’horreur qu’ils avaient scénarisé et réalisé. Ils en avaient, également, endossé les rôles principaux. La musique, quant à elle, fut composée par la future femme de Jerry, Sarah Jane Clark. Rentrant rapidement dans leurs frais, les trois larrons se décidèrent à plancher sur une suite puis une autre et encore une autre…

« Sans déconner Bob, tu crois pas qu’on commence sérieusement à tirer sur la corde. Je veux dire, au début, c’était fun. On s’est tapé un bon paquet de barres mais là pour le coup, ça devient vraiment n’importe quoi.
– Jerry, ça va faire dix films que c’est devenu n’importe quoi. C’est uniquement maintenant que tu réagis. T’es un sacré comique, mon vieux !
– Ah non ! Je suis pas tout à fait d’accord. Le treize était franchement super sympa !
– Un sur dix, on peut pas dire qu’il y aie vraiment une constante dans la qualité. On balance en permanence entre la petite série B sympa et le navet navrant avec, en bonus, deux-trois nanars dans le lot ! Dans le dictionnaire, à inconstance, on devrait citer nos films comme exemple.
– Faut dire que le cinquième annonçait bien la suite…
– D’ailleurs, comment on a fait pour en arriver à cinq puis à quinze, déjà ?
– Une chose en entraînant une autre, un sujet en appelant un autre, on commence et on ne s’arrête plus.
– Pour Vendredi 13 ou Freddy Krueger, je veux bien mais pour nous, ça paraît compliqué. Sans déconner, il s’est passé plus de merdes dans cette rue qu‘à Castle Rock, Innsmouth et tous les patelins imaginés par Stephen King, Lovecraft et Edgar Poe réunis. Au bout de la troisième embrouille, le pâté de maisons et la ville entière auraient dû foutre le camp pour aller crécher ailleurs.

– T’sais, même si on avait décidé de le faire, il aurait suffit de trouver un nouveau ressort scénaristique pour que la machine continue de tourner.
– Il faudrait sincèrement penser à réfléchir à un moyen définitif pour que tout s’arrête, au cas où elle n’arriverait pas à les convaincre.
– Tu veux parler du genre de trucs qui empêche tout rebondissement ou suite possible, c’est ça ?
– Ouais, c’est ça.
– Rêve pas mon vieux, ils trouveront toujours un nouveau truc. Sorcellerie, vaudou, réincarnation, déchets radioactifs, savant fou, malédiction, fantômes, démons, portail donnant sur une dimension parallèle, extraterrestres, jouets vivants, nourriture périmée, livre maudit, rien qu’avec ça, on a tenu quinze films alors imagine bien qu’ils doivent en avoir encore sous le capot.
– Ça me dépasse. C’était pourtant une idée vraiment cool, à la base.
– Après, faut dire que c’est devenu tellement con qu’on arrive quand même à se marrer en bossant dessus.
– C’est pas faux… M’enfin bon, je dois t’avouer que l’inspiration commence à cruellement me manquer. C’est devenu un sacré bordel entre le premier, les 9 sequels qui ont suivi, les deux prequels, le reboot et ses deux suites, je sais plus où donner de la tête ! Vivement que Sarah Jane se pointe, je commence à en avoir ras la casquette !
– Elle devrait plus tarder. Tu sais comment ils sont. À te tenir la jambe et ne s’arrêtant jamais de négocier pour que ça continue et que ça continue.»

« Ils », dans ce cas, désignait les producteurs qui voulait que la franchise dont nos trois compères étaient à l’origine se poursuive au-delà du seizième opus. Sarah Jane était donc allée les voir pour leur faire comprendre que ce n’était plus possible. Après plusieurs heures d’âpres négociations, celle-ci, revenait vers ses deux camarades.
« Alors, ça s’est passé comment ? », lui demanda Jerry.
« C’est bon, ils ont enfin décidé de lâcher l’affaire, le prochain sera, enfin, le dernier.
– Ouf ! T’as dû céder sur quoi ?
– On va devoir leur trouver un nouveau concept de licence d’horreur.
– Ce sera toujours mieux que de continuer sur celle-ci ! » s’exclama Bob
Il continua en posant la question qui tue :
« Il ont choisi quel synopsis ?
– Le 6.
– Ben ça promet… J’imagine qu’on a un mois pour le pondre, c’est ça ?
– T’as tout pigé.
– Bon ben, c’est parti ! »

15 juin 2016 :
Dans une salle de cinéma, au moment des bandes annonces, deux amis fans d’horreur s’impatientent :
« À ton avis, ils vont enfin la passer ?
– Je sais pas. J’espère, en tout cas. »
Quand le thème principal de leur saga préférée se mit à retentir, le premier s’exclama :
« Yes ! C’est parti ! »

Après vous avoir terrorisé avec les forfaits d’un traiteur cannibale dans « Massacre à Market Street ». Après vous avoir démontré qu’on peut torturer quelqu’un avec une baguette et des croissants dans « Massacre à Market Street 2 : la boulangerie des supplices ». Après vous avoir fait frissonner avec des légumes zombies nécrophages dans « Massacre à Market Street 3 : le primeur nécromancien ». Après vous avoir fait…
« La vache, c’est long ! Ils vont pas tous les faire quand même.
– Ben si… »

Après vous avoir exposé les expériences interdites d’un savant fou dans « Massacre à Market Street 13 : l’horloger maudit » ainsi que les pouvoirs de son beau-frère, un coiffeur vaudou, dans « Massacre à Market Street 14 : les bigoudis du mal ». Et enfin, après vous avoir traumatisé avec « Massacre à Market Street 15 : Legacy » et son brocanteur alien, vos commerçants monstrueux sont de retour ! Venez vivre le chapitre final de la saga qui vous montre la part la plus sombre des commerces de proximité : « Massacre à Market Street 16 : l’attaque des caniches vampires ». Dans cet ultime volet, vous pourrez assister impuissant aux agissements contre-nature d’un toiletteur pour chiens dont les expérimentations vont transformer d’adorables toutous en monstres assoiffés de sang !!!!

« Bordel que ça a l’air con !
– Ouais, c’est sûr. On va le voir ?
– Tu m’étonnes ! »

Mickaël

Construire l’avenir – VoxPlume

« Ras le bol ! Hurla Marcus en frappant sur la table »

Lilou le regarda. Elle comprenait la réaction de son époux. En fait, elle aurait aimé pouvoir faire comme lui, montrer une bonne fois pour toute à la face du monde qu’elle n’en pouvait plus elle aussi d’être à l’intérieur. Mais elle savait très bien qu’elle ne le ferait pas. Tout simplement parce qu’elle était bien trop timide pour oser faire comme Marcus.

Elle regarda Vincent et Ruby, leurs deux compagnons, avec un sourire gêné. Ils le lui rendirent, habitués aux pétages de câble de leur ami. En vérité, Lilou n’était pas très sûre de la justesse de ce terme. Elle vivait à l’année dans la même pièce que Marcus et les deux autres. Mais de là à considérer le second couple comme des amis… Elle n’en savait rien. Elle ne se souvenait pas de ce qu’on ressentait, lorsqu’on avait un ami. Elle en avait eu un durant son enfance, elle le pensait du moins. C’était un cas fréquent : l’invention de souvenir pour combler un manque. Inquiète, elle en avait parlé aux docteurs qui lui avaient certifié que c’était totalement normal, que c’était une tentative de penser à ce qu’elle avait laissé derrière elle, à son passé, à sa vie d’avant. Ils lui avaient donné des médicaments et depuis, elle n’y pensait plus.

Les docteurs étaient quand même très forts. Lilou aurait aimé qu’ils viennent la voir plus souvent, mais elle savait que c’était impossible. Ils étaient deux cents dans le bunker, les médecins ne pouvaient se déplacer qu’une fois par semaine dans les pièces collectives, pour vérifier que les rayons radioactifs n’avaient affectés personne. Comme pour Boris, qui vivait avec eux il y a un an. Il avait été placé en quarantaine et on n’en avait plus jamais parlé. Lilou essaya de se remémorer les traits de Boris. Sans surprise, elle n’y parvint pas.

Leur mémoire avait été modifiée par les docteurs, juste après la catastrophe. C’était nécessaire pour ne pas trop penser à la Terre d’avant, celle qu’on avait laissé derrière. Leur mémoire avait été affectée. Mais malgré toutes les salutaires tentatives des docteurs, aucun d’entre eux n’avait pu totalement oublier le monde d’avant, lorsqu’on pouvait sortir dehors. Plus que tout, ils se souvenaient tous des cris, de la foule qui existait alors sur Terre. Cela énervait Lilou. Elle aurait voulu montrer aux docteurs qu’elle ne se souvenait plus de rien, qu’ils avaient atteint leur but. Elle aurait voulu être, et c’était peut-être puéril, une sorte d’élève modèle. Elle passait donc ses journées à s’acharner à oublier le monde d’avant.

Lilou s’approcha de Marcus et le prit dans ses bras. Elle savait qu’il n’y avait pas d’autres moyens de le calmer. Vincent et Ruby allèrent dans un coin de la pièce, le meilleur moyen mis à leur disposition pour laisser seul le jeune couple.

Elle s’assit sur les genoux de Marcus et passa ses bras autour de son cou.

« Arrête. Tu sais bien que c’est nécessaire. Murmura-t-elle.
-Je ne veux plus être enfermé ici. Gémit-il.
-Il vaut mieux être là que dehors. D’après les docteurs, dans deux ans, on pourra ressortir !
-Ce serait bien… Sourit le jeune homme.
-C’est sûr ! Ce sera presque comme avant. Tu te souviens de comment c’était, avant ? Renchérit-elle, inquiète de sa réponse.
-Un peu, de jours en jours, tout part… soupira-t-il, défait.
-C’est mieux comme ça. « Le seul moyen de construire l’avenir… Anonna-t-elle en souriant.
-C’est de tourner le dos au passé. » Soupira Marcus en finissant la maxime des docteurs.
-C’est ça, sourit Lilou, heureuse.
-Quand même, tu veux vraiment tout oublier ? »

Lilou le regarda, inquiète. Elle était surprise de la réaction de son époux. Il y avait longtemps que cela ne s’était plus produit. Pourquoi les médicaments ne pouvaient-ils pas mieux aider Marcus ? Pourquoi des choses, des sentiments si simples restaient inaccessibles à son esprit ?

« Ne dis pas de bêtises ! Evidemment qu’il faut tout oublier ! Comment veux-tu continuer à vivre sinon ? répliqua-t-elle, choquée en détachant son étreinte.
-Lilou, c’est pas ce que je voulais dire…
-Il faut que tu comprennes Marcus. Nous avons été choisi, élu par les docteurs. La moindre des choses c’est de les écouter, non ? Lui expliqua-t-elle.
-Oui bien sûr, tu as raison.
-Ne me reparle jamais plus de tout ça, d’accord ?
-Oui.
-Et demain, on parlera de tes idées aux docteurs, ils te donneront un nouveau médicament et tout se passera bien.
-Je ne…
-Marcus ! L’avertit Lilou.
-Oui. Tu as raison. C’est pour mon bien, il vaut mieux que ce soit ainsi. Murmura-t-il. »

Lilou se leva, satisfaite. Grâce à elle, Marcus comprenait de jour en jour que les docteurs voulaient leur bien. D’ici quelques mois, il serait parfait. Après tout, cela n’était qu’une simple erreur de dosage du médicament. Les docteurs arrangeraient ça facilement. Tout rentrerait dans le nouvel ordre des choses et Marcus et elle vivraient heureux, dans le bunker.

« Mais quand même, Lilou, ose me dire que tu ne te rappelles pas de leur cris, à ceux du dehors, quand les docteurs ont lancé leur bombe ! Murmura son compagnon, brisant toutes les barrières qu’elle avait, jours après jours, tracées dans son esprit.

Alice