Ma rencontre avec un Chuunibyou

 

 

Lundi dernier, j’ai mangé une chocolatine. Certains d’entre vous crieront « Halte là, malheureuse ! Que diable est cette sorcellerie, il s’agit d’un pain au chocolat, voyons ! ». Mais je ne suis pas là pour relancer le débat, j’ai une histoire bien plus intéressante à vous conter. Car voyez-vous, plus tard dans cette même journée, j’ai fait la connaissance d’une personne assez … atypique, disons. Au vu du titre, j’imagine que vous savez déjà quel genre de personne c’était. Et pour ceux qui n’ont pas vu le titre (si, par exemple, vous avez cliqué involontairement et que la fenêtre s’est imposée à vous sans vous laisser le choix, mais que, pour une raison inconnue, vous restez là, à lire, et c’est plutôt cool) ou pour ceux qui simplement ne savent pas ce qu’est un Chuunibyou, laissez-moi vous l’expliquer brièvement. Un Chuunibyou, pour faire simple, c’est quelqu’un qui se donne un style pseudo asocial, ou qui prétend avoir un quelconque pouvoir psychique, par exemple.

Eh bien, justement ! Parlons-en de ces pouvoirs psychiques ! La personne que j’ai rencontrée, que l’on va appeler Madame X, prétendait avoir la capacité d’effacer des bribes de mémoire de certaines personnes. Mais (oui, il y a un « mais »), il fallait réunir plusieurs conditions pour ce faire. La première étant celle de la « réceptivité » de la personne. Une personne non compatible est immunisée à ce genre de tour. Comme c’est pratique. Je ne suis visiblement pas assez « réceptive », puisqu’elle n’a rien réussi à faire sur moi. Toujours est-il que ça nous laisse sans preuve de l’existence de sa soi-disant capacité. Je tiens bien à préciser que je ne suis pas totalement fermé d’esprit, je ne nie pas tous les phénomènes sortant de l’ordinaire. Il m’arrive parfois de me surprendre à suivre avec une étrange curiosité des reportages portant sur des sujets variés, plus ou moins surnaturels. Mais je dois admettre que j’ai un peu de mal à croire l’histoire de Madame X.

Car cette collégienne (oui, j’ai oublié de préciser qu’elle est en quatrième), aussi convaincante se veut-elle, me paraîtrait très peu crédible en tant qu’esper. De vous à moi, j’ai entendu des choses assez … comment dire … douteuses ? Tenez, il paraît que lorsqu’elle est à son école, il lui arrive souvent de s’isoler dans un coin de la cour, disant aux autres de ne pas s’approcher car elle risquerait de ne plus pouvoir retenir ses « ombres », le tout en se cachant l’œil gauche. Ou droit. Ou les deux. Bien que cette image me semble assez amusante à imaginer. Passons.

Je ne suis évidemment pas là pour juger qui que ce soit, chacun ses hobbies, moi, par exemple, j’aime bien la cueillette du raisin dans le jardin de mon papi. Mais là n’est pas la question. Je me dis simplement que plus tard, dans les réunions en famille ou entre amis, où ils se remémoreront les souvenirs d’antan, et que tout ce qu’elle pourra raconter c’est « quand je m’amusais à jouer les enfants emo-gothiques en prétendant contrôler la mémoire des gens. » Et elle risque de repenser à cette sombre période de son enfance avec regrets.

Ah, et une dernière chose ! Dernière, mais pas des moindres … Je ne vous ai pas encore dit que … Attendez, je dois l’avoir noté quelque part, ne bougez pas. Hum, je ne le retrouve pas … Je vous racontais quoi déjà ? Ah oui, lundi dernier ! Donc, j’avais mangé une chocolatine. Certains d’entre vous crieront « Halte là, malheureuse ! Que diable est cette sorcellerie, il s’agit d’un pain au chocolat, voyons ! » Mais je ne suis pas là pour lancer le débat. Je suis venu vous parler de ma chocolatine. Je crois …

Nouillechan


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Ma première vidéo sur YouTube

Ça doit maintenant remonter à un mois… J’étais si jeune et naïve à l’époque, pensant que Internet n’était qu’un outil de travail, un utile moyen de communication, ou encore une alternative non onéreuse pour accéder à mes séries préférées. Mais depuis ce jour, j’ai découvert une toute nouvelle facette du web.

« Comment ça, tu veux poster des vidéos sur YouTube ?! Est-ce que tu as une idée du nombre de malades qui trainent sur le net ? Qui prennent ton image pour faire des montages bizarres avec et te faire chanter ensuite ? Et je ne parle même pas des détraqués qui risquent de venir toquer à la porte pour te faire je ne sais quoi… Il n’en est simplement pas question.
– Mais Maman ! C’est bon, des centaines de gens font ça, et puis ça me plait, le chant !
– Cela m’est bien égal, le nombre de gens, des centaines de gens boivent de l’alcool et consomment de la drogue, ce n’est pas une raison pour que tu t’y mettes aussi !
– Tu digresses, Maman… Tu pourrais au moins me laisser une chance !
– Pas question, la discussion est close. »

Encore un échec. Ce n’est pas la première fois que Maman me prive d’un projet qui me tient à cœur. Je m’étale lourdement sur mon lit, réfléchissant aux différents arguments que je compte lui présenter lors de ma prochaine offensive, mais tout compte fait, non. Je préfère me jeter sur mon ordinateur et poster la vidéo que j’ai enregistrée plus tôt dans la semaine, ma première reprise en japonais ! Après tout, Maman n’est pas obligée d’être au courant de toute ma vie.

« Upload en cours, veuillez patienter. »
« Wow » dis-je en sentant la température de ma chambre monter rapidement. Est-ce l’excitation ? De l’appréhension, peut-être ? Je n’en sais rien. C’est peut-être simplement le radiateur qui s’emballe encore tout seul. Mais bon sang, qu’est-ce que c’est long ! Premier site mondial de partage de vidéos, et plus de quinze minutes pour poster une cover si courte ?
Mais les choses semblent s’accélérer rapidement. Après seulement quelques heures, que dis-je, quelques minutes, J’entends des pas se rapprocher dangereusement de ma chambre. C’est Maman.

« Caroline, qu’est-ce que je t’ai dit ce matin ?! Allez, supprime-moi ces japoniaiseries !
– Mais Maman !
– Chut ! Pas de « mais » ! On en avait déjà discuté, tu as désobéi. Encore.
– Je voulais juste…
– Tututut ! Tu connais la punition… Cette fois, tu me feras une dissertation sur la création d’Internet, puisque tu sembles tant t’intéresser à cet outil ! »
Comme je le disais, depuis ce jour, j’ai pu découvrir Internet de manière totalement inédite, et apprendre de nombreuses choses qui me seront probablement très utiles pour l’avenir. Saviez-vous, par exemple, que plus de deux-cent quarante-sept milliards de mails sont envoyés chaque jour, et que quatre-vingts pourcents d’entre eux sont des spams ? Maintenant, oui. Et vous voyez aussi qu’avoir des parents professeurs de collège n’est pas forcément toujours très drôle.

Nouillechan

Boss de fin – VoxPlume

« Ahh te voilà enfin ! J’ai attendu si longte … Attends, qui es-tu ? Tu n’es pas celui que j’attendais … Bah, reste ici, ça me fera de la compagnie. Tu ne sais pas ce que c’est, toi, la solitude. Tu es là, à traînasser sur ton ordinateur à longueur de journée, le monde entier s’ouvre à toi avec ton « internet » là. Laisse-moi te dire qu’ici, ce n’est pas si simple, je passe mes journées seul, à attendre, avec cette musique qui tourne en boucle en attendant que l’autre arrive, il a l’air de bien prendre son temps de son côté. Enfin bref, inutile de préciser que pendant ce temps, je ne peux pas m’entraîner correctement puisque je dois être prêt à accueillir mon invité avec la classe que je mérite. Mais je t’épargne les détails, tu es là, et je t’en remercie d’ailleurs, tâchons de discuter plus jovialement. Ah, un instant, permets-moi juste de terminer le récit de mon malheur avant d’entamer notre conversation. J’imagine que tu as déjà été confronté à un adversaire de mon rang, n’est-ce pas ? Non ?

Tu es un enfant bien étrange, si j’ai le temps, après avoir exterminé l’autre vermine, je t’enseignerai les bases du combat à l’épée. Mais passons, je disais donc, pour bon nombre d’entre vous (ou du moins, certains), ce combat final représente le climax d’une longue aventure. Mais il existe ces gens, que je hais au plus haut point, qui sont déjà en train de trimer dès le premier donjon, ils enchaînent donc les échecs, recommencent maintes et maintes fois les mêmes quêtes et il leur faut parfois plusieurs centaines d’heure pour arriver jusqu’à moi. Je pense d’ailleurs que celui que j’attends fait partie de cette catégorie. J’ai envoyé un sbire pour me trouver une explication à cette lenteur incroyable. Il y a aussi ceux qui s’entêtent à finir absolument toutes les quêtes secondaires, même les plus anodines, et vont donc jusqu’à chercher des dizaines et des dizaines de fragments en plastique juste pour un trophée en forme de lutin. Mais ceux que je hais le plus, ces énergumènes sans cœur, qui passent leur temps à … »

A cet instant, la porte s’ouvrit, laissant apparaître le sbire parti plus tôt :
« Maître, maître, j’ai des nouvelles pour vous, et pas des plus réconfortantes …
– Je t’écoute, parle.
– Celui que vous attendez, c’est un de ces gens-là … il vient de recommencer pour la cent quarante-huitième fois …
– Non … Pas eux … Pas encore ! Je hais les speedrunners. »

Nouillechan

Tentative n°27 – VoxPlume

C’était un jour d’été plutôt banal dans cette petite ville où régnait la joie. Le soleil brillait, les oiseaux gazouillaient comme à leur habitude et les habitants profitaient du calme du matin pour leurs balades quotidiennes, promenant leur chien, emmenant leurs enfants au parc, ou savourant simplement l’air pur de la campagne. La jeune Mauve Hèseminne, elle, marchait d’un pas incertain à travers les ruelles. Elle regardait tantôt à gauche, tantôt à droite, avant de se rendre dans le premier magasin qu’elle put trouver. Elle y fut accueillie par Marie et Jean Dubonheur, deux frères, employés modèles de la boutique. Ils s’écrièrent en chœur :

« Bonjour, bonjour ! Bienvenue ! Que pouvons-nous faire pour vous ?
– Euh, bonjour … Je cherche, euh, auriez-vous des cordes s’il vous plaît ?
– Oui bien sûr ! Nous en avons des tas ! On en a des rouges, des bleues, des jaunes, mais je vous recommande les roses ! Elles sont beaucoup plus amusantes, il y a des petits chatons dessinés tout le long, très utiles pour accrocher les ballons lors de fêtes d’enfants ! lança Marie, pleine d’entrain.
– Je ne suis pas d’accord ! l’interrompit aussitôt son frère. Pour les fêtes d’enfants, il n’y a rien de mieux que les petites cordelettes arc-en-ciel qui sont en promotion en ce moment, je vous en mets combien ? Ah et nous sommes le premier vendredi du mois, les ballons sont offerts !
– Ah, quelle chance vous avez d’organiser une fête d’enfants, ça fait combien de temps qu’on n’en a pas faite, nous ? Allez, cadeau de la maison, des confettis en forme de fleurs, j’espère que vous passerez une bonne après-midi ! »
Mauve, face à cet entrain inattendu tenta maladroitement de reprendre la situation en main :

« Merci, vraiment, mais une corde suffira, je ne suis pas vraiment d’humeur à faire la fête en ce moment … La jaune sera très bien, combien je vous dois ?
– Oh, mais ne faites pas cette tête-là voyons ! Tout le monde devrait être heureux d’organiser une fête ! Regardez cet assortiment de bonbons, ce n’est pas à toutes les occasions qu’on peut en manger ! C’est le moment ou jamais, c’est pour votre petit frère ? On peut vous proposer des cartes d’anniversaire personnalisées aussi, regardez !
– Arrête ça Jean, commença Marie. Tu vois bien que notre cliente ne veut pas de bonbons. Mais à la place, nous pouvons vous proposer de nombreux petits biscuits très en vogue chez les enfants en ce moment, regardez ceux-là, en forme de petits animaux, on vous en met combien ? »

Quelques heures plus tard, Mauve franchit le pas de sa porte, les bras surchargés de diverses décorations et sucreries pour enfant. Sa colocataire qui l’attendait patiemment sur le canapé leva les yeux et demanda :
« Tu as encore voulu te tuer ? Tu sais que ce n’est pas bon pour ton cholestérol ça ? Ni pour le mien d’ailleurs …
– Je t’interdis de me juger, je te promets que la prochaine fois, ça sera la bonne. Et à ce moment-là, tu regretteras de t’être moquée.
– Peut-être … En attendant, il n’y a plus de place dans le placard à bonbons, quand tu réessayeras la semaine prochaine, essaye au moins une autre boutique …»

Nouillechan

Réunion des oubliés anonymes – VoxPlume

« Chères amies, chers amis, bonsoir. Je vous félicite pour votre assiduité à notre réunion hebdomadaire, et tout particulièrement Bounce, ce jeu qui célèbre aujourd’hui sa centième présence parmi nous. »
Les applaudissements s’élevèrent dans la salle.

« Mais sans plus tarder, accueillons Xena, reprit l’hôte. Elle a mis du temps à nous rejoindre, mais tout vient à point à qui sait attendre, comme on dit. Je t’en prie, présente-toi.
– Bonjour, je m’appelle Xena.
– Bonjour Xena, lança alors l’assemblée. »
Légèrement surprise, la jeune femme fut invitée à reprendre :

« J’ai eu beaucoup de succès notamment entre 95 et 2001, mais aujourd’hui je me sens un peu perdue, j’espère pouvoir aller de l’avant avec vous tous.
– Nous l’espérons aussi, très chère ! » sourit le maître des lieux. Il fit un signe de la tête à la personne assise à ses côtés pour l’encourager à s’exprimer à son tour, ce qu’il fit sans attendre.

« Bonjour, comme vous le savez maintenant, je suis Didier le Renne.
– Bonjour Didier le Renne.
– J’avais l’habitude de travailler pour un bouquet télévisuel en tant que mascotte avec plein d’amis, mais ça ne marche plus très fort, on s’est tous fait virer … Et comme vous pouvez l’imaginer, c’est difficile de se renouveler quand tout ce qu’on sait faire, c’est chanter des paroles promotionnelles sur des airs de chant de Noël… J’avais postulé pour jouer dans un grand film d’animation film sorti récemment, mais ils ont préféré embaucher une huitre … Parce que, soit disant, « un renne n’a rien à faire dans l’eau». Mais je continue à chercher et je me battrai jusqu’au bout !
– Bravo, c’est l’esprit, Didier. On continue !

– Bonjour, je m’appelle Laure, j’étais chanteuse au début des années 2000, et je … »
Un bruit sourd retentit dans la salle. La porte était grande ouverte. Sur le seuil, deux hommes, l’un se débattant pour tenir sa prise tranquille, et l’autre se débattant pour se libérer. Ce dernier s’écria alors :
« Mais laissez-moi, bon sang ! Je suis pas oublié moi, les gens chantent encore mes chansons, je fais des films, je peux … »

Des murmures commencèrent à se faire entendre à travers la salle.
« Eh je le connais lui ! Il faisait des chansons avec d’autres gens je crois … Il va bientôt faire une sorte de téléréalité le pauvre, ça, c’est signer sa chute dans l’oubli total !
– Très bien Fatal, bienvenue à la réunion des oubliés anonymes. Installe-toi, nous sommes là pour t’écouter. »

Nouillechan

Les aléas des RPG – VoxPlume

Cela faisait près d’une heure que Jjhbj et Mio marchaient dans la plaine, donnant, de temps à autre, quelques coups d’épée aux éventuels ennemis qui osaient s’approcher, lorsqu’ils aperçurent l’entrée de la ville. Le garde qui défendait la porte les appréhenda alors :
« Holà, jeunes gens, qu’est-ce qui vous amène à Hargon ?
– Bonjour, nous sommes envoyés par l’alchimiste de la campagne voisine, Meephy Ferrier. On nous a chargés de remettre un ingrédient au médecin de la ville, déclara alors Jjhbj.
– Je vois. Avez-vous une autorisation d’entrée ? Ou du moins, une preuve que c’est bien Monsieur Ferrier qui vous envoie ?
– Oui, il nous a rédigé une lettre, Mio, c’est toi qui l’as il me semble.
– Exact, laissez-moi quelques minutes. »

Le jeune mage entreprit alors la fouille de chacune de ses poches, sortant une multituded’objets, tels que des potions, diverses plantes aux vertus thérapeutiques, un vélo, des pièces d’armures, jusqu’à, plusieurs minutes plus tard, enfin sortir un bout de papier chiffonné. Il le tendit alors à leur interlocuteur qui le lit attentivement.
« Très bien, vous pouvez rentrer. » dit-il en libérant le passage.
Les deux partenaires procédèrent donc à l’intérieur de la ville, dévorant du regard les différentes enseignes qu’ils pouvaient voir. Jjhbj, paladin niveau vingt-quatre n’avait jusque-là pas eu l’occasion d’acheter de nouvelles armes par lui-même, les seules qu’il possédait avaient été trouvées dans des donjons à travers le pays. Il était donc tout excité à l’idée de pouvoir enfin pénétrer dans un de ces magasins. En se rapprochant de l’entrée, un petit garçon l’accosta :

« Eh, eh monsieur, t’es un chevalier ? Trop cool ! Eh, eh monsieur, t’es un chevalier ? Trop cool ! Eh, eh monsieur, t’es un …
– Qu’est-ce qu’il lui prend ? questionna Mio.
– Ah, désolé, je crois que c’est ma faute, le bouton est resté enfoncé. Bon, continuons, je ferai mes emplettes une fois notre mission terminée. »
Ils reprirent donc leur chemin en direction de la maison du soigneur, prenant soin de ne pas lancer une nouvelle conversation sans fin avec un autre citoyen. Mais arrivés à destination, une femme à l’allure grave se tenait devant la porte, refusant obstinément de bouger. Comme tout bon personnage principal, Jjhbj l’interrogea :
« Bien le bonjour, quelque chose ne va pas ? Peut-on vous aider ?
– A l’aide, au voleur ! Oui, aidez-moi ! Vous ne devinerez jamais ce qui est arrivé ! Un chat, énorme, tout noir est passé et m’a volé mon collier de perles ! Je refuse de bouger tant que je n’aurai pas récupéré ce qui m’est dû !
– Nous vous promettons de vous aidez, madame, dès que nous aurons pu discuter avec le médecin.
– Je refuse de bouger tant que je n’aurai pas récupéré ce qui m’est dû !
– J’entends bien, mais nous devons vraiment passer…
– Laisse tomber, Jjhbj, il faut qu’on retrouve ce chat si on veut avancer, c’est écrit dans le parchemin magique.
– Le parchemin ?
– Oui, enfin, la soluce quoi. Allons-y, ne perdons pas plus de temps, le soleil va bientôt se coucher. »

Mio et Jjhbj se mirent à la recherche du chat, suivant scrupuleusement les indications du parchemin. Leur quête arrivait presque à sa fin quand ils virent la ville disparaître sous leurs yeux pour laisser place à une profonde obscurité. Jjhbj commença à paniquer :
« Hein, quoi ? Qu’est-ce qu’il se passe ? Où est parti tout le monde ?
– Etrange … Tu as pensé à recharger ta console la nuit dernière ? réfléchit Mio.
– Non, je n’ai pas pu, je me suis endormi très rapidement, elle est restée allumée, comme d’habitude … Tu penses que c’est la batterie qui a lâché ? Il va falloir recommencer !
– Non, ne t’en fais pas, tu as sauvegardé après avoir battu le boss de tout à l’heure ?
– Comment ça ? Ca ne se fait pas automatiquement ?
– Bien sûr que non ! Bon, à quand remonte ta dernière sauvegarde ?
– Euh … Vu que je laisse ma console allumée la nuit, je ne pense pas avoir sauvegardé …
– Bon, pas de panique, tu vas devoir recommencer depuis le début … Essaye de choisir un vrai nom cette fois, au lieu de taper des lettres au hasard pour aller plus vite. » soupira Mio avant de disparaître.

Nouillechan

Une histoire de M&M’s – VoxPlume

« S’il te plaît, attends ! » lança Mélanie désespérée, trempée par la pluie abondante. La rue était déserte. Ses habitants devaient sûrement être en train de manger à cette heure, néanmoins, les deux adolescents restaient là, immobiles. Max était prêt à s’en aller, fatigué des excuses incessantes de son amie.
« Qu’est-ce que tu veux encore ? Je pensais qu’on avait terminé. C’est mon cas en tout cas.
– Non, écoute, je suis sûre qu’on peut trouver un arrangement, on en a toujours trouvé.
– C’est vrai, mais cette fois, c’est différent, je ne reviendrai pas sur ma décision. »

Il reprit sa marche, s’éloignant peu à peu, mais à peine eut-il fait quelques mètres que son amie l’interpella de nouveau.
« Attends ! Tu te rappelles, quand on était petits, on s’était juré de ne jamais se disputer, tu tiens réellement à briser cette promesse vieille de six ans ?
– Huit ans, ça fait huit ans qu’on s’est promis ça, et ça fait huit ans que tu oublies.
– C’est peut-être vrai… Mais toujours est-il que notre amitié ne doit pas se briser pour une chose si futile !
– « Si futile » ? Je te faisais confiance, je t’avais confié ce qui comptait le plus pour moi, et toi, tu me le rends dans cet état et tu oses qualifier ce que tu as fait de « futile » ?
– Je disais ça dans le sens que ce n’est rien par rapport à ce qu’on a vécu tous les deux ! On était tellement inséparables qu’on nous appelait « M&M’s », tu te rappelles ?
– Personne ne nous appelait comme ça.
– C’est peut-être vrai aussi, mais c’est stylé comme nom ! On peut se faire appeler comme ça dès aujourd’hui si on reste amis !
– Non, c’est pas stylé, j’aime pas les M&M’s, je suis allergique aux cacahuètes.
– Je sais … Bon, écoute, je suis vraiment désolée, je sais que rien ne pourra pardonner ce que j’ai fait, mais je peux peut-être au moins me racheter… »

A ces mots, Max regarda Mélanie dans les yeux, et y vit une expression triste et sincère. Il avait néanmoins du mal à lui pardonner ce qu’elle avait fait à son chat.
« Je peux t’en acheter un autre ! reprit-elle. Je suis sûre que tu l’aimeras autant que tu as aimé celui-là !
– Comment peux-tu dire ça ? Rien ne peut remplacer l’amour qu’on porte à son chat, il faisait partie de ma famille !
– J’imagine que te rappeler que ce n’est pas un vrai chat, mais une peluche de Doraemon ne changera rien à la situation ?
– Exactement. »
Et c’est ainsi que les deux ex-amis ne se parlèrent plus jamais. Du moins, jusqu’à la prochaine convention où Mélanie put acheter une nouvelle peluche à son ami.

Nouillechan

Savoir mettre l’accent – VoxPlume

Salle d’audition n°4
« Candidat 48, vous pouvez entrer, vous êtes le dernier pour ce rôle. Déclinez nom, âge et années d’expérience, je vous prie.
– Bonjour, je m’appelle Jérémy, j’ai 22 ans et j’ai tourné ma première publicité il y a quatre ans, récemment, j’ai prêté ma voix à un personnage secondaire d’un dessin animé.
– Très bien, vous venez donc pour le rôle d’un jeune homme noir, qui travaille dans un supermarché, nous vous écoutons pour la scène de la mamie et des yaourts.
– Entendu. « Bonjour madame, puis-je vous renseigner ? »

– Stop ! On arrête tout et on recommence : notre personnage est noir, il faut donc l’interpréter avec l’accent noir.
– Excusez-moi, mais qu’entendez-vous par « l’accent noir » ?
– Oh, mais vous savez, l’accent là, que les gens de chez vous ont quand ils vont au marché pour vendre des pastèques, vous savez le faire cet accent, non ?
– Pardonnez-moi, j’en suis incapable.

– Hein ? Comment ça ? C’était bien précisé sur l’annonce, on recherche un acteur noir, c’était bien évident qu’il faudrait l’accent ! Bon il faudra vous entraîner si vous voulez avoir une chance, pour le physique vous êtes parfait pour le rôle, il faudrait juste vous maquiller un peu les lèvres, elles sont trop fines je trouve. Vous pensez pouvoir chopper l’accent en une semaine ?
– Très honnêtement, ça me semble difficile, je ne vois pas trop comment faire.
– Oh, mais voyons, vous n’avez qu’à passer un peu de temps avec votre famille, la compagnie vous remboursera le billet d’avion si votre performance est satisfaisante.
– Le plus loin où je pourrais éventuellement trouver de la famille, ça serait à Clermont-Ferrand… Et personne n’a l’accent que vous recherchez parmi mes proches.
– Hein ? Mais c’est quoi ces noirs next-gen qui parlent normalement ? Bon, vous pouvez partir, on a auditionné des gens qui interpréteront sûrement mieux Mamadou que vous de toute façon. Au suivant ! On commence le casting pour le rôle de Abdel ! Cette fois je veux un bon arabe avec l’accent pour travailler dans un bar à chicha. »

Nouillechan

Malaise et ouverture d’esprit – VoxPlume

Maryline et Jean-Pierre formaient un petit couple, tout ce qu’il y a de plus banal. Ils vivaient dans un petit pavillon en banlieue parisienne, faisaient leurs courses ensemble tous les samedis après-midi, dînaient, chaque jour, à vingt heures pétantes afin de pouvoir suivre leur feuilleton préféré avant d’aller se coucher à vingt-et-une heures trente.
Un beau jour de printemps, les deux amoureux avaient décidé d’inviter leur amie d’enfance.

« Maryline, ma douce !
– Oui, mon chéri, qu’y a-t-il ? demanda la sus-nommée, un plumeau à la main.
– Laurine a appelé, elle viendra en compagnie de son nouvel amour, m’a-t-elle annoncé. Ils sont ensemble depuis quelques mois déjà.
– Oh, mais c’est formidable ! Moi qui craignais qu’elle n’ait du mal à se trouver un fiancé, elle est un peu trop difficile, si tu veux mon avis. Je vais, de ce pas, ajouter un couvert. »
Le soir venu, tous deux étaient à la porte, prêts à recevoir leurs invités. La sonnette retentit et Jean-Pierre ouvrit la porte, accueillant chaleureusement les nouveaux venus. Néanmoins, son sourire se transforma rapidement en une expression d’incompréhension.

« Bonjour Jean-Pierre, Maryline, ça faisait longtemps ! Je vous présente Léa.
Cette dernière tendit sa main, interceptée alors par Maryline qui demanda :
« Enchantée, pardonnez mon impolitesse mais, Laurine, n’avais-tu pas dit que tu viendrais avec ton petit-ami ?
– Oui, nous sommes ensemble depuis quatre mois aujourd’hui, j’ai pensé que ça serait une bonne occasion de vous présenter.
– Ah, commença l’unique homme de la salle. Donc vous êtes … Hum, comment dire … Euh …
– Amoureuses, oui, répondit alors Léa, légèrement confuse. Cela … dérange ?
– Oh mais pas du tout ! reprit l’hôtesse. C’est fantastique, vraiment ! Je n’avais jamais rencontré de gens comme ça auparavant, ça doit être passionnant. Venez vous installer, faites comme chez vous. »

L’apéritif s’était passé sans trop d’encombres, mis à part les questions incessantes de Maryline et les regards dérangeants de Jean-Pierre, les deux invitées réussirent tout de même à garder le sourire. Cependant, les choses se corsèrent lors du dîner.
« Et, dites-moi, reprit l’interrogatrice, juste comme ça, hein, vous n’avez pas peur que plus de gens deviennent « comme vous » ? Je ne dis pas ça en mal hein, mais il faut admettre que ça serait assez … gênant, non ? Si Dieu a créé l’Homme et la Femme, c’est pour le mieux, non ? »
Sous les hochements approbateurs du mari, les deux jeunes femmes ne répondirent pas, plongeant le reste du repas dans un malaise ambiant. A la fin de la soirée, elles repartirent, néanmoins, en faisant preuve d’une extrême politesse. En s’éloignant de la maison, Léa regarda sa compagne émettre un léger rire.

« Qu’est-ce qu’il t’arrive ? Ne le prends pas mal, mais je pense que ce repas était tout, sauf amusant, j’espère que tous tes amis ne sont pas comme ça.
– Ne t’en fais pas, je ris simplement de ma réponse à la toute dernière question de Maryline. »
Au même moment, dans la maison où venait d’avoir lieu la réception :
« Jean-Pierre, mon chéri !
– Oui, ma douce, qu’y a-t-il ? demanda le sus-nommé, des couverts à la main.
– Vite, aide-moi à nettoyer ces assiettes ! Et il faut désinfecter les chaises aussi ! Et tout ce qu’elles ont pu toucher, dépêche-toi ! Tu vois, j’ai bien fait de demander à Laurine si c’était contagieux, leur maladie ! »

Nouillechan

Recherche lampe ou torche à vendre – VoxPlume

Et merde. On m’a toujours traité de maladroit, de gauche, de boulet, et autres appellations du même registre, mais ça ne m’avait jamais dérangé. Je le reconnais, je ne suis pas du genre très habile et ai plutôt tendance à rendre compliqué tout ce qui est facile. Jusque-là, ça ne m’avait jamais vraiment dérangé, je me suis toujours dit que les objets cassés pouvaient être réparés, les maladresses en conversation pouvaient être corrigées avec des excuses et un peu d’humour. Mais là, tandis que d’autres verraient cet événement comme une opportunité pour changer de vie, moi, je vois plutôt ça comme un problème à régler rapidement.

« Bon, tu vas me suivre encore longtemps comme ça ? Je ne t’ai rien demandé, que je sache !
– Oui, Maître, je sais. Vous me rabâchez la même chose depuis que je suis arrivé, je vous ai très bien expliqué la procédure à suivre. Et je pense que j’ai au moins autant envie qu’on en finisse que vous. »
Il remet ça avec son « Maître ». Pour faire simple, en me débarrassant de vieilles affaires, je suis tombée sur une lampe. Très cliché me direz-vous. Mais voilà, là où n’importe qui aurait frotté la lampe dans l’espoir de voir sortir un génie, ou bien l’aurait simplement reposée sans y prêter une réelle attention, moi je l’a faite tomber. Et elle s’est brisée. Et allant de cliché en cliché, le génie est arrivé.
« Et du coup, je suis censé te trouver une lampe de remplacement pour que tu me laisses tranquille ? »

Il acquiesça de la tête.
« Et après j’ai le droit à trois vœux ? »
Nouveau hochement de tête. Je quitte alors la salle quelques instants et reviens avec une lampe de bureau à la main.

« Bon, commençons par le commencement, voilà une lampe. Maintenant les vœux.
– Hum, ça risque compliqué. Cette lampe manque réellement d’esthétisme, et ne parlons même pas du confort. Vous n’avez rien de mieux à me proposer ?
– Comment ça ? C’est exactement la même que celle que j’ai cassée !
– Et c’est exactement pour ça qu’elle s’est cassée, j’avais besoin de changement, vous étiez la personne idéale pour me procurer une lampe plus agréable.
– …
– …
– Vraiment ?
– Oui.

– Et c’est quoi, selon toi, une lampe « plus agréable » ?
– Hum, j’ai une vague idée… Plutôt une torche, pour changer, il paraît que c’est plus classe. Assez grande, histoire de pas être à l’étroit, ah et il faut que son propriétaire se déplace beaucoup, j’aime bien découvrir de nouvelles horizons. Et plus c’est chaud, mieux c’est. Après, je ne veux pas trop en demander, donc ces critères suffiront. Merci de votre considération.
– Rassure-moi, tu parles pas de ça ? » m’inquiétai-je en lui montrant une photo sur mon ordinateur.

Il approuve, affichant un sourire béat. Et c’est ainsi que je dois commencer ma quête de « voleur de la Torche Olympique ».

Nouillechan