Ne pas faire de blagues au vrai patron

Bonjour, bonjour. Tiens, avant de commencer ce nouveau cours, je viens de me rendre compte que je ne m’étais même pas présenté la dernière fois, quelle tête de linotte je fais. Oui, bon, je sais, l’administration a dû vous donner mon nom, mais c’est une question de principes. Pensons aussi à nos auditeurs libres, voulez-vous, j’aimerais bien qu’ils puissent retrouver mes anciens travaux.

Donc, je m’appelle Herbert Drachon, chasseur de fantômes et d’autres entités. La dernière fois, je vous ai exposé quelques bases sur la nature de ce qui sera votre travail, et je comptais aujourd’hui parler de la classification des diverses entités, mais certains d’entre vous étaient particulièrement plus intéressés par l’idée d’en savoir plus sur les arcanistes et sur ce moment où j’ai appris à mes dépens ce qu’il se passe quand on en énerve un…

Donc, un arcaniste, c’est un type qui a appris à peu près tout ce qu’il y a à savoir sur les entités à affronter et sur les portails dimensionnels. Et si vous vous demandez pourquoi on ne l’apprend pas nous-mêmes, c’est assez simple : la vie n’aime pas les gens trop doués. Donc, il y a des « élus » pour fermer les portails, et d’autres pour affronter les bestioles qui en sortent. Le souci, c’est que les premiers ont un ego proche de celui des pires dictateurs et un sens de l’humour à l’avenant. Vous voyez le tableau…

Donc, on est deux, on part en mission, rien de bien difficile, d’autant que j’étais encore un débutant : exorciser un manoir hanté par une entité facétieuse qui passait son temps à faire de sales blagues aux propriétaires des lieux. On entre, on le repère, je lui cours après pendant que l’arcaniste s’occupe du portail et attend que je le balance dedans pour tout fermer. La routine, quoi.

Après bien des efforts et blagues vaseuses, je chope le petit diablotin et je me dis que mon nouvel ami mérite aussi sa dose de rigolade, après tout. J’avais bien étudié les diablotins, et je savais qu’on pouvait « emprunter » leurs pouvoirs si on les tenait. Je me suis donc dit que j’allais m’amuser un peu et j’ai vaguement lancé un sort de silence temporaire sur mon arcaniste. Il n’a pas duré plus de trente secondes, mais sa tête était épique, croyez-moi ! Il se croyait subitement totalement muet et c’était assez énorme, j’en ai encore un début de fou rire en y repensant.

Le problème, c’est qu’à l’époque, j’ignorais que les membres de cette caste avaient le caractère d’un dragon privé de bouffe et de trésor… Enfin, pas aussi explosif, mais tout aussi rancunier… Donc, trois semaines après, on me colle sur une autre mission avec lui. Et je sens d’entrée de jeu que quelque chose ne va pas, comme si j’étais subitement malade. Effectivement : ce con m’avait balancé TOUTES les altérations d’état possibles et inimaginables ! On arrive sur place et je suis là à le supplier comme je peux, étant entre autres muet, de m’enlever ces merdes depuis qu’on est partis !

Imaginez le tableau.
Là, il me dit que j’ai le choix : soit je remplis la mission dans cet état, ce qui était juste physiquement impossible entre le silence, le poison, la faiblesse, le sommeil qui se pointait, etc… Soit il acceptait de me rendre mon état normal, mais je devais être le coursier à tout faire des arcanistes pendant un mois. J’ai ma petite fierté, j’y ai passé six heures, mais j’ai fait le boulot dans cet état ! Il a levé les altérations, mais ce petit enfoiré était tellement vexé qu’il avait un dernier petit tour pour moi…

J’ai passé le reste de l’année à voyager entre deux dimensions de façon totalement aléatoire après ça. N’énervez JAMAIS un arcaniste, il vous fera vivre un enfer.

 

Anthony


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Des inconvénients de tuer Hitler

Est-ce que vous avez déjà fait une connerie ? Attention, j’ai pas dit une petite connerie, qu’on soit bien d’accord. Si ce que vous avez fait de pire c’est de lâcher malencontreusement votre pot de rhododendrons par la fenêtre de votre appartement du 7ème étage et tué votre grand-mère et un pigeon au passage, autant vous dire que vous pouvez passer votre chemin : vous êtes un petit joueur ! Bref, ce coup-ci, j’ai vraiment fait fort et je pense que je préférerais de loin être nu au cœur d’un volcan en éruption avec deux alligators affamés plutôt que dans ma situation actuelle.

Je sais ce que vous allez me dire : j’exagère, c’est pour me la raconter, c’est pas si terrible en fait… Eh bien si vous pensez réellement qu’être sur la tribune d’un meeting d’un parti nazi Allemand en 1939 parce que vous avez malencontreusement tué Hitler et que vous avez pas eu le temps de réagir avant de décider sur un coup de tête de le remplacer n’est « pas si terrible », je serais ravi de vous laisser ma place !

Quoi ? Comment ça c’est impossible ? Vous me traitez de menteur ? J’imagine qu’il va falloir tout vous raconter pour que vous me croyiez…
Pour tout vous dire, la journée avait vraiment mal commencé : je m’étais levé en retard et avec la salsa du démon dans la tête. Ne niez pas, ça nous est tous arrivé. Après avoir sauté le petit déjeuner, j’arrive donc en retard à mon boulot et me fait engueuler par mon patron, à savoir Jean-Eudes Philomène, antiquaire de son état. Sur ce celui-ci quitte le magasin pour aller livrer une commande très importante, et me laisse surveiller la boutique comme d’habitude. A ce moment là, je le rappelle, j’ai mal à la tête, j’ai faim, je suis pas réveillé et j’ai cette p*tain de chanson dans la tête. Autant vous dire que je suis légèrement irascible.

Sur ces entrefaites, mon boss m’appelle, totalement paniqué :
« Vincent ! C’est une catastrophe ! »
Là, je sens venir l’embrouille. Faut dire aussi que la dernière fois qu’il m’a dit ça, la statue de crocodile a prit vie et a bouffé la fille de six ans de m. Delhorme, notre plus fidèle client.
« Qu’est-ce qui se passe ?
– J’ai confondu l’objet que je devais prendre avec un banal stylo plume, il faut que je revienne tout de suite le chercher !
– Si c’est que ça m’sieur Philomène je vous l’amène votre stylo et…
– Non ! Surtout pas ! Ne touche à rien avant que j’arrive ! »

Et il raccroche. Vous me direz : mais b*rdel pourquoi t’as touché à ce stylo d*con ?! Et quelque part vous avez raison, mais pour vous montrer mon état d’esprit, je vous suggère de lire ce récit en écoutant la salsa du démon et de me faire savoir par la suite si vous ne l’auriez pas utilisé sur un coup de tête pour noter la commande de l’uniforme d’Adolf Hitler par une cliente, vous, le stylo à plume démoniaque qui fait remonter le temps.

En fait, il ne remonte pas vraiment le temps. Pour tout vous dire, il déforme plus la réalité qu’autre chose. Sur le coup, j’ai donc écrit avec ce stylo (mi par bravade, mi par stupidité je vous l’accorde) et je me suis figuré dans ma tête un meeting du parti nazi comme on en voit des photos dans les livres d’histoire. Et là, ça a merdé.

Comment, me direz-vous encore ? Eh bien je suis tombé, j’ai entendu un bruit sourd, un râle de douleur et je me suis retrouvé dans la chambre d’Adolf Hitler, chancelier allemand de son état, et plus précisément sur le dos de celui-ci, totalement écrasé par mon poids, avec toujours la salsa du démon en tête, faudrait pas rêver non plus !

Bref, je me relève et là je remarque qu’il ne bouge plus du tout. Ce qui était logique si on prend en compte qu’il ne respirait plus et que j’avais en face de moi un cadavre. Je vous laisse imaginer mon état d’esprit deux petites minutes : visualisez une montagne russe qui passe de la terreur la plus profonde à l’euphorie bêtasse puis à l’angoisse parce que vous êtes seul dans une chambre d’un bâtiment occupé par les nazis avec le cadavre du leader du Troisième Reich qui devait, je vous le rappelle, faire un discours. Et que vous avez une chanson de m**de dans la tête.

Je vous l’accorde, j’aurais pu réfléchir plus. Mais encore une fois, j’aurais bien aimé vous y voir ! Toujours est-il que dans la panique j’ai balancé le cadavre sous le lit, prit l’uniforme du Führer, coiffé mes cheveux avec une raie sur le côté et fait couler de l’eau avec de la mousse à raser pour faire croire qu’il s’était rasé la moustache.

Et me voilà, seul sur une immense tribune, avec plusieurs milliers de gugusses nazi peu sympathiques en train de me faire coucou, dans un uniforme trop petit pour moi, ma casquette enfoncé sur mon visage, la salsa du démon en tête et maudissant mon choix de prendre espagnol en LV2. Oui, parce que là, je suis sensé leur parler et leur donner un beau discours quand même.

En attendant je lève la main et là plus un bruit. Ils attendent tous et moi je dois dire quelque chose en Allemand sachant que les seuls mots que je connaissent veulent respectivement dire Bonjour et Merde, ce qui fait un discours plutôt réduit. Encore une fois dans ces moments-là, le stress est trop grand. Alors bien sûr j’ai fait une connerie mais honnêtement j’y pensais depuis le début de la journée et… Ouais non j’ai fait une belle connerie.

La foule se taisait, pendue aux lèvres du Führer, attendant ses moindres mots. Celui-ci, étonnement plus grand que d’habitude s’approcha du micro et dans un murmure, comme s’il n’avait pas voulu s’adresser à elle :
« C’est la salsa du démonnnn, la salsa du démon… Oh m**de ! Euh… ScheiBe ? »

 

Alice

PTDR news

« Madame monsieur bonsoir et bienvenue sur PTDR news ! Aujourd’hui dans l’actualité un six-tonnes n’a pas renversé l’autocar qui amenait l’équipe de France pour disputer son match annuel contre l’équipe du Sealand. Le soulagement est évidemment intense. Autre bonne nouvelle, l’accord de paix entre les différents océans marins vient enfin d’être signé. Nous retrouvons tout de suite notre envoyé spécial sur place : Alex Terrieur. Alex est-ce que vous nous recevez ?

– OUI ALAIN JE VOUS REÇOIS TRÈS BIEN MALGRÉ LE BRUIT ! ICI, COMME VOUS LE VOYEZ, C’EST LA LIESSE GÉNÉRALE APRÈS LA SIGNATURE DU TRAITÉ QUI MET FIN À LA TERRIBLE GUERRE D’INTÉRÊT ENTRE L’OCÉAN PACIFIQUE ET L’OCÉAN ATLANTIQUE ! GUERRE QUI A FAIT DE NOMBREUX MORTS PARMI LES OTARIES NOTAMMENT, MAIS ÉGALEMENT PARMI LES POISSONS CLOWNS ! D’AILLEURS PERSONNE N’EST TRÈS SÛR DE LA SUITE DES ÉVÉNEMENTS EN CE QUI CONCERNE LES NOMBREUX RÉFUGIÉS HIPPOCAMPES DANS L’OCÉAN INDIEN, RÉFUGIÉS QUI, RAPPELONS-LE, VIVENT TOUJOURS DANS DES CONDITIONS INSALUBRES MALGRÉ L’AIDE INTERNATIONALE PROMISE ! MAIS POUR L’HEURE LE MONDE ENTIER SEMBLE GLOBALEMENT ÊTRE TOURNÉ VERS L’ESPOIR !

– Merci Alex, nous regardons en ce moment même les images de la signature du traité entre les dauphins et les anémones de mer. Des images fortes qui montrent un réel désir d’amitié commune. A la une également, la fin des Jeux olympiques français où notre équipe nationale a remporté l’intégralité des médailles, faute de participants. Nous retrouvons tout de suite notre envoyée Thérèse Ponsable :

– Oui bonjour Alex ! Je peux vous dire une chose : ici c’est la fête, les nombreux français qui étaient venus soutenir leur équipe laissent éclater leur joie. Ce sont vraiment de belles images dans le tout nouveau stade de l’assemblée nationale, qui a été construit, je vous le rappelle, à la place de l’hémicycle pour les besoins de la compétition. Ici comme vous pouvez le voir c’est sans surprise que les français ont encore gagné l’épreuve des 500 mètres haies administratifs. Pour rappel cette épreuve consiste à courir durant 500 mètres en enjambant des secrétaires ou des files d’attentes, le tout avec son dossier d’assurance-vie en 18 exemplaires.
– Oui Thérèse, sans doute une des épreuves où notre équipe est la plus attendue par nos compatriotes, avec bien sûr la compétition du plus gros mangeur de crêpes bretonnes. Qu’en est-il des pays concurrents ?

– Eh bien Alex, cette épreuve détient le plus haut score de pays inscrits avec la France, le Sealand, le Vatican, le Lichtenstein et la Corée du Nord. On peut dire qu’ils s’attendaient à cette défaite, la France détient le titre de champion du monde depuis maintenant dix ans rappelons-le, mais on ne peut que souligner leur persévérance et leur enthousiasme : c’était du beau sport !
– Merci Thérèse ! Tout de suite notre point bourse avec notre experte en humourologie : Eva Nouissement. Alors Eva, quelles sont les nouvelles ?
– Eh bien Alex, cette journée a été marquée par un coup dur pour les blagues carambars qui ont chuté de 6 points et sont donc définitivement sorties du top 50 des blagues à influences mondiales. Par contre, il faut noter le formidable redressement des blagues du type « ta mère est » et des chuck norris facts qui regagnent respectivement 3 et 2,8 points. Enfin et c’était prévisible en cette période de fête, on constate comme tous les ans une baisse de 4,6 points pour les calembours de type « noyeux joël et bananier ».
– Merci beaucoup Eva ! Chers téléspectateurs nous nous retrouvons juste après la pub pour un point météo ! C’était Alex Terrieur, en direct de PTDR news ! »

 

Alice

La mort est une fangirl

« Ca ne peut plus durer, ça fait plus d’une semaine que j’attends là ! Dites-moi ce que je dois faire, sinon, donnez-moi un endroit où aller ! Si j’avais su que je devrais rester comme ça aussi longtemps, j’aurais au moins allumé la télé…
– Oui monsieur, j’entends bien… Je vais les relancer. »
Le jeune secrétaire raccrocha le combiné, s’épongea le visage et se détourna de ses clients pour taper un nouveau rapport pour ses supérieurs. C’était déjà le douzième de la journée.

« Sujet : nouvelle plainte de clients, MAGNEZ-VOUS BON SANG ! »
Quelques étages plus haut, la réaction suite à cet énième rapport ne se fit pas attendre :
« Bon, Maryline, ça suffit maintenant, on vient d’en recevoir un autre, il est temps de vous reprendre en main, soupira Claire, la nouvelle assistante du Bureau des Morts du domaine Ouest.
– Non, je ne veux pas… On peut attendre encore un peu… Rien ne presse, les gens vivent plus longtemps, en meilleure santé et moi, je pourrai profiter en paix de ma série ! répliqua alors la susnommée.
– Plus longtemps, oui, en meilleure santé, ça je n’en suis pas sûre… La réception a reçu un appel d’un homme pendu depuis plus de quatre jours, et un autre d’une jeune fille qui est bloquée, un couteau dans l’estomac, et qui ne peut ni le retirer, ni mourir en paix. Ça suffit, à un moment ! »

La mine de la jeune assistante virait progressivement au rouge. Bien qu’elle n’avait rejoint l’entreprise que depuis peu, elle avait déjà bien cerné le caractère de son employeuse. Et elle savait qu’elle pouvait être très bornée. Mais Maryline ne bougea pas d’un pouce. Elle resta le visage cloué à son écran, les yeux de plus en plus humides.
« J’AI DIT NON ! cria-t-elle alors. Tu es encore bien trop jeune pour comprendre la complexité de l’amour ! Je ne peux simplement pas m’y résoudre, attendez encore qu’il termine une ou deux saisons avant de l’embarquer. Moi, c’est simple, je n’enregistrai pas son nom, tant que l’histoire ne sera pas terminée.

– Mais, Maryline… Vous savez bien qu’il y a un ordre à respecter, si vous bloquez un mort, toute la chaîne reste en suspens ! Imaginez le chaos que vous êtes en train de créer chez les vivants ! tenta Claire une dernière fois.
– Eh bien tant pis pour eux ! Ce n’est pas parce que mon chouchou a fait une malheureuse apparition dans une maudite émission culinaire qu’il doit en payer de sa vie ! Tant que je serai aux commandes, ce garçon continuera à vivre et à jouer dans cette série ! »
Quelque part, dans le monde des vivants, dans un quelconque studio de réalisation, deux stagiaires discutent à voix basse :

« Eh, t’es sûr qu’ils peuvent continuer la production comme ça ? Je veux dire, Eric a pris sacrément cher, tout de même… commença le premier.
– C’est vrai qu’il a l’air bien amoché… Que lui est-il arrivé ?
– Tu ne le sais pas ? Il s’est rendu en tant qu’invité dans une émission de cuisine populaire, « Les bonnes recettes de Tante Agathe », mais, elle a malheureusement mal tourné. Et maintenant il est comme ça… C’est fou, normalement, n’importe qui serait mort sur le coup, mais il a survécu ! Enfin, si on peut appeler ça « survivre » … Et il persiste à vouloir continuer le tournage malgré son état. »
Un peu plus loin, sur le plateau de tournage, Eric Hochet, jeune acteur en vogue de 23 ans, répétait son texte. Rien de bien étrange dans cette scène de dénouement et de révélations. Mis à part l’acteur principal qui, vêtu d’un costume noir, revolver en main, devait interpréter son personnage avec une porte de micro-ondes à moitié encastrée dans l’abdomen.

 

Nouillechan

Comment développer rapidement un bon jeu vidéo

Bureaux de Dreamer Games, Santa Monica, Californie. 2 février 2017, 10H33
— Bien, messieurs, il faut savoir regarder la réalité en face : notre dernier exercice fiscal est un désastre ! Pas de quoi mettre l’entreprise dans le rouge, mais on a le droit de commencer à paniquer un peu. Alors, si on ne veut pas que Dreamer Games mette la clé sous la porte d’ici quelques années, il va falloir commencer à imaginer des concepts marketing qui marchent !
— Et pourquoi pas des concepts de jeux, plutôt ? Je crois que ça aiderait.
Le regard noir du directeur se fixa sur son employé après ces mots.
— Oui, enfin, moi, ce que j’en dis, après tout…
— Bon, l’heure est grave ! On va faire comme les autres Japonais, là, de chez Carré, ou je sais plus comment… On va copier la concurrence pour se sauver ! Trouvez-moi ce qui marche et faites du marketing à mort ! Et je veux ça pour hier !

Bureaux de Dreamer Gamer, studio de développement interne, 10H54
— Pfff, il est marrant, le boss, mais si il croit que c’est facile d’arriver avec une nouvelle idée…
— Bah, on peut aller voir les voisins. Tu sais, Actif je sais plus quoi, on est dans la même ville. Qu’est-ce qui marche, chez eux ?
— Le FPS bourrin ras du front sans scénario avec une communauté multi au QI digne d’un banc d’huîtres avariées, je crois…
— Bah voilà, on n’a qu’à faire ça, ça doit pas être bien difficile. On va laisser le marketing s’occuper du reste côté titre et pub, et c’est dans la poche. Allez, au boulot, c’est l’heure pour la grande Amérique d’aller sauver le monde ! Si avec ça, on n’a pas le public ET le Président dans la poche…

Bureaux du marketing de Dreamer Games, 13H42
— Ok, on a mis nos développeurs sur une nouvelle licence, il est temps de s’occuper du reste. Donc, comment on va l’appeler et la vendre ?
— On peut reprendre les codes publicitaires du concurrent direct, ça devrait marcher. Et miser sur la masse de DLC dès la sortie, ils aiment, ça.
— Ok, on a le genre, je vois la campagne pub qu’on peut faire… Mais comment on va l’appeler ?
— Je sais pas, il nous faut un truc original et puissant, tu vois… Hum… Je sais ! Medal of Duty : The Call of Honor ! Original et jamais vu, personne va nous tomber dessus ! Au pire, on dira que tout le monde copie tout le monde, hein, c’est la base du milieu et du genre : tout se ressemble à se cloner à chaque épisode.

Bureaux de Dreamer Games, 2 février 2018, bilan de l’année 2017, 9H21
— Messieurs, c’est un triomphe ! Notre nouveau jeu a enterré la concurrence et a remporté le titre de jeu le plus vendu de l’année ! Alors, maintenant, je veux des suites et des spin off jusqu’à plus soif, autant y aller à fond ! Remercions tous Saint Bobby pour ses sublimes idées qui ont révolutionné notre domaine et notre passion.

 

Anthony

Le MMO pour les nuls

Quelque part dans une forêt quelconque paumée au milieu d’un MMO quelconque, deux joueurs discutent :

« B*rdel mais il br*nle quoi LittleLucky ?! s’exclama TheGreatCountVlad. (Véritable nom : Vladimir Kroloc)
– Comment veux-tu que je le sache ? lui répondit PetitVampyrDu666. (Véritable nom : Archibald Perceval Von Blood)
– Ça va bientôt faire une heure qu’on poireaute dans cette forêt ! Y a quelque chose qu’il ne comprend pas dans le terme « Évènement exceptionnel à durée limitée ». Avec ses conneries, on va se faire coiffer au poteau et louper le loot ultra-rare !
– T’es sûr qu’on a, au moins, le niveau requis et le bon stuff pour pouvoir la réussir cette quête ?
– Bien sûr que oui ! Avec un tank, un mage, un guerrier et un healer, on devrait pouvoir se dépatouiller sans le moindre problème.
– Au fait, Arthur est toujours pas là, non plus.
– Ah mais c’est vrai ça, où qu’il est notre chevalier des enfers ?! »

Au moment même où Vlad finit sa phrase, un hurlement retentit dans leur dos. Les deux se retournèrent au même moment pour voir un guerrier en armure rouge leur foncer dessus. Ils s’écartèrent tandis que ce dernier poursuivait sa course effrénée tout en continuant de gueuler comme un veau.

« C’était ?
– Je crois bien… »

Pas le temps de réagir. Au bout de quelques secondes, le type qu’ils avaient à peine eu le temps d’entrapercevoir repassa entre eux mais, cette fois-ci, ce ne fut pas en courant mais en faisant un magnifique vol plané juste avant de s’écraser lourdement sur le sol dans un fracas métallique qui attira tous les mobs postés à dix lieues à la ronde. Le sol se mit alors à trembler tandis que les arbres s’effondraient les uns derrière les autres laissant apparaître un dragon gigantesque, couvert de cicatrices, à l’œil gauche crevé et dans le dos duquel se trouvaient fichées des centaines d’armes. On pouvait voir flotter au dessus de sa tête ses stats : LVL : 299, PV : 6666666666666, Défense : infinie, Attaque : infinie. Il était entouré de centaines d’autres monstres. Tandis que les deux compères l’observaient, il finit par remarquer leur présence. Il les fixa quelques instants avant de pousser un hurlement sinistre :

« Je crois que je me suis fait dessus… murmura Archibald.
– Cours ! »

Alors qu’ils tentaient d’échapper à la horde monstrueuse, Vladimir cracha :

« P*tain de m*rde, ce mec est une foutue tanche de noob de mes deux ! Je m’en vais aller lui coller une balle en argent dans la couenne dès qu’on a fini cette mission !
– Je suis pas vraiment sûr qu’Arthur apprécie le geste…
– Oh toi, continue de courir et ferme-là ! »

Alors qu’ils commençaient à apercevoir une ville se profiler à l’horizon, le même chevalier qu’ils avaient croisé auparavant se heurta contre eux :

« Salut les gars ! Ça va ? demanda celui-ci.
– Nom de Dieu ! Arthur, c’est pas le moment ! lui répliqua Vlad.
– Franchement, t’es pas pas cool de me parler comme ça ! J’étais parti déblayer le terrain pour vous faciliter le boulot et…
– Tu t’es pris une sacrée raclée ! Résultat des courses : on a la moitié de la map aux miches !!!
– Mais de quoi tu parles ? Y a personne derrière vous. Si vous étiez poursuivis, les autres ont lâché l’affaire.
– Je crois bien qu’il a raison, ajouta PetiVampyrDu666 en tournant la tête afin de vérifier si c’était bien le cas. »

Une voix retentit soudainement dans le ciel : L’évènement du jour est terminé. Merci d’y avoir participé.

Quelques heures plus tard dans une ville quelconque perdue au milieu d’un MMO quelconque :

Vlad avait du mal à contenir sa rage. Il valait donc mieux éviter de lui adresser la parole, ce que son cousin évita soigneusement de faire. C’est alors que lui et PetitVampyrDu666, rencontrèrent, au detour d’une ruelle, leur healer. Archibald le salua et avant même qu’il ait pu lui demander quoi que ce soit, Vladimir prit la parole :

« Bon sang LittleLucky ! T’étais passé où ?
– Ben, je vous cherchais partout…
– Comment ça tu nous cherchais ?! On avait pourtant convenu d’un lieu de rendez-vous, non ?
– Oui mais lorsque je suis arrivé y avait plus personne et c’était un foutoir sans nom.
– Ah ben ça, faut dire qu’Arthur a fait une entrée remarquée et que ça été vite le bazar, répliqua pensivement Archibald.
– On avait dit quoi à ce sujet ?! lui dit Vladimir en le fusillant du regard.
– Désolé…
– Il n’empêche que j’ai eu de la chance. Pendant que vous aviez foutu le camp, j’ai fini le donjon et j’ai réussi à récupérer un stuff de malade ! expliqua joyeusement LittleLucky.
– Et tu l’as sur toi ?! s’enquit Vlad, reprenant du poil de la bête.
– Ben non ! Tu voulais que je fasse quoi d’une épée, même surcraquée. Je l’ai vendue au premier marchand venu. Elle m’a rapporté un joli pactole avec lequel je me suis acheté un super bâton de sage ! »

Vladimir n’en croyait pas ses oreilles :

« Ce con réussit à choper l’épée la plus rare et la plus goldée du jeu et le premier truc qu’il trouve à faire, c’est de la mettre au clou !
– Vlad, calme-toi. Tu sais que c’est pas bon pour toi de…
– KYAAAAAAAH !!! »

Message technique : Suite à la destruction intégrale d’une des cités elfiques du jeu, celui-ci ne pourra pas être mis en ligne avant quelques jours. Les joueurs suivants sont bannis définitivement :

– TheGreatCountVlad
– LittleLucky
– ArthurDu12
– PetitVampyrDu666.

 

Mickaël 

Comment se débarrasser d’un esprit malfaisant

« Allô, Agence du Paranormal et de l’Étrange, ou APE si vous n’avez pas le temps, ici l’agent Lombardi-Hwang à l’appareil, j’écoute ?
– Allô ! » La voix de la femme à l’autre bout de la ligne est complètement paniquée, à bout de souffle. « Oui, aidez-moi, il y a un esprit malfaisant chez moi !
– En êtes-vous sûre ?
– Absolument ! »

Celeste Lombardi-Hwang attrape un bout de papier et note l’adresse de la femme, puis décroche et se lève, annonçant qu’il part en mission. Ses collègues le saluent puis retournent à leurs propres préoccupations. Il met son manteau, attrape sa sacoche de matériel et descend rapidement les escaliers de l’immeuble, sort dehors, hèle un taxi. Celeste ouvre sa sacoche une fois dans la voiture pour vérifier que toutes ses affaires sont dedans : Ghost Box, capteur EMF, radio, caméras de surveillances, câbles, lampe torche, caméra thermique, capteur d’ultrasons, kit de premiers soins, un calepin et un crayon, ainsi que des biens plus personnels, boxer de rechange, seringues pour ses hormones, un vieux talkie-walkie qui ne sert plus à rien, un charme magique, et un badge avec un éléphant dessiné dessus. Parfait, il a tout ce dont il aura besoin.

Lorsque le taxi s’arrête, Celeste lui balance rapidement l’argent dans la main et sort, manque trébucher sur le trottoir, balance une flopée d’insultes à personne en particulier puis se précipite vers l’immeuble de la femme qui l’a appelé au secours, et fracasse son poing contre l’interphone.

« Agent Lombardi-Hwang, présent !
– Qui êtes-vous ?
– Attends mauvais bouton. » Celeste a oublié de demander le nom de la femme. Il essaye chaque nom, les uns après les autres, jusqu’à enfin tomber sur le bon (« Angelica Schyler »). « Agent Lombardi-Hwang, présent…
– Oui ! Je vous attendais ! »

La porte s’ouvre, Celeste prend l’ascenseur et la rejoint rapidement au dernier étage, c’est un long voyage dans l’ascenseur alors il fait des sudokus en attendant. Une fois arrivé, il salue Angelica qui lui ouvre la porte en pleurant, elle le prend dans ses bras pour se consoler mais il la repousse gentiment, Celeste ne supporte pas le contact physique alors que vous ayez un démon chez vous ou pas, il s’en fout, pas de câlin. Il regarde autour de lui et renifle, passe la main sous son nez pour vérifier qu’il ne saigne pas. Celeste soupire de soulagement en voyant ses doigts propres.

« Très bien, expliquez-moi ce qui se passe alors, Madame, dit-il en posant sa sacoche et se tournant de nouveau vers elle.
– Depuis quelques temps, je… je vois une créature maléfique à chaque fois que je regarde dans un miroir… elle est vraiment immonde. Je ne sais pas si c’est un démon, un poltergeist ou autre mais… Ce n’est pas humain. Elle me suit. Je la vois dans les reflets, la sent, son ombre me nargue constamment… »
Celeste ouvre la sacoche et en sort le calepin et le crayon, commençant à noter ce qu’Angelica lui raconte en hochant de temps en temps la tête pour lui faire comprendre qu’il écoute.

« Oh, Monsieur Lombardi-Hwang, vous ne pouvez pas imaginer à quel point c’est difficile pour moi le matin de me maquiller… ou alors me brosser les dents… le simple fait d’apercevoir un miroir me terrifie…
– Montrez-moi. »

Extrêmement nerveuse, Angelica l’emmène dans la salle de bain. Un miroir est posé au-dessus du robinet, sur le mur perpendiculaire à la porte. Silencieux, les nerfs à vif, ils s’approchent, comme si l’esprit ne pourrait ressentir leurs présences si ils ne faisaient aucun bruit. Un long moment s’écoule sans qu’ils ne fassent quoi que ce soit, refusant de fermer les paupières, de cligner des yeux, ne serait-ce que pour l’espace d’un instant, ne pouvant faire un pas de plus en avant, de peur de se retrouver devant cette créature immonde, qui vit de l’autre côté des miroirs, à moins qu’elle ne vive du nôtre, mais qu’on ne puisse pas la voir…
Angelica ose enfin regarder le miroir et hurle de terreur, recule, éclate en sanglot.

« Là ! Il est là ! Ne le voyez-vous pas ?!
– C’est juste votre tête Madame. Vous êtes moches. »
Affaire réglée. Encore une victoire pour l’Agence du Paranormal et de l’Étrange.

Cupcake Nie

SAV de La Mort bonjour !

« Service après-vente de La Mort bonjour, que puis-je pour vous ? demanda Vincent sur un ton monocorde.
-Bonjour monsieur, pour tout vous dire, c’est pour une réclamation…
-Vous savez c’est rarement pour me dire qu’il fait beau aujourd’hui. Cela dit vu que le temps n’existe pas ici ce serait un peu bête… Bref cette réclamation, c’est pourquoi ?
-Eh bien voilà, il se trouve que je ne suis pas satisfait par mon… hem… état actuel si je puis dire…
-C’est-à-dire ?
-Eh bien je pense que la date qui m’a été attribuée devrait être revue !
-Je vais voir ça… Vous vous appelez comment ?
-Napoléon Bonaparte.
-Oh non monsieur Bonaparte, c’est la troisième fois que je vous le répète, maintenant c’est fini ! Vous ne pouvez pas changer comme bon vous semble la date de votre mort comme ça enfin !
-Mais c’est injuste ! Les français ont besoin de moi !
-Je vous assure, les français s’en sortent très bien sans vous. Et même, vous imaginez si vous reveniez après 200 ans sans prévenir ? Ce serait un bordel sans nom ! Non vraiment, c’est impossible n’insistez pas !

-Mais monsieur…
-J’ai dit non ! Maintenant si vous voulez bien m’excuser, j’ai un autre appel. Oui allo ? Service après-vente de La Mort, bonjour ? Que puis-je faire pour vous ?
-Eh bien voilà : je m’appelle Edmund Ravoli. J’ai été mis au courant comme prévu de la date de ma mort qui aura lieu demain et je me demandais : j’ai vu que je me faisais transpercer par un sabre.
-Attendez voir, oui c’est exact.
-Le problème c’est que j’ai très peur du sang, alors je me demandais si on ne pourrait pas un peu adapter ça ?
-Euh… Si vous voulez, mais il faut que ça reste logique…
-Oh ce n’est pas un problème, je suis scénariste amateur ! Nous sommes donc bien d’accord que ma fiancée doit prendre le sabre qui appartenait à ma grand-mère et me transpercer avec lors d’une violente scène d’altercation ?
-En effet.

-Bien donc : tout d’abord ma fiancée se fait enlever par des aliens, puis ayant réussi à s’échapper, elle leur subtilise un désintégrateur de molécules. Elle rentre chez elle et fait trop cuire les pâtes, ce qui crée un incendie. Moi, fier héro de cette histoire, j’arrive et je la sauve des flammes. Mais il y a un mais ! En effet, me rendant compte qu’elle a fait trop cuire les pâtes, je démarre une violente scène de ménage et je lui lance une partie du mobilier, qui est évidemment en feu. Elle réplique alors avec le désintégrateur et je meurs donc sans voir la moindre goutte de sang ! Cela dit j’ai un peu peur des échardes à cause des meubles en bois donc il me faudrait le temps de racheter une série de meubles en métal mais après ça brûlerait moins bien et…
-Ok, alors apparemment c’est la journée des cons donc vous allez éteindre votre téléphone, rentrer chez vous, faire vous-même vos pâtes et attendre que votre copine vous transperce avec le sabre de votre grand-mère, point final !
-Mais enfin monsieur, puisque je vous dis que…
-Ce n’est pas négociable. De toute façon on n’aurait jamais dû commencer à donner aux gens la date de leur mort un jour avant, ça ne fait que surcharger de boulot mon service !
-Je suis désolé pour ce qui est des conditions de travail chez vous mais réellement je ne supporte pas le sang et…
-Oh mais vous allez la fermer et… »
Un gigantesque bruit retentit et le bureau dans lequel se trouvait Vincent explosa.

« Qu’est-ce qui s’est passé ici? demanda Sandra, sa collègue, en revenant de sa pause.

-Pas grand chose, le fan club d’Elvis qui a encore fait des siennes… grommela Vincent.
-Faudra quand même leur expliquer un jour qu’on ne peut pas techniquement mourir… »

Alice

Comment devenir une star d’Internet

« Une caméra, un micro, Adobe Pro, une carte SD, une bonne connexion Wi-Fi, une vierge à sacrifier… Je pense que je suis prêt ! »
Je pose fièrement mes mains sur les hanches, regardant, les yeux légèrement plissés, tous les éléments qui sont postés devant moi. Mon appareil photo qui me fixe de son objectif, le micro qui pendouille au bout d’une perche que j’ai fabriquée moi-même, mon ordinateur dans un coin avec le logiciel de montage déjà en route, et une jeune femme en pleurs attachée au pied de mon lit. Il n’y avait plus qu’à tracer le pentagramme maintenant.

« Bon, bah au boulot, dis-je joyeusement, saisissant une craie et poussant la poussière avec mon pied.
– Est-ce que tu es sûr que c’est vraiment la meilleure façon de devenir connu sur YouTube ? »
Les sourcils froncés, je me tourne vers Ophélie, ma meilleure amie, qui me regarde d’un air circonspect, jouant avec ses cheveux. Elle pointe la vierge kidnappée du doigt, puis la craie dans ma main.

« Je veux dire, j’étais à peu près sûre que pour être connu, il fallait surtout du talent, pas faire un pacte avec Satan.
– Et tu crois que PewDiePie et Cyprien, il sont devenus connus seulement grâce à leur talent ?
– Ben… ouais. »

Je pouffe et hausse les épaules devant tant de naïveté, puis commence à tracer mon pentagramme, concentré, prenant aussi longtemps que possible pour faire un cercle parfait, puis me redresse et l’admire, fier de mon travail. J’attrape une canette de soda à côté de moi et la bois. Je le mérite.

« Ton cercle il est ovale. »
Le soda se coince dans ma gorge et je tousse violemment pendant de longues secondes avant de regarder Ophélie à nouveau, commençant à m’impatienter un peu.
« Il est pas ovale, il est rond.
– Non, non, je te jure, de mon point de vue il est ovale.
– Est-ce que Satan est un maniaque de la géométrie ? »

Elle hausse les épaules et répond qu’elle ne sait pas, je hoche la tête d’un air satisfait, et recommence à tracer le signe cabalistique. D’abord la première branche de l’étoile… puis la deuxième…
« Ton étoile, on dirait un triangle.
– C’est normal, Ophélie. Au début, ça ressemble toujours à un triangle.
– Oui mais pas un triangle rectangle. T’as raté ton triangle. » Elle prend une gorgée de jus de fruit avec sa paille. « Refais ton triangle.
– T’es pas vierge, Ophélie, par hasard ?
– Non.
– Dommage. »

Je jette un coup d’œil à la jeune femme attachée, vérifie qu’elle chiale bien toujours, puis continue avec mon triangle qui, certes, est rectangle, mais bon ça n’a aucune importance, j’ai pas dit que je voulais devenir le YouTuber le plus connu au MONDE non plus, je peux me permettre d’avoir un pentagramme un peu nul.
« Une autre question, fait Ophélie, me faisant grogner mais relever la tête vers elle malgré tout.
– Plaît-il ?
– Tu crois aux démons, toi ? »

Une petite exclamation s’échappe de mes lèvres et je me redresse, posant une main sur ma poitrine, bombant le torse. Là est tout mon génie. Je désigne la femme du bout de ma craie, puis le pentagramme presque fini maintenant.
« Non, je ne crois pas aux démons. En revanche ! Je crois au bad buzz médiatique. Allume la caméra s’il-te-plaît. »
Ophélie hoche la tête d’un air résolu et se poste derrière l’appareil photo, appuyant sur le bouton.

CupcakeNie

Le jour où j’ai trouvé un boulot sans le chercher !

Pardon ? Vous voulez savoir mon boulot ? Oh, je crois qu’il serait plus intéressant que je vous raconte comment je l’ai eu, avant de vous dire de quoi il s’agit. Il faut bien admettre, les circonstances étaient loin d’être ordinaires… En fait, je me promenais tranquillement un jour, quand il s’est mis à neiger. Rien d’anormal, dites-vous ? Non, en effet, en plein mois de juillet, rien d’anormal, tout à fait. Bref. Étant bien évidemment plus qu’intrigué par ce phénomène, d’autant qu’il semblait se limiter à la forêt où j’étais alors, je me suis arrêté, me demandant si je rêvais, et la curiosité l’a emporté : il fallait que je sache ce qu’il se passait.

Bon sang, quelle idée ça a été… J’ai continué d’avancer, regardant partout autour de moi et même au-dessus, et ce qui devait arriver arriva : je suis tombé dans une bonne grosse fosse. Non, pas un vague trou comme ça en plein milieu des bois, hein, vraiment la grosse fosse de compét faite pour piéger ce qui tombe dedans. Me voilà donc totalement désespéré, ne sachant pas comment j’allais me sortir de ce merdier, d’autant qu’il n’y avait personne dans le coin. Enfin, ça, c’est que je croyais.

Parce que, justement, à peine cinq minutes après, je vois sauter un gros bonhomme dans la fosse, et nous voilà à passer à travers le sol pour atterrir ailleurs. Oui, je vois vos regards incrédules, là, mais c’est la vérité. Et on a atterri ailleurs, dans une autre fosse… De laquelle il s’est tiré avec un simple saut, au fait. Non mais, arrêtez de me regarder comme ça ! Je vous dis que c’est la stricte vérité ! Mais j’ai pas fini, hein !

Bref, il a remis ça pas mal de fois, jusqu’à ce qu’il remarque enfin ma présence. Je vous passe les termes exacts de la « conversation », sachez juste que j’en ai bien pris pour mon grade et menaçait de me remettre aux autorités de son pays. Oui, on avait carrément changé de pays. Bon, j’ai réussi à le convaincre que c’était un accident stupide, et il a fini par se calmer. Enfin, un peu. Après ça, il est parti à râler sur son boulot, dont il m’a expliqué les détails et que c’est parce qu’il avait des deadlines tellement pétées qu’il s’était mis à boire et trouver un moyen d’expédier tout ça avec des portails dimensionnels comme ceux qui nous avaient emmenés un peu partout. Cela dit, ça marchait moyennement, vu qu’on était donc en juillet, et qu’il avait bien dépassé…

Là, je me dis que y a peut-être un créneau à prendre et que je pourrais l’aider, s’il me présentait à ses patrons, tout ça, vous voyez… Sauf qu’il m’a juste demandé si j’étais bien certain de vouloir le faire et, dès que j’ai confirmé, m’a refilé tout son matos, y compris sa tenue et ses super bottes, le reste de sa mission du jour, une adresse pour aller dire aux supérieurs que j’ai tout pris en charge, et hasta la vista, y avait plus personne !

Bref, depuis ce jour, je vis en Laponie et je suis officiellement l’actuel Père Noël… Et je sens que je vais me trouver un pigeon aussi dans pas longtemps.

 

Anthony