Les Envahisseurs sont là !

— L’invasion a commencé ! Ils sont là, ils nous suivent, nous observent, attendent le moment idéal pour frapper ! C’est la fin de l’Humanité si on ne réagit pas tout de suite, je vous le dis !
— Hé, on se calme, tu parles de qui ou quoi, là ?
— Ils sont là, je vous dis ! Dans les villes, les villages, les réseaux sociaux !

— Tu sais que quand tu te mets à parler comme ça, tu passes juste pour un bon gros taré, non ? Enfin, bref, je vais sûrement le regretter, mais vas-y, je t’écoute. Il se passe quoi exactement ?
— Les autres mondes nous attaquent ! Ils veulent qu’ils n’en restent qu’un, et le nôtre semble déjà éliminé dans cette petite compétition !
— Les autres mondes ? Quels autres mondes ?
— Les dimensions parallèles, celles auxquels seuls les auteurs ont accès, celles qui racontent des histoires alternatives aux nôtres…
— Ah ouais, genre on a pris d’autres décisions, voire on n’a même pas existé, c’est ça ?

— C’est ça. Et donc, il en existe une où l’Humanité a atteint un stade de sagesse et de paix comme on en rêve ici. Devant les piètres résultats de la nôtre, il a été décidé de créer une union entre les mondes pour nous placer sous le contrôle de personnes plus douées pour nous faire évoluer !
— En clair, nos clones issus d’une ou plusieurs dimensions parallèles s’apprêtent à nous attaquer ?
— Mais pire ! L’invasion a commencé, je vous dis, ils sont partout ! Ils nous suivent même à la trace, ils font les mêmes gestes que nous, ils nous étudient, mais la nuit, ils disparaissent et se réunissent pour comploter !
— Mais attends, comment ils peuvent faire ça sans que personne les remarque ?

— Ils ont un système de camouflage perfectionné, personne ne les remarque, on a même fini par penser que leur présence était naturelle, alors qu’elle ne l’est pas… Ah, bon sang, nous sommes fichus !
— Mais on devrait parfois les repérer, quand même, surtout dans les zones les plus fréquentées, on devrait avoir quelques accidents.
— Non, non, non, ils vivent encore sur un tout autre plan de notre dimension. C’est malin. Ils peuvent ainsi observer et écouter sans jamais être dérangés.

— Ouais…. T’as définitivement fondu un fusible, mon gars. Allez, je me casse, moi.
— Attention derrière, il est là et attend de frapper ! Au sol, sombre comme ses desseins…
— Ah oui, d’accord, tu penses donc que nos ombres sont des agents d’un autre monde chargés de nous dresser… Je le redis : t’as pété un câble !
— Vous verrez. Vous verrez tous que j’ai raison. Un jour, ils disparaîtront totalement et ne réapparaîtront que pour frapper…

Le lendemain, tout le monde semblait avoir étrangement perdu son ombre.

Anthony


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Quand on confie une mission à un imbécile…

— Mais c’est pas vrai, mais qu’est-ce qu’il a encore foutu, ce con ? C’était pourtant pas une mission compliquée, comment il a fait pour foirer ça ?
— On l’ignore, chef. Il n’a rien voulu nous dire à part qu’il avait, je cite, « lamentablement échoué dans l’exercice de son devoir envers l’auguste personne du Grand Leader de la Fédération ».
— Quand il joue les pompeux, c’est jamais bon signe. Bon, ouvrez-moi cette porte, qu’on en finisse.
L’assistant obéit et s’en alla ensuite sans autre mot. Le chef de la Fédération eut toutefois une fort désagréable surprise en entrant là où son homme était censé l’attendre.
— Bordel, mais c’est vide… Ah non, mais si on se paie ma tronche en prime, va y avoir des morts, je vous le dis !
— Par ici, chef !

Après un sursaut de surprise, il se dirigea droit vers l’endroit d’où semblait provenir la voix.
— Loris ? C’est quoi, ce merdier ? Et t’es où ?
— Hum, alors, comment dire…
— Je t’avais demandé de supprimer toute trace de l’autre enfoiré, me dis pas que t’as raté ça ?
— Heu, en fait… J’ai à la fois échoué et réussi.
— Va falloir que tu m’expliques, là, on n’est pas en plein débat sur la physique quantique, donc, c’est techniquement impossible d’être dans ces deux états à la fois. Et montre-toi, nom de Dieu !
— Je suis juste en face de vous, chef ! Mais je suis invisible.
— Ok, t’as décidé de te foutre de ma gueule jusqu’au bout, là.
— Mais non, c’est juste que l’autre abruti que vous vouliez faire disparaître, il est aussi un peu savant fou et laisse traîner ses fioles un peu partout. Quand j’ai vu « Invisibilité », bah, j’ai testé… Sauf que lui aussi avant que j’arrive. Bref, il n’y a donc plus aucune trace physique de lui nulle part. Voilà, je crois qu’on peut dire que j’ai réussi, sur cet aspect. Non ?…

Un lourd silence se fit pendant quelques secondes.
— Tu sais pourquoi je t’ai engagé comme nettoyeur, Loris ? Parce que t’es con comme un manche – et c’est insulter les manches – mais que tu m’as assuré que tu étais le meilleur avec un flingue à la main.
— Oui, mais bon, je ne connais personne qui ait tiré sur une cible invisible…
— Bref, tu me dis donc que t’as bu un truc qu’il fallait pas, que t’es désormais invisible et que tu sais pas comment on va régler ça, et qu’en plus, il y a type qui m’en veut à mort qui est bien vivant, en liberté, et invisible qui traîne quelque part en ville. C’est ça ?
— C’est grossièrement résumé, mais… Oui.
— …J’avais tort sur un point, en fait : t’es encore plus con qu’un manche. Bon, maintenant, on fait quoi ? On enfile des lunettes thermiques en permanence pour le repérer ?
— Ah non, pas besoin. Il est là, en fait, on a plutôt bien accroché, et il voulait voir où je bossais.
— Mon horoscope avait raison : c’était définitivement une journée de merde, conclut le chef alors qu’une lumière rouge pointait sur son front.

Anthony

Vos cartes d’identité sont à revoir

Hey, salut, j’ai une question pour vous. Qui êtes-vous ? Non, mais, sérieusement, ne me balancez pas vos noms, je m’en fous, ça ne définit pas qui vous êtes, pas plus que vos corps. Qui êtes-vous vraiment ? Ou plutôt… Qu’êtes-vous ? Je veux dire, pourquoi êtes-vous qui vous êtes ? Pourquoi voyez-vous à travers ces yeux et pas ceux d’un autre corps, voire d’un représentant d’une autre espèce ? Bon, j’en vois déjà deux ou trois qui baillent, d’autres qui font une tête de six pieds de long… Si je vous ennuie, dites-le, hein. Ou alors, le sujet est peut-être trop complexe pour vous ? Je savais que j’avais affaire à une bande de QI bas, je n’aurais pas dû parler de ça. Ah, tiens, là, d’un coup, ce que j’ai à dire vous intéresse ? Bien, tant que vous êtes motivés, peu m’importe la méthode. Donc, reprenons !

L’identité, l’individu, la conscience, trois notions si proches, si liées, et pourtant si différentes. Nous pensons tous en avoir la définition parfaite, et pourtant, nous n’en savons finalement rien ou presque. Je dirais que l’individu est constitué par votre corps, unique par sa composition génétique, l’identité par votre nom et votre personnalité, et la conscience par tout le reste, notamment le fait que l’on soit incarné dans ce corps précis. Nous pourrions débattre de ces notions pendant des semaines, mais cela ne répondrait toutefois pas à la question originale : qui êtes-vous ?

La théologie nous dit souvent que Dieu a créé l’Homme à son image. Ne tombons pas dans le cliché disant qu’il est un bel enfoiré pour parler un peu plus profondément des choses, comme le faisait Philip K.Dick (oui, je sais, encore, mais que voulez-vous, il est incontournable) dans sa Trilogie Divine, avec le concept du « vrai » Dieu caché dans l’ombre de celui qu’on nous vend. En effet, si Dieu a créé l’Homme à son image en étant désigné comme compréhension, amour, et tout le bazar de la guimauve en vrac, et qu’il est communément admis que nous sommes la pire espèce ayant jamais existé, nous sommes face à un immense paradoxe, qui ne peut être résolu que d’une seule façon : nous sommes la création d’un Dieu malade qui se vautre dans la destruction et le sadisme, qui a créé le Dieu unique que l’on connaît pour mieux se cacher et nous éviter cette triste vérité qui nous rendrait tous fous. Oui, je me demande si ce « vrai » Dieu ne serait pas Cthulhu ou un autre de ses potes parmi les Grands Anciens… Bref.

Toutefois, le concept ne me semble pas assez poussé, alors, si on s’y mettait ? Je vous ai vus râler, derrière ! On se tait et on écoute ! Où en étais-je ? Ah oui. Donc, nous serions les créations d’un Dieu malade, sadique, et j’en passe. Et si ça ne se limitait pas à ça ? Et si nous étions tous ce Dieu ? Si notre regard n’était pas le nôtre, mais le sien, à travers les différents corps, et qu’il exprimait son amour du chaos à travers nos dissensions ? Cela pourrait expliquer beaucoup de choses, non ? Mais dans ce cas, nous sommes tous incomplets dans le monde réel, car simples fractions qui ne se regroupent jamais d’un esprit unique. Jamais ? Peut-être pas…

Car il est une circonstance où nous nous rejoignons tous : le monde des rêves, de l’inconscient, de l’onirique. Par extension, ce monde serait celui du « vrai » Dieu, la clé de notre existence, et le seul monde véritablement réel, qui cache notre seule identité : le Dieu en question, un créateur malade qui s’ennuyait et a créé un petit zoo personnel où il vient faire joujou de temps en temps.Et si on vérifiait en se plongeant dans un petit coma collectif ?

Pardon ? Le réveil ? La potentielle folie ? Détail, vous n’allez pas laisser cela vous arrêter sur la route de la vérité et de l’identité réelle. Et puis, une fois qu’on saura, je ne pense pas qu’il y aura moyen de se réveiller, donc, tous dans les modules de sommeil artificiel, allez ! Non, mais… Ne partez pas comme ça, enfin ! Ne me forcez pas à vous faire entrer sous la menace d’une arme !

Anthony

Les auteurs, combattants de l’ombre

Seul face à l’adversité, je me préparais au combat. Mon ennemi était là, juste sous mes yeux, à me toiser en distance. J’entends encore ses mots résonner dans ma tête. « Abandonne tout de suite ! Tune me vaincras pas et tu le sais ! Tu ne peux même pas m’atteindre, pourquoi perdre ton temps ? Va donc t’occuper à des choses plus constructives, tu ne seras jamais un combattant ! »

Mais après être allé si loin, il était hors de question d’avoir peur ou de reculer. Il me fallait saisir mon arme, me relever, et avancer. La défaite ne devait plus effleurer mon esprit, qui allait devoir trouver le calme d’un bonze au bord d’un lac.

Les lames s’envolèrent, légères et graciles, telles des plumes soufflées par le vent, et pourtant parfaitement contrôlées. Mon adversaire semblait anticiper chacun de mes mouvements, ne se privant jamais d’un sarcasme placé au détour d’un échange de coups.
— Ne t’avais-je pas dit que tu ne m’atteindrais pas ? Pourquoi insister ? Ne sais-tu donc pas que persister en espérant un autre résultat est la marque de la folie ?
— Je t’ai déjà vaincu par le passé, ce ne sera pas différent cette fois. Il me faudra peut-être du temps, mais j’y parviendrai !

Comme pour ponctuer mes propos, la providence voulut que la garde de mon ennemi se brise sous mes assauts, mais sans que cela suffise. Ses réflexes fulgurants reprirent rapidement l’avantage, m’envoyant plusieurs mètre en arrière. Il fit alors apparaître un sourire narquois sur son visage.
— C’est donc là tout ce que tu as ? Ne comprends-tu donc pas que tu n’es pas fait pour ça ?
— C’est ce que tu crois…

Ma mine lancée avec un parfait timing lors des derniers coups échangés explosa à quelques mètres des pieds de mon adversaire. Je profitai de son état de confusion pour foncer et frapper de façon rapide et puissante, jusqu’à ce qu’il tombe enfin…

C’est ainsi que la page blanche fut finalement vaincue, après bien du temps et des efforts…

Finalement, ça se remplit vite, une page blanche, quand on parle des difficultés qu’on a à la remplir. Pardon ? De la triche ? Écrire pour dire qu’on ne sait pas quoi écrire ? Comme dirait Obi-Wan Kenobi, c’est peut-être vrai, d’un certain point de vue. Mais on ne va pas pinailler là-dessus, si ?

 

Anthony

Des aléas de la gestion administrative

— Numéro 423 à l’accueil, merci !
— Bon sang, c’est pas trop tôt ! Je vois que c’est toujours aussi efficace, les administrations, marmonna lord Angus McGarren… Bref ! J’aimerais beaucoup voir un responsable marketing, je crois qu’il y a des choses à dire sur le contrat concernant le vieux château de ma famille.
— Bien sûr, monsieur, laissez-moi juste vous trouver l’agent qui s’est occupé de vous avec votre contrat. Bien, alors, c’est Aldo Larnaco. Bureau 215, 21e étage. Prenez l’escalier.
— Comment ça, l’escalier ??
— Les ascenseurs sont tous en panne. Avez-vous oublié où vous êtes ?
— En plus de votre efficacité légendaire, vous avez conservé votre propension à bien nous faire tourner en bourrique ici. C’est admirable, cette volonté de ne pas casser la routine, quelque part.

Après bien des récriminations et maugréations et assez de sport pour toute une éternité, le vieux lord parvint enfin à l’étage et au bureau que lui avait désignés l’agent d’accueil. Il frappa à la porte et attendit que Larnaco lui dise d’entrer, alors qu’il était toujours au téléphone. L’homme était aussi enjoué et dynamique que la dernière fois, ponctuant la conversation de plusieurs punchlines avant de raccrocher.
— Et allez, encore un qui va rappeler demain en me suppliant de le laisser signer, héhé. Alors, Lord McGarren, que puis-je pour vous ?
— Un petit souci de contrat, monsieur Larnaco. Je crains que la prestation assignée au vieux manoir de ma famille ne soit pas tout à fait ce que j’ai demandé…
— Vraiment ? Vous me voyez navré d’apprendre ça. Il me semble pourtant bien que vous aviez demandé de l’animation et que le manoir n’en manque pas, désormais.
— Ah non, ça, c’est sûr. Mais c’est peut-être un peu trop. Je veux dire, personne ne reste plus de cinq ou dix minutes dans le bâtiment avant de disparaître. Et si j’arrive pour les accueillir, c’est encore pire, ils fuient en hurlant !

— Ah oui, ça peut être problématique. Malheureusement, c’est la formule standard pour un manoir de cet âge et de cette taille, voyez-vous. Il y a bien des choses à faire à l’intérieur, mais rares sont ceux qui osent s’y aventurer. Dites-vous que cela rajoute du suspense et du sel au tout.
— Mouais… J’aimerais surtout pouvoir interagir avec les gens et leur parler…
— Bien sûr, mais vous n’avez pas besoin de vous montrer pour cela, vous pouvez juste leur parler via un interphone, par exemple.
— Et ce ne sera pas pire ?
— Peut-être. Mais si on vient dans un manoir écossais du XVe siècle, ce n’est pas pour son architecture, c’est pour ses fantômes. Il faut vous y faire, lord McGarren, la malédiction, c’est la marque de fabrique de votre pays.
— Oui, bon, d’accord… Mais quand même, j’aime le contact humain, je n’avais pas envie d’être maudit après ma mort, moi. Je veux juste me reposer et discuter un peu.
— Il fallait lire les petits caractères. Sinon, si vous préférez, on peut en faire un parc d’attractions.
— …Hum, une extension de malédiction, c’est possible ?

 

Anthony

Ne pas faire de blagues au vrai patron

Bonjour, bonjour. Tiens, avant de commencer ce nouveau cours, je viens de me rendre compte que je ne m’étais même pas présenté la dernière fois, quelle tête de linotte je fais. Oui, bon, je sais, l’administration a dû vous donner mon nom, mais c’est une question de principes. Pensons aussi à nos auditeurs libres, voulez-vous, j’aimerais bien qu’ils puissent retrouver mes anciens travaux.

Donc, je m’appelle Herbert Drachon, chasseur de fantômes et d’autres entités. La dernière fois, je vous ai exposé quelques bases sur la nature de ce qui sera votre travail, et je comptais aujourd’hui parler de la classification des diverses entités, mais certains d’entre vous étaient particulièrement plus intéressés par l’idée d’en savoir plus sur les arcanistes et sur ce moment où j’ai appris à mes dépens ce qu’il se passe quand on en énerve un…

Donc, un arcaniste, c’est un type qui a appris à peu près tout ce qu’il y a à savoir sur les entités à affronter et sur les portails dimensionnels. Et si vous vous demandez pourquoi on ne l’apprend pas nous-mêmes, c’est assez simple : la vie n’aime pas les gens trop doués. Donc, il y a des « élus » pour fermer les portails, et d’autres pour affronter les bestioles qui en sortent. Le souci, c’est que les premiers ont un ego proche de celui des pires dictateurs et un sens de l’humour à l’avenant. Vous voyez le tableau…

Donc, on est deux, on part en mission, rien de bien difficile, d’autant que j’étais encore un débutant : exorciser un manoir hanté par une entité facétieuse qui passait son temps à faire de sales blagues aux propriétaires des lieux. On entre, on le repère, je lui cours après pendant que l’arcaniste s’occupe du portail et attend que je le balance dedans pour tout fermer. La routine, quoi.

Après bien des efforts et blagues vaseuses, je chope le petit diablotin et je me dis que mon nouvel ami mérite aussi sa dose de rigolade, après tout. J’avais bien étudié les diablotins, et je savais qu’on pouvait « emprunter » leurs pouvoirs si on les tenait. Je me suis donc dit que j’allais m’amuser un peu et j’ai vaguement lancé un sort de silence temporaire sur mon arcaniste. Il n’a pas duré plus de trente secondes, mais sa tête était épique, croyez-moi ! Il se croyait subitement totalement muet et c’était assez énorme, j’en ai encore un début de fou rire en y repensant.

Le problème, c’est qu’à l’époque, j’ignorais que les membres de cette caste avaient le caractère d’un dragon privé de bouffe et de trésor… Enfin, pas aussi explosif, mais tout aussi rancunier… Donc, trois semaines après, on me colle sur une autre mission avec lui. Et je sens d’entrée de jeu que quelque chose ne va pas, comme si j’étais subitement malade. Effectivement : ce con m’avait balancé TOUTES les altérations d’état possibles et inimaginables ! On arrive sur place et je suis là à le supplier comme je peux, étant entre autres muet, de m’enlever ces merdes depuis qu’on est partis !

Imaginez le tableau.
Là, il me dit que j’ai le choix : soit je remplis la mission dans cet état, ce qui était juste physiquement impossible entre le silence, le poison, la faiblesse, le sommeil qui se pointait, etc… Soit il acceptait de me rendre mon état normal, mais je devais être le coursier à tout faire des arcanistes pendant un mois. J’ai ma petite fierté, j’y ai passé six heures, mais j’ai fait le boulot dans cet état ! Il a levé les altérations, mais ce petit enfoiré était tellement vexé qu’il avait un dernier petit tour pour moi…

J’ai passé le reste de l’année à voyager entre deux dimensions de façon totalement aléatoire après ça. N’énervez JAMAIS un arcaniste, il vous fera vivre un enfer.

 

Anthony

Comment développer rapidement un bon jeu vidéo

Bureaux de Dreamer Games, Santa Monica, Californie. 2 février 2017, 10H33
— Bien, messieurs, il faut savoir regarder la réalité en face : notre dernier exercice fiscal est un désastre ! Pas de quoi mettre l’entreprise dans le rouge, mais on a le droit de commencer à paniquer un peu. Alors, si on ne veut pas que Dreamer Games mette la clé sous la porte d’ici quelques années, il va falloir commencer à imaginer des concepts marketing qui marchent !
— Et pourquoi pas des concepts de jeux, plutôt ? Je crois que ça aiderait.
Le regard noir du directeur se fixa sur son employé après ces mots.
— Oui, enfin, moi, ce que j’en dis, après tout…
— Bon, l’heure est grave ! On va faire comme les autres Japonais, là, de chez Carré, ou je sais plus comment… On va copier la concurrence pour se sauver ! Trouvez-moi ce qui marche et faites du marketing à mort ! Et je veux ça pour hier !

Bureaux de Dreamer Gamer, studio de développement interne, 10H54
— Pfff, il est marrant, le boss, mais si il croit que c’est facile d’arriver avec une nouvelle idée…
— Bah, on peut aller voir les voisins. Tu sais, Actif je sais plus quoi, on est dans la même ville. Qu’est-ce qui marche, chez eux ?
— Le FPS bourrin ras du front sans scénario avec une communauté multi au QI digne d’un banc d’huîtres avariées, je crois…
— Bah voilà, on n’a qu’à faire ça, ça doit pas être bien difficile. On va laisser le marketing s’occuper du reste côté titre et pub, et c’est dans la poche. Allez, au boulot, c’est l’heure pour la grande Amérique d’aller sauver le monde ! Si avec ça, on n’a pas le public ET le Président dans la poche…

Bureaux du marketing de Dreamer Games, 13H42
— Ok, on a mis nos développeurs sur une nouvelle licence, il est temps de s’occuper du reste. Donc, comment on va l’appeler et la vendre ?
— On peut reprendre les codes publicitaires du concurrent direct, ça devrait marcher. Et miser sur la masse de DLC dès la sortie, ils aiment, ça.
— Ok, on a le genre, je vois la campagne pub qu’on peut faire… Mais comment on va l’appeler ?
— Je sais pas, il nous faut un truc original et puissant, tu vois… Hum… Je sais ! Medal of Duty : The Call of Honor ! Original et jamais vu, personne va nous tomber dessus ! Au pire, on dira que tout le monde copie tout le monde, hein, c’est la base du milieu et du genre : tout se ressemble à se cloner à chaque épisode.

Bureaux de Dreamer Games, 2 février 2018, bilan de l’année 2017, 9H21
— Messieurs, c’est un triomphe ! Notre nouveau jeu a enterré la concurrence et a remporté le titre de jeu le plus vendu de l’année ! Alors, maintenant, je veux des suites et des spin off jusqu’à plus soif, autant y aller à fond ! Remercions tous Saint Bobby pour ses sublimes idées qui ont révolutionné notre domaine et notre passion.

 

Anthony

Un enseignement pas très normal

 

Alors, on croit tout savoir des fantômes et autres créatures étranges ? Et surtout comment les neutraliser ? Pardon ? Ah oui, vous avez vu tous les SOS Fantômes, l’intégrale de Supernatural, et d’autres trucs encore à côté, oui, oui… Bref, vous savez tout ce qu’il y a à savoir sur le métier autant que je sais tout d’une enquête policière depuis que je me suis tapé tout ce qui existe sur Sherlock Holmes, quoi. En un mot : vous êtes nuls ! Vous seriez même pas foutus de reconnaître un fantôme si vous en aviez un qui vous surgissait sous le nez ! Mais je suis bon prince et je vais vous enseigner quelques petits trucs intéressants sur le sujet. Alors, virez-moi vos références idiotes de vos petites têtes et laissez parler les pros !

Alors, règle numéro 1 : on ne peut ni tuer, ni capturer un fantôme ou toute autre apparition ! Non. Pourquoi ? Parce que c’est déjà mort ; ou, dans tous les cas, ça appartient à un autre plan astro-dimensionnel. Vous voulez vous en débarrasser ? Renvoyez-le dedans et fermez à clé ! Hé ouais, y a pas d’autre solution.

Ce qui m’amène au point deux : oubliez toutes ces conneries de pièges, munitions « magiques », et autres. Vous devez refermer le portail et, pour ça, vous aurez besoin d’un grimoire comme celui que je vous ai fait passer. Faites gaffe avec les formules, ça balance à la seconde où c’est prononcé à voix haute ! On perd régulièrement des élèves dans les limbes avec ça… Oh, et vous saurez qu’un portail est ouvert par la sensation de froid qui vous envahit, même s’il fait trente degrés dehors. Comment ça, il fait subitement froid, ici ? Non, vous devez rêver.
Bref, nous arrivons au troisième point : ne partez JAMAIS en mission sans l’aide d’un arcaniste confirmé ! Et, surtout n’énervez jamais l’arcaniste en question, il pourrait trouver un moyen très désagréable de se venger… J’en ai moi-même fait les frais il y a bien longtemps…

Pour ceux qui se poseraient la question, oui, vous pouvez avoir des armes. La dernière chose dont vous avez envie est bien de vous retrouver sans ça face à une horde de fidèles fanatiques déchaînés et décidés à vous sacrifier à leur idole. C’est une situation assez gênante.
Dernier détail : si vous voulez les repérer, croyez-moi, vos yeux suffisent. En plus de provoquer un froid assez puissant, ce sont de vrais sapins de Noël, quand ils décident de se montrer ! Pardon ? Ma tenue ? Oui, je suis intégralement couvert, en mode discret et furtif, où donc est le problème ? Oh, je vois, vous me suspectez d’être… Haha, très marrant, oui.
Bien, assez plaisanté, ceci conclut donc votre premier cours sur les bases de la chasse aux fantômes, nous verrons le reste aux cours suivants. Bonne journée.

Bien, ils sont tous partis. Je peux enfin me détendre un peu. Mais quelle idée j’ai eue de chasser les fantômes et d’enseigner à le faire en en étant un moi-même !

Anthony

Le jour où j’ai trouvé un boulot sans le chercher !

Pardon ? Vous voulez savoir mon boulot ? Oh, je crois qu’il serait plus intéressant que je vous raconte comment je l’ai eu, avant de vous dire de quoi il s’agit. Il faut bien admettre, les circonstances étaient loin d’être ordinaires… En fait, je me promenais tranquillement un jour, quand il s’est mis à neiger. Rien d’anormal, dites-vous ? Non, en effet, en plein mois de juillet, rien d’anormal, tout à fait. Bref. Étant bien évidemment plus qu’intrigué par ce phénomène, d’autant qu’il semblait se limiter à la forêt où j’étais alors, je me suis arrêté, me demandant si je rêvais, et la curiosité l’a emporté : il fallait que je sache ce qu’il se passait.

Bon sang, quelle idée ça a été… J’ai continué d’avancer, regardant partout autour de moi et même au-dessus, et ce qui devait arriver arriva : je suis tombé dans une bonne grosse fosse. Non, pas un vague trou comme ça en plein milieu des bois, hein, vraiment la grosse fosse de compét faite pour piéger ce qui tombe dedans. Me voilà donc totalement désespéré, ne sachant pas comment j’allais me sortir de ce merdier, d’autant qu’il n’y avait personne dans le coin. Enfin, ça, c’est que je croyais.

Parce que, justement, à peine cinq minutes après, je vois sauter un gros bonhomme dans la fosse, et nous voilà à passer à travers le sol pour atterrir ailleurs. Oui, je vois vos regards incrédules, là, mais c’est la vérité. Et on a atterri ailleurs, dans une autre fosse… De laquelle il s’est tiré avec un simple saut, au fait. Non mais, arrêtez de me regarder comme ça ! Je vous dis que c’est la stricte vérité ! Mais j’ai pas fini, hein !

Bref, il a remis ça pas mal de fois, jusqu’à ce qu’il remarque enfin ma présence. Je vous passe les termes exacts de la « conversation », sachez juste que j’en ai bien pris pour mon grade et menaçait de me remettre aux autorités de son pays. Oui, on avait carrément changé de pays. Bon, j’ai réussi à le convaincre que c’était un accident stupide, et il a fini par se calmer. Enfin, un peu. Après ça, il est parti à râler sur son boulot, dont il m’a expliqué les détails et que c’est parce qu’il avait des deadlines tellement pétées qu’il s’était mis à boire et trouver un moyen d’expédier tout ça avec des portails dimensionnels comme ceux qui nous avaient emmenés un peu partout. Cela dit, ça marchait moyennement, vu qu’on était donc en juillet, et qu’il avait bien dépassé…

Là, je me dis que y a peut-être un créneau à prendre et que je pourrais l’aider, s’il me présentait à ses patrons, tout ça, vous voyez… Sauf qu’il m’a juste demandé si j’étais bien certain de vouloir le faire et, dès que j’ai confirmé, m’a refilé tout son matos, y compris sa tenue et ses super bottes, le reste de sa mission du jour, une adresse pour aller dire aux supérieurs que j’ai tout pris en charge, et hasta la vista, y avait plus personne !

Bref, depuis ce jour, je vis en Laponie et je suis officiellement l’actuel Père Noël… Et je sens que je vais me trouver un pigeon aussi dans pas longtemps.

 

Anthony

Quand la liberté détruit le monde

 

— Bon, alors, il s’est passé quoi, cette fois ?
— Bah, d’abord, y a eu un vieux qui…
— Bordel, mais c’est pas possible ! Ça démarre TOUJOURS avec un vieux, avec vous ! Vous comptez me faire l’inventaire de la section gériatrie de tous les hôpitaux du monde, ou quoi ? Je vous préviens, le reste a intérêt à être vraiment intéressant, hein !
— Oui, bah, si vous me laissiez parler, ça pourrait peut-être le devenir ! Donc, j’ai croisé un vieux qui m’a balancé une espèce d’énigme bizarre…
— Non mais, vous vous foutez de moi, là, en fait… Le vieux, l’énigme bizarre, et on va encore avoir droit au coup de l’artefact antique que personne ne connaît et que vous n’avez évidemment pas récupéré pour la suite, c’est ça ?
— Comment vous avez deviné ?

— …Oui, bon, bref, continuez. Putain, ça va encore être long, cette histoire.
— Donc, le vieux m’a balancé son énigme, puis il m’a emmené vers un bosquet sombre en disant que c’était la clé de tout ça. Et là, qu’est-ce que je trouve ? Une épée. Comme ça, toute seule, qu’il me dit de prendre. Alors, moi, qu’est-ce que je fais ?
— C’est effectivement la question qui est sur toutes les lèvres.
— Bah, je suis pas fou, je la prends pas. Hé, je suis pas con, quand même, les pièges, je les vois de loin. Je fais demi-tour, et là, il me beugle un truc au sujet de ma destinée, ou je ne sais quelle connerie… Moi, forcément, je lui réponds « J’ai pas envie de crever comme une merde, ducon, va te faire foutre ! ».
— Et donc, cette épée, elle est devenue quoi, exactement ?
— Je voulais pas qu’il essaie d’embrigader d’autres types dans sa connerie, alors, j’ai agi en conséquence : j’ai tout cramé, histoire de bien raser le bordel et faire fondre ce truc. Histoire que tout le monde soit enfin tranquille, quoi. Oh, et j’ai aussi fumé le vieux au passage, que ça soit bien fini.
— Nom de Dieu, retenez-moi ou je vous étrangle. Je plaisante pas.

— Quoi ? Fallait pas ? Désolé, hein, c’était juste un peu trop suspect pour moi. Au moins, maintenant, on a la paix.
— La paix ? La PAIX ? Mais bordel d’enfoiré de bougre d’abruti pas fini à la pisse d’Orc bourré, vous vous rendez compte de ce que vous avez foutu ?
— J’ai débarrassé le monde d’un piège mortel qui a coûté la vie à pas mal d’aventuriers. J’ai bon ?
— D’après ce que j’ai entendu via divers échos de l’affaire un peu partout… VOUS AVEZ FONDU L’ÉPÉE ENCHANTÉE OFFERTE À L’ÉLU POUR DÉTRUIRE L’ANCIEN DÉMON QUI REVIENT TOUS LES 1000 ANS !!! Mais qu’est-ce que vous avez dans le crâne, bordel ? On est tous morts, maintenant !
— Ouais, oh, c’est pas ma faute, hein. Fallait arrêter d’écrire le RPG japonais à coup de clichés avant de l’ouvrir à la liberté de choix et d’action à l’occidentale, hein…

 

Anthony