Énigmes et conséquences

Antoine, 22 ans, tout juste diplômé, était, comme beaucoup de jeunes de son âgé, à la recherche d’un emploi. Il n’était pas bien regardant quant au prestige de celui-ci, il voulait juste trouver un travail honnête, lui permettant de vivre correctement. Mais cela faisait plusieurs semaines qu’il avait une activité qu’il (il faut l’admettre) trouvait bien plus palpitante qu’enchaîner les rendez-vous avec Pôle Emploi qui n’aboutissent pas.

En effet, il était depuis quelques temps en contact avec une personne qui s’était présentée sous le pseudonyme de « H ». Antoine ne connaissait rien de cette personne, si ce n’était son amour incommensurable pour deux choses : les énigmes et les meurtres. Pour certains d’entre vous, ces deux éléments n’ont absolument aucun lien. D’autres se rappelleront les jeux de leur enfance, où ils devaient résoudre des énigmes pour sauver le monde d’une fin certaine. Mais pour Antoine, le lien était tout fait : s’il résout les énigmes qui lui sont imposées par H, la cible survit. S’il ne les résout pas, elle meurt. Relativement simple, non ?

Bien évidemment, au début, lorsqu’il reçut son premier appel anonyme lui imposant une énigme, faute de quoi un meurtre serait commis, il n’y avait pas cru un instant. Ce ne fut qu’après avoir reçu des photographies d’un homme lisant son journal, puis de sa dépouille, qu’il commença à angoisser légèrement. « Les photos auraient pu être prises n’importe quand, rien ne me garantit qu’il s’agit des actes de cet homme » essaya-t-il de se convaincre alors. Mais l’édition du jour du journal télévisé diffusé en arrière-plan tendait à lui prouver le contraire. Depuis ce jour, il s’était en quelque sorte résigné à devoir résoudre quotidiennement des énigmes pour sauver la vie d’innocents. Et il devait admettre qu’il était plutôt doué pour ça, puisqu’après la première victime, toutes les autres cibles ont été épargnées.

Outre la peur et le stress quant aux conséquences que pouvaient engendrer ces énigmes, Antoine éprouvait une certaine excitation, commençant à attendre, chaque jour, une nouvelle énigme. Il s’y était en quelques sortes attaché. A ces énigmes, mais aussi à ce mystérieux H. Bien qu’ils n’eussent pas eu l’occasion de réellement échanger, il avait l’impression de commencer à le connaître, comme si ce meurtrier avide d’énigmes se dévoilait peu à peu à travers ses casse-têtes. Et plus que de simplement le connaître, Antoine commençait à ressentir une certaine fascination pour son mystérieux interlocuteur.

Ce fut au mois de mai qu’Antoine obtint son premier travail en poste fixe. Alors qu’il rentrait paisiblement de sa première journée, il consulta, comme à son habitude, sa boîte mail pour y trouver sa précieuse énigme. Mais cette fois-ci, il eut beau se torturer l’esprit, retourner la chose dans tous les sens, il n’arrivait pas à mettre la main sur sa solution. Il voyait les minutes défiler, puis les heures, puis arriva minuit. L’heure de la fin de l’énigme, ainsi que des conséquences dramatiques qui découlaient de sa non-résolution. La boule au ventre, il ne put s’empêcher de sursauter lorsque le son de la sonnerie de la porte parvint à ses oreilles, se sentant horriblement désolé pour la personne qu’il n’avait pas pu réussir à sauver.

Il se dirigea doucement vers l’entrée, tentant au mieux de se vider l’esprit et ouvrit la porte. Il n’eut pas besoin de demander à l’inconnu qui se trouvait face à lui de décliner son identité. Il la comprit bien assez rapidement à la vue du revolver qui était pointé sur lui.

« Dommage, on s’amusait bien ensemble. »

NouilleChan


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Le jour où tout a basculé REMASTER

« Cette histoire est inspirée de faits réels.
– Euh, excusez-moi ? »

Des soupirs commencèrent à s’élever dans le studio, suivis de chuchotements :

« C’est encore le stagiaire…
– Il a toujours des trucs à redire, celui-là, il ne va donc jamais s’arrêter ?
– En même temps, on ne peut rien dire, c’est le neveu du proprio de la chaîne… »

Lorsque le calme revint enfin, le producteur de l’émission, Marc, invita Emilien, 22 ans, jeune stagiaire en communication audiovisuelle, à poursuivre.

« On est vraiment obligé de commencer l’émission comme ça ? Je veux dire, c’est du déjà vu tout ça, tout le monde le fait ! Et puis, avec la faible proportion de « faits réels » qu’on a mise, je―
– Et vous avez mieux à proposer, je présume ?
– Euh… Mieux, je ne sais pas, mais on pourrait essayer d’innover. Tenez, un exemple tout con, ce Michel Breuil, c’est un peu banal comme nom, un de mes professeurs disait toujours « pour un programme qui attire, prenez des noms qui déchirent » ! Ah, et y’a le scénario aussi, il est très cliché, il faudr―
– C’est bon, on a compris ! Vous savez quoi, mon cher Emilien, on va vous laisser les rênes pour un épisode. Un épisode entier. »

Un brouhaha s’empara de nouveau de la salle, mêlant surprise et inquiétude, tandis que le jeune stagiaire commençait à esquisser un sourire.

Quelques semaines plus tard, sur une chaîne télévisée grand public :

« Cette histoire est TOTALEMENT INEDITE. Nous sommes chez Gégé, un empaqueteur de mouchoirs en papier comme il n’en existe pas deux dans la petite ville de Méru. Mais son quotidien va être bouleversé avec l’arrivée de son nouveau voisin Michou, qui ne jure que par le mouchoir en tissu. Comment ces deux personnes que tout oppose vont-elles réussir à battre les robots envahisseurs dans le plus grand tournoi de toupies du pays, et regagner le cœur de leur premier amour commun ? »

Dans une maison, quelque part, non loin du studio de production :

« L’émission est foutue… » soupira Marc, en caleçon sur son canapé, en entamant son quatrième pot de glace de la soirée.

NouilleChan

Qu’un simple concours de popularité

« Théo, t’es sûr de ton coup ?
– Mais oui, t’inquiète. J’ai une réputation à tenir, je ne vais pas m’arrêter maintenant.
– Si tu le dis… »

Jules soupira en regardant son ami s’infiltrer dans la pénombre du bâtiment. Il patienta quelques longues minutes, se demandant quand son ami allait ressortir, avant de recevoir une notification sur son téléphone :

« Théo Brenne a publié une photo dans le groupe privé Baleine Bleue: Avec mon pote George Clooney. »
Il soupira de nouveau avant de voir une silhouette quitter l’enceinte du musée de cire.

« Easy, je te l’avais dit ! lança alors ladite silhouette en brandissant fièrement la photo sur son téléphone.
– Mouais, tu devrais t’estimer heureux de pas t’être fait chopper, réplica Jules, visiblement lassé de l’attitude de son ami.
– Ça fait plusieurs fois que je devrais « m’estimer heureux », c’est un peu beaucoup pour mettre ça sur le compte de la chance, non ? C’est bon, ça te coute quoi de m’encourager de temps en temps ?
– T’es vraiment une tête de mule. Tu devrais sérieusement arrêter ces conneries, ça ne t’apportera rien de bon. Allez, viens, on rentre. »

Prêtant peu d’attention à ces propos, Théo regardait avec fierté son post devenir de plus en plus populaire. Voyant les interactions avec la communauté du groupe augmenter, il ne put retenir un rictus, ce qui décrocha un soupir de son interlocuteur qui entama la marche.
Au moment où les chemins des deux lycéens devaient se séparer, une courte sonnerie émana du portable du plus jeune. Il ne perdit pas une seconde avant d’en consulter la raison.

« Wow, il est rapide, j’ai déjà eu ma prochaine mission ! lança-t-il alors, plein d’entrain.
– Tu sais très bien ce que j’en pense, Théo… S’il te plaît, arrête-toi pendant que tu le peux encore. »
Voyant l’air désolé de Jules, Théo perdit son sourire et lâcha rapidement avant de reprendre la route :
« Ça fait déjà bien longtemps que je ne le peux plus. »

Le lendemain, au lycée :
Jules restait devant la grille du bâtiment, attendant avec appréhension son cadet. Les secondes et les minutes passaient, et, voyant l’heure du début des cours se rapprocher dangereusement, il décida de téléphoner à son ami. Vainement. Il déglutit avant de consulter anxieusement le groupe virtuel qui était la raison de ses angoisses depuis quelques mois. Lorsqu’il repéra les mots « mort » et « immolation » dans l’intitulé de la mission qui avait été attribuée la veille, il soupira d’une voix tremblante :
« Quel abruti… »

Des larmes commençaient à couler le long de ses joues quand il sentit une main lui tapoter l’épaule.
« Eh, ça va pas, vieux ? T’as vraiment mauvaise mine !
– Théo ? Mais… Et la mission ?
– Tu avais raison, je préfère arrêter tout ça, quitte à ce qu’on me regarde de haut en me traitant de lâche. A quoi ça sert, la popularité et l’adrénaline quand on est mort ? Allez, viens, on va manger jap’ !
– Euh, très belle réplique, mais t’es conscient qu’on a cours là ? plaisanta Jules en séchant ses larmes.
– Ouais, je sais bien, mais on ne sait jamais quand un nouveau challenge stupide va émerger.
– Vu sous cet angle… On y va ! »

Nouillechan

Quand tu n’as pas la dernière console

Cette histoire est inspirée de faits réels.

Jour 7 :

Je n’ai toujours pas pu y toucher. La console est sortie il y a plus d’une semaine, et mon porte-monnaie ne s’est toujours pas remis de ma dernière grosse dépense. Pas d’argent, pas de console. En soi, je ne peux m’en prendre qu’à moi-même. Je n’aurais pas dû me payer cet abonnement à la salle de sport, je n’y suis allé que deux fois en quatre mois… Mais je sais que d’ici quelques semaines, ça devrait aller, peut-être que ce journal que je tiens ne durera pas longtemps !

Jour 12 :

Ca fait quatre jours déjà … L’attente se fait de plus en plus difficile. Pour Max aussi, je le sens bien. Ce matin, en arrivant au lycée, il avait l’air encore plus fatigué que la veille. Il voulait s’ « adonner à d’autres passe-temps, histoire de se changer les idées », à ce qu’il m’a dit. Il aurait passé la nuit à peindre, écrire, jouer de la trompette et faire des recherches sur les migrations des oiseaux. Il m’a conseillé d’en faire de même. Je pense qu’il en souffre encore plus que moi. Vivement que l’un de nous l’achète, on pourra se refaire nos petites soirées tranquilles …

Jour 26 :

C’est officiel, après avoir écouté les conseils de mon meilleur ami, je me suis trouvé une nouvelle passion ! Tous les soirs, avant de rentrer chez moi, je m’arrête dans la petite forêt près de la gare, et je dessine. Ca fait une semaine que je m’y suis mis, et je sens déjà des progrès incroyables dans mon trait ! Finalement, je tiens plutôt bien le coup ! Et puis, mon anniversaire n’est plus que dans une semaine, je pourrai enfin me procurer le Saint Graal !

Jour 33 :

35 euros … Juste 35 euros … C’est tout ce que j’ai eu … Mes oncles se sont cotisés pour m’offrir un nouveau bureau pour que je puisse « mieux travailler et arrêter de penser à toutes ces bêtises », mon frère m’a simplement dit qu’il me « pardonnait d’être né », et que je devais m’en estimer reconnaissant. Et mes parents, comment dire … Comment je pourrais retranscrire « on voulait t’offrir ta console, mais au moment de passer à la caisse, on a trouvé ce super livre sur l’histoire de la dynastie Ming, c’est plus important pour ton avenir » de manière à ce que ça sonne moins minable ?

Jour 44 :

Je m’inquiète de plus en plus… Bien que les affiches publicitaires aient, pour la plupart, été retirées de la ville, je vois de plus en plus de gens en parler sur les réseaux sociaux. Et c’est sans parler de Max. Ca fait cinq jours que je n’ai plus de nouvelles, il ne vient plus en cours et sa mère me dit qu’il passe ses journées enfermé dans sa chambre. Même moi, je trouve que c’est un peu extrême comme réaction, ce n’est qu’une console de jeux, mais bon, c’est vrai qu’il était tellement enthousiaste quand elle a été annoncée…

Jour 52 :

Ô rage, ô désespoir, ô vieillesse ennemie. N’ai-je donc tant vécu que pour la trahison d’un ami ? Il l’avait depuis le début, le bougre ! Il y joue depuis presque deux mois, sans rien laisser transparaître, et moi, je suis là, à dessiner des champignons et des fourmis… C’est fini, demain, je demande une avance d’argent de poche sur les huit prochains mois, et je me l’achète !

Jour 53 :

Je l’ai enfin ! Elle est là, dans ma chambre, je n’ai plus qu’à la brancher et je pourrai enfin savourer cette toute nouvelle (plus tellement nouvelle, mais bon) merveille ! Je pense que ce journal ne me servira plus à rien, à présent.
Journal de frustration, le 28 mai 2017 : FIN

Jour 54 :

Ils ont annoncé une nouvelle console, elle a l’air tellement parfaite…
Journal de frustration, le 28 mai 2017 : tome 2

Nouillechan

La mort est une fangirl

« Ca ne peut plus durer, ça fait plus d’une semaine que j’attends là ! Dites-moi ce que je dois faire, sinon, donnez-moi un endroit où aller ! Si j’avais su que je devrais rester comme ça aussi longtemps, j’aurais au moins allumé la télé…
– Oui monsieur, j’entends bien… Je vais les relancer. »
Le jeune secrétaire raccrocha le combiné, s’épongea le visage et se détourna de ses clients pour taper un nouveau rapport pour ses supérieurs. C’était déjà le douzième de la journée.

« Sujet : nouvelle plainte de clients, MAGNEZ-VOUS BON SANG ! »
Quelques étages plus haut, la réaction suite à cet énième rapport ne se fit pas attendre :
« Bon, Maryline, ça suffit maintenant, on vient d’en recevoir un autre, il est temps de vous reprendre en main, soupira Claire, la nouvelle assistante du Bureau des Morts du domaine Ouest.
– Non, je ne veux pas… On peut attendre encore un peu… Rien ne presse, les gens vivent plus longtemps, en meilleure santé et moi, je pourrai profiter en paix de ma série ! répliqua alors la susnommée.
– Plus longtemps, oui, en meilleure santé, ça je n’en suis pas sûre… La réception a reçu un appel d’un homme pendu depuis plus de quatre jours, et un autre d’une jeune fille qui est bloquée, un couteau dans l’estomac, et qui ne peut ni le retirer, ni mourir en paix. Ça suffit, à un moment ! »

La mine de la jeune assistante virait progressivement au rouge. Bien qu’elle n’avait rejoint l’entreprise que depuis peu, elle avait déjà bien cerné le caractère de son employeuse. Et elle savait qu’elle pouvait être très bornée. Mais Maryline ne bougea pas d’un pouce. Elle resta le visage cloué à son écran, les yeux de plus en plus humides.
« J’AI DIT NON ! cria-t-elle alors. Tu es encore bien trop jeune pour comprendre la complexité de l’amour ! Je ne peux simplement pas m’y résoudre, attendez encore qu’il termine une ou deux saisons avant de l’embarquer. Moi, c’est simple, je n’enregistrai pas son nom, tant que l’histoire ne sera pas terminée.

– Mais, Maryline… Vous savez bien qu’il y a un ordre à respecter, si vous bloquez un mort, toute la chaîne reste en suspens ! Imaginez le chaos que vous êtes en train de créer chez les vivants ! tenta Claire une dernière fois.
– Eh bien tant pis pour eux ! Ce n’est pas parce que mon chouchou a fait une malheureuse apparition dans une maudite émission culinaire qu’il doit en payer de sa vie ! Tant que je serai aux commandes, ce garçon continuera à vivre et à jouer dans cette série ! »
Quelque part, dans le monde des vivants, dans un quelconque studio de réalisation, deux stagiaires discutent à voix basse :

« Eh, t’es sûr qu’ils peuvent continuer la production comme ça ? Je veux dire, Eric a pris sacrément cher, tout de même… commença le premier.
– C’est vrai qu’il a l’air bien amoché… Que lui est-il arrivé ?
– Tu ne le sais pas ? Il s’est rendu en tant qu’invité dans une émission de cuisine populaire, « Les bonnes recettes de Tante Agathe », mais, elle a malheureusement mal tourné. Et maintenant il est comme ça… C’est fou, normalement, n’importe qui serait mort sur le coup, mais il a survécu ! Enfin, si on peut appeler ça « survivre » … Et il persiste à vouloir continuer le tournage malgré son état. »
Un peu plus loin, sur le plateau de tournage, Eric Hochet, jeune acteur en vogue de 23 ans, répétait son texte. Rien de bien étrange dans cette scène de dénouement et de révélations. Mis à part l’acteur principal qui, vêtu d’un costume noir, revolver en main, devait interpréter son personnage avec une porte de micro-ondes à moitié encastrée dans l’abdomen.

 

Nouillechan

Ma rencontre avec un Chuunibyou

 

 

Lundi dernier, j’ai mangé une chocolatine. Certains d’entre vous crieront « Halte là, malheureuse ! Que diable est cette sorcellerie, il s’agit d’un pain au chocolat, voyons ! ». Mais je ne suis pas là pour relancer le débat, j’ai une histoire bien plus intéressante à vous conter. Car voyez-vous, plus tard dans cette même journée, j’ai fait la connaissance d’une personne assez … atypique, disons. Au vu du titre, j’imagine que vous savez déjà quel genre de personne c’était. Et pour ceux qui n’ont pas vu le titre (si, par exemple, vous avez cliqué involontairement et que la fenêtre s’est imposée à vous sans vous laisser le choix, mais que, pour une raison inconnue, vous restez là, à lire, et c’est plutôt cool) ou pour ceux qui simplement ne savent pas ce qu’est un Chuunibyou, laissez-moi vous l’expliquer brièvement. Un Chuunibyou, pour faire simple, c’est quelqu’un qui se donne un style pseudo asocial, ou qui prétend avoir un quelconque pouvoir psychique, par exemple.

Eh bien, justement ! Parlons-en de ces pouvoirs psychiques ! La personne que j’ai rencontrée, que l’on va appeler Madame X, prétendait avoir la capacité d’effacer des bribes de mémoire de certaines personnes. Mais (oui, il y a un « mais »), il fallait réunir plusieurs conditions pour ce faire. La première étant celle de la « réceptivité » de la personne. Une personne non compatible est immunisée à ce genre de tour. Comme c’est pratique. Je ne suis visiblement pas assez « réceptive », puisqu’elle n’a rien réussi à faire sur moi. Toujours est-il que ça nous laisse sans preuve de l’existence de sa soi-disant capacité. Je tiens bien à préciser que je ne suis pas totalement fermé d’esprit, je ne nie pas tous les phénomènes sortant de l’ordinaire. Il m’arrive parfois de me surprendre à suivre avec une étrange curiosité des reportages portant sur des sujets variés, plus ou moins surnaturels. Mais je dois admettre que j’ai un peu de mal à croire l’histoire de Madame X.

Car cette collégienne (oui, j’ai oublié de préciser qu’elle est en quatrième), aussi convaincante se veut-elle, me paraîtrait très peu crédible en tant qu’esper. De vous à moi, j’ai entendu des choses assez … comment dire … douteuses ? Tenez, il paraît que lorsqu’elle est à son école, il lui arrive souvent de s’isoler dans un coin de la cour, disant aux autres de ne pas s’approcher car elle risquerait de ne plus pouvoir retenir ses « ombres », le tout en se cachant l’œil gauche. Ou droit. Ou les deux. Bien que cette image me semble assez amusante à imaginer. Passons.

Je ne suis évidemment pas là pour juger qui que ce soit, chacun ses hobbies, moi, par exemple, j’aime bien la cueillette du raisin dans le jardin de mon papi. Mais là n’est pas la question. Je me dis simplement que plus tard, dans les réunions en famille ou entre amis, où ils se remémoreront les souvenirs d’antan, et que tout ce qu’elle pourra raconter c’est « quand je m’amusais à jouer les enfants emo-gothiques en prétendant contrôler la mémoire des gens. » Et elle risque de repenser à cette sombre période de son enfance avec regrets.

Ah, et une dernière chose ! Dernière, mais pas des moindres … Je ne vous ai pas encore dit que … Attendez, je dois l’avoir noté quelque part, ne bougez pas. Hum, je ne le retrouve pas … Je vous racontais quoi déjà ? Ah oui, lundi dernier ! Donc, j’avais mangé une chocolatine. Certains d’entre vous crieront « Halte là, malheureuse ! Que diable est cette sorcellerie, il s’agit d’un pain au chocolat, voyons ! » Mais je ne suis pas là pour lancer le débat. Je suis venu vous parler de ma chocolatine. Je crois …

Nouillechan

Ma première vidéo sur YouTube

Ça doit maintenant remonter à un mois… J’étais si jeune et naïve à l’époque, pensant que Internet n’était qu’un outil de travail, un utile moyen de communication, ou encore une alternative non onéreuse pour accéder à mes séries préférées. Mais depuis ce jour, j’ai découvert une toute nouvelle facette du web.

« Comment ça, tu veux poster des vidéos sur YouTube ?! Est-ce que tu as une idée du nombre de malades qui trainent sur le net ? Qui prennent ton image pour faire des montages bizarres avec et te faire chanter ensuite ? Et je ne parle même pas des détraqués qui risquent de venir toquer à la porte pour te faire je ne sais quoi… Il n’en est simplement pas question.
– Mais Maman ! C’est bon, des centaines de gens font ça, et puis ça me plait, le chant !
– Cela m’est bien égal, le nombre de gens, des centaines de gens boivent de l’alcool et consomment de la drogue, ce n’est pas une raison pour que tu t’y mettes aussi !
– Tu digresses, Maman… Tu pourrais au moins me laisser une chance !
– Pas question, la discussion est close. »

Encore un échec. Ce n’est pas la première fois que Maman me prive d’un projet qui me tient à cœur. Je m’étale lourdement sur mon lit, réfléchissant aux différents arguments que je compte lui présenter lors de ma prochaine offensive, mais tout compte fait, non. Je préfère me jeter sur mon ordinateur et poster la vidéo que j’ai enregistrée plus tôt dans la semaine, ma première reprise en japonais ! Après tout, Maman n’est pas obligée d’être au courant de toute ma vie.

« Upload en cours, veuillez patienter. »
« Wow » dis-je en sentant la température de ma chambre monter rapidement. Est-ce l’excitation ? De l’appréhension, peut-être ? Je n’en sais rien. C’est peut-être simplement le radiateur qui s’emballe encore tout seul. Mais bon sang, qu’est-ce que c’est long ! Premier site mondial de partage de vidéos, et plus de quinze minutes pour poster une cover si courte ?
Mais les choses semblent s’accélérer rapidement. Après seulement quelques heures, que dis-je, quelques minutes, J’entends des pas se rapprocher dangereusement de ma chambre. C’est Maman.

« Caroline, qu’est-ce que je t’ai dit ce matin ?! Allez, supprime-moi ces japoniaiseries !
– Mais Maman !
– Chut ! Pas de « mais » ! On en avait déjà discuté, tu as désobéi. Encore.
– Je voulais juste…
– Tututut ! Tu connais la punition… Cette fois, tu me feras une dissertation sur la création d’Internet, puisque tu sembles tant t’intéresser à cet outil ! »
Comme je le disais, depuis ce jour, j’ai pu découvrir Internet de manière totalement inédite, et apprendre de nombreuses choses qui me seront probablement très utiles pour l’avenir. Saviez-vous, par exemple, que plus de deux-cent quarante-sept milliards de mails sont envoyés chaque jour, et que quatre-vingts pourcents d’entre eux sont des spams ? Maintenant, oui. Et vous voyez aussi qu’avoir des parents professeurs de collège n’est pas forcément toujours très drôle.

Nouillechan

Boss de fin – VoxPlume

« Ahh te voilà enfin ! J’ai attendu si longte … Attends, qui es-tu ? Tu n’es pas celui que j’attendais … Bah, reste ici, ça me fera de la compagnie. Tu ne sais pas ce que c’est, toi, la solitude. Tu es là, à traînasser sur ton ordinateur à longueur de journée, le monde entier s’ouvre à toi avec ton « internet » là. Laisse-moi te dire qu’ici, ce n’est pas si simple, je passe mes journées seul, à attendre, avec cette musique qui tourne en boucle en attendant que l’autre arrive, il a l’air de bien prendre son temps de son côté. Enfin bref, inutile de préciser que pendant ce temps, je ne peux pas m’entraîner correctement puisque je dois être prêt à accueillir mon invité avec la classe que je mérite. Mais je t’épargne les détails, tu es là, et je t’en remercie d’ailleurs, tâchons de discuter plus jovialement. Ah, un instant, permets-moi juste de terminer le récit de mon malheur avant d’entamer notre conversation. J’imagine que tu as déjà été confronté à un adversaire de mon rang, n’est-ce pas ? Non ?

Tu es un enfant bien étrange, si j’ai le temps, après avoir exterminé l’autre vermine, je t’enseignerai les bases du combat à l’épée. Mais passons, je disais donc, pour bon nombre d’entre vous (ou du moins, certains), ce combat final représente le climax d’une longue aventure. Mais il existe ces gens, que je hais au plus haut point, qui sont déjà en train de trimer dès le premier donjon, ils enchaînent donc les échecs, recommencent maintes et maintes fois les mêmes quêtes et il leur faut parfois plusieurs centaines d’heure pour arriver jusqu’à moi. Je pense d’ailleurs que celui que j’attends fait partie de cette catégorie. J’ai envoyé un sbire pour me trouver une explication à cette lenteur incroyable. Il y a aussi ceux qui s’entêtent à finir absolument toutes les quêtes secondaires, même les plus anodines, et vont donc jusqu’à chercher des dizaines et des dizaines de fragments en plastique juste pour un trophée en forme de lutin. Mais ceux que je hais le plus, ces énergumènes sans cœur, qui passent leur temps à … »

A cet instant, la porte s’ouvrit, laissant apparaître le sbire parti plus tôt :
« Maître, maître, j’ai des nouvelles pour vous, et pas des plus réconfortantes …
– Je t’écoute, parle.
– Celui que vous attendez, c’est un de ces gens-là … il vient de recommencer pour la cent quarante-huitième fois …
– Non … Pas eux … Pas encore ! Je hais les speedrunners. »

Nouillechan

Tentative n°27 – VoxPlume

C’était un jour d’été plutôt banal dans cette petite ville où régnait la joie. Le soleil brillait, les oiseaux gazouillaient comme à leur habitude et les habitants profitaient du calme du matin pour leurs balades quotidiennes, promenant leur chien, emmenant leurs enfants au parc, ou savourant simplement l’air pur de la campagne. La jeune Mauve Hèseminne, elle, marchait d’un pas incertain à travers les ruelles. Elle regardait tantôt à gauche, tantôt à droite, avant de se rendre dans le premier magasin qu’elle put trouver. Elle y fut accueillie par Marie et Jean Dubonheur, deux frères, employés modèles de la boutique. Ils s’écrièrent en chœur :

« Bonjour, bonjour ! Bienvenue ! Que pouvons-nous faire pour vous ?
– Euh, bonjour … Je cherche, euh, auriez-vous des cordes s’il vous plaît ?
– Oui bien sûr ! Nous en avons des tas ! On en a des rouges, des bleues, des jaunes, mais je vous recommande les roses ! Elles sont beaucoup plus amusantes, il y a des petits chatons dessinés tout le long, très utiles pour accrocher les ballons lors de fêtes d’enfants ! lança Marie, pleine d’entrain.
– Je ne suis pas d’accord ! l’interrompit aussitôt son frère. Pour les fêtes d’enfants, il n’y a rien de mieux que les petites cordelettes arc-en-ciel qui sont en promotion en ce moment, je vous en mets combien ? Ah et nous sommes le premier vendredi du mois, les ballons sont offerts !
– Ah, quelle chance vous avez d’organiser une fête d’enfants, ça fait combien de temps qu’on n’en a pas faite, nous ? Allez, cadeau de la maison, des confettis en forme de fleurs, j’espère que vous passerez une bonne après-midi ! »
Mauve, face à cet entrain inattendu tenta maladroitement de reprendre la situation en main :

« Merci, vraiment, mais une corde suffira, je ne suis pas vraiment d’humeur à faire la fête en ce moment … La jaune sera très bien, combien je vous dois ?
– Oh, mais ne faites pas cette tête-là voyons ! Tout le monde devrait être heureux d’organiser une fête ! Regardez cet assortiment de bonbons, ce n’est pas à toutes les occasions qu’on peut en manger ! C’est le moment ou jamais, c’est pour votre petit frère ? On peut vous proposer des cartes d’anniversaire personnalisées aussi, regardez !
– Arrête ça Jean, commença Marie. Tu vois bien que notre cliente ne veut pas de bonbons. Mais à la place, nous pouvons vous proposer de nombreux petits biscuits très en vogue chez les enfants en ce moment, regardez ceux-là, en forme de petits animaux, on vous en met combien ? »

Quelques heures plus tard, Mauve franchit le pas de sa porte, les bras surchargés de diverses décorations et sucreries pour enfant. Sa colocataire qui l’attendait patiemment sur le canapé leva les yeux et demanda :
« Tu as encore voulu te tuer ? Tu sais que ce n’est pas bon pour ton cholestérol ça ? Ni pour le mien d’ailleurs …
– Je t’interdis de me juger, je te promets que la prochaine fois, ça sera la bonne. Et à ce moment-là, tu regretteras de t’être moquée.
– Peut-être … En attendant, il n’y a plus de place dans le placard à bonbons, quand tu réessayeras la semaine prochaine, essaye au moins une autre boutique …»

Nouillechan

Réunion des oubliés anonymes – VoxPlume

« Chères amies, chers amis, bonsoir. Je vous félicite pour votre assiduité à notre réunion hebdomadaire, et tout particulièrement Bounce, ce jeu qui célèbre aujourd’hui sa centième présence parmi nous. »
Les applaudissements s’élevèrent dans la salle.

« Mais sans plus tarder, accueillons Xena, reprit l’hôte. Elle a mis du temps à nous rejoindre, mais tout vient à point à qui sait attendre, comme on dit. Je t’en prie, présente-toi.
– Bonjour, je m’appelle Xena.
– Bonjour Xena, lança alors l’assemblée. »
Légèrement surprise, la jeune femme fut invitée à reprendre :

« J’ai eu beaucoup de succès notamment entre 95 et 2001, mais aujourd’hui je me sens un peu perdue, j’espère pouvoir aller de l’avant avec vous tous.
– Nous l’espérons aussi, très chère ! » sourit le maître des lieux. Il fit un signe de la tête à la personne assise à ses côtés pour l’encourager à s’exprimer à son tour, ce qu’il fit sans attendre.

« Bonjour, comme vous le savez maintenant, je suis Didier le Renne.
– Bonjour Didier le Renne.
– J’avais l’habitude de travailler pour un bouquet télévisuel en tant que mascotte avec plein d’amis, mais ça ne marche plus très fort, on s’est tous fait virer … Et comme vous pouvez l’imaginer, c’est difficile de se renouveler quand tout ce qu’on sait faire, c’est chanter des paroles promotionnelles sur des airs de chant de Noël… J’avais postulé pour jouer dans un grand film d’animation film sorti récemment, mais ils ont préféré embaucher une huitre … Parce que, soit disant, « un renne n’a rien à faire dans l’eau». Mais je continue à chercher et je me battrai jusqu’au bout !
– Bravo, c’est l’esprit, Didier. On continue !

– Bonjour, je m’appelle Laure, j’étais chanteuse au début des années 2000, et je … »
Un bruit sourd retentit dans la salle. La porte était grande ouverte. Sur le seuil, deux hommes, l’un se débattant pour tenir sa prise tranquille, et l’autre se débattant pour se libérer. Ce dernier s’écria alors :
« Mais laissez-moi, bon sang ! Je suis pas oublié moi, les gens chantent encore mes chansons, je fais des films, je peux … »

Des murmures commencèrent à se faire entendre à travers la salle.
« Eh je le connais lui ! Il faisait des chansons avec d’autres gens je crois … Il va bientôt faire une sorte de téléréalité le pauvre, ça, c’est signer sa chute dans l’oubli total !
– Très bien Fatal, bienvenue à la réunion des oubliés anonymes. Installe-toi, nous sommes là pour t’écouter. »

Nouillechan