Comment se débarrasser d’un esprit malfaisant

« Allô, Agence du Paranormal et de l’Étrange, ou APE si vous n’avez pas le temps, ici l’agent Lombardi-Hwang à l’appareil, j’écoute ?
– Allô ! » La voix de la femme à l’autre bout de la ligne est complètement paniquée, à bout de souffle. « Oui, aidez-moi, il y a un esprit malfaisant chez moi !
– En êtes-vous sûre ?
– Absolument ! »

Celeste Lombardi-Hwang attrape un bout de papier et note l’adresse de la femme, puis décroche et se lève, annonçant qu’il part en mission. Ses collègues le saluent puis retournent à leurs propres préoccupations. Il met son manteau, attrape sa sacoche de matériel et descend rapidement les escaliers de l’immeuble, sort dehors, hèle un taxi. Celeste ouvre sa sacoche une fois dans la voiture pour vérifier que toutes ses affaires sont dedans : Ghost Box, capteur EMF, radio, caméras de surveillances, câbles, lampe torche, caméra thermique, capteur d’ultrasons, kit de premiers soins, un calepin et un crayon, ainsi que des biens plus personnels, boxer de rechange, seringues pour ses hormones, un vieux talkie-walkie qui ne sert plus à rien, un charme magique, et un badge avec un éléphant dessiné dessus. Parfait, il a tout ce dont il aura besoin.

Lorsque le taxi s’arrête, Celeste lui balance rapidement l’argent dans la main et sort, manque trébucher sur le trottoir, balance une flopée d’insultes à personne en particulier puis se précipite vers l’immeuble de la femme qui l’a appelé au secours, et fracasse son poing contre l’interphone.

« Agent Lombardi-Hwang, présent !
– Qui êtes-vous ?
– Attends mauvais bouton. » Celeste a oublié de demander le nom de la femme. Il essaye chaque nom, les uns après les autres, jusqu’à enfin tomber sur le bon (« Angelica Schyler »). « Agent Lombardi-Hwang, présent…
– Oui ! Je vous attendais ! »

La porte s’ouvre, Celeste prend l’ascenseur et la rejoint rapidement au dernier étage, c’est un long voyage dans l’ascenseur alors il fait des sudokus en attendant. Une fois arrivé, il salue Angelica qui lui ouvre la porte en pleurant, elle le prend dans ses bras pour se consoler mais il la repousse gentiment, Celeste ne supporte pas le contact physique alors que vous ayez un démon chez vous ou pas, il s’en fout, pas de câlin. Il regarde autour de lui et renifle, passe la main sous son nez pour vérifier qu’il ne saigne pas. Celeste soupire de soulagement en voyant ses doigts propres.

« Très bien, expliquez-moi ce qui se passe alors, Madame, dit-il en posant sa sacoche et se tournant de nouveau vers elle.
– Depuis quelques temps, je… je vois une créature maléfique à chaque fois que je regarde dans un miroir… elle est vraiment immonde. Je ne sais pas si c’est un démon, un poltergeist ou autre mais… Ce n’est pas humain. Elle me suit. Je la vois dans les reflets, la sent, son ombre me nargue constamment… »
Celeste ouvre la sacoche et en sort le calepin et le crayon, commençant à noter ce qu’Angelica lui raconte en hochant de temps en temps la tête pour lui faire comprendre qu’il écoute.

« Oh, Monsieur Lombardi-Hwang, vous ne pouvez pas imaginer à quel point c’est difficile pour moi le matin de me maquiller… ou alors me brosser les dents… le simple fait d’apercevoir un miroir me terrifie…
– Montrez-moi. »

Extrêmement nerveuse, Angelica l’emmène dans la salle de bain. Un miroir est posé au-dessus du robinet, sur le mur perpendiculaire à la porte. Silencieux, les nerfs à vif, ils s’approchent, comme si l’esprit ne pourrait ressentir leurs présences si ils ne faisaient aucun bruit. Un long moment s’écoule sans qu’ils ne fassent quoi que ce soit, refusant de fermer les paupières, de cligner des yeux, ne serait-ce que pour l’espace d’un instant, ne pouvant faire un pas de plus en avant, de peur de se retrouver devant cette créature immonde, qui vit de l’autre côté des miroirs, à moins qu’elle ne vive du nôtre, mais qu’on ne puisse pas la voir…
Angelica ose enfin regarder le miroir et hurle de terreur, recule, éclate en sanglot.

« Là ! Il est là ! Ne le voyez-vous pas ?!
– C’est juste votre tête Madame. Vous êtes moches. »
Affaire réglée. Encore une victoire pour l’Agence du Paranormal et de l’Étrange.

Cupcake Nie


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SAV de La Mort bonjour !

« Service après-vente de La Mort bonjour, que puis-je pour vous ? demanda Vincent sur un ton monocorde.
-Bonjour monsieur, pour tout vous dire, c’est pour une réclamation…
-Vous savez c’est rarement pour me dire qu’il fait beau aujourd’hui. Cela dit vu que le temps n’existe pas ici ce serait un peu bête… Bref cette réclamation, c’est pourquoi ?
-Eh bien voilà, il se trouve que je ne suis pas satisfait par mon… hem… état actuel si je puis dire…
-C’est-à-dire ?
-Eh bien je pense que la date qui m’a été attribuée devrait être revue !
-Je vais voir ça… Vous vous appelez comment ?
-Napoléon Bonaparte.
-Oh non monsieur Bonaparte, c’est la troisième fois que je vous le répète, maintenant c’est fini ! Vous ne pouvez pas changer comme bon vous semble la date de votre mort comme ça enfin !
-Mais c’est injuste ! Les français ont besoin de moi !
-Je vous assure, les français s’en sortent très bien sans vous. Et même, vous imaginez si vous reveniez après 200 ans sans prévenir ? Ce serait un bordel sans nom ! Non vraiment, c’est impossible n’insistez pas !

-Mais monsieur…
-J’ai dit non ! Maintenant si vous voulez bien m’excuser, j’ai un autre appel. Oui allo ? Service après-vente de La Mort, bonjour ? Que puis-je faire pour vous ?
-Eh bien voilà : je m’appelle Edmund Ravoli. J’ai été mis au courant comme prévu de la date de ma mort qui aura lieu demain et je me demandais : j’ai vu que je me faisais transpercer par un sabre.
-Attendez voir, oui c’est exact.
-Le problème c’est que j’ai très peur du sang, alors je me demandais si on ne pourrait pas un peu adapter ça ?
-Euh… Si vous voulez, mais il faut que ça reste logique…
-Oh ce n’est pas un problème, je suis scénariste amateur ! Nous sommes donc bien d’accord que ma fiancée doit prendre le sabre qui appartenait à ma grand-mère et me transpercer avec lors d’une violente scène d’altercation ?
-En effet.

-Bien donc : tout d’abord ma fiancée se fait enlever par des aliens, puis ayant réussi à s’échapper, elle leur subtilise un désintégrateur de molécules. Elle rentre chez elle et fait trop cuire les pâtes, ce qui crée un incendie. Moi, fier héro de cette histoire, j’arrive et je la sauve des flammes. Mais il y a un mais ! En effet, me rendant compte qu’elle a fait trop cuire les pâtes, je démarre une violente scène de ménage et je lui lance une partie du mobilier, qui est évidemment en feu. Elle réplique alors avec le désintégrateur et je meurs donc sans voir la moindre goutte de sang ! Cela dit j’ai un peu peur des échardes à cause des meubles en bois donc il me faudrait le temps de racheter une série de meubles en métal mais après ça brûlerait moins bien et…
-Ok, alors apparemment c’est la journée des cons donc vous allez éteindre votre téléphone, rentrer chez vous, faire vous-même vos pâtes et attendre que votre copine vous transperce avec le sabre de votre grand-mère, point final !
-Mais enfin monsieur, puisque je vous dis que…
-Ce n’est pas négociable. De toute façon on n’aurait jamais dû commencer à donner aux gens la date de leur mort un jour avant, ça ne fait que surcharger de boulot mon service !
-Je suis désolé pour ce qui est des conditions de travail chez vous mais réellement je ne supporte pas le sang et…
-Oh mais vous allez la fermer et… »
Un gigantesque bruit retentit et le bureau dans lequel se trouvait Vincent explosa.

« Qu’est-ce qui s’est passé ici? demanda Sandra, sa collègue, en revenant de sa pause.

-Pas grand chose, le fan club d’Elvis qui a encore fait des siennes… grommela Vincent.
-Faudra quand même leur expliquer un jour qu’on ne peut pas techniquement mourir… »

Alice

Comment devenir une star d’Internet

« Une caméra, un micro, Adobe Pro, une carte SD, une bonne connexion Wi-Fi, une vierge à sacrifier… Je pense que je suis prêt ! »
Je pose fièrement mes mains sur les hanches, regardant, les yeux légèrement plissés, tous les éléments qui sont postés devant moi. Mon appareil photo qui me fixe de son objectif, le micro qui pendouille au bout d’une perche que j’ai fabriquée moi-même, mon ordinateur dans un coin avec le logiciel de montage déjà en route, et une jeune femme en pleurs attachée au pied de mon lit. Il n’y avait plus qu’à tracer le pentagramme maintenant.

« Bon, bah au boulot, dis-je joyeusement, saisissant une craie et poussant la poussière avec mon pied.
– Est-ce que tu es sûr que c’est vraiment la meilleure façon de devenir connu sur YouTube ? »
Les sourcils froncés, je me tourne vers Ophélie, ma meilleure amie, qui me regarde d’un air circonspect, jouant avec ses cheveux. Elle pointe la vierge kidnappée du doigt, puis la craie dans ma main.

« Je veux dire, j’étais à peu près sûre que pour être connu, il fallait surtout du talent, pas faire un pacte avec Satan.
– Et tu crois que PewDiePie et Cyprien, il sont devenus connus seulement grâce à leur talent ?
– Ben… ouais. »

Je pouffe et hausse les épaules devant tant de naïveté, puis commence à tracer mon pentagramme, concentré, prenant aussi longtemps que possible pour faire un cercle parfait, puis me redresse et l’admire, fier de mon travail. J’attrape une canette de soda à côté de moi et la bois. Je le mérite.

« Ton cercle il est ovale. »
Le soda se coince dans ma gorge et je tousse violemment pendant de longues secondes avant de regarder Ophélie à nouveau, commençant à m’impatienter un peu.
« Il est pas ovale, il est rond.
– Non, non, je te jure, de mon point de vue il est ovale.
– Est-ce que Satan est un maniaque de la géométrie ? »

Elle hausse les épaules et répond qu’elle ne sait pas, je hoche la tête d’un air satisfait, et recommence à tracer le signe cabalistique. D’abord la première branche de l’étoile… puis la deuxième…
« Ton étoile, on dirait un triangle.
– C’est normal, Ophélie. Au début, ça ressemble toujours à un triangle.
– Oui mais pas un triangle rectangle. T’as raté ton triangle. » Elle prend une gorgée de jus de fruit avec sa paille. « Refais ton triangle.
– T’es pas vierge, Ophélie, par hasard ?
– Non.
– Dommage. »

Je jette un coup d’œil à la jeune femme attachée, vérifie qu’elle chiale bien toujours, puis continue avec mon triangle qui, certes, est rectangle, mais bon ça n’a aucune importance, j’ai pas dit que je voulais devenir le YouTuber le plus connu au MONDE non plus, je peux me permettre d’avoir un pentagramme un peu nul.
« Une autre question, fait Ophélie, me faisant grogner mais relever la tête vers elle malgré tout.
– Plaît-il ?
– Tu crois aux démons, toi ? »

Une petite exclamation s’échappe de mes lèvres et je me redresse, posant une main sur ma poitrine, bombant le torse. Là est tout mon génie. Je désigne la femme du bout de ma craie, puis le pentagramme presque fini maintenant.
« Non, je ne crois pas aux démons. En revanche ! Je crois au bad buzz médiatique. Allume la caméra s’il-te-plaît. »
Ophélie hoche la tête d’un air résolu et se poste derrière l’appareil photo, appuyant sur le bouton.

CupcakeNie

Le jour où j’ai trouvé un boulot sans le chercher !

Pardon ? Vous voulez savoir mon boulot ? Oh, je crois qu’il serait plus intéressant que je vous raconte comment je l’ai eu, avant de vous dire de quoi il s’agit. Il faut bien admettre, les circonstances étaient loin d’être ordinaires… En fait, je me promenais tranquillement un jour, quand il s’est mis à neiger. Rien d’anormal, dites-vous ? Non, en effet, en plein mois de juillet, rien d’anormal, tout à fait. Bref. Étant bien évidemment plus qu’intrigué par ce phénomène, d’autant qu’il semblait se limiter à la forêt où j’étais alors, je me suis arrêté, me demandant si je rêvais, et la curiosité l’a emporté : il fallait que je sache ce qu’il se passait.

Bon sang, quelle idée ça a été… J’ai continué d’avancer, regardant partout autour de moi et même au-dessus, et ce qui devait arriver arriva : je suis tombé dans une bonne grosse fosse. Non, pas un vague trou comme ça en plein milieu des bois, hein, vraiment la grosse fosse de compét faite pour piéger ce qui tombe dedans. Me voilà donc totalement désespéré, ne sachant pas comment j’allais me sortir de ce merdier, d’autant qu’il n’y avait personne dans le coin. Enfin, ça, c’est que je croyais.

Parce que, justement, à peine cinq minutes après, je vois sauter un gros bonhomme dans la fosse, et nous voilà à passer à travers le sol pour atterrir ailleurs. Oui, je vois vos regards incrédules, là, mais c’est la vérité. Et on a atterri ailleurs, dans une autre fosse… De laquelle il s’est tiré avec un simple saut, au fait. Non mais, arrêtez de me regarder comme ça ! Je vous dis que c’est la stricte vérité ! Mais j’ai pas fini, hein !

Bref, il a remis ça pas mal de fois, jusqu’à ce qu’il remarque enfin ma présence. Je vous passe les termes exacts de la « conversation », sachez juste que j’en ai bien pris pour mon grade et menaçait de me remettre aux autorités de son pays. Oui, on avait carrément changé de pays. Bon, j’ai réussi à le convaincre que c’était un accident stupide, et il a fini par se calmer. Enfin, un peu. Après ça, il est parti à râler sur son boulot, dont il m’a expliqué les détails et que c’est parce qu’il avait des deadlines tellement pétées qu’il s’était mis à boire et trouver un moyen d’expédier tout ça avec des portails dimensionnels comme ceux qui nous avaient emmenés un peu partout. Cela dit, ça marchait moyennement, vu qu’on était donc en juillet, et qu’il avait bien dépassé…

Là, je me dis que y a peut-être un créneau à prendre et que je pourrais l’aider, s’il me présentait à ses patrons, tout ça, vous voyez… Sauf qu’il m’a juste demandé si j’étais bien certain de vouloir le faire et, dès que j’ai confirmé, m’a refilé tout son matos, y compris sa tenue et ses super bottes, le reste de sa mission du jour, une adresse pour aller dire aux supérieurs que j’ai tout pris en charge, et hasta la vista, y avait plus personne !

Bref, depuis ce jour, je vis en Laponie et je suis officiellement l’actuel Père Noël… Et je sens que je vais me trouver un pigeon aussi dans pas longtemps.

 

Anthony

Un Noël hyperconnecté (ou pas…)

La neige tombait en lourds flocons sur le toit d’un immense chalet en bois situé au fin fond de la Laponie. Un vieux bonhomme bedonnant, tout de rouge vêtu (Est-il besoin de préciser de qui il s’agit ?), était assis devant un immense bureau en merisier couvert de décorations diverses et variées et sur lequel était posé un immense ordinateur aux couleurs criardes. Lunettes rondes sur le nez, il se grattait la tête, ne sachant pas trop quoi faire avec la machine qui trônait devant ses yeux. Il finit par demander :

« Euh… Vous êtes sûrs de votre coup, les gars ? s’adressant à une assemblée de petits êtres qui lui faisaient face.
– Mais oui, patron. Vous nous avez bien dit qu’il était grand temps de moderniser la boîte et que vous en aviez marre de passer pour un ringard auprès des autres êtres merveilleux, non ? lui répondit un lutin se tenant à ses côtés.
– Je sais bien Norbert, mais je pensais plutôt à, je ne sais pas moi, un moyen de livraison plus efficace, par exemple. Non parce qu’il faut dire que les petits pères, ils commencent à sérieusement accuser le coup, surtout ce pauvre Rudolph. C’est qu’il est plus tout jeune, l’animal !
– C’est pas faux… Malheureusement, le département recherche et développement est toujours en train de bosser dessus et ils ont rien trouvé de vraiment satisfaisant pour le moment. En attendant, on s’est dit que ce serait une bonne idée de numériser votre liste sur le cloud et de vous inscrire sur les réseaux sociaux.
– Oh ! oh ! oh ! Je t’avouerais que toutes ces nouvelles technologies me dépassent.
– Justement, il va falloir vous y habituer. J’ai donc décidé de vous donner un ou deux petits cours. On va déjà commencer par l’essentiel : la communication. Allez sur l’onglet favori. C’est le petit sapin.
– Alors… Je clique dessus… Y a une liste qui apparaît…
– Allez sur la première ligne, il doit s’agir d’un raccourci pour…
– Lutins et fées en chaleur, l’interrompit le Père Noël.»

Norbert se précipita alors sur la souris, l’arrachant des mains de son patron, et se dépêcha de faire disparaître le lien de la honte. Il jeta un regard furieux à tous ses collègues présents dans la salle qui rougirent de concert. Il siffla entre ses dents « J’avais dit pas sur l’ordi du boss ! Vous êtes cons ou bien ? ». Il se retourna vers son patron :

« Il s’agit d’une regrettable erreur, monsieur.
– D’accord… C’est un peu gênant, tout de même.
– Et si nous passions à autre chose, voulez-vous ?
– Bonne idée !
– Vous cliquez donc sur le premier lien qui apparaît. Il va vous permettre d’accéder rapidement à un site qui vous servira à rester en contact avec vos fans ainsi qu’avec d’autres personnages fantastiques comme Jack Frost…
– Ça m’étonne pas que le gamin soit inscrit sur ce machin. Ça fait longtemps que je lui ai pas parlé, d’ailleurs. Au fait, dis-moi, il est toujours en couple avec la petite Elsa ? J’ai entendu dire qu’il y avait du mariage dans l’air.
– Moi aussi ! Figurez-vous, que Philomène, notre nouvelle stagiaire, m’a dit que Gertrude de la compta lui avait rapporté que Betsy, vous savez la blonde qui bosse au courrier, a eu vent d’un envoi imminent de faire-parts. »

La conversation sembla durer une éternité. Au final, Norbert n’expliqua rien au Père Noël sur la manière dont pouvaient bien fonctionner les réseaux sociaux. Alors qu’ils échangeaient sur le possible divorce du lapin de Pâques, l’ordinateur émit un bruit strident.

« Qu’est-ce que c’est que ce boucan ?!
– On nous pirate, patron ! s’exclama Norbert. »

Ce dernier s’empara dans la seconde du clavier et commença à taper à toute vitesse dessus.

« Un espèce de petit saligaud essaye de récupérer votre liste, sûrement pour la revendre au plus offrant ! »

Au bout de quelques instants, Norbert s’arrêta, soulagé d’avoir réussi à endiguer la menace. Le Père Noël dit alors :

« Bon mes petits gars, je crois que je vais en rester à mes bonnes vieilles habitudes. Ça vaudra mieux pour tout le monde.
– Si vous le dites patron…
– Bon, c’est pas le tout mais je dois aller voir maman, elle voudrait apporter un peu de nouveauté à mon costume.
– Vous lui passerez le bonjour de ma part. »

Dès qu’il fut sorti de la pièce, des murmures s’élevèrent dans l’assemblée des lutins réunis dans le bureau du Père Noël, on pouvait entendre ça et là : « Il nous fait le coup chaque année ! », « Vous vous souvenez du minitel ? », « Et puis le portable, vous vous rappelez l’épreuve que ça a été de réussir à le convaincre d’en avoir un ? », « M’en parle pas »… Norbert finit par soupirer :

« Bon ben les mecs, je crois pas que ce sera encore cette année qu’on se modernisera. On tentera de nouveau le coup l’année prochaine. »

Il sortit un calepin d’une poche de son pantalon et nota : 53ème tentative : ratée.

 

Mickaël

Ma première vidéo sur YouTube

Ça doit maintenant remonter à un mois… J’étais si jeune et naïve à l’époque, pensant que Internet n’était qu’un outil de travail, un utile moyen de communication, ou encore une alternative non onéreuse pour accéder à mes séries préférées. Mais depuis ce jour, j’ai découvert une toute nouvelle facette du web.

« Comment ça, tu veux poster des vidéos sur YouTube ?! Est-ce que tu as une idée du nombre de malades qui trainent sur le net ? Qui prennent ton image pour faire des montages bizarres avec et te faire chanter ensuite ? Et je ne parle même pas des détraqués qui risquent de venir toquer à la porte pour te faire je ne sais quoi… Il n’en est simplement pas question.
– Mais Maman ! C’est bon, des centaines de gens font ça, et puis ça me plait, le chant !
– Cela m’est bien égal, le nombre de gens, des centaines de gens boivent de l’alcool et consomment de la drogue, ce n’est pas une raison pour que tu t’y mettes aussi !
– Tu digresses, Maman… Tu pourrais au moins me laisser une chance !
– Pas question, la discussion est close. »

Encore un échec. Ce n’est pas la première fois que Maman me prive d’un projet qui me tient à cœur. Je m’étale lourdement sur mon lit, réfléchissant aux différents arguments que je compte lui présenter lors de ma prochaine offensive, mais tout compte fait, non. Je préfère me jeter sur mon ordinateur et poster la vidéo que j’ai enregistrée plus tôt dans la semaine, ma première reprise en japonais ! Après tout, Maman n’est pas obligée d’être au courant de toute ma vie.

« Upload en cours, veuillez patienter. »
« Wow » dis-je en sentant la température de ma chambre monter rapidement. Est-ce l’excitation ? De l’appréhension, peut-être ? Je n’en sais rien. C’est peut-être simplement le radiateur qui s’emballe encore tout seul. Mais bon sang, qu’est-ce que c’est long ! Premier site mondial de partage de vidéos, et plus de quinze minutes pour poster une cover si courte ?
Mais les choses semblent s’accélérer rapidement. Après seulement quelques heures, que dis-je, quelques minutes, J’entends des pas se rapprocher dangereusement de ma chambre. C’est Maman.

« Caroline, qu’est-ce que je t’ai dit ce matin ?! Allez, supprime-moi ces japoniaiseries !
– Mais Maman !
– Chut ! Pas de « mais » ! On en avait déjà discuté, tu as désobéi. Encore.
– Je voulais juste…
– Tututut ! Tu connais la punition… Cette fois, tu me feras une dissertation sur la création d’Internet, puisque tu sembles tant t’intéresser à cet outil ! »
Comme je le disais, depuis ce jour, j’ai pu découvrir Internet de manière totalement inédite, et apprendre de nombreuses choses qui me seront probablement très utiles pour l’avenir. Saviez-vous, par exemple, que plus de deux-cent quarante-sept milliards de mails sont envoyés chaque jour, et que quatre-vingts pourcents d’entre eux sont des spams ? Maintenant, oui. Et vous voyez aussi qu’avoir des parents professeurs de collège n’est pas forcément toujours très drôle.

Nouillechan

Test : Êtes-vous prêts pour 2017 ?

Oyez oyez, citoyens, rejoignez-moi autour de ce tambourin. Soyons honnêtes, sur Internet, c’est pas la fête, pour 2017. Voilà pourquoi, mentalement parlant, votre taux d’espoir n’est peut-être pas très grand. Mais rassurez-vous, grâce à ce texte, vous vous préparerez, par un simple test.

Question numéro un, êtes-vous républicain ? Je ne jugerai pas (c’est une fausse promesse), bien que ce soit pas mon cas (vous pouvez être en liesse). Cependant, il faut bien voir les choses en face, la popularité de la Gauche est assez basse, et à moins d’un miracle pour Mélenchon, j’ai bien peur qu’on ait à supporter Fillon. Si c’est le cas, et j’espère pas, la France sera dans un tel état, qu’on n’y survivra peut-être pas.

Question numéro deux, aimez-vous la beuh ? C’est toujours illégal, dans le code pénal, mais vu où vont les choses, vous aurez peut-être besoin d’une dose. Bien que je préfère que vous manifestiez, plutôt que vous vous mettiez à fumer. Peu importe votre choix, la police vous tabassera.

Question numéro trois, avez-vous la foi ? Si oui, j’espère pour vous qu’elle est chrétienne, sinon vous serez traités comme une chienne. Les juifs, Trump les aime pas, les athées, Fillon les aime pas, les bouddhistes, personne ne sait qu’ils existent, et les musulmans… Prions pour qu’ils puissent vivre longtemps. Quant aux autres religions, tout le monde s’en fout de toute façon.

Question numéro quatre, êtes-vous né en France ? Vous pourriez penser qu’on en a rien à battre, mais c’est ici que tout commence. Si vous avez le malheur d’être migrant, ou que ce soit le cas de votre maman, le gouvernement oubliera que vous êtes humain pour à la place vous renvoyer par des trains. Ou des bateaux, enfin vous avez saisi le topo. Pas facile de faire des rimes, alors que ce monde ne rime à rien.

Question numéro cinq, aimez-vous les ornithorynques ? Oui bah écoutez, j’avais rien pour rimer, en même temps ce texte, c’était pas une bonne idée. Trêve de digressions, voilà la vraie question : Êtes-vous un homme cisgenre, blanc, hétéro, en situation stable, avec un boulot ? Félicitations, vous, vous êtes prêts, nous on l’a dans le fion, vous vous en foutez (ou peut-être pas, je fais pas du cas-par-cas). Et si vous pensez qu’on est des benêts se plaignant pour des problèmes qu’on a inventés, je vous invite à lire les programmes de Trump, Poutine ou Fillon, puis de revenir à cette question.

Question numéro six, appréciez-vous faire de l’exercice ? Parce que vous pensez bien, avec toutes ces manifestations, toutes ces remises en question, la semaine de trente-neuf heures, la cotisation retraite perdue pour les chômeurs, une idée écrasante de la norme, va falloir rester en forme.

Question numéro sept, pensez-vous vraiment qu’on peut prédire 2017 ? Tout ce que j’ai expliqué, ce ne sont que les pires pensées. Mais pour empêcher tout ça, va falloir qu’on bosse ensemble les gars. On peut pas rester les bras croisés pendant que le monde est en train de s’écrouler. Alors restez heureux, faites tout pour, n’oubliez pas amitié et amour. Protégez-vous, prenez soin de vous, de vous et de ceux que vous aimez, tout le monde a besoin d’être câliné. Levez-vous, gueulez, manifestez, allez voter. Renseignez-vous, faites ça pour nous, agissez autant que possible, histoire qu’un meilleur avenir soit crédible. Nous aurons besoin de tous les créateurs, de toute la bonne humeur, de tous les hommes, de toutes les femmes, de tous les non-binaires, de tous les étranges et de tous les extraordinaires, de tous les français et tous les étrangers, pour que le privilège d’être heureux ne soit pas laissé au plus chanceux.

Nous méritons tous la joie, alors laissez entendre votre voix.

 

Cupcake Nie

Comment déclencher une SHITSTORM

 

Vladimir Kroloc aka TheGreatCountVlad, bloggueur professionnel (selon lui), et vidéaste amateur (Même si la piètre qualité de ses vidéos pousserait toute personne sensée à dire qu’à ce niveau de nullité, parler d’amateurisme reviendrait à insulter toute personne se disant amateure), prenait le thé avec son cousin, Archibald Perceval Von Blood aka PetitVampyrDu666, et son oncle, le comte Edmund Von Blood. Alors que ce dernier posait sa tasse sur la table qui lui faisait face, il s’adressa à son neveu :

« Dites-moi, Vladimir, avez-vous pensé à travailler votre pouvoir de persuasion comme je vous en avais fait la requête la semaine passée ? Archibald est déjà passé, avec plus ou moins de succès, aux exercices de métamorphoses et il ne faudrait pas que vous soyez à la traîne.
– À ce propos, père, vous ne croyez pas que j’ai assez d’expérience pour pouvoir me passer de ces sessions d’entraînement familiaux ? demanda PetitVampyrDu666.
– Tututut ! Jeune homme, ce n’est point à vous que je m’adressais mais à votre cousin donc je vous prierai de bien vouloir garder vos jérémiades pour vous.
– Veuillez m’excuser…
– Il est assez amusant de constater que, dans votre cas, une « requête » a plus souvent nature d’ordre que de demande, fit remarquer Vladimir.
– Ne jouez pas sur les mots, voulez-vous. Avez-vous, oui ou non, fait ce que je vous ai demandé ?
– Oui, oncle Edmund, je l’ai fait et je pense même avoir dépassé vos espérances.
– Et puis-je savoir en quoi les avez-vous surpassées ?
– En faisant preuve d’imagination et en employant la technologie !
– Vous m’intriguez, jeune homme. Montrez-moi cela. Archibald, vous devriez venir avec nous, cela pourrait s’avérer fort instructif.
– Si vous le dites, père, souffla PetitVampyrDu666. »

Tandis qu’Archibald trainait des pieds, Vladimir conduisit son oncle dans la chambre d’ami où on l’avait installé puis lui montra, sur son ordinateur, une série de vidéos où il expliquait par le menu pourquoi ses viewers devaient faire telle ou telle chose en usant et abusant allègrement de l’hypnose vampirique. Il expliqua, au passage, qu’il se servait également des réseaux sociaux pour lancer des shitstorms ou pour démolir la réputation des personnes qu’il n’appréciait pas. Fier de son travail, il dit :

« Regardez ça, lorsque je leur dis de basher tel film, ils le font ! Quand je leur dis d’insulter telle youtubeuse beauté, ils le font ! Vous pouvez donc constater que mon pouvoir de persuasion, sans conteste, est sans frontières !
– Pas encore ! lui répliqua le comte.
– Que voulez-vous dire ?
– Jeune homme, la seule chose que vous venez de me prouver est votre totale immaturité ! Votre emploi d’une telle puissance est dangereux. Je vous demanderai donc de fermer instamment votre chaîne YouMotion.
– YouTube, oncle Edmund.
– Peu m’importe !
– Mais mon oncle, je vous assure que…
– Ne discutez pas ! Et puisque vous avez agi sans réfléchir, je vous prive de vos pouvoirs persuasifs pour un bon mois.
– Je t’avais bien dit que ça passerait pas, pouffa Archibald.
– Parce que vous étiez au courant, jeune homme ? Eh bien, ce sera le même tarif pour vous !
– Mais c’est dégueulasse !
– Pardon ?!
– Non, rien. Je comprends, père…
– J’espère bien ! Maintenant, retournons au salon avant que le thé ne refroidisse. J’ai horreur de ça ! »

Trois jours plus tard :

Alors que TheGreatCountVlad était en train d’affronter son cousin à Mario Kart 8, le comte entra précipitamment dans sa chambre et s’exclama :

« Vladimir ! Auriez-vous la bonté de m’expliquer ce que signifie cet attroupement d’ados pré-pubères, munis de torches et de fourches, qui sont en train de beugler devant les portes du château en levant leurs majeurs vers le ciel ?!
– On appelle ça des doigts d’honneur, père, intervint Archibald.
– Que voulez-vous que ça me fasse que ce geste ait un nom ?! Tout ce que je veux savoir c’est qui sont ces morveux prêts à tout faire cramer !
– Ah, ça… Je crois bien que ça doit être mes abonnés. Il semblerait bien qu’ils n’aient pas apprécié le fait que vous me fassiez fermer ma chaîne, expliqua Vladimir.
– Et donc, le seul moyen qu’ils ont trouvé pour la faire rouvrir, c’est de tenter d’incendier notre maison !?
– Il semblerait bien que oui.
– Pour l’amour du comte Dracula, c’est tout bonnement hallucinant ! Écoutez-moi bien, vous allez me trouver fissa une solution pour les faire débarrasser le plancher ou je peux vous assurer que ça va chier !
– Mon oncle, veuillez surveiller votre langage, je vous prie. Je m’en occupe. »

Bien vite le brouhaha de l’hystérie collective qui emplissait le château diminua petit à petit jusqu’à ne plus être qu’un murmure. Archibald revint alors dans sa chambre :

« Eh bien, on peut dire que vous avez su vous montrer efficace, s’étonna le comte.
– Pourquoi ? Doutiez-vous de ma capacité à les faire se disperser ?
– Je dois vous avouer que oui. N’ayant plus votre pouvoir, la tâche semblait peu aisée. Ce qui m’amène à vous demander : comment avez-vous réussi à les convaincre de déguerpir aussi vite ?
– Je leur ai tout simplement dit que s’ils ne fichaient pas le camp dans la minute, vous alliez contacter leurs parents afin de les obliger à résilier leurs contrats internet. Il a fallu moins de trente secondes pour qu’ils dégagent tous. Comme quoi, pas besoin de pouvoirs pour convaincre quelqu’un de faire ce qu’on veut. Suffit de taper là où ça fait mal. »

Mickaël

On a trouvé une solution RADICALE contre l’ennui !

« Bon. Qu’est-ce que je fais là ? »
Cette question, on se la pose souvent, généralement quand on s’ennuie. Moi, par exemple, j’étais bien en train de me la poser en plein milieu de ce repas de famille, alors que les autres membres discutaient activement de l’élevage des saumons en Norvège. Vous savez, c’est typiquement ce genre de moment chiantissime, où tu voudrais découvrir le secret de la téléportation et être n’importe où plutôt qu’à cet endroit-là.

Eh bien je le clame haut et fort, moi, Victor Trouvier, à cet instant précis, j’aurais définitivement préféré être resté à discuter poissons avec les divers membres de ma famille, plutôt que d’être là où je me trouve. Il faut dire que le « là » en question est pour l’heure indéterminé. Alors bien sûr, je pourrais essayer de m’aider des divers éléments de la pièce pour trouver ma réponse. Mais allez comprendre l’endroit où vous vous trouvez quand le lit a un design épuré, le fauteuil à côté est du plus pur style louis XV, la table basse est une sorte de vieille planche de bois et l’étagère croule sous des papyrus. Et évidemment, il n’y a aucune fenêtre et encore moins de portes, ce serait trop simple.

D’où le fait que j’ai progressivement abandonné l’idée de savoir où j’étais pour me concentrer sur cette deuxième question : qu’est-ce que je fous là, dans cette pièce débile, au lieu de manger du saumon ? Le fait est que je n’ai pas la réponse. Je tuais pourtant tranquillement le temps avant de pouvoir quitter la table. Depuis, plus aucun souvenir avant de me réveiller dans cette chambre, avec une furieuse envie de repas de famille chiant et de saumon.

Un long cri retentit et une jeune fille de quatorze ans environ s’étale sur le lit. Dans ce genre de moment, mon cerveau réagit de manière bizarre. Là, je suis passé de la joie de voir quelqu’un d’autre à la peur qu’elle ne vienne pas en ami, puis à l’énervement en me rendant compte que je ne pourrais pas avoir le lit pour moi tout seul avec cette nouvelle venue, au cas où j’aurais à passer la nuit ici.
Celle-ci se retourne vers moi avec un grand sourire :

« Oh, bonjour !
– Bonjour, j’imagine…
– Oui enfin je dis ça, si ça se trouve chez vous c’est la nuit hein. Mais chez moi en tout cas c’est le jour.
– C’est le jour chez moi aussi du coup, vu qu’on est dans la même pièce… »

Je comprends vraiment rien là.
« Mais c’est pas ici chez vous. Rétorqua-t-elle en haussant les sourcils.
– Evidemment que non.
– Donc il fait pas forcément jour. Vous étiez où avant d’arriver ici ?
– A un repas de famille.
– Outch… C’est bien chiant ça.
– Ça c’est sûr… Et vous ?
– Oh moi j’étais en cours, comme d’hab quoi.
– Attendez un peu, vous venez souvent ici ?
– Bah oui, comme tout le monde, dès que je m’ennuie quoi.
– On vient ici quand on s’ennuie ?!
– Attendez, c’est votre première fois ?! s’écria-t-elle, encore plus surprise que moi.
– Excusez-moi de pas tomber dans une chambre inconnue tous les quatre matins…
– C’est bizarre, d’habitude il y a une notice explicative pour les premières fois… C’est encore un coup des restrictions, ils ont pas dû avoir le temps de vous la passer. Pour tout vous dire c’est pour ça qu’on est dans la même pièce. Avant chacun avait sa pièce mais avec les coupes dans le budget, c’est plus possible, forcément.
– Je comprends vraiment rien…
– Mais puisque je vous dis que c’est pas compliqué ! grommela-t-elle, Quand vous vous ennuyez, vous avez envie d’être ailleurs. Donc on vous envoie ailleurs pour que vous puissiez arrêter de vous ennuyer et vous arrivez ici, dans cette pièce, le temps que ce qui vous ennuie s’arrête dans le vrai monde. Personnellement, c’est le cours d’anglais. Vous, ça doit être une discussion bien chiante.
– Du coup on est bloqué ici ?
– Ouais. Mais vous savez, c’est plutôt agréable. Enfin moi j’aime bien. Les papyrus sont vachement cools et le lit est confortable.
– J’imagine… »

Je reste donc planté dans la pièce, tandis que la jeune fille commence à choisir un des parchemin avec attention. N’y tenant plus, je demande :
« Je suis désolé de vous déranger avec ça, mais vous n’auriez pas un bout de saumon par hasard ? »

Alice

Taken, mais beaucoup moins bien (VF)

« Je ne sais pas qui vous êtes, je ne sais pas ce que vous voulez, mais je vous trouverai. Et je vous… Je vais juste vous trouver en fait. »

Le commissaire de police, que tout le monde appelait M. Kebab bien que son nom ne soit absolument pas M. Kebab, raccrocha le téléphone d’un geste vif. Il se retourna vers son équipe de policiers, qui étaient actuellement tous en train d’arroser une plante verte artificielle à tour de rôle.

« Les gars, » s’exclama-t-il en frappant le bureau de son poing massif semblable à une patte de rhinocéros. « Aujourd’hui, le 30 novembre 2016, nous avons une nouvelle disparation dans notre chère de ville de Bordel-Sur-Cher.
– Redondant, remarqua un des officiers.
– Nous n’allons pas laisser passer ça. Rose Blanche-Lemaire n’est pas venue au travail, ne répond pas aux appels, ni de son boss ni de sa famille, et chose encore plus incroyable, elle n’est pas connectée sur Facebook. Et cela, depuis plus d’une semaine. »

Un murmure inquiet traversa le groupe d’officiers. Ils pouvaient supporter le fait que quelqu’un soit absent au travail et ne réponde pas au téléphone, ils ne se seraient pas inquiétés plus que ça, mais ne pas être connecté sur Facebook ? Là, il y avait vraiment un problème.

« On commence par quoi, alors, chef ? » demanda le jeune bleu, qui nageait dans son nouvel uniforme beaucoup trop grand pour lui.
M. Kebab se tourna vers la fenêtre d’un air dramatique et posa sa main sur le carreau glacé, regardant vers l’horizon, en faisant des tonnes pour avoir l’air le plus mystérieux et ténébreux possible.
« Nous commençons par l’évidence même.
– Vous voulez que j’aille chercher un dictionnaire pour trouver la définition d’évidence, monsieur ?
– Mais non, banane, on va chez elle pour voir si elle y est. »

L’équipe hocha la tête gravement. Après quelques minutes de préparation (le cadet ne trouvait plus ses chaussettes (elles étaient dans son slip. Ne demandez pas pourquoi, longue histoire.)), ils sautèrent dans les voitures et commencèrent un court trajet jusqu’à la maison de Rose Blanche-Lemaire. En effet, ladite maison était au bout de la rue.

Ils entrèrent en défonçant la porte. Pas qu’elle était verrouillée. Juste que quand tu es une équipe de police efficace, tu ouvres en défonçant la porte. La maison était complètement plongée dans le noir, sans un bruit. Il n’y avait pas un chat. Ce qui n’était pas très étonnant, puisque Rose y était allergique.

Kebab commença à arpenter silencieusement le couloir, appuyant doucement sur l’interrupteur. L’ampoule crépita puis s’alluma d’un coup, plongeant la bâtisse d’une lumière jaunâtre et crasseuse. Toujours pas un son, mis à part le bruit d’eau venant d’un aquarium, vide, dans un coin du couloir. Pourquoi quelqu’un aurait un aquarium sans poissons dedans, ça, c’est une question qui dépasse ce plan de l’existence. Il frissonna et mit ses mains autour de sa bouche pour faire porter sa voix.

« Mademoiselle Blanche ? Je me présente, je m’appelle KebabDX. Je viens vous rendre visite, je ne vous veux absolument aucun mal. Vous pouvez communiquer avec moi par… bah par votre voix. N’hésitez pas à faire un bruit, un son, pour me montrer votre présence. Je vous entendrai. »

Les officiers s’échangèrent un regard perplexe mais ne dirent rien, habitués à la méthode de travail de M. Kebab.

Celui-ci s’avança dans le couloir lentement et ouvrit une porte, la porte de la chambre, jetant un coup d’œil à l’intérieur. Il poussa un cri rauque et se recula, tremblant de peur, ses yeux s’écarquillant. Une silhouette sortit lentement de la pièce, ses longs cheveux tombant devant son visage, la peau pâle, des énormes cernes sous les yeux. Elle releva lentement son regard vide vers les officiers qui s’accrochaient les uns aux autres, terrifiés par la créature se trouvant en face d’eux, une créature autrefois appelée Rose Blanche-Lemaire.
« Que voulez-vous ? » fit-elle d’une voix gutturale. « Désolée je vous ai pas entendu entrer, je jouais à Pokémon Lune. J’ai joué combien de temps, exactement ? »

Cupcake Nie