Je ne suis pas un héros

« Salut, Je m’appelle Sharon et j’espère que t’es prête à sauver le monde ! »

C’était plus ou moins de cette manière-là que Sharon Adachie, responsable de la section française d’Aide Internationale Aux Jeunes Super-Héros, s’était présentée à Lacie, il y a deux mois de cela.

En y repensant, la jeune fille se disait de plus en plus qu’elle aurait dû baffer cette drôle de femme trop souriante et s’enfuir au loin au lieu de s’embarquer dans cette histoire débile.

Le problème, c’est qu’elle ne l’avait pas fait et avait suivi, sans trop savoir pourquoi, l’imposante femme noire qui l’avait bassinée pendant tout le trajet en s’extasiant sur absolument tout ce qu’elle voyait.

Et voilà comment Lacie s’était retrouvée en haut d’un immeuble de quatre étages, tétanisée par la peur, un matelas posé en bas pour l’accueillir, à côté duquel Sharon et son associée Alexia lui hurlaient de sauter depuis dix bonnes minutes.

Le hic, c’est que Lacie ne pouvait pas. Une sorte de force invisible l’avait attrapé et la maintenait au sol, terrifiée, cherchant par tous les moyens une échappatoire. Son corps tremblait de tous ses membres alors qu’elle regardait la distance qui la séparait du sol, ainsi que d’une mort certaine. Assise sur le toit, essayant vainement de se tenir à une rambarde qui lui semblait à cet instant être l’objet le moins solide qu’il lui ait été donné de tenir entre ses mains, Lacie continuait de regarder vers les deux femmes.

Bien sûr, elle savait qu’elles ne voulaient que son bien, ainsi que celui du monde. Il faudrait bien qu’elle y arrive, à sauter du haut de ce fichu immeuble ! Pourtant, cela faisait maintenant deux mois qu’elle restait bloquée en haut chaque jour, incapable de regagner le sol.

« Lacie ! Il faut que tu y arrives, tu m’entends ? La survie du monde en dépend ! hurla Sharon depuis le sol.
– Alors le monde est dans une sacrée merde ! répliqua-t-elle sur le même ton.
– Il faut que tu croies en toi et en ton pouvoir, c’est le seul moyen !
– Je suis obligée d’avoir ce pouvoir là ? Sérieusement, je ne peux pas avoir le pouvoir de respirer sous l’eau ou quelque chose dans le genre ?
– Ce sont des choses qui ne se controlent pas, désolée !
– Ouais bah ma peur ne se contrôle pas non plus je vous signale ! »

Alexia, excédée et bien moins patiente que Sharon, hurla à son tour :

« Lacie, que ce soit clair : soit tu sautes toi-même, soit je monte et je te jette par-dessus la balustrade ! »

Lacie se figea un peu plus, désespérée. Elle détestait ne pas avoir le contrôle de son corps, c’est même ce qui la gênait le plus dans cette peur qui venait l’immobiliser chaque fois qu’elle se trouvait face au vide. Le fait de se faire pousser la terrorisait d’autant plus.

« Je ne peux pas ! hurla-t-elle à l’intention des deux femmes, Je suis vraiment désolée mais je ne peux pas faire ça ! Trouvez quelqu’un d’autre pour sauver le monde, moi je redescends !
– Non Lacie bon sang, je t’interdis de redescendre, tu m’entends ? On ne va pas y passer l’éternité, c’est juste pour vérifier ton pouvoir ! s’énerva Alexia.
– Mais vous le connaissez déjà, pourquoi vous tenez absolument à le vérifier !
– Parce qu’il va bien falloir que tu l’utilise à un moment !
– Je m’en fous je sauterai pas ! Moi ce que je veux, c’est rentrer chez moi ! J’en ai rien à cirer de sauver le monde !
– Tu dis ça sur le coup de la peur ma grande ! répondit Sharon, tentant d’être bienveillante.
– Raison de plus pour trouver quelqu’un qui n’aura pas peur. Ce sera plus utile pour tout le monde !
– Ce n’est pas possible, tu es l’élue !
– Ouais bah vous direz à celui qui les choisit de s’acheter un cerveau et des lunettes ! »

C’est uniquement après cette dernière phrase que Lacie remarqua enfin qu’elle ne parlait plus qu’avec Sharon, et que Alexia avait disparu.

« Et merde… » soupira-t-elle, résignée, juste avant que sa chef, à bout, ne la jette du haut de l’immeuble.

Pendant qu’on emmenait Lacie, en pleine crise de panique, Alexia s’avança vers Sharon, qui regardait la performance de la jeune fille sur les écrans. On la voyait vaguement voler, mais surtout crier et se cogner contre un mur à plusieurs reprises, avant de finalement s’évanouir dans les airs parce qu’elle n’avait pas réussi à reprendre sa respiration.

« Je te jure que si l’élémentaire de feu a peur des allumettes je le tue d’office… grommela Alexia. »

Alice


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La danse

Elle danse. Son corps allongé ondule autour du feu, suivant la mélodie des guitares. D’un mouvement sec, elle fait vibrer ses bracelets d’or au-dessus de sa tête. Ses chevilles tournent, les courbes de son corps sombre serpentent, elle les module au son du tambourin. Ses doigts, ses bras, son cou, ses hanches, ses épaules, ses jambes, ses chevilles sont pris d’une frénésie et bougent d’un commun accord, comme s’ils étaient chacun un corps tout entier. Pourtant, elle garde le contrôle. Elle ondule, change de position, de mouvements, feint de bouger ses bras pour ne bouger qu’une jambe, sautille, se déplace avec une vivacité époustouflante. Elle rejette sa tête en arrière, renversant ses dizaines de tresses serties de perles et sourit. Ses dents blanches brillent dans la nuit. Son corps en mouvement court presque autour du feu, gardant toujours une grâce encore inégalée à ce jour. Les autres la regardent. Elle les intimide presque, les empêche de la rejoindre. Sa danse ne se partage pas, il n’y a pas moyen de danser sur le même plan qu’elle. Elle-même ne se sent certainement pas sur le même plan qu’eux. Je l’imagine plus perdue, tout entière à sa danse, sortie du temps, de l’espace, de toute forme de conscience des autres êtres humains à côté d’elle.

Elle est belle, comme cela, dans la nuit, faisant valser son corps à la lumière du feu. Elle est loin des problèmes, loin du monde, loin de tout. Elle existe pour elle-même tout simplement. Bien sûr, des problèmes, elle en a. Bien sûr, quelque part elle a une famille, des amis, un travail peut-être, ou bien même un pays auquel elle se rattache. Bien sûr, elle aussi, le matin, lorsqu’elle allume sa télé ou sa radio, elle écoute les nouvelles, et certaines l’attristent plus que d’autres. Bien sûr, devant son miroir, elle a dû avoir des complexes un jour et peut-être même encore aujourd’hui. Mais sincèrement, est-ce que ça a une réelle importance ici ? Est-ce que, à cet instant précis, le seul monde qui existe pour elle n’est pas ce coin du feu, et cette danse frénétique, qu’elle aimerait ne jamais arrêter ?

Je pourrais l’aider. Je pourrais ne jamais arrêter cette danse ni triste ni joyeuse, cette danse qui existe parce qu’on la sent nécessaire. Je pourrais, d’un trait fatal, finir ici cette danse, la coincer dans cet espace-temps, ne lui donner rien d’autre que ces quelques lignes, ces quelques instants de pur bonheur. Je pourrais effacer ses hypothétiques problèmes, sa vie entière, à côté de ses quelques instants de danse. Je pourrais faire ça, dans ma magnanimité d’auteure. Pourquoi ne pas le faire ? Certains me diraient que c’est cruel, de réduire un personnage à peine esquissé, tout neuf, encore balbutiant, à une simple scène de danse. Pourtant, est-ce que ce n’est pas cruel de lui créer des problèmes ? La question est cruciale et je ne suis pas sûre d’avoir une réponse.

Pour l’heure, elle danse, attendant son sort. J’aime bien la voir danser. C’est comme si je pouvais me donner l’illusion de contrôler un mouvement, là où je ne fais que retranscrire une image de la danseuse. C’est bon pour l’ego disons.

Et la voilà qui danse toujours. Vraiment, la scène commence à s’allonger. Je ne peux tout de même pas la laisser là, à danser et ne rien faire d’autre ! Et son nom, sa vie, ses problèmes ? Je ne peux pas uniquement la réduire à ça.

Et pourtant elle danse, et je ne vois plus que ça. Moi aussi, j’ai une vie et des problèmes. Je devrais m’en occuper d’ailleurs. Mais voilà. La jeune fille danse loin de tout ça, et moi je la regarde procéder, totalement libre. Secrètement, je l’envie.

Alice

Problèmes syndicaux et volcans en fusion

« MAIS C’EST PAS POSSIBLE D’ÊTRE AUSSI C*N !» s’époumona le Diable, en recouvrant intégralement de postillons le pauvre diablotin stagiaire.

Celui-ci prit le parti de rester le plus stoïque possible et de baisser les yeux, résistant à l’envie d’essuyer son visage. Le géant rouge, porté par ses deux grandes ailes noires, darda son imposant regard sur lui.

« Encore une fois, tenta le jeune diable, Sauf votre respect monsieur, ce n’est pas réellement de ma faute… »

Le Diable souffla un coup et se redonna une prestance, bien décidé à ne faire qu’une bouchée du petit stagiaire. A vrai dire, il n’était pas habitué à ce genre de sautes d’humeurs. Aussi se reconnut-il bien plus dans le ton ferme et glacial qu’il choisit pour continuer son invective :

« Mon petit Valentin, évidemment que ce n’est pas de votre faute. Le problème, c’est que vous êtes chargé du bon fonctionnement de la file d’attente des enfers, n’est-ce pas ? Ainsi, lorsque je vois une file d’attente longue de plusieurs années à l’entrée, je me pose des questions et je viens, logiquement, vous les poser.
– Oui monsieur…
– Donc, à moins que nous aillons subitement été bien côté par les guides touristiques, ce qui me semblerait étrange, j’aimerais quelques explications.
– J’imagine qu’ils ne pouvaient pas vraiment accepter tout le monde au paradis…
– Là n’est pas la question mon petit Valentin, nous avons suffisamment à régler ici pour nous occuper de ce qu’ils peuvent bien faire en haut.
-J’imagine bien monsieur…
-Tu es un garçon intelligent mon petit Valentin. Alors vous allez m’arranger tout ça et m’expédier tout ce petit monde dans le volcan, est-ce que c’est clair ?
– Moi je veux bien, mais ça risque d’être compliqué… »

Le Diable fronça les sourcils, tentant de maintenir le semblant de calme qu’il avait conservé.

« Mon petit Valentin, je m’excuse si, par le plus grand hasard, j’ai mal compris, mais est-ce que vous venez de me dire que faire votre boulot était compliqué ?
-Non mais ce que je dis, c’est que moi je veux bien, c’est pas ça le problème…
-Où est donc le problème ? demanda le diable, de plus en plus crispé.
– Le problème, c’est que nous, représentants du syndicat des diablotins, refusons cette cadence infernale et avons décidé de stopper tout travail avant d’être revenu à un rythme de mort normal ! » lança une voix derrière eux.

Les deux se retournèrent pour faire face à un vieux diablotin, un mégaphone à la main, qui lançait des slogans repris par une bande de jeunes diablotins derrière lui. Le Diable s’approcha du responsable syndical auto-proclamé.

« C’est-à-dire que vu que vous travaillez en enfer, les cadences infernales ne devraient pas trop vous étonner…
– Ça ne veut pas dire qu’on n’a pas droit à des droits humains élémentaires !
– Mais vous n’êtes même pas humains ! Je peux savoir qui vous a mis ces idées de gauchistes dans le crâne ?
– Figurez-vous que les nouveaux morts sont vachement plus au fait des droits élémentaires et syndicaux et qu’ils nous ont bien éclairés sur nos droits et nos conditions de travail ! Nous avons découvert, par exemple, le droit de grève, qui nous permet de stopper le travail tant que leur nombre n’aura pas diminué ! »

Le Diable décida de ne pas relever le fait que leur boulot consistait justement à diminuer les morts en question et soupira, désespéré:

« Faut vraiment que j’explique à Dieu que l’apocalypse, ce n’est pas une bonne idée démographiquement parlant… »

Alice

Des problèmes d’avoir un jumeau bénéfique

« Vous savez, on parle souvent du concept de jumeau maléfique : ce mec qui vous ressemble vachement et qui passe son temps à faire chier le monde et à commettre des infractions en tout genre, ce qui vous vaut des séjours au commissariat plus ou moins long parce que, évidemment, on vous accuse à sa place. Eh bien laissez-moi vous dire que c’est très gentillet tout ça, comparé à ce qu’un jumeau maléfique peut subir à cause de son propre jumeau.

Pour commencer, monsieur s’est mis en tête d’aider les gens. Si c’était pour pouvoir avoir quelque chose en échange je ne dirais rien, mais non ! Cet hurluberlu a décidé de faire ça par gentillesse, par amour d’autrui ! Non mais je me demande bien où il va chercher toutes ces idées stupides qui puent la licorne arc-en-ciel à la lavande ! Et encore, s’il ne faisait que ça ! Mais il est doué en plus le petit con ! Il réussit à aider absolument tout le monde, et sans jamais rien accepter de qui que ce soit !

Ensuite, il faut savoir qu’il aime les animaux. Vous allez me dire, « mais il a raison, c’est tout mignon les nanimaux choupinoux ! » Alors déjà, non. Un animal, c’est un truc incontrôlable qui laisse des traces partout et qui t’empêche de dormir. C’est une de mes armes de prédilections pour faire chier les gens, et je peux vous assurer qu’une personne qui entend un chat miauler toutes les minutes pendant plus de sept jours devient folle. Après c’est peut-être parce que ladite personne était ligotée dans une cave, mais je ne vais pas m’étendre là-dessus.

Et quand bien même on décide que les animaux sont mignons, allez le dire au propriétaire du zoo du coin dont les cages se sont soudainement vidées parce que Môssieur a décidé qu’ils étaient malheureux enfermés. Qu’on se le dise, c’est l’intention que je trouve abjecte, pas le résultat, je suis même jaloux de ne pas avoir eu l’idée avant lui. Et puis, je me fiche assez de ce pauvre propriétaire éploré. Non, ce qui me dérange, moi, c’est d’avoir une quinzaine de singes, deux demi-douzaines de pingouins, un vivarium rempli de serpents et d’insectes en tout genre, quatre girafes, trois grands fauves et cinq éléphants dans mon appart depuis deux semaines ! Ce serait drôle si je pouvais conduire mon jumeau chez les flics encore une fois, mais même pas ! Figurez-vous que Môssieur s’est fait acclamer par tous les activistes de la cause animale et qu’il a levé des fonds pour les rapatrier dès que possible dans leur habitat d’origine, avec les félicitations du président de la République à la clé ! Quand je vous dis que je suis à bout !

Et encore, je ne vous parle pas de sa gentillesse exécrable, de ses multiples talents et de sa capacité phénoménale à se faire des amis. C’est bien simple, une fois, un mec a laissé tomber ses clés, il les lui a rendues et aujourd’hui le type squatte pour la troisième fois de la semaine le canapé en kirugumi girafe, parce que, je cite « il ne faut pas troubler l’équilibre des bêtes ». Pas un pour rattraper l’autre, franchement ! Cela dit, ne vous inquiétez pas trop, j’ai décidé de répliquer en enfilant ma tenue de chasseur colonial. Et je peux vous assurer que ce sera pas des balles à blanc… »

David finit la lecture du dernier article du blog de son frère jumeau juste avant que l’ordi ne s’éteigne définitivement, les fils bouffés par une des lionnes qui s’était énervée dessus une bonne partie de la journée. Derrière lui, Balthazar, en kirugumi girafe, un bol de céréales à la main et un petit macaque sur l’épaule gauche, regarda tristement l’ordinateur :

« Il fout quoi ton frère ?

-Oh, il doit être en train de rager dans sa chambre…
-N’empêche, tu penses la tenir longtemps ta blague ?
-Encore un peu, c’est assez drôle de faire des crasses finalement, après tout ce qu’il m’a fait subir. Et puis j’aime bien le voir se lever le matin en espérant que les animaux soient partis, rigola-t-il, Moi je m’en fous je dors chez toi.
-C’est qu’il s’améliore notre petit ange gardien ! Et t’as pensé à mon idée ?
-Non, pour la dernière fois Balthazar, on ne va pas mettre le boa constrictor dans son lit ce soir !
-T’es pas drôle…
-Par contre j’ai pas dit que je n’avais pas planqué l’alligator dans la cuvette des chiottes…
-T’es maléfique Victor. Sourit Balthazar. »

 

Alice

Policiers-voleurs

La commissaire de police Janet Sting raccrocha son téléphone, épuisée. Le reste du commissariat n’en menait d’ailleurs pas plus large. Il faut dire que depuis ce matin-là, ils avaient dû gérer 14 vols à mains armée, 17 meurtres, 3 braquages de banques et une demi-douzaine de voitures brûlées et de bagarres. Les cellules du petit commissariat de Satilo-les-bains, sympathique bourgade paisible, étaient pleines.

Janet se passa la main sur le visage, abasourdie. C’était à n’y rien comprendre. Sa ville d’habitude si tranquille faisait face au plus haut taux de criminalité jamais recensé dans la région, et en moins de trois heures !

Le policier Cécile Marchand, fier représentant de la loi du haut de ses 56 ans, entra en trombe dans le bureau de sa chef :
« Faut envoyer une brigade, c’est le quatrième braquage de banque.
– Mais comment ils font, il n’y a que deux banques à Satilo-les-bains b*rdel !
– Les hommes présents à cause du premier braquage ont dû partir pour aider à séparer une bagarre et à repêcher le corps du bijoutier hors de la rivière chef.
– Mais c’est pas dieu possible, tout le monde est devenu taré ou quoi ?!
– Il semblerait chef. Il y a aussi eu une nouvelle bagarre devant le supermarché, apparemment on en est à trois morts.
– On a combien d’hommes valides ?
– Comme d’habitude, six, et sept si on vous compte.
– Le maire en pense quoi ?
– La mairie n’est pas accessible, elle est bloquée par les stands du grand jeu d’extérieur annuel.
– Ah oui cette conner*e ! Et personne n’a pensé à l’appeler ?
– Pas vraiment…
– M’étonne pas que toute la ville devienne chtarbée avec des policiers pareils… Passez moi le téléphone. »

Janet composa le numéro du maire et attendit sa réponse. Celui-ci ne tarda pas à répondre, complètement affolé. Janet n’aimait pas le maire. Trop jeune, elle le considérait comme un gamin inexpérimenté capable des plus belles conneries. Une fois encore, celui-ci ne la déçut pas.
« Ah Janet, heureusement vous êtes là. Je crois que j’ai vraiment merdé ce coup-ci !
– Oh non, ne vous inquiétez pas trop, après tout seule la moitié de la ville a rendue l’âme pour l’instant, pas de quoi s’alarmer…
– Oh Janet vous me rassurez ! Un instant j’ai eu peur que…
– Mais évidemment que vous avez merdé triple buse ! Mais qu’est-ce que vous avez fait bon sang ?! Je sais bien que vous êtes une référence nationale en matière de connerie, mais là vous avez battu tant de records que je ne comprends même pas comment vous avez réussi votre affaire !
– C’est… c’est à cause du grand jeu d’extérieur.
– Si vous m’annoncez que vous avez rendu tout le monde chtarbé en organisant un cache-cache, je vous préviens que je vais avoir beaucoup de mal à vous prendre au sérieux.
– En fait, c’était plus un policiers-voleurs.
– Et ?
– Je me suis un peu gouré dans les papiers à distribuer aux gens et dans les règles, enfin je crois. Pour tout vous dire je n’ai jamais vraiment joué à ce jeu, et je me suis dit que les 7 policiers municipaux suffiraient à contenir tout le monde…
– Vous leur avez dit quoi à ces c*ns b*rdel de m*rde ?!
– Qu’ils étaient tous des voleurs et que celui qui ferrait le plus grand crime gagnerait le prix de la foire. »

Janet resta muette devant la connerie profonde du maire. Celui-ci finit par demander, hésitant :
« C’est quoi les vraies règles, du coup ? »

Alice

Une fois, et c’est fini

Au moment d’ouvrir la porte, Milo repensa aux paroles de la vieille. Ses mots simples et remplis d’amertume l’avaient marqué au fer rouge tant elles lui semblaient vraies. S’il avait pu être à n’importe quel autre endroit ! Il aurait préféré un volcan en éruption.

Il frappa la porte de son poing, dans un instant de rage. Il n’avait jamais été courageux, d’aussi loin qu’il s’en souvienne. Mais il n’aurait jamais cru manquer un jour de courage pour ça. Le visage de la vieille réapparu dans son esprit. Un visage sale, battu par les années, et triste, immensément triste.

« Je l’ai prise il y a longtemps petit et si je pouvais je retournerais dans le passé pour me couper les mains avant que je prenne cette foutue pilule. » lui avait-elle dit.
Elle avait raison quelque part. Mais que faire ? Il l’avait déjà prise, et elle aussi. Il se souvenait des mots inscrits dans la pierre, devant la pilule, au moment de la prendre pour la première fois : « Une fois, et c’est fini. » Il était trop jeune à l’époque, trop fatigué par la vie pour réfléchir un peu. Il avait cru à un poison. Il sourit en y repensant. Bon dieu ce qu’il avait été con ! Comme si un poison pouvait finir quoi que ce soit. Il avait bien eu le temps de comprendre que la vraie souffrance était loin d’être la mort.

Non, la pilule était bien pire qu’un poison. C’était une drogue. La plus vicieuse des drogues. Une fois, et c’était fini. Tu revenais fatalement vers elle, tous les vingt ans. Impossible d’y échapper. La vieille s’était un jour attachée à une chaise et balancée dans l’océan pour ne pas avoir à la prendre. Elle avait été repêchée par hasard dans un filet de pêche, à quelques mètres des côtes, prêt du lieu où se cachait la pilule.

Milo soupira. Ce n’était même pas la peine d’essayer de lui échapper. La pilule trouverait un moyen de te faire venir à elle, quoi que tu fasses.
Il ouvrit la porte. Dans la salle sombre, elle était posée sur un piédestal, renouvelée comme à chaque fois sans qu’il ne sache pourquoi, luisante dans la pénombre. Sur le mur derrière elle, il pouvait lire l’inscription fatidique : « Une fois, et c’est fini. »

Il pesta contre lui-même. Des mots simples pourtant, et qu’il n’avait pas su comprendre. « Tout ce que je voulais, c’était mourir… » murmura-t-il en regardant douloureusement la responsable de ses malheurs.
« Pourquoi ? » sembla dire celle-ci avant de luire de plus en plus intensément. Il aurait aimé la détruire ou s’enfuir, mais ça lui était impossible. Un bruit strident s’intensifia dans ses oreilles, si fort qu’il tomba à terre en hurlant, les mains plaquées sur ses tempes, espérant le diminuer. C’était impossible et il le savait. Il était inutile de lutter contre elle. Elle le tentait, implacable, se dressant devant lui du haut de sa splendeur, irrésistible objet d’un désir qu’il aurait aimé ne pas avoir.

Pourtant, il était bel et bien là. Il ne pouvait nier les tremblements de son corps, le délice qui le parcourrait à l’idée de la prendre, oubliant presque tout le dégoût et le désespoir qu’il avait éprouvés pendant vingt ans, et qu’il allait éprouver pour vingt ans de plus. A cet instant précis, le désir, l’envie l’inondaient et il voulait la prendre. Malgré tout, il désirait ardemment cette pilule. Il se releva et se jeta sur elle avant de l’avaler goulûment. Une chaleur envahit son corps et pendant quelques secondes, il s’allongea, ivre de bonheur, tandis que les sifflements s’arrêtaient.

Le désir partit également, laissant Milo devant le fait accompli, désespéré. Elle était décidément trop forte, il ne pouvait pas lutter. Il était reparti pour vingt ans et plus encore. Ca ne s’arrêterait jamais, comme une peine qu’il ne pouvait pas purger dans un purgatoire terrestre.
Comme disait la vieille, il aurait préféré se couper les mains plutôt que de rester une seule seconde de plus immortel.

Alice

Comment répondre à un SMS

« Coucou ma chérie, c’est tata Yvette ! Tout va bien pour la petite famille ? » Ca nous arrive à tous de devoir répondre à des SMS auxquels on a pas envie de répondre. Genre vraiment pas. Surtout quand le destinataire sait pertinemment que non, tout ne va pas bien pour la petite famille en question. Sérieusement, est-ce qu’elle aimerait que je lui rappelle que son chat a fait une attaque mardi dernier ? Non ! Alors qu’elle arrête de nous faire chier avec ça, surtout qu’on a plus important à gérer !

« Bon, tu lui réponds oui ou m*rde ? hurle Youssef, mon frère jumeau, en tentant de colmater une brèche.
– Oui bah ça va, deux minutes, j’aimerai t’y voir ! »
C’est vrai quoi, c’est pas si simple !
« Non mais c’est pas vrai ! Que celui qui lui a rendu son microphone se dénonce pour que je lui pète la gueule ! vocifère-t-il.
– C’est pas ma faute, crie Boris en essayant de se raccrocher aux barres métalliques de la machine, elle a dit que ce serait gentil de faire ça ! »

Oui, j’ai oublié de vous dire, on est en train de remonter le temps et vous, chers auditeurs, êtes en direct ! Enfin presque, mais vous m’avez comprise. C’est Mw, le pote alien de mon frère qui nous a invité à l’inauguration. C’est d’ailleurs pour ça que je suis passablement énervée qu’on me dérange dans ces moments-là : une machine temporelle en perdition c’est déjà assez compliqué à gérer, je vais pas en plus y rajouter une discussion plan-plan avec tata Yvette !

« Leïla si tu pouvais juste fermer ta gueule et écrire ce p*tain de SMS, ce serait parfait ! grommelle Vivi en pianotant à toute vitesse sur le clavier de la machine, Non mais elle se fout de ma gueule en plus ?! »
Arrêter de parler ? Et puis quoi encore ? Comment vous, chers auditeurs, pourriez-vous être au courant si je m’arrêtais de parler ? C’est impensable !
« Sérieusement, qui en a quelque chose à fo*tre d’une famille comme la notre ?
– Alors, excuse-moi, mais je trouve que notre famille est particulièrement apte à être étudié comme phénomène exceptionnel.
– C’est pas parce qu’on est en train de remonter le temps avec un alien et une potentielle demi-déesse qu’on est exceptionnel ! hurle Charlotte, en agrippant Paula, probable demi-déesse ancestrale et accessoirement petite amie de ma sœur. »

Avec tout ça, je n’ai toujours pas écrit ce texto. Je ne sais si vous avez remarqué, mais j’essaie d’adopter un langage plus soutenu, histoire de mieux me faire comprendre par notre tata. On ne peut pas en dire autant de certains ! Bref, je commence :

« Cher tata, ici tout se passe très bien. Il fait beau et nous sommes en train de faire une charmante sortie familiale !
– Mais ta g*eule avec ton truc, on est en train de crever m*rde !
– Ne vous inquiétez pas tout le monde, on va s’en sortir ! répond Mw.
– Y a intérêt, renchérit sa coéquipière, en tapotant sur son clavier à toute vitesse, On a promis à Papi qu’on était de retour pour le gouter !
– Pour la dernière fois Vivi, c’est une machine à remonter le temps, on peut arriver trois heures avant le gouter si ça te fait plaisir !
– Au train où la machine se décompose on ne va pas arriver du tout !
– Malgré quelques petits différents familiaux, l’ambiance est au beau fixe et notre routine n’est pas trop changeante ces derniers temps. Le petit train-train quotidien quoi ! »

Franchement, je m’en sors super bien !
« Leïla encore un mot et je te balance par la fenêtre de la machine, c’est compris ?
– Ah parce que maintenant on est plus libre dans ce pays ? Et la liberté d’expression dans tout ça ?
– Alors je ne veux pas faire ma chieuse mais techniquement on vient d’entrer dans le XIVème siècle alors la liberté d’expression c’est pas trop ça ! rappelle cette lâcheuse de Charlotte.
– Je peux la balancer du coup ?
– C’est pas très gentil…
– Tu vois ? Faut écouter Boris ! »

J’aime bien mon petit frère. Il est un peu gaffeur sur les bords, certes, mais qui ne l’est pas ? Et puis lui, au moins, il a le mérite de me rendre mon microphone quand je le lui demande, alors je lui pardonne ses quelques maladresses. Là il vient de s’asseoir sur le bouton rouge avec marqué « danger », mais ça doit pas être trop grave !
« Est-ce que je rêve ou il vient d’enclencher l’autodestruction du bidule ?
– Est-ce que je rêve ou t’as été assez c*n pour créer un bouton qui autodétruit ta machine ? hurle Youssef.
– Eh on se calme ! Je suis une race extraterrestre millénaire, je n’ai jamais dit que j’étais intelligent !
– Ouais bah je vois ça !
– Donc là en gros on va mourir ? panique Paula.
– Non, non, t’inquiète, j’ai prévu le bouton reset pour nous ramener au point de départ…
– Ah bah super fais ça !
– Pourquoi on ne l’a pas utilisé avant au juste ? soupire Charlotte.
– Si on brillait par notre intelligence, ma chère Charlotte, ça se saurait !
– Mais attendez on était sur le point d’aller dire bonjour aux Mayas !!! geint Mw.
– Oui bah ils ne vont pas bouger les Mayas, on retentera une autre fois !
– J’espère que tu nous rendras visite bientôt. Nous avons eu quelques récentes expériences de voyage mais nous n’avons malheureusement pas pu aller très loin. On va dire que ce sera pour une prochaine fois ! Gros bisous tata !
-Ta g*eule ! »

 

Alice

Comment survivre à une invasion extraterrestre

On s’est souvent dit que ça devait être galère de faire partie de la famille d’une personne qui vit des aventures de malade. C’est vrai quoi, on pense pas assez à la vie de tous les jours de la famille de James Bond, à celle des super-héros, d’un hacker de génie ou encore du meilleur pote qui accompagne l’héritière du trône d’une cité antique. Maintenant, imaginez un peu ce que ce serait s’ils vivaient tous ensemble. Imaginez, deux secondes, Kick Ass, l’héritière du trône d’une cité antique, un savant fou alien, une hackeuse de génie, un mec qui se fait enlever par les aliens et charlie chaplin dans la même maison. Vous avez un résumé de ma famille. Ou plutôt, de mes frères et sœurs et de leur potes qui squattent chez nous. Et au milieu de tout ça, il y a mon grand-père, flic à la retraite et poète de son état, qui essaie tant bien que mal d’élever la bande de bras cassés qui lui sert de petits-enfants tandis que ces derniers lui cachent de moins en moins bien leur secret (très très drôle à regarder d’ailleurs).

Avec tout ça, vous allez me dire, comment ça se fait que la maison n’ait pas déjà explosé. Je vous répondrais encore une fois que j’aimerais bien vous répondre mais qu’il faudrait arrêter de m’interrompre b*rdel de m*rde et …
« Mais p*tain Leïla, Qu’est-ce que tu fous ?! s’écrie Youssef, mon frère jumeau, en m’arrachant mon dictaphone des mains.
– J’explique la situation aux gens qui nous regardent !
– Maintenant ?! »
Ouais bon, je l’avoue, c’est peut-être pas le meilleur moment, mais je crois à la magie de l’instant présent et du direct voyez-vous. Aussi, quand la soucoupe volante des ennemis ultimes de Mw (prononcez Mew), le pote alien de Youssef, est apparue sur notre toit, j’ai évidemment décidé de sortir mon dictaphone et…

« Mais lâche ce p*tain de truc m*rde, on va se faire tuer je te signale !
– Oui bon c’est bon, Mw peut pas régler ça ?
– Il essaie figure toi mais va falloir faire vite, y a papi qui dort dans le salon, faut pas le réveiller.
– C’est bon il est complètement sourd, le problème ça va être les petites.
– Vivi s’en occupe ! »

Vivi, c’est notre petite sœur, une hackeuse de renom et mère poule dans son temps libre. Les petites, c’est les dernières arrivées de notre tribu, encore trop jeune pour avoir fait des conneries, mais ça va venir, vous inquiétez pas. Si on les appelle les petites c’est parce que leurs vrais noms c’est Zéphyrine, Pétronille et Elfride, donc c’est vachement plus simple et…
« C’est bon, t’as pas besoin de rappeler toute l’histoire familiale maintenant p*tain, viens plutôt m’aider à barricader la cheminée !
– C’est bon j’arrive !
– Les gars, c’est une catastrophe ! Hurle Charlotte, ma seconde petite sœur qui me cache depuis des mois qu’elle enfile un costume de super-héros pour aller protéger la ville et ses habitants du haut de son mètre 55, et qui vient d’entrer dans la pièce avec Paula, sa copine du moment et accessoirement héritière d’une cité antique.
– Euh, elle raconte quoi là ? demande cette dernière.
– Rien, laisse tomber elle est taré, elle est persuadée que y a des gens qui l’écoute et qu’elle parle pas dans le vide quand elle fait ça.
– Je parle pas dans le vide, je parle à mon dictaphone ! »

C’est vrai quoi…
« De toute manière on pourra plus parler longtemps s’ils réussissent à entrer… Est-ce que quelqu’un pourra me dire ce qu’il y a de si catastrophique bordel ? s’énerve mon frère.
– Ils ont toqué à la porte, Boris a trouvé ça poli et il a ouvert. »
Silence de mort dans la pièce.
« Ta gueule ! Font-ils tous d’une même voix. »
Boris, c’est mon plus petit frère, mais surnommez-le Lagaffe. Je crois pas avoir besoin de vous expliquer pourquoi. En attendant il vient d’entrer en trombe dans la pièce suivi de Mw, le pote alien de Youssef, et de Vivi, un bébé dans chaque bras (Mw a le troisième).

« P*tain mais elle parle encore elle ?! grommelle Mw. »
Va vraiment falloir qu’il m’explique leur problème avec mon dictaphone.
« Et papi il est où ? s’écrit Charlotte.
– Pas eu le temps de le prendre au passage !
– Bon pas grave, tranche Youssef, Aidez-nous à barricader.
– Mais b*rdel on va pas laisser Papi se faire bouffer par des aliens ! s’étrangle Charlotte.
– Pour ta gouverne Cha, rappelle Mw, les Oots sont un peuple végétarien.
– J’en ai rien à f*utre je veux pas qu’ils fassent de mal à mon grand-père, ça va être beaucoup trop compliqué de lui expliquer ! Donc ils vont remonter dans leur vaisseau et fissa ! »

Sur ce, elle ouvre la porte et se rue dans le couloir. Paula la suit (évidemment). Youssef soupire, comprend qu’il n’a pas le choix et fonce derrière elles, suivit de Mw et de moi-même. Vivi rattrape de justesse Boris et lui colle un bébé dans chaque bras pour le forcer à rester tranquille.
Quand j’arrive, c’est le carnage. Cha, faut pas la faire chier ! Youssef et Mw non plus d’ailleurs. Les Oots sont donc en train de repartir. Vous allez me dire, j’ai l’air calme. En même temps, ça arrive pratiquement tous les jours en ce moment, à se demander comment papi fait pour pas s’en rendre compte ! Moi, du coup, je consigne tout, je sais bien qu’il y a des gens qui m’entendent et…

« Et je confisque ce dictaphone jusqu’à nouvel ordre… hurle Youssef avant de le prendre de mes mains et de couper l’enregistreme… »

Alice

Des inconvénients de tuer Hitler

Est-ce que vous avez déjà fait une connerie ? Attention, j’ai pas dit une petite connerie, qu’on soit bien d’accord. Si ce que vous avez fait de pire c’est de lâcher malencontreusement votre pot de rhododendrons par la fenêtre de votre appartement du 7ème étage et tuer votre grand-mère et un pigeon au passage, autant vous dire que vous pouvez passer votre chemin : vous êtes un petit joueur ! Bref, ce coup-ci, j’ai vraiment fait fort et je pense que je préférerais de loin être nu au cœur d’un volcan en éruption avec deux alligators affamés plutôt que dans ma situation actuelle.

Je sais ce que vous allez me dire : j’exagère, c’est pour me la raconter, c’est pas si terrible en fait… Eh bien si vous pensez réellement qu’être sur la tribune d’un meeting d’un parti nazi Allemand en 1939 parce que vous avez malencontreusement tué Hitler et que vous avez pas eu le temps de réagir avant de décider sur un coup de tête de le remplacer n’est « pas si terrible », je serais ravi de vous laisser ma place !

Quoi ? Comment ça c’est impossible ? Vous me traitez de menteur ? J’imagine qu’il va falloir tout vous raconter pour que vous me croyiez…
Pour tout vous dire, la journée avait vraiment mal commencé : je m’étais levé en retard et avec la salsa du démon dans la tête. Ne niez pas, ça nous est tous arrivé. Après avoir sauté le petit déjeuner, j’arrive donc en retard à mon boulot et me fait engueuler par mon patron, à savoir Jean-Eudes Philomène, antiquaire de son état. Sur ce celui-ci quitte le magasin pour aller livrer une commande très importante, et me laisse surveiller la boutique comme d’habitude. A ce moment là, je le rappelle, j’ai mal à la tête, j’ai faim, je suis pas réveillé et j’ai cette p*tain de chanson dans la tête. Autant vous dire que je suis légèrement irascible.

Sur ces entrefaites, mon boss m’appelle, totalement paniqué :
« Vincent ! C’est une catastrophe ! »
Là, je sens venir l’embrouille. Faut dire aussi que la dernière fois qu’il m’a dit ça, la statue de crocodile a prit vie et a bouffé la fille de six ans de m. Delhorme, notre plus fidèle client.
« Qu’est-ce qui se passe ?
– J’ai confondu l’objet que je devais prendre avec un banal stylo plume, il faut que je revienne tout de suite le chercher !
– Si c’est que ça m’sieur Philomène je vous l’amène votre stylo et…
– Non ! Surtout pas ! Ne touche à rien avant que j’arrive ! »

Et il raccroche. Vous me direz : mais b*rdel pourquoi t’as touché à ce stylo d*con ?! Et quelque part vous avez raison, mais pour vous montrer mon état d’esprit, je vous suggère de lire ce récit en écoutant la salsa du démon et de me faire savoir par la suite si vous ne l’auriez pas utilisé sur un coup de tête pour noter la commande de l’uniforme d’Adolf Hitler par une cliente, vous, le stylo à plume démoniaque qui fait remonter le temps.

En fait, il ne remonte pas vraiment le temps. Pour tout vous dire, il déforme plus la réalité qu’autre chose. Sur le coup, j’ai donc écrit avec ce stylo (mi par bravade, mi par stupidité je vous l’accorde) et je me suis figuré dans ma tête un meeting du parti nazi comme on en voit des photos dans les livres d’histoire. Et là, ça a merdé.

Comment, me direz-vous encore ? Eh bien je suis tombé, j’ai entendu un bruit sourd, un râle de douleur et je me suis retrouvé dans la chambre d’Adolf Hitler, chancelier allemand de son état, et plus précisément sur le dos de celui-ci, totalement écrasé par mon poids, avec toujours la salsa du démon en tête, faudrait pas rêver non plus !

Bref, je me relève et là je remarque qu’il ne bouge plus du tout. Ce qui était logique si on prend en compte qu’il ne respirait plus et que j’avais en face de moi un cadavre. Je vous laisse imaginer mon état d’esprit deux petites minutes : visualisez une montagne russe qui passe de la terreur la plus profonde à l’euphorie bêtasse puis à l’angoisse parce que vous êtes seul dans une chambre d’un bâtiment occupé par les nazis avec le cadavre du leader du Troisième Reich qui devait, je vous le rappelle, faire un discours. Et que vous avez une chanson de m**de dans la tête.

Je vous l’accorde, j’aurais pu réfléchir plus. Mais encore une fois, j’aurais bien aimé vous y voir ! Toujours est-il que dans la panique j’ai balancé le cadavre sous le lit, prit l’uniforme du Führer, coiffé mes cheveux avec une raie sur le côté et fait couler de l’eau avec de la mousse à raser pour faire croire qu’il s’était rasé la moustache.

Et me voilà, seul sur une immense tribune, avec plusieurs milliers de gugusses nazi peu sympathiques en train de me faire coucou, dans un uniforme trop petit pour moi, ma casquette enfoncé sur mon visage, la salsa du démon en tête et maudissant mon choix de prendre espagnol en LV2. Oui, parce que là, je suis sensé leur parler et leur donner un beau discours quand même.

En attendant je lève la main et là plus un bruit. Ils attendent tous et moi je dois dire quelque chose en Allemand sachant que les seuls mots que je connaissent veulent respectivement dire Bonjour et Merde, ce qui fait un discours plutôt réduit. Encore une fois dans ces moments-là, le stress est trop grand. Alors bien sûr j’ai fait une connerie mais honnêtement j’y pensais depuis le début de la journée et… Ouais non j’ai fait une belle connerie.

La foule se taisait, pendue aux lèvres du Führer, attendant ses moindres mots. Celui-ci, étonnement plus grand que d’habitude s’approcha du micro et dans un murmure, comme s’il n’avait pas voulu s’adresser à elle :
« C’est la salsa du démonnnn, la salsa du démon… Oh m**de ! Euh… ScheiBe ? »

 

Alice

PTDR news

« Madame monsieur bonsoir et bienvenue sur PTDR news ! Aujourd’hui dans l’actualité un six-tonnes n’a pas renversé l’autocar qui amenait l’équipe de France pour disputer son match annuel contre l’équipe du Sealand. Le soulagement est évidemment intense. Autre bonne nouvelle, l’accord de paix entre les différents océans marins vient enfin d’être signé. Nous retrouvons tout de suite notre envoyé spécial sur place : Alex Terrieur. Alex est-ce que vous nous recevez ?

– OUI ALAIN JE VOUS REÇOIS TRÈS BIEN MALGRÉ LE BRUIT ! ICI, COMME VOUS LE VOYEZ, C’EST LA LIESSE GÉNÉRALE APRÈS LA SIGNATURE DU TRAITÉ QUI MET FIN À LA TERRIBLE GUERRE D’INTÉRÊT ENTRE L’OCÉAN PACIFIQUE ET L’OCÉAN ATLANTIQUE ! GUERRE QUI A FAIT DE NOMBREUX MORTS PARMI LES OTARIES NOTAMMENT, MAIS ÉGALEMENT PARMI LES POISSONS CLOWNS ! D’AILLEURS PERSONNE N’EST TRÈS SÛR DE LA SUITE DES ÉVÉNEMENTS EN CE QUI CONCERNE LES NOMBREUX RÉFUGIÉS HIPPOCAMPES DANS L’OCÉAN INDIEN, RÉFUGIÉS QUI, RAPPELONS-LE, VIVENT TOUJOURS DANS DES CONDITIONS INSALUBRES MALGRÉ L’AIDE INTERNATIONALE PROMISE ! MAIS POUR L’HEURE LE MONDE ENTIER SEMBLE GLOBALEMENT ÊTRE TOURNÉ VERS L’ESPOIR !

– Merci Alex, nous regardons en ce moment même les images de la signature du traité entre les dauphins et les anémones de mer. Des images fortes qui montrent un réel désir d’amitié commune. A la une également, la fin des Jeux olympiques français où notre équipe nationale a remporté l’intégralité des médailles, faute de participants. Nous retrouvons tout de suite notre envoyée Thérèse Ponsable :

– Oui bonjour Alex ! Je peux vous dire une chose : ici c’est la fête, les nombreux français qui étaient venus soutenir leur équipe laissent éclater leur joie. Ce sont vraiment de belles images dans le tout nouveau stade de l’assemblée nationale, qui a été construit, je vous le rappelle, à la place de l’hémicycle pour les besoins de la compétition. Ici comme vous pouvez le voir c’est sans surprise que les français ont encore gagné l’épreuve des 500 mètres haies administratifs. Pour rappel cette épreuve consiste à courir durant 500 mètres en enjambant des secrétaires ou des files d’attentes, le tout avec son dossier d’assurance-vie en 18 exemplaires.
– Oui Thérèse, sans doute une des épreuves où notre équipe est la plus attendue par nos compatriotes, avec bien sûr la compétition du plus gros mangeur de crêpes bretonnes. Qu’en est-il des pays concurrents ?

– Eh bien Alex, cette épreuve détient le plus haut score de pays inscrits avec la France, le Sealand, le Vatican, le Lichtenstein et la Corée du Nord. On peut dire qu’ils s’attendaient à cette défaite, la France détient le titre de champion du monde depuis maintenant dix ans rappelons-le, mais on ne peut que souligner leur persévérance et leur enthousiasme : c’était du beau sport !
– Merci Thérèse ! Tout de suite notre point bourse avec notre experte en humourologie : Eva Nouissement. Alors Eva, quelles sont les nouvelles ?
– Eh bien Alex, cette journée a été marquée par un coup dur pour les blagues carambars qui ont chuté de 6 points et sont donc définitivement sorties du top 50 des blagues à influences mondiales. Par contre, il faut noter le formidable redressement des blagues du type « ta mère est » et des chuck norris facts qui regagnent respectivement 3 et 2,8 points. Enfin et c’était prévisible en cette période de fête, on constate comme tous les ans une baisse de 4,6 points pour les calembours de type « noyeux joël et bananier ».
– Merci beaucoup Eva ! Chers téléspectateurs nous nous retrouvons juste après la pub pour un point météo ! C’était Alex Terrieur, en direct de PTDR news ! »

 

Alice