Comment se débarrasser d’un esprit malfaisant

« Allô, Agence du Paranormal et de l’Étrange, ou APE si vous n’avez pas le temps, ici l’agent Lombardi-Hwang à l’appareil, j’écoute ?
– Allô ! » La voix de la femme à l’autre bout de la ligne est complètement paniquée, à bout de souffle. « Oui, aidez-moi, il y a un esprit malfaisant chez moi !
– En êtes-vous sûre ?
– Absolument ! »

Celeste Lombardi-Hwang attrape un bout de papier et note l’adresse de la femme, puis décroche et se lève, annonçant qu’il part en mission. Ses collègues le saluent puis retournent à leurs propres préoccupations. Il met son manteau, attrape sa sacoche de matériel et descend rapidement les escaliers de l’immeuble, sort dehors, hèle un taxi. Celeste ouvre sa sacoche une fois dans la voiture pour vérifier que toutes ses affaires sont dedans : Ghost Box, capteur EMF, radio, caméras de surveillances, câbles, lampe torche, caméra thermique, capteur d’ultrasons, kit de premiers soins, un calepin et un crayon, ainsi que des biens plus personnels, boxer de rechange, seringues pour ses hormones, un vieux talkie-walkie qui ne sert plus à rien, un charme magique, et un badge avec un éléphant dessiné dessus. Parfait, il a tout ce dont il aura besoin.

Lorsque le taxi s’arrête, Celeste lui balance rapidement l’argent dans la main et sort, manque trébucher sur le trottoir, balance une flopée d’insultes à personne en particulier puis se précipite vers l’immeuble de la femme qui l’a appelé au secours, et fracasse son poing contre l’interphone.

« Agent Lombardi-Hwang, présent !
– Qui êtes-vous ?
– Attends mauvais bouton. » Celeste a oublié de demander le nom de la femme. Il essaye chaque nom, les uns après les autres, jusqu’à enfin tomber sur le bon (« Angelica Schyler »). « Agent Lombardi-Hwang, présent…
– Oui ! Je vous attendais ! »

La porte s’ouvre, Celeste prend l’ascenseur et la rejoint rapidement au dernier étage, c’est un long voyage dans l’ascenseur alors il fait des sudokus en attendant. Une fois arrivé, il salue Angelica qui lui ouvre la porte en pleurant, elle le prend dans ses bras pour se consoler mais il la repousse gentiment, Celeste ne supporte pas le contact physique alors que vous ayez un démon chez vous ou pas, il s’en fout, pas de câlin. Il regarde autour de lui et renifle, passe la main sous son nez pour vérifier qu’il ne saigne pas. Celeste soupire de soulagement en voyant ses doigts propres.

« Très bien, expliquez-moi ce qui se passe alors, Madame, dit-il en posant sa sacoche et se tournant de nouveau vers elle.
– Depuis quelques temps, je… je vois une créature maléfique à chaque fois que je regarde dans un miroir… elle est vraiment immonde. Je ne sais pas si c’est un démon, un poltergeist ou autre mais… Ce n’est pas humain. Elle me suit. Je la vois dans les reflets, la sent, son ombre me nargue constamment… »
Celeste ouvre la sacoche et en sort le calepin et le crayon, commençant à noter ce qu’Angelica lui raconte en hochant de temps en temps la tête pour lui faire comprendre qu’il écoute.

« Oh, Monsieur Lombardi-Hwang, vous ne pouvez pas imaginer à quel point c’est difficile pour moi le matin de me maquiller… ou alors me brosser les dents… le simple fait d’apercevoir un miroir me terrifie…
– Montrez-moi. »

Extrêmement nerveuse, Angelica l’emmène dans la salle de bain. Un miroir est posé au-dessus du robinet, sur le mur perpendiculaire à la porte. Silencieux, les nerfs à vif, ils s’approchent, comme si l’esprit ne pourrait ressentir leurs présences si ils ne faisaient aucun bruit. Un long moment s’écoule sans qu’ils ne fassent quoi que ce soit, refusant de fermer les paupières, de cligner des yeux, ne serait-ce que pour l’espace d’un instant, ne pouvant faire un pas de plus en avant, de peur de se retrouver devant cette créature immonde, qui vit de l’autre côté des miroirs, à moins qu’elle ne vive du nôtre, mais qu’on ne puisse pas la voir…
Angelica ose enfin regarder le miroir et hurle de terreur, recule, éclate en sanglot.

« Là ! Il est là ! Ne le voyez-vous pas ?!
– C’est juste votre tête Madame. Vous êtes moches. »
Affaire réglée. Encore une victoire pour l’Agence du Paranormal et de l’Étrange.

Cupcake Nie


Annonces Google

Comment devenir une star d’Internet

« Une caméra, un micro, Adobe Pro, une carte SD, une bonne connexion Wi-Fi, une vierge à sacrifier… Je pense que je suis prêt ! »
Je pose fièrement mes mains sur les hanches, regardant, les yeux légèrement plissés, tous les éléments qui sont postés devant moi. Mon appareil photo qui me fixe de son objectif, le micro qui pendouille au bout d’une perche que j’ai fabriquée moi-même, mon ordinateur dans un coin avec le logiciel de montage déjà en route, et une jeune femme en pleurs attachée au pied de mon lit. Il n’y avait plus qu’à tracer le pentagramme maintenant.

« Bon, bah au boulot, dis-je joyeusement, saisissant une craie et poussant la poussière avec mon pied.
– Est-ce que tu es sûr que c’est vraiment la meilleure façon de devenir connu sur YouTube ? »
Les sourcils froncés, je me tourne vers Ophélie, ma meilleure amie, qui me regarde d’un air circonspect, jouant avec ses cheveux. Elle pointe la vierge kidnappée du doigt, puis la craie dans ma main.

« Je veux dire, j’étais à peu près sûre que pour être connu, il fallait surtout du talent, pas faire un pacte avec Satan.
– Et tu crois que PewDiePie et Cyprien, il sont devenus connus seulement grâce à leur talent ?
– Ben… ouais. »

Je pouffe et hausse les épaules devant tant de naïveté, puis commence à tracer mon pentagramme, concentré, prenant aussi longtemps que possible pour faire un cercle parfait, puis me redresse et l’admire, fier de mon travail. J’attrape une canette de soda à côté de moi et la bois. Je le mérite.

« Ton cercle il est ovale. »
Le soda se coince dans ma gorge et je tousse violemment pendant de longues secondes avant de regarder Ophélie à nouveau, commençant à m’impatienter un peu.
« Il est pas ovale, il est rond.
– Non, non, je te jure, de mon point de vue il est ovale.
– Est-ce que Satan est un maniaque de la géométrie ? »

Elle hausse les épaules et répond qu’elle ne sait pas, je hoche la tête d’un air satisfait, et recommence à tracer le signe cabalistique. D’abord la première branche de l’étoile… puis la deuxième…
« Ton étoile, on dirait un triangle.
– C’est normal, Ophélie. Au début, ça ressemble toujours à un triangle.
– Oui mais pas un triangle rectangle. T’as raté ton triangle. » Elle prend une gorgée de jus de fruit avec sa paille. « Refais ton triangle.
– T’es pas vierge, Ophélie, par hasard ?
– Non.
– Dommage. »

Je jette un coup d’œil à la jeune femme attachée, vérifie qu’elle chiale bien toujours, puis continue avec mon triangle qui, certes, est rectangle, mais bon ça n’a aucune importance, j’ai pas dit que je voulais devenir le YouTuber le plus connu au MONDE non plus, je peux me permettre d’avoir un pentagramme un peu nul.
« Une autre question, fait Ophélie, me faisant grogner mais relever la tête vers elle malgré tout.
– Plaît-il ?
– Tu crois aux démons, toi ? »

Une petite exclamation s’échappe de mes lèvres et je me redresse, posant une main sur ma poitrine, bombant le torse. Là est tout mon génie. Je désigne la femme du bout de ma craie, puis le pentagramme presque fini maintenant.
« Non, je ne crois pas aux démons. En revanche ! Je crois au bad buzz médiatique. Allume la caméra s’il-te-plaît. »
Ophélie hoche la tête d’un air résolu et se poste derrière l’appareil photo, appuyant sur le bouton.

CupcakeNie

Test : Êtes-vous prêts pour 2017 ?

Oyez oyez, citoyens, rejoignez-moi autour de ce tambourin. Soyons honnêtes, sur Internet, c’est pas la fête, pour 2017. Voilà pourquoi, mentalement parlant, votre taux d’espoir n’est peut-être pas très grand. Mais rassurez-vous, grâce à ce texte, vous vous préparerez, par un simple test.

Question numéro un, êtes-vous républicain ? Je ne jugerai pas (c’est une fausse promesse), bien que ce soit pas mon cas (vous pouvez être en liesse). Cependant, il faut bien voir les choses en face, la popularité de la Gauche est assez basse, et à moins d’un miracle pour Mélenchon, j’ai bien peur qu’on ait à supporter Fillon. Si c’est le cas, et j’espère pas, la France sera dans un tel état, qu’on n’y survivra peut-être pas.

Question numéro deux, aimez-vous la beuh ? C’est toujours illégal, dans le code pénal, mais vu où vont les choses, vous aurez peut-être besoin d’une dose. Bien que je préfère que vous manifestiez, plutôt que vous vous mettiez à fumer. Peu importe votre choix, la police vous tabassera.

Question numéro trois, avez-vous la foi ? Si oui, j’espère pour vous qu’elle est chrétienne, sinon vous serez traités comme une chienne. Les juifs, Trump les aime pas, les athées, Fillon les aime pas, les bouddhistes, personne ne sait qu’ils existent, et les musulmans… Prions pour qu’ils puissent vivre longtemps. Quant aux autres religions, tout le monde s’en fout de toute façon.

Question numéro quatre, êtes-vous né en France ? Vous pourriez penser qu’on en a rien à battre, mais c’est ici que tout commence. Si vous avez le malheur d’être migrant, ou que ce soit le cas de votre maman, le gouvernement oubliera que vous êtes humain pour à la place vous renvoyer par des trains. Ou des bateaux, enfin vous avez saisi le topo. Pas facile de faire des rimes, alors que ce monde ne rime à rien.

Question numéro cinq, aimez-vous les ornithorynques ? Oui bah écoutez, j’avais rien pour rimer, en même temps ce texte, c’était pas une bonne idée. Trêve de digressions, voilà la vraie question : Êtes-vous un homme cisgenre, blanc, hétéro, en situation stable, avec un boulot ? Félicitations, vous, vous êtes prêts, nous on l’a dans le fion, vous vous en foutez (ou peut-être pas, je fais pas du cas-par-cas). Et si vous pensez qu’on est des benêts se plaignant pour des problèmes qu’on a inventés, je vous invite à lire les programmes de Trump, Poutine ou Fillon, puis de revenir à cette question.

Question numéro six, appréciez-vous faire de l’exercice ? Parce que vous pensez bien, avec toutes ces manifestations, toutes ces remises en question, la semaine de trente-neuf heures, la cotisation retraite perdue pour les chômeurs, une idée écrasante de la norme, va falloir rester en forme.

Question numéro sept, pensez-vous vraiment qu’on peut prédire 2017 ? Tout ce que j’ai expliqué, ce ne sont que les pires pensées. Mais pour empêcher tout ça, va falloir qu’on bosse ensemble les gars. On peut pas rester les bras croisés pendant que le monde est en train de s’écrouler. Alors restez heureux, faites tout pour, n’oubliez pas amitié et amour. Protégez-vous, prenez soin de vous, de vous et de ceux que vous aimez, tout le monde a besoin d’être câliné. Levez-vous, gueulez, manifestez, allez voter. Renseignez-vous, faites ça pour nous, agissez autant que possible, histoire qu’un meilleur avenir soit crédible. Nous aurons besoin de tous les créateurs, de toute la bonne humeur, de tous les hommes, de toutes les femmes, de tous les non-binaires, de tous les étranges et de tous les extraordinaires, de tous les français et tous les étrangers, pour que le privilège d’être heureux ne soit pas laissé au plus chanceux.

Nous méritons tous la joie, alors laissez entendre votre voix.

 

Cupcake Nie

Taken, mais beaucoup moins bien (VF)

« Je ne sais pas qui vous êtes, je ne sais pas ce que vous voulez, mais je vous trouverai. Et je vous… Je vais juste vous trouver en fait. »

Le commissaire de police, que tout le monde appelait M. Kebab bien que son nom ne soit absolument pas M. Kebab, raccrocha le téléphone d’un geste vif. Il se retourna vers son équipe de policiers, qui étaient actuellement tous en train d’arroser une plante verte artificielle à tour de rôle.

« Les gars, » s’exclama-t-il en frappant le bureau de son poing massif semblable à une patte de rhinocéros. « Aujourd’hui, le 30 novembre 2016, nous avons une nouvelle disparation dans notre chère de ville de Bordel-Sur-Cher.
– Redondant, remarqua un des officiers.
– Nous n’allons pas laisser passer ça. Rose Blanche-Lemaire n’est pas venue au travail, ne répond pas aux appels, ni de son boss ni de sa famille, et chose encore plus incroyable, elle n’est pas connectée sur Facebook. Et cela, depuis plus d’une semaine. »

Un murmure inquiet traversa le groupe d’officiers. Ils pouvaient supporter le fait que quelqu’un soit absent au travail et ne réponde pas au téléphone, ils ne se seraient pas inquiétés plus que ça, mais ne pas être connecté sur Facebook ? Là, il y avait vraiment un problème.

« On commence par quoi, alors, chef ? » demanda le jeune bleu, qui nageait dans son nouvel uniforme beaucoup trop grand pour lui.
M. Kebab se tourna vers la fenêtre d’un air dramatique et posa sa main sur le carreau glacé, regardant vers l’horizon, en faisant des tonnes pour avoir l’air le plus mystérieux et ténébreux possible.
« Nous commençons par l’évidence même.
– Vous voulez que j’aille chercher un dictionnaire pour trouver la définition d’évidence, monsieur ?
– Mais non, banane, on va chez elle pour voir si elle y est. »

L’équipe hocha la tête gravement. Après quelques minutes de préparation (le cadet ne trouvait plus ses chaussettes (elles étaient dans son slip. Ne demandez pas pourquoi, longue histoire.)), ils sautèrent dans les voitures et commencèrent un court trajet jusqu’à la maison de Rose Blanche-Lemaire. En effet, ladite maison était au bout de la rue.

Ils entrèrent en défonçant la porte. Pas qu’elle était verrouillée. Juste que quand tu es une équipe de police efficace, tu ouvres en défonçant la porte. La maison était complètement plongée dans le noir, sans un bruit. Il n’y avait pas un chat. Ce qui n’était pas très étonnant, puisque Rose y était allergique.

Kebab commença à arpenter silencieusement le couloir, appuyant doucement sur l’interrupteur. L’ampoule crépita puis s’alluma d’un coup, plongeant la bâtisse d’une lumière jaunâtre et crasseuse. Toujours pas un son, mis à part le bruit d’eau venant d’un aquarium, vide, dans un coin du couloir. Pourquoi quelqu’un aurait un aquarium sans poissons dedans, ça, c’est une question qui dépasse ce plan de l’existence. Il frissonna et mit ses mains autour de sa bouche pour faire porter sa voix.

« Mademoiselle Blanche ? Je me présente, je m’appelle KebabDX. Je viens vous rendre visite, je ne vous veux absolument aucun mal. Vous pouvez communiquer avec moi par… bah par votre voix. N’hésitez pas à faire un bruit, un son, pour me montrer votre présence. Je vous entendrai. »

Les officiers s’échangèrent un regard perplexe mais ne dirent rien, habitués à la méthode de travail de M. Kebab.

Celui-ci s’avança dans le couloir lentement et ouvrit une porte, la porte de la chambre, jetant un coup d’œil à l’intérieur. Il poussa un cri rauque et se recula, tremblant de peur, ses yeux s’écarquillant. Une silhouette sortit lentement de la pièce, ses longs cheveux tombant devant son visage, la peau pâle, des énormes cernes sous les yeux. Elle releva lentement son regard vide vers les officiers qui s’accrochaient les uns aux autres, terrifiés par la créature se trouvant en face d’eux, une créature autrefois appelée Rose Blanche-Lemaire.
« Que voulez-vous ? » fit-elle d’une voix gutturale. « Désolée je vous ai pas entendu entrer, je jouais à Pokémon Lune. J’ai joué combien de temps, exactement ? »

Cupcake Nie

Un prof tyrannique ? Une solution pratique !

« Ida, vous irez me chercher un billet de retard, ordonna M. Dufour, professeur d’histoire-géographie, les sourcils froncés et les bras croisés sur sa poitrine.
– Nan, c’est Arthur qui me l’apporte, » répondis-je d’un ton volontairement nasillard, lui faisant un immense sourire montrant mes dents ColgateTM.

Le visage du professeur me laissa deviner que j’allais sérieusement me faire défoncer si je ne lui apportais pas mon billet immédiatement, mais heureusement pour moi, Arthur débarqua au même moment, provoquant un murmure d’excitation dans la salle de classe. Il avait dans la main deux billets jaunâtres, un pour lui et un pour moi, qu’il tendit aussitôt à M. Dufour.

« Vous pensez vous en sortir comme ça ? aboya-t-il tandis que nous regagnions nos places au fond de la classe. Ouvrez vos manuels et répondez à toutes les questions des pages cinquante-trois, cinquante-quatre et cinquante-six.
– Et on doit prendre le cours en note en même temps ? demandai-je, les sourcils haussés.
– Bien évidemment, » répondit-il, accompagnant son ordre d’un sourire aux airs doucereux.

Je poussai un grognement de mécontentement et sortis mon cahier et mon manuel, envoyant un petit regard à Arthur, qui ne perdait pas son sang-froid et avait commencé à faire des signes de la main divers aux autres élèves de la classe, attendant notre signal pour démarrer l’Opération Allergie.

Le règne de M. Dufour n’avait que trop longtemps duré dans notre petit lycée de province. Tous les trois-cent élèves l’avaient eu en cours au moins une année, et tous étaient terrorisés rien qu’en entendant son nom, ou le son caractéristique de ses bottes de cow-boy claquant sur le plancher.

Punitions à outrance, devoirs assommants qui prenaient plus d’heures que le temps minimum de sommeil, cris de colère déchirants (déchirant nos oreilles surtout), cours incompréhensibles, notes sur vingt ne dépassant jamais le dix, exigence incroyablement élevée, aucun retour aux appels à l’aide des élèves touchés par l’angoisse maladive même lorsque ceux-ci vomissaient de stress sur leurs copies. Tout ce qu’on pouvait imaginer de plus horrible pour un prof, M. Dufour le faisait. Écrasant les élèves de sa grande taille et de sa présence, il transformait la vie des adolescents en véritable enfer.

De plus, il semblait immunisé à n’importe quelle sorte de rébellion, armes, menaces, insultes, refus, et obtenait toujours exactement ce qu’il voulait, même si ça voulait dire mettre en danger le futur, voire la vie, de l’élève en face de lui. La seule faiblesse connue du professeur Dufour était son allergie à la noix de coco.

« Vous aurez donc un contrôle complet de quatre heures demain, sur les goulags pendant la Seconde Guerre Mondiale, annonça-t-il, marquant au tableau ses notes et les effaçant au fur et à mesure. Comme nous sommes en retard sur le programme, comme toujours, vous ferez les recherches tout seuls pour… »

M. Dufour s’interrompit brusquement lorsqu’il se retourna, ses yeux s’écarquillant. Je fis un grand sourire, mes dents s’enfonçant un peu plus dans la paille que j’avais entre les lèvres.
En se tournant, il put avoir la vue de l’intégralité de sa classe, c’est-à-dire une petite trentaine d’élèves, avec une noix de coco dans la main et une paille plongeant dedans, reliant le jus à nos lèvres. Les yeux plissés, un sourire narquois sur les lèvres, nous bûmes devant son regard rempli d’incompréhension. Arthur poussa un cri de ralliement et nous jetâmes soudain nos noix de coco à terre, celles-ci éclatant en des centaines de morceaux partout dans la salle, le jus se répandant et nous éclaboussant. M. Dufour était déjà en train de crier, mais nous n’avions pas fini, et sortions d’ores et déjà des briques de crème de coco dont nous nous mîmes à l’asperger, de grosses plaques rouges apparaissant sur tout son corps. Il hurla et sortit de la pièce en courant, sous les rires bruyants de tous ses élèves.

M. Dufour fut par la suite hospitalisé pendant plusieurs jours et abandonna l’éducation pour devenir à la place agent marketing pour les agences de pompes funèbres.

Moralité : ne pas faire chier ses élèves alors que les noix de coco sont à 0,75€ à Auchan.

Cupcake Nie

Ne vous mariez jamais ! – VoxPlume

« Comment ça, le maire a disparu ? Laurence, qu’est-ce que tu as fait au maire ? »
Laurence réajusta maladroitement la couronne de fleurs qu’elle avait dans les cheveux, le regard fuyant. Elle n’osait pas se tourner vers sa fiancée, Mila, qui la fixait avec colère, les bras croisés sur sa poitrine, le pied tapant contre le sol à un rythme rapide et violent. Oui, certes, Mila était convaincue que Laurence avait une nouvelle fois commis une énorme erreur. Et cela allait probablement ruiner leur mariage. Maaaais il n’y avait pas de raison de s’énerver, enfin. En plus, pour une fois, ce n’était vraiment pas sa faute.

« Mais, enfin, je ne lui ai rien fait, au maire, » rit nerveusement Laurence, faisant son sourire le plus craquant. « Enfin, chérie, pour qui me prends-tu ?
– Pour quelqu’un qui a déjà réussi à égarer mon frigo, faire complètement disparaître du calendrier le jour de mon anniversaire, rendre ma tante aveugle, et, um… Perdre ma maison. »
Laurence frissonna devant l’expression de plus en plus furieuse de sa fiancée. Elle rentra sa tête dans les épaules et dansa nerveusement d’un pied sur l’autre, prenant garde à ne pas marcher sur sa magnifique robe de mariée.

« L’erreur est humaine, dit-elle dans une vague et pauvre tentative de se justifier.
– L’erreur est tienne, surtout, et la cérémonie est censée avoir lieu dans une demi-heure à peine, donc j’aimerais bien savoir où est ce foutu maire. »
Tendue et stressée, Mila s’était mise à faire les cent pas, ses talons hauts claquant contre le sol dallé dans un cliquetis assez insupportable. En passant devant, elle réajustait les bouquets de fleurs, remettait une chaise à sa place, ou encore vérifiait rapidement par la porte entrouverte que tous les invités étaient trop occupés à prendre des nouvelles les uns des autres pour se préoccuper de ce que les futures mariées fabriquaient dans leur coin.

Laurence, elle, leva légèrement les mains en l’air avec un petit soupir.
« Je te jure, mon ange, je te jure que pour une fois, ce n’est pas moi. »
Le visage rougi par la colère, Mila se retourna brutalement vers sa fiancée, pointant un doigt accusateur vers elle.
« Ah oui ? Vraiment ? Eh bien, je ne te crois pas ! Comment tu veux que je te fasse confiance, alors que tellement de fois tu as ruiné quelque chose qui était important pour moi, et que tu n’as pas osé me l’avouer avant que je le découvre par moi-même ?! »
Mila semblait au bord de la crise de larmes. Elle poussa un petit cri de frustration et se remit à faire les cent pas, martelant le sol de pas lourds et rageurs. Laurence s’approcha doucement d’elle et lui attrapa la main, la caressant avec son pouce jusqu’à ce qu’elle se calme. Elle lui adressa ensuite un petit sourire timide.

« Là, là, ça va aller. On va trouver une solution, ne t’inquiètes pas. Mais je ne sais vraiment pas ce qui est arrivé au maire. Je te promets que, vraiment, je n’ai rien fait, cette fois-ci.
– Vraiment rien ?
– Vraiment rien. »

Elles se regardèrent yeux dans les yeux pendant quelques instants, puis Mila renifla tristement et s’abandonna dans les bras de sa fiancée, la serrant tout doucement contre elle, retenant difficilement ses larmes. Elle était incroyablement heureuse de pouvoir épouser la femme de ses rêves, alors, bien sûr, elle avait du mal à supporter l’idée que quelque chose puisse mal se passer, surtout si c’était la faute de ladite femme. Mais Laurence lui caressa doucement la tête jusqu’à qu’elle s’apaise, et alors Mila put sourire doucement, prenant parfaitement conscience que, malgré tout, elle aimait Laurence de tout son cœur et de toute son âme.

« Ouais, bon, OK, je me suis peut-être trompée dans l’horaire quand j’ai organisé la cérémonie avec lui. Voir même, trompée de jour. …Voir de mois.
– Laurence ! »
Elle aimait Laurence, mais, là, ce n’était pas une raison pour ne pas l’engueuler.

Cupcake Nie

Mémé Germaine vous explique… le Brexit – VoxPlume

Bonjour mes petits chéris, wesh. Revoilà Mémé Germaine pour une nouvelle chronique sur son blogue de l’Internet international de poing zéro. Aujourd’hui, je souhaiterais vous parler de quelque chose qui a fait beaucoup de bruit ces derniers temps : le Brexit. En effet, vous avez dû le remarquer, nous ne pouvons plus allumer la radio ou la télé sans qu’on s’entende rabâcher des idioties sur ce fameux Brexit.

Alors, le Brexit, qu’est-ce que c’est ? Eh bien, c’est une tripotée de vieux cons qui ont décidé que l’Europe leur faisait peur.

Excusez-moi d’employer de telles expressions, mais enfin il faut bien dire les choses, et après quelques verres d’eau-de-vie, je sens que les mots me viennent plus naturellement. Donc. Le Brexit. Vous connaissez tous l’Union Européenne, qui est, pour résumer, comme si la grande majorité des pays d’Europe avaient décidé de former une grande famille ensemble (d’ailleurs leurs réunions sont aussi joyeuses que mes repas de famille, donc ils ont plutôt bien réussi), sauf qu’un peu tout le monde est le vieil oncle Bertrand qui est au chômage depuis quinze ans et qui a constamment besoin qu’on l’aide financièrement. Tous ces pays essayent de se serrer les coudes (ou de se poignarder dans le dos, ça dépend), et probablement d’organiser l’Eurovision. Parce que c’est important, la musique.

Quelques pays d’Europe ont décidé de rester en dehors de cette grande famille, comme par exemple la Norvège, qui s’est quand même arrangée pour grappiller tous les avantages qu’elle aurait eu si elle en faisait partie, en restant loin des inconvénients. Bien sûr.

Et donc, le Brexit, c’est quand nos voisins les anglais ont décidé qu’ils voulaient quitter cette grande famille. Conflit avec le grand-père, prise de tête après le divorce de la tante, enfin, vous voyez le schéma. Ils ont organisé un grand vote dans toute la Grande-Bretagne. L’Écosse a voté contre, l’Irlande a voté contre, l’Angleterre a voté pour (à cinquante-deux pourcents), donc évidemment ils ont gardé le « pour », et ils sont partis. Logique.

Notez d’ailleurs que ce sont principalement les personnes âgées qui ont voté pour. Les jeunes, eux, sont trop attachés à leurs parents pour quitter la famille. Mon petit-fils adoré, par exemple, mon Kevin que j’adore, eh bien, jamais il ne penserait à partir de la famille ainsi ! « J’aime beaucoup trop ta bouffe pour arrêter de te rendre visite, Mémé », m’a-t-il un jour dit, cet ange. Tandis que ma petite-nièce, elle, veut visiblement tout faire pour s’éloigner de nous, on peut donc la comparer à la Grande-Bretagne. Le charme britannique en moins.

Quelles sont les conséquences du Brexit ? Oh, pour l’instant, il ne s’est pas passé grand-chose. La livre a chuté d’un coup. Ils n’ont plus vraiment de Premier Ministre. Les agressions xénophobes se multiplient. Les étudiants ERASMUS paniquent. Enfin, bref, vous voyez le tableau : visiblement, les anglais n’ont pas été bien éduqués. Leurs parents étaient complètement incompétents. Étrange, puisqu’on disait que l’Union Européenne pouvait être comparée à une grande famille ?

Cela ne va pas sans me rappeler quand mon frère aîné, Henri, a quitté la masure familiale, il y a soixante ans de cela. Le désarroi des mes parents, oh ! Comme j’avais été triste ! Il me semble qu’il voulait aller défendre notre nation, enfin, dans tous les cas, nous n’avons plus jamais entendu parler de lui.

Est-ce que la Grande-Bretagne va, comme Henri, vers la guerre et l’anéantissement ?
J’essaye de rester optimiste, après tout, ils vont régler ça autour d’une bonne tasse de thé, comme le font les vrais gentlemen anglais. Ah, cela me rappelle quand j’étais allée visiter Londres, il y cinquante ans, et que j’avais fait la connaissance d’un charmant jeune homme, du nom de Mr. Pottsfield… Peut-être bien que votre Mémé vous racontera cette histoire une prochaine fois.
Je vous souhaite un bon été, mes petits chéris, n’oubliez pas de bien manger, et profitez bien de votre famille, tant qu’il en est encore temps.

Cupcake Nie

La déchéance de l’immobilier – VoxPlume

« Qu’est-ce que tu veux dire par là ? Où est ma maison ? Laurence, où est ma maison ? »
Laurence dansa nerveusement d’un pied sur l’autre, évitant soigneusement le regard de sa fiancée, qui était absolument furieuse. Et pour cause : il avait suffi de quelques heures d’absence pour que la maison de Mila disparaisse.

Elle avait confié la maison à Laurence, puis était partie faire des courses, sans se douter qu’à son retour, le bâtiment entier aurait disparu. Mila savait parfaitement qu’il se passait toujours des événements extravagants et inexplicables quand sa fiancée était dans les parages, mais cette fois-là, c’était la fois de trop.

« Je viens de te le dire, articula difficilement Laurence. Elle est… Elle est partie en voyage.
– Partie en voyage ?! Et comment elle a fait ça ? Avec ses jambes de maison, c’est ça ? »
Laurence secoua la tête et se mordit nerveusement la lèvre inférieure. Elle ne pouvait pas juste raconter la vérité à Mila. Celle-ci ne la croirait sûrement pas, se mettrait en colère, et Laurence ne voulait vraiment pas risquer une grosse dispute alors qu’elles étaient si proches de leur mariage.

« Écoute, Mila, je sais que ça va être difficile à accepter pour toi, mais… Les aliens existent. »
Bon, Laurence n’en savait strictement rien, et même si c’était le cas ils n’auraient pas fait disparaître sa maison. Mais c’était toujours mieux que la vérité.
Malheureusement, Mila haussa un sourcil cynique, croisa les bras, et fixa Laurence en pinçant les lèvres, clair signe qu’elle ne la croyait pas, et qu’elle ne comptait pas la croire.
« OK, très bien, les aliens n’existent pas. Bon. Tu vois Harry Potter ?
– Oui, je vois, oui.
– Ben, en fait, JK Rowling a juste retranscris la vérité, et en fait je fais partie du monde magique, et donc…
– Laurence. »

Le ton de Mila avait été implacable. Laurence sentit les poils de sa nuque se dresser, tandis qu’un désagréable frisson descendait le long de son échine. D’accord. Ce n’était pas la peine d’essayer de l’amadouer avec ses livres préférés. Euh.
« Tu vois H2G2 ? Le guide du voyageur galactique ? La scène du début, avec le bulldozer ?
– Laurence, je commence vraiment à en avoir marre de tes conneries. »

De grosses gouttes de sueur perlaient sur le dos de Laurence. Elle regardait dans tous les sens, cherchant une explication un minimum crédible. Mila commençait vraiment à perdre patience, et son courroux ne tarderait pas à s’abattre sur sa fiancée. En même temps, sa maison avait disparu, avec toutes ses affaires à l’intérieur. Il était normal qu’elle soit un tantinet contrariée.

« Bon. L’invisibilité.
– Non.
– Les mondes parallèles ?
– N’essaye même pas.
– Les agents immobiliers ?
– Quoi ? »
Laurence poussa un profond soupir. Finalement, elle n’avait d’autre choix que de cracher la vérité.

Au pire, Mila ne la croirait pas, et ça ne ferait guère plus mal qu’un autre mensonge, après tout.
« Des agents immobiliers sont venus toquer à la porte, parce que ça faisait deux mois qu’on avait pas payé le loyer.
– C’était toi qui était censée faire la paperasse… Tu m’as dit que tu l’avais faite…
– Oui, mais c’était un mensonge. Alors ils ont enlevé la maison. »
Mila poussa un profond soupir. Plus jamais, elle ne louerait une maison « pliable en deux-trois mouvements. »

Cupcake Nie

Il faut vous avouer quelque chose – VoxPlume

Ça y est. C’était ce jour-ci. Elle devait tout avouer ce jour-ci. Elle l’avait décidé, et elle ne reviendrait pas en arrière.
Katherina poussa un long soupir en se regardant dans la glace. Des cernes énormes lui creusaient les yeux, ses cheveux étaient ébouriffés et avaient plutôt intérêt à être lavés rapidement, ses vêtements étaient trop grands pour elle, mais tant pis. Elle n’avait certes pas la classe ou l’élégance qu’elle aurait souhaité avoir. Tant pis. Elle devait parler avec sa famille et ses amis proches, après tout. Ils n’allaient pas la juger. En tout cas, elle l’espérait.

Il était difficile, pour quelqu’un qui a vécu dans le secret depuis aussi longtemps, de soudain tout dévoiler ainsi. Katherina allait devoir se mettre à nu devant eux, s’exposer entièrement. Bien sûr, elle en avait envie. Elle n’en pouvait plus de devoir cacher qui elle était vraiment. Mais, c’était difficile. C’était toujours difficile.

Une boule dans la gorge, elle réajusta nerveusement ses lunettes, puis sortit de la salle de bain à pas veloutés. Elle rejoignit le salon, d’où provenait des rires et d’autres éclats de voix. Elle pénétra timidement. Ses invités étaient tous trop occupés à discuter entre eux et à manger pour la remarquer. Son père et sa mère commentaient bruyamment chaque aspect de l’appartement, tantôt avec délectation, tantôt avec scepticisme. Les amis de Katherina, eux, se laissaient aller à diverses blagues et références, échangeant avec son grand frère, parlant fort et mangeant beaucoup.
Katherina prit une grande inspiration et se plaça au centre de la pièce. Elle se racla la gorge afin d’attirer l’attention de tout le monde. Ce qui échoua misérablement. Elle essaye de nouveau à plusieurs reprises, avant de se réaliser qu’ils étaient tous dans leurs petits mondes à eux. Elle décida alors de prendre carrément la parole. Après tout, autant y aller à fond.

« Excusez-moi ? »
Elle avait parlé assez fort pour que tous les visages se tournent vers elle. Et fit un petit sourire et leva son verre, les saluant tous. Tant de personnes qu’elle aimait autour d’elle. Son cœur battit un peu plus fort, craignant de les perdre. Elle poussa un long soupir. Non. Tout allait bien se passer.
« Si je vous aie tous réuni ici ce soir…
– C’est pour faire la fête ! hurla son pote Henry (il était soûl).
– Non, répondit-elle avec un petit sourire amusé. En vérité, j’aimerais vous avouer quelque chose. Quelque chose qui… qui me pèse sur le cœur depuis plusieurs années déjà. »

La salle était d’un coup très silencieuse. Tous les regards étaient fixés sur Katherina. Elle sentit son estomac se nouer douloureusement, et une main invisible se serrer autour de son coup. L’angoisse l’étranglait, l’étouffait, l’écrasait. Elle prit une grande inspiration, tentant tant bien que mal. Elle se tint droite. Elle devait être fière de qui elle était, pas en être terrifiée. C’était précisément pour cela qu’elle comptait l’annoncer à tout le monde.
« Il faut que je vous dise qui je suis vraiment, fit-elle d’une voix forte, bien qu’un peu chevrotante. Alors… Voilà. Je suis en réalité… La Femme Chenille. »
Ses invités clignèrent des paupières, les yeux ronds. Elle sentit un poids énorme s’enlever de ses épaules. Voilà. Elle l’avait dit. Il ne restait plus qu’à voir comment ils allaient réagir, maintenant.
« La… La quoi ? » demanda Alexandra, sa meilleure amie.
Katherina fronça les sourcils.
« Eh bien, la… la Femme-Chenille. La super-héroïne qui a sauvé la Terre entière il y a deux ans de cela. Vous devez forcément me connaître. »
Les invités se regardèrent et haussèrent les épaules. Shawn, son cousin, éclata de rire.
« Impossible qu’on ait été sauvé par quelqu’un avec un nom aussi nul. »
Bon, eh bien, Katherina aurait très bien pu ne rien avouer du tout.

Cupcake Nie

L’humanité court à sa perte – VoxPlume

Elle arracha le couteau de sa poitrine, un mince filet de sang s’échappant de sa plaie ouverte. Ses lèvres fendues en un large sourire, malsain, inhumain, elle releva le regard vers Inna, qui recula d’un pas, terrifiée.
« C’était censé faire mal ? » demanda la femme, gloussant.
Inna balaya la pièce du regard, cherchant quelque chose, n’importe quoi, qui pourrait lui servir d’arme. Elle saisit une barre de fer, ses deux mains se crispant autour de l’objet.

« Adélaïde, murmura-t-elle. Tu n’es plus humaine. Tu sais que je n’ai pas le choix.
– Je n’ai pas dit le contraire, rit Adélaïde. En effet, tu n’auras pas le choix de mourir. »
Elle commença à tourner autour d’Inna, l’observant de ses yeux pourpres perçants. Son sang se répandait sur son torse, imbibant sa robe noire qui avait été si soignée et chérie quelques minutes auparavant.

Inna brandissait sa barre de fer devant elle, suivant nerveusement Adélaïde des yeux. Elle n’avait aucun moyen de savoir quand celle-ci allait fondre sur elle et l’attaquer, car il n’y avait aucun doute que cela allait arriver. Sa seule chance était la fuite – elle ne pouvait vraisemblablement pas blesser la femme, ou peu importe la créature qu’elle était désormais. Il n’y avait aucune issue. Les restes d’une statue tombée bloquait la seule porte. Inna ne pouvait fuir Adélaïde, qui affichait un sourire carnassier.

« Est-ce qu’il reste quoi que ce soit de ce que tu étais avant ? » tenta Inna, connaissant très bien la réponse.
Adélaïde éclata d’un rire froid, d’un rire sans vie, dont chaque éclat lancinant faisait lâcher un peu plus la prise d’Inna sur la barre de fer. Ses mains moites tremblaient, frémissaient, autour du métal, se raccrochant à lui comme à son dernier espoir. Lorsque Adélaïde cessa brusquement de rire, Inna raffermit de nouveau sa poigne. Mais elle savait que son courage n’était que vertu de sa stupidité.

« Et que penses-tu que je suis, exactement ? Un monstre ? Une créature démoniaque ? Un zombie ?
– Je penchais plutôt pour une bête surnaturelle, en fait.
– Tais-toi, aboya Adélaïde, s’arrêtant brusquement. Tu sais très bien ce que je suis. Je suis toujours humaine, je n’ai rien de différent de toi. »
Inna sentit son cœur rater un battement. Sa vision se fit floue pendant l’espace d’un instant, mais elle ravala son chagrin et ses doutes. Elle se pencha légèrement, prête à attaquer s’il le fallait. Il ne fallait pas qu’elle se fasse toucher. Le virus la contaminerait.

« C’est faux, siffla-t-elle. C’est faux. Tu n’as rien d’humaine. Tu n’es bonne qu’à la tromperie et au mensonge. »
Adélaïde parcourut le décor des yeux, plissant ses paupières, un rictus sale se dessinant sur son visage. Elle joignit les mains derrière son dos, se balançant distraitement d’avant en arrière. Puis, ses yeux pourpres revinrent brusquement sur Inna, et parcoururent de haut en bas la barre de fer qu’elle serrait contre elle avec le dernier espoir du combattant.

« Il ne sert à rien d’espérer me faire mal avec cela, susurra-t-elle. Ce n’est que de la camelote.
– Il est toujours bon d’essayer, » dit Inna, avec un petit rire jaune.
Adélaïde se remit à marcher lentement, traînant des pieds sur le sol. Elle glissait doucement, sans bruit, avec une grâce incroyable et un air mauvais qui pliait chaque trait de son visage.
« Il est toujours bon d’essayer d’éliminer les gens comme vous, répéta Inna. Si votre virus continue de se répandre, l’humanité court à sa perte.
– Tu n’as donc pas compris ? » Adélaïde hurla de rire. « Tu n’as donc pas compris ? L’humanité est déjà à sa perte. Et ce n’est pas notre faute. »
Elle sécha le faux sang qui embarrassait son costume.
« Et les artistes comme moi n’y sont pour rien, » soupira Adélaïde, comédienne de renom.

Cupcake Nie