Des problèmes d’avoir un jumeau bénéfique

« Vous savez, on parle souvent du concept de jumeau maléfique : ce mec qui vous ressemble vachement et qui passe son temps à faire chier le monde et à commettre des infractions en tout genre, ce qui vous vaut des séjours au commissariat plus ou moins long parce que, évidemment, on vous accuse à sa place. Eh bien laissez-moi vous dire que c’est très gentillet tout ça, comparé à ce qu’un jumeau maléfique peut subir à cause de son propre jumeau.

Pour commencer, monsieur s’est mis en tête d’aider les gens. Si c’était pour pouvoir avoir quelque chose en échange je ne dirais rien, mais non ! Cet hurluberlu a décidé de faire ça par gentillesse, par amour d’autrui ! Non mais je me demande bien où il va chercher toutes ces idées stupides qui puent la licorne arc-en-ciel à la lavande ! Et encore, s’il ne faisait que ça ! Mais il est doué en plus le petit con ! Il réussit à aider absolument tout le monde, et sans jamais rien accepter de qui que ce soit !

Ensuite, il faut savoir qu’il aime les animaux. Vous allez me dire, « mais il a raison, c’est tout mignon les nanimaux choupinoux ! » Alors déjà, non. Un animal, c’est un truc incontrôlable qui laisse des traces partout et qui t’empêche de dormir. C’est une de mes armes de prédilections pour faire chier les gens, et je peux vous assurer qu’une personne qui entend un chat miauler toutes les minutes pendant plus de sept jours devient folle. Après c’est peut-être parce que ladite personne était ligotée dans une cave, mais je ne vais pas m’étendre là-dessus.

Et quand bien même on décide que les animaux sont mignons, allez le dire au propriétaire du zoo du coin dont les cages se sont soudainement vidées parce que Môssieur a décidé qu’ils étaient malheureux enfermés. Qu’on se le dise, c’est l’intention que je trouve abjecte, pas le résultat, je suis même jaloux de ne pas avoir eu l’idée avant lui. Et puis, je me fiche assez de ce pauvre propriétaire éploré. Non, ce qui me dérange, moi, c’est d’avoir une quinzaine de singes, deux demi-douzaines de pingouins, un vivarium rempli de serpents et d’insectes en tout genre, quatre girafes, trois grands fauves et cinq éléphants dans mon appart depuis deux semaines ! Ce serait drôle si je pouvais conduire mon jumeau chez les flics encore une fois, mais même pas ! Figurez-vous que Môssieur s’est fait acclamer par tous les activistes de la cause animale et qu’il a levé des fonds pour les rapatrier dès que possible dans leur habitat d’origine, avec les félicitations du président de la République à la clé ! Quand je vous dis que je suis à bout !

Et encore, je ne vous parle pas de sa gentillesse exécrable, de ses multiples talents et de sa capacité phénoménale à se faire des amis. C’est bien simple, une fois, un mec a laissé tomber ses clés, il les lui a rendues et aujourd’hui le type squatte pour la troisième fois de la semaine le canapé en kirugumi girafe, parce que, je cite « il ne faut pas troubler l’équilibre des bêtes ». Pas un pour rattraper l’autre, franchement ! Cela dit, ne vous inquiétez pas trop, j’ai décidé de répliquer en enfilant ma tenue de chasseur colonial. Et je peux vous assurer que ce sera pas des balles à blanc… »

David finit la lecture du dernier article du blog de son frère jumeau juste avant que l’ordi ne s’éteigne définitivement, les fils bouffés par une des lionnes qui s’était énervée dessus une bonne partie de la journée. Derrière lui, Balthazar, en kirugumi girafe, un bol de céréales à la main et un petit macaque sur l’épaule gauche, regarda tristement l’ordinateur :

« Il fout quoi ton frère ?

-Oh, il doit être en train de rager dans sa chambre…
-N’empêche, tu penses la tenir longtemps ta blague ?
-Encore un peu, c’est assez drôle de faire des crasses finalement, après tout ce qu’il m’a fait subir. Et puis j’aime bien le voir se lever le matin en espérant que les animaux soient partis, rigola-t-il, Moi je m’en fous je dors chez toi.
-C’est qu’il s’améliore notre petit ange gardien ! Et t’as pensé à mon idée ?
-Non, pour la dernière fois Balthazar, on ne va pas mettre le boa constrictor dans son lit ce soir !
-T’es pas drôle…
-Par contre j’ai pas dit que je n’avais pas planqué l’alligator dans la cuvette des chiottes…
-T’es maléfique Victor. Sourit Balthazar. »

 

Alice


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Policiers-voleurs

La commissaire de police Janet Sting raccrocha son téléphone, épuisée. Le reste du commissariat n’en menait d’ailleurs pas plus large. Il faut dire que depuis ce matin-là, ils avaient dû gérer 14 vols à mains armée, 17 meurtres, 3 braquages de banques et une demi-douzaine de voitures brûlées et de bagarres. Les cellules du petit commissariat de Satilo-les-bains, sympathique bourgade paisible, étaient pleines.

Janet se passa la main sur le visage, abasourdie. C’était à n’y rien comprendre. Sa ville d’habitude si tranquille faisait face au plus haut taux de criminalité jamais recensé dans la région, et en moins de trois heures !

Le policier Cécile Marchand, fier représentant de la loi du haut de ses 56 ans, entra en trombe dans le bureau de sa chef :
« Faut envoyer une brigade, c’est le quatrième braquage de banque.
– Mais comment ils font, il n’y a que deux banques à Satilo-les-bains b*rdel !
– Les hommes présents à cause du premier braquage ont dû partir pour aider à séparer une bagarre et à repêcher le corps du bijoutier hors de la rivière chef.
– Mais c’est pas dieu possible, tout le monde est devenu taré ou quoi ?!
– Il semblerait chef. Il y a aussi eu une nouvelle bagarre devant le supermarché, apparemment on en est à trois morts.
– On a combien d’hommes valides ?
– Comme d’habitude, six, et sept si on vous compte.
– Le maire en pense quoi ?
– La mairie n’est pas accessible, elle est bloquée par les stands du grand jeu d’extérieur annuel.
– Ah oui cette conner*e ! Et personne n’a pensé à l’appeler ?
– Pas vraiment…
– M’étonne pas que toute la ville devienne chtarbée avec des policiers pareils… Passez moi le téléphone. »

Janet composa le numéro du maire et attendit sa réponse. Celui-ci ne tarda pas à répondre, complètement affolé. Janet n’aimait pas le maire. Trop jeune, elle le considérait comme un gamin inexpérimenté capable des plus belles conneries. Une fois encore, celui-ci ne la déçut pas.
« Ah Janet, heureusement vous êtes là. Je crois que j’ai vraiment merdé ce coup-ci !
– Oh non, ne vous inquiétez pas trop, après tout seule la moitié de la ville a rendue l’âme pour l’instant, pas de quoi s’alarmer…
– Oh Janet vous me rassurez ! Un instant j’ai eu peur que…
– Mais évidemment que vous avez merdé triple buse ! Mais qu’est-ce que vous avez fait bon sang ?! Je sais bien que vous êtes une référence nationale en matière de connerie, mais là vous avez battu tant de records que je ne comprends même pas comment vous avez réussi votre affaire !
– C’est… c’est à cause du grand jeu d’extérieur.
– Si vous m’annoncez que vous avez rendu tout le monde chtarbé en organisant un cache-cache, je vous préviens que je vais avoir beaucoup de mal à vous prendre au sérieux.
– En fait, c’était plus un policiers-voleurs.
– Et ?
– Je me suis un peu gouré dans les papiers à distribuer aux gens et dans les règles, enfin je crois. Pour tout vous dire je n’ai jamais vraiment joué à ce jeu, et je me suis dit que les 7 policiers municipaux suffiraient à contenir tout le monde…
– Vous leur avez dit quoi à ces c*ns b*rdel de m*rde ?!
– Qu’ils étaient tous des voleurs et que celui qui ferrait le plus grand crime gagnerait le prix de la foire. »

Janet resta muette devant la connerie profonde du maire. Celui-ci finit par demander, hésitant :
« C’est quoi les vraies règles, du coup ? »

Alice

Une fois, et c’est fini

Au moment d’ouvrir la porte, Milo repensa aux paroles de la vieille. Ses mots simples et remplis d’amertume l’avaient marqué au fer rouge tant elles lui semblaient vraies. S’il avait pu être à n’importe quel autre endroit ! Il aurait préféré un volcan en éruption.

Il frappa la porte de son poing, dans un instant de rage. Il n’avait jamais été courageux, d’aussi loin qu’il s’en souvienne. Mais il n’aurait jamais cru manquer un jour de courage pour ça. Le visage de la vieille réapparu dans son esprit. Un visage sale, battu par les années, et triste, immensément triste.

« Je l’ai prise il y a longtemps petit et si je pouvais je retournerais dans le passé pour me couper les mains avant que je prenne cette foutue pilule. » lui avait-elle dit.
Elle avait raison quelque part. Mais que faire ? Il l’avait déjà prise, et elle aussi. Il se souvenait des mots inscrits dans la pierre, devant la pilule, au moment de la prendre pour la première fois : « Une fois, et c’est fini. » Il était trop jeune à l’époque, trop fatigué par la vie pour réfléchir un peu. Il avait cru à un poison. Il sourit en y repensant. Bon dieu ce qu’il avait été con ! Comme si un poison pouvait finir quoi que ce soit. Il avait bien eu le temps de comprendre que la vraie souffrance était loin d’être la mort.

Non, la pilule était bien pire qu’un poison. C’était une drogue. La plus vicieuse des drogues. Une fois, et c’était fini. Tu revenais fatalement vers elle, tous les vingt ans. Impossible d’y échapper. La vieille s’était un jour attachée à une chaise et balancée dans l’océan pour ne pas avoir à la prendre. Elle avait été repêchée par hasard dans un filet de pêche, à quelques mètres des côtes, prêt du lieu où se cachait la pilule.

Milo soupira. Ce n’était même pas la peine d’essayer de lui échapper. La pilule trouverait un moyen de te faire venir à elle, quoi que tu fasses.
Il ouvrit la porte. Dans la salle sombre, elle était posée sur un piédestal, renouvelée comme à chaque fois sans qu’il ne sache pourquoi, luisante dans la pénombre. Sur le mur derrière elle, il pouvait lire l’inscription fatidique : « Une fois, et c’est fini. »

Il pesta contre lui-même. Des mots simples pourtant, et qu’il n’avait pas su comprendre. « Tout ce que je voulais, c’était mourir… » murmura-t-il en regardant douloureusement la responsable de ses malheurs.
« Pourquoi ? » sembla dire celle-ci avant de luire de plus en plus intensément. Il aurait aimé la détruire ou s’enfuir, mais ça lui était impossible. Un bruit strident s’intensifia dans ses oreilles, si fort qu’il tomba à terre en hurlant, les mains plaquées sur ses tempes, espérant le diminuer. C’était impossible et il le savait. Il était inutile de lutter contre elle. Elle le tentait, implacable, se dressant devant lui du haut de sa splendeur, irrésistible objet d’un désir qu’il aurait aimé ne pas avoir.

Pourtant, il était bel et bien là. Il ne pouvait nier les tremblements de son corps, le délice qui le parcourrait à l’idée de la prendre, oubliant presque tout le dégoût et le désespoir qu’il avait éprouvés pendant vingt ans, et qu’il allait éprouver pour vingt ans de plus. A cet instant précis, le désir, l’envie l’inondaient et il voulait la prendre. Malgré tout, il désirait ardemment cette pilule. Il se releva et se jeta sur elle avant de l’avaler goulûment. Une chaleur envahit son corps et pendant quelques secondes, il s’allongea, ivre de bonheur, tandis que les sifflements s’arrêtaient.

Le désir partit également, laissant Milo devant le fait accompli, désespéré. Elle était décidément trop forte, il ne pouvait pas lutter. Il était reparti pour vingt ans et plus encore. Ca ne s’arrêterait jamais, comme une peine qu’il ne pouvait pas purger dans un purgatoire terrestre.
Comme disait la vieille, il aurait préféré se couper les mains plutôt que de rester une seule seconde de plus immortel.

Alice

Comment répondre à un SMS

« Coucou ma chérie, c’est tata Yvette ! Tout va bien pour la petite famille ? » Ca nous arrive à tous de devoir répondre à des SMS auxquels on a pas envie de répondre. Genre vraiment pas. Surtout quand le destinataire sait pertinemment que non, tout ne va pas bien pour la petite famille en question. Sérieusement, est-ce qu’elle aimerait que je lui rappelle que son chat a fait une attaque mardi dernier ? Non ! Alors qu’elle arrête de nous faire chier avec ça, surtout qu’on a plus important à gérer !

« Bon, tu lui réponds oui ou m*rde ? hurle Youssef, mon frère jumeau, en tentant de colmater une brèche.
– Oui bah ça va, deux minutes, j’aimerai t’y voir ! »
C’est vrai quoi, c’est pas si simple !
« Non mais c’est pas vrai ! Que celui qui lui a rendu son microphone se dénonce pour que je lui pète la gueule ! vocifère-t-il.
– C’est pas ma faute, crie Boris en essayant de se raccrocher aux barres métalliques de la machine, elle a dit que ce serait gentil de faire ça ! »

Oui, j’ai oublié de vous dire, on est en train de remonter le temps et vous, chers auditeurs, êtes en direct ! Enfin presque, mais vous m’avez comprise. C’est Mw, le pote alien de mon frère qui nous a invité à l’inauguration. C’est d’ailleurs pour ça que je suis passablement énervée qu’on me dérange dans ces moments-là : une machine temporelle en perdition c’est déjà assez compliqué à gérer, je vais pas en plus y rajouter une discussion plan-plan avec tata Yvette !

« Leïla si tu pouvais juste fermer ta gueule et écrire ce p*tain de SMS, ce serait parfait ! grommelle Vivi en pianotant à toute vitesse sur le clavier de la machine, Non mais elle se fout de ma gueule en plus ?! »
Arrêter de parler ? Et puis quoi encore ? Comment vous, chers auditeurs, pourriez-vous être au courant si je m’arrêtais de parler ? C’est impensable !
« Sérieusement, qui en a quelque chose à fo*tre d’une famille comme la notre ?
– Alors, excuse-moi, mais je trouve que notre famille est particulièrement apte à être étudié comme phénomène exceptionnel.
– C’est pas parce qu’on est en train de remonter le temps avec un alien et une potentielle demi-déesse qu’on est exceptionnel ! hurle Charlotte, en agrippant Paula, probable demi-déesse ancestrale et accessoirement petite amie de ma sœur. »

Avec tout ça, je n’ai toujours pas écrit ce texto. Je ne sais si vous avez remarqué, mais j’essaie d’adopter un langage plus soutenu, histoire de mieux me faire comprendre par notre tata. On ne peut pas en dire autant de certains ! Bref, je commence :

« Cher tata, ici tout se passe très bien. Il fait beau et nous sommes en train de faire une charmante sortie familiale !
– Mais ta g*eule avec ton truc, on est en train de crever m*rde !
– Ne vous inquiétez pas tout le monde, on va s’en sortir ! répond Mw.
– Y a intérêt, renchérit sa coéquipière, en tapotant sur son clavier à toute vitesse, On a promis à Papi qu’on était de retour pour le gouter !
– Pour la dernière fois Vivi, c’est une machine à remonter le temps, on peut arriver trois heures avant le gouter si ça te fait plaisir !
– Au train où la machine se décompose on ne va pas arriver du tout !
– Malgré quelques petits différents familiaux, l’ambiance est au beau fixe et notre routine n’est pas trop changeante ces derniers temps. Le petit train-train quotidien quoi ! »

Franchement, je m’en sors super bien !
« Leïla encore un mot et je te balance par la fenêtre de la machine, c’est compris ?
– Ah parce que maintenant on est plus libre dans ce pays ? Et la liberté d’expression dans tout ça ?
– Alors je ne veux pas faire ma chieuse mais techniquement on vient d’entrer dans le XIVème siècle alors la liberté d’expression c’est pas trop ça ! rappelle cette lâcheuse de Charlotte.
– Je peux la balancer du coup ?
– C’est pas très gentil…
– Tu vois ? Faut écouter Boris ! »

J’aime bien mon petit frère. Il est un peu gaffeur sur les bords, certes, mais qui ne l’est pas ? Et puis lui, au moins, il a le mérite de me rendre mon microphone quand je le lui demande, alors je lui pardonne ses quelques maladresses. Là il vient de s’asseoir sur le bouton rouge avec marqué « danger », mais ça doit pas être trop grave !
« Est-ce que je rêve ou il vient d’enclencher l’autodestruction du bidule ?
– Est-ce que je rêve ou t’as été assez c*n pour créer un bouton qui autodétruit ta machine ? hurle Youssef.
– Eh on se calme ! Je suis une race extraterrestre millénaire, je n’ai jamais dit que j’étais intelligent !
– Ouais bah je vois ça !
– Donc là en gros on va mourir ? panique Paula.
– Non, non, t’inquiète, j’ai prévu le bouton reset pour nous ramener au point de départ…
– Ah bah super fais ça !
– Pourquoi on ne l’a pas utilisé avant au juste ? soupire Charlotte.
– Si on brillait par notre intelligence, ma chère Charlotte, ça se saurait !
– Mais attendez on était sur le point d’aller dire bonjour aux Mayas !!! geint Mw.
– Oui bah ils ne vont pas bouger les Mayas, on retentera une autre fois !
– J’espère que tu nous rendras visite bientôt. Nous avons eu quelques récentes expériences de voyage mais nous n’avons malheureusement pas pu aller très loin. On va dire que ce sera pour une prochaine fois ! Gros bisous tata !
-Ta g*eule ! »

 

Alice

Comment survivre à une invasion extraterrestre

On s’est souvent dit que ça devait être galère de faire partie de la famille d’une personne qui vit des aventures de malade. C’est vrai quoi, on pense pas assez à la vie de tous les jours de la famille de James Bond, à celle des super-héros, d’un hacker de génie ou encore du meilleur pote qui accompagne l’héritière du trône d’une cité antique. Maintenant, imaginez un peu ce que ce serait s’ils vivaient tous ensemble. Imaginez, deux secondes, Kick Ass, l’héritière du trône d’une cité antique, un savant fou alien, une hackeuse de génie, un mec qui se fait enlever par les aliens et charlie chaplin dans la même maison. Vous avez un résumé de ma famille. Ou plutôt, de mes frères et sœurs et de leur potes qui squattent chez nous. Et au milieu de tout ça, il y a mon grand-père, flic à la retraite et poète de son état, qui essaie tant bien que mal d’élever la bande de bras cassés qui lui sert de petits-enfants tandis que ces derniers lui cachent de moins en moins bien leur secret (très très drôle à regarder d’ailleurs).

Avec tout ça, vous allez me dire, comment ça se fait que la maison n’ait pas déjà explosé. Je vous répondrais encore une fois que j’aimerais bien vous répondre mais qu’il faudrait arrêter de m’interrompre b*rdel de m*rde et …
« Mais p*tain Leïla, Qu’est-ce que tu fous ?! s’écrie Youssef, mon frère jumeau, en m’arrachant mon dictaphone des mains.
– J’explique la situation aux gens qui nous regardent !
– Maintenant ?! »
Ouais bon, je l’avoue, c’est peut-être pas le meilleur moment, mais je crois à la magie de l’instant présent et du direct voyez-vous. Aussi, quand la soucoupe volante des ennemis ultimes de Mw (prononcez Mew), le pote alien de Youssef, est apparue sur notre toit, j’ai évidemment décidé de sortir mon dictaphone et…

« Mais lâche ce p*tain de truc m*rde, on va se faire tuer je te signale !
– Oui bon c’est bon, Mw peut pas régler ça ?
– Il essaie figure toi mais va falloir faire vite, y a papi qui dort dans le salon, faut pas le réveiller.
– C’est bon il est complètement sourd, le problème ça va être les petites.
– Vivi s’en occupe ! »

Vivi, c’est notre petite sœur, une hackeuse de renom et mère poule dans son temps libre. Les petites, c’est les dernières arrivées de notre tribu, encore trop jeune pour avoir fait des conneries, mais ça va venir, vous inquiétez pas. Si on les appelle les petites c’est parce que leurs vrais noms c’est Zéphyrine, Pétronille et Elfride, donc c’est vachement plus simple et…
« C’est bon, t’as pas besoin de rappeler toute l’histoire familiale maintenant p*tain, viens plutôt m’aider à barricader la cheminée !
– C’est bon j’arrive !
– Les gars, c’est une catastrophe ! Hurle Charlotte, ma seconde petite sœur qui me cache depuis des mois qu’elle enfile un costume de super-héros pour aller protéger la ville et ses habitants du haut de son mètre 55, et qui vient d’entrer dans la pièce avec Paula, sa copine du moment et accessoirement héritière d’une cité antique.
– Euh, elle raconte quoi là ? demande cette dernière.
– Rien, laisse tomber elle est taré, elle est persuadée que y a des gens qui l’écoute et qu’elle parle pas dans le vide quand elle fait ça.
– Je parle pas dans le vide, je parle à mon dictaphone ! »

C’est vrai quoi…
« De toute manière on pourra plus parler longtemps s’ils réussissent à entrer… Est-ce que quelqu’un pourra me dire ce qu’il y a de si catastrophique bordel ? s’énerve mon frère.
– Ils ont toqué à la porte, Boris a trouvé ça poli et il a ouvert. »
Silence de mort dans la pièce.
« Ta gueule ! Font-ils tous d’une même voix. »
Boris, c’est mon plus petit frère, mais surnommez-le Lagaffe. Je crois pas avoir besoin de vous expliquer pourquoi. En attendant il vient d’entrer en trombe dans la pièce suivi de Mw, le pote alien de Youssef, et de Vivi, un bébé dans chaque bras (Mw a le troisième).

« P*tain mais elle parle encore elle ?! grommelle Mw. »
Va vraiment falloir qu’il m’explique leur problème avec mon dictaphone.
« Et papi il est où ? s’écrit Charlotte.
– Pas eu le temps de le prendre au passage !
– Bon pas grave, tranche Youssef, Aidez-nous à barricader.
– Mais b*rdel on va pas laisser Papi se faire bouffer par des aliens ! s’étrangle Charlotte.
– Pour ta gouverne Cha, rappelle Mw, les Oots sont un peuple végétarien.
– J’en ai rien à f*utre je veux pas qu’ils fassent de mal à mon grand-père, ça va être beaucoup trop compliqué de lui expliquer ! Donc ils vont remonter dans leur vaisseau et fissa ! »

Sur ce, elle ouvre la porte et se rue dans le couloir. Paula la suit (évidemment). Youssef soupire, comprend qu’il n’a pas le choix et fonce derrière elles, suivit de Mw et de moi-même. Vivi rattrape de justesse Boris et lui colle un bébé dans chaque bras pour le forcer à rester tranquille.
Quand j’arrive, c’est le carnage. Cha, faut pas la faire chier ! Youssef et Mw non plus d’ailleurs. Les Oots sont donc en train de repartir. Vous allez me dire, j’ai l’air calme. En même temps, ça arrive pratiquement tous les jours en ce moment, à se demander comment papi fait pour pas s’en rendre compte ! Moi, du coup, je consigne tout, je sais bien qu’il y a des gens qui m’entendent et…

« Et je confisque ce dictaphone jusqu’à nouvel ordre… hurle Youssef avant de le prendre de mes mains et de couper l’enregistreme… »

Alice

Des inconvénients de tuer Hitler

Est-ce que vous avez déjà fait une connerie ? Attention, j’ai pas dit une petite connerie, qu’on soit bien d’accord. Si ce que vous avez fait de pire c’est de lâcher malencontreusement votre pot de rhododendrons par la fenêtre de votre appartement du 7ème étage et tuer votre grand-mère et un pigeon au passage, autant vous dire que vous pouvez passer votre chemin : vous êtes un petit joueur ! Bref, ce coup-ci, j’ai vraiment fait fort et je pense que je préférerais de loin être nu au cœur d’un volcan en éruption avec deux alligators affamés plutôt que dans ma situation actuelle.

Je sais ce que vous allez me dire : j’exagère, c’est pour me la raconter, c’est pas si terrible en fait… Eh bien si vous pensez réellement qu’être sur la tribune d’un meeting d’un parti nazi Allemand en 1939 parce que vous avez malencontreusement tué Hitler et que vous avez pas eu le temps de réagir avant de décider sur un coup de tête de le remplacer n’est « pas si terrible », je serais ravi de vous laisser ma place !

Quoi ? Comment ça c’est impossible ? Vous me traitez de menteur ? J’imagine qu’il va falloir tout vous raconter pour que vous me croyiez…
Pour tout vous dire, la journée avait vraiment mal commencé : je m’étais levé en retard et avec la salsa du démon dans la tête. Ne niez pas, ça nous est tous arrivé. Après avoir sauté le petit déjeuner, j’arrive donc en retard à mon boulot et me fait engueuler par mon patron, à savoir Jean-Eudes Philomène, antiquaire de son état. Sur ce celui-ci quitte le magasin pour aller livrer une commande très importante, et me laisse surveiller la boutique comme d’habitude. A ce moment là, je le rappelle, j’ai mal à la tête, j’ai faim, je suis pas réveillé et j’ai cette p*tain de chanson dans la tête. Autant vous dire que je suis légèrement irascible.

Sur ces entrefaites, mon boss m’appelle, totalement paniqué :
« Vincent ! C’est une catastrophe ! »
Là, je sens venir l’embrouille. Faut dire aussi que la dernière fois qu’il m’a dit ça, la statue de crocodile a prit vie et a bouffé la fille de six ans de m. Delhorme, notre plus fidèle client.
« Qu’est-ce qui se passe ?
– J’ai confondu l’objet que je devais prendre avec un banal stylo plume, il faut que je revienne tout de suite le chercher !
– Si c’est que ça m’sieur Philomène je vous l’amène votre stylo et…
– Non ! Surtout pas ! Ne touche à rien avant que j’arrive ! »

Et il raccroche. Vous me direz : mais b*rdel pourquoi t’as touché à ce stylo d*con ?! Et quelque part vous avez raison, mais pour vous montrer mon état d’esprit, je vous suggère de lire ce récit en écoutant la salsa du démon et de me faire savoir par la suite si vous ne l’auriez pas utilisé sur un coup de tête pour noter la commande de l’uniforme d’Adolf Hitler par une cliente, vous, le stylo à plume démoniaque qui fait remonter le temps.

En fait, il ne remonte pas vraiment le temps. Pour tout vous dire, il déforme plus la réalité qu’autre chose. Sur le coup, j’ai donc écrit avec ce stylo (mi par bravade, mi par stupidité je vous l’accorde) et je me suis figuré dans ma tête un meeting du parti nazi comme on en voit des photos dans les livres d’histoire. Et là, ça a merdé.

Comment, me direz-vous encore ? Eh bien je suis tombé, j’ai entendu un bruit sourd, un râle de douleur et je me suis retrouvé dans la chambre d’Adolf Hitler, chancelier allemand de son état, et plus précisément sur le dos de celui-ci, totalement écrasé par mon poids, avec toujours la salsa du démon en tête, faudrait pas rêver non plus !

Bref, je me relève et là je remarque qu’il ne bouge plus du tout. Ce qui était logique si on prend en compte qu’il ne respirait plus et que j’avais en face de moi un cadavre. Je vous laisse imaginer mon état d’esprit deux petites minutes : visualisez une montagne russe qui passe de la terreur la plus profonde à l’euphorie bêtasse puis à l’angoisse parce que vous êtes seul dans une chambre d’un bâtiment occupé par les nazis avec le cadavre du leader du Troisième Reich qui devait, je vous le rappelle, faire un discours. Et que vous avez une chanson de m**de dans la tête.

Je vous l’accorde, j’aurais pu réfléchir plus. Mais encore une fois, j’aurais bien aimé vous y voir ! Toujours est-il que dans la panique j’ai balancé le cadavre sous le lit, prit l’uniforme du Führer, coiffé mes cheveux avec une raie sur le côté et fait couler de l’eau avec de la mousse à raser pour faire croire qu’il s’était rasé la moustache.

Et me voilà, seul sur une immense tribune, avec plusieurs milliers de gugusses nazi peu sympathiques en train de me faire coucou, dans un uniforme trop petit pour moi, ma casquette enfoncé sur mon visage, la salsa du démon en tête et maudissant mon choix de prendre espagnol en LV2. Oui, parce que là, je suis sensé leur parler et leur donner un beau discours quand même.

En attendant je lève la main et là plus un bruit. Ils attendent tous et moi je dois dire quelque chose en Allemand sachant que les seuls mots que je connaissent veulent respectivement dire Bonjour et Merde, ce qui fait un discours plutôt réduit. Encore une fois dans ces moments-là, le stress est trop grand. Alors bien sûr j’ai fait une connerie mais honnêtement j’y pensais depuis le début de la journée et… Ouais non j’ai fait une belle connerie.

La foule se taisait, pendue aux lèvres du Führer, attendant ses moindres mots. Celui-ci, étonnement plus grand que d’habitude s’approcha du micro et dans un murmure, comme s’il n’avait pas voulu s’adresser à elle :
« C’est la salsa du démonnnn, la salsa du démon… Oh m**de ! Euh… ScheiBe ? »

 

Alice

PTDR news

« Madame monsieur bonsoir et bienvenue sur PTDR news ! Aujourd’hui dans l’actualité un six-tonnes n’a pas renversé l’autocar qui amenait l’équipe de France pour disputer son match annuel contre l’équipe du Sealand. Le soulagement est évidemment intense. Autre bonne nouvelle, l’accord de paix entre les différents océans marins vient enfin d’être signé. Nous retrouvons tout de suite notre envoyé spécial sur place : Alex Terrieur. Alex est-ce que vous nous recevez ?

– OUI ALAIN JE VOUS REÇOIS TRÈS BIEN MALGRÉ LE BRUIT ! ICI, COMME VOUS LE VOYEZ, C’EST LA LIESSE GÉNÉRALE APRÈS LA SIGNATURE DU TRAITÉ QUI MET FIN À LA TERRIBLE GUERRE D’INTÉRÊT ENTRE L’OCÉAN PACIFIQUE ET L’OCÉAN ATLANTIQUE ! GUERRE QUI A FAIT DE NOMBREUX MORTS PARMI LES OTARIES NOTAMMENT, MAIS ÉGALEMENT PARMI LES POISSONS CLOWNS ! D’AILLEURS PERSONNE N’EST TRÈS SÛR DE LA SUITE DES ÉVÉNEMENTS EN CE QUI CONCERNE LES NOMBREUX RÉFUGIÉS HIPPOCAMPES DANS L’OCÉAN INDIEN, RÉFUGIÉS QUI, RAPPELONS-LE, VIVENT TOUJOURS DANS DES CONDITIONS INSALUBRES MALGRÉ L’AIDE INTERNATIONALE PROMISE ! MAIS POUR L’HEURE LE MONDE ENTIER SEMBLE GLOBALEMENT ÊTRE TOURNÉ VERS L’ESPOIR !

– Merci Alex, nous regardons en ce moment même les images de la signature du traité entre les dauphins et les anémones de mer. Des images fortes qui montrent un réel désir d’amitié commune. A la une également, la fin des Jeux olympiques français où notre équipe nationale a remporté l’intégralité des médailles, faute de participants. Nous retrouvons tout de suite notre envoyée Thérèse Ponsable :

– Oui bonjour Alex ! Je peux vous dire une chose : ici c’est la fête, les nombreux français qui étaient venus soutenir leur équipe laissent éclater leur joie. Ce sont vraiment de belles images dans le tout nouveau stade de l’assemblée nationale, qui a été construit, je vous le rappelle, à la place de l’hémicycle pour les besoins de la compétition. Ici comme vous pouvez le voir c’est sans surprise que les français ont encore gagné l’épreuve des 500 mètres haies administratifs. Pour rappel cette épreuve consiste à courir durant 500 mètres en enjambant des secrétaires ou des files d’attentes, le tout avec son dossier d’assurance-vie en 18 exemplaires.
– Oui Thérèse, sans doute une des épreuves où notre équipe est la plus attendue par nos compatriotes, avec bien sûr la compétition du plus gros mangeur de crêpes bretonnes. Qu’en est-il des pays concurrents ?

– Eh bien Alex, cette épreuve détient le plus haut score de pays inscrits avec la France, le Sealand, le Vatican, le Lichtenstein et la Corée du Nord. On peut dire qu’ils s’attendaient à cette défaite, la France détient le titre de champion du monde depuis maintenant dix ans rappelons-le, mais on ne peut que souligner leur persévérance et leur enthousiasme : c’était du beau sport !
– Merci Thérèse ! Tout de suite notre point bourse avec notre experte en humourologie : Eva Nouissement. Alors Eva, quelles sont les nouvelles ?
– Eh bien Alex, cette journée a été marquée par un coup dur pour les blagues carambars qui ont chuté de 6 points et sont donc définitivement sorties du top 50 des blagues à influences mondiales. Par contre, il faut noter le formidable redressement des blagues du type « ta mère est » et des chuck norris facts qui regagnent respectivement 3 et 2,8 points. Enfin et c’était prévisible en cette période de fête, on constate comme tous les ans une baisse de 4,6 points pour les calembours de type « noyeux joël et bananier ».
– Merci beaucoup Eva ! Chers téléspectateurs nous nous retrouvons juste après la pub pour un point météo ! C’était Alex Terrieur, en direct de PTDR news ! »

 

Alice

SAV de La Mort bonjour !

« Service après-vente de La Mort bonjour, que puis-je pour vous ? demanda Vincent sur un ton monocorde.
-Bonjour monsieur, pour tout vous dire, c’est pour une réclamation…
-Vous savez c’est rarement pour me dire qu’il fait beau aujourd’hui. Cela dit vu que le temps n’existe pas ici ce serait un peu bête… Bref cette réclamation, c’est pourquoi ?
-Eh bien voilà, il se trouve que je ne suis pas satisfait par mon… hem… état actuel si je puis dire…
-C’est-à-dire ?
-Eh bien je pense que la date qui m’a été attribuée devrait être revue !
-Je vais voir ça… Vous vous appelez comment ?
-Napoléon Bonaparte.
-Oh non monsieur Bonaparte, c’est la troisième fois que je vous le répète, maintenant c’est fini ! Vous ne pouvez pas changer comme bon vous semble la date de votre mort comme ça enfin !
-Mais c’est injuste ! Les français ont besoin de moi !
-Je vous assure, les français s’en sortent très bien sans vous. Et même, vous imaginez si vous reveniez après 200 ans sans prévenir ? Ce serait un bordel sans nom ! Non vraiment, c’est impossible n’insistez pas !

-Mais monsieur…
-J’ai dit non ! Maintenant si vous voulez bien m’excuser, j’ai un autre appel. Oui allo ? Service après-vente de La Mort, bonjour ? Que puis-je faire pour vous ?
-Eh bien voilà : je m’appelle Edmund Ravoli. J’ai été mis au courant comme prévu de la date de ma mort qui aura lieu demain et je me demandais : j’ai vu que je me faisais transpercer par un sabre.
-Attendez voir, oui c’est exact.
-Le problème c’est que j’ai très peur du sang, alors je me demandais si on ne pourrait pas un peu adapter ça ?
-Euh… Si vous voulez, mais il faut que ça reste logique…
-Oh ce n’est pas un problème, je suis scénariste amateur ! Nous sommes donc bien d’accord que ma fiancée doit prendre le sabre qui appartenait à ma grand-mère et me transpercer avec lors d’une violente scène d’altercation ?
-En effet.

-Bien donc : tout d’abord ma fiancée se fait enlever par des aliens, puis ayant réussi à s’échapper, elle leur subtilise un désintégrateur de molécules. Elle rentre chez elle et fait trop cuire les pâtes, ce qui crée un incendie. Moi, fier héro de cette histoire, j’arrive et je la sauve des flammes. Mais il y a un mais ! En effet, me rendant compte qu’elle a fait trop cuire les pâtes, je démarre une violente scène de ménage et je lui lance une partie du mobilier, qui est évidemment en feu. Elle réplique alors avec le désintégrateur et je meurs donc sans voir la moindre goutte de sang ! Cela dit j’ai un peu peur des échardes à cause des meubles en bois donc il me faudrait le temps de racheter une série de meubles en métal mais après ça brûlerait moins bien et…
-Ok, alors apparemment c’est la journée des cons donc vous allez éteindre votre téléphone, rentrer chez vous, faire vous-même vos pâtes et attendre que votre copine vous transperce avec le sabre de votre grand-mère, point final !
-Mais enfin monsieur, puisque je vous dis que…
-Ce n’est pas négociable. De toute façon on n’aurait jamais dû commencer à donner aux gens la date de leur mort un jour avant, ça ne fait que surcharger de boulot mon service !
-Je suis désolé pour ce qui est des conditions de travail chez vous mais réellement je ne supporte pas le sang et…
-Oh mais vous allez la fermer et… »
Un gigantesque bruit retentit et le bureau dans lequel se trouvait Vincent explosa.

« Qu’est-ce qui s’est passé ici? demanda Sandra, sa collègue, en revenant de sa pause.

-Pas grand chose, le fan club d’Elvis qui a encore fait des siennes… grommela Vincent.
-Faudra quand même leur expliquer un jour qu’on ne peut pas techniquement mourir… »

Alice

Mammouths en colère !

 

 

« Bon, on va démarrer, tout le monde est prêt ? demanda le metteur en scène, Pierrick.
– Je crois qu’il manque les mammouths… murmura Jean-François, son assistant.
– Putain mais c’est pas vrai !
– C’est bon, t’énerve pas, ils vont arriver…
– Ne pas m’énerver ? Les mammouths ne sont pas là alors qu’on est sur le point de démarrer l’ère glaciaire et leur extinction et tu me demandes de ne pas m’énerver ?!
– Non mais je veux dire, au pire, on a qu’à passer cette phase, c’est pas trop grave…
– Ok, alors je vais tout récapituler, histoire de bien mesurer à quel point cette idée est stupide : tu me suggères de simplement passer plusieurs milliers d’années et un événement marquant pour cette planète comme ça, sans rien dire ?
– Honnêtement, je ne vois pas d’autres solutions… Après il va encore falloir faire les grands mammifères et l’arrivée de l’humanité dans le schmilblick, alors autant pas perdre de temps avec une seule espèce, surtout vu notre retard…
– Mais c’est pas une seule espèce comme les autres bordel ! C’est les mammouths. Les plus gros habitants terrestres après les dinosaures. C’est pas rien leur extinction. Ca va pouvoir alimenter des tonnes d’histoires pour les autres espèces, développer leur imagination, leur sens de la recherche quand ils trouveront des ossements, on ne peut tout simplement pas laisser passer ça !
– On va devoir trouver une solution rapidement alors parce qu’on démarre la suite dans dix minutes… »
La jeune stagiaire débarqua sur ces entrefaites dans la conversation, l’air encore plus paniqué que le metteur en scène.

« Chef, Chef !
– C’est qui encore celle-là ? grommela-t-il en la regardant.
– C’est la stagiaire.
– Non mais c’est pas vrai, mais qu’est ce que j’en ai à foutre de la stagiaire, demandez lui de faire du café pour l’occuper et laissez moi tranquille à moins que vous n’ayez trouvé ces fichus mammouths !
– Justement chef ! s’écria-t-elle.
– Quoi ? La machine à café est en panne ?
– Aussi, mais c’est pas le problème. Les mammouths se sont barricadés dans leur loge en prenant en otage les hommes de Neandertal et refusent de les libérer si on n’accepte pas leurs conditions !
– Putain mais c’est quoi ça encore ?
– Je sais pas mais on a huit minutes pour trouver une solution… soupira l’assistant. »

Ils se retrouvèrent donc en face de la loge des mammouths, barricadée avec les bouts de météorites qui avaient servi au final de l’extinction des dinosaures, le soir d’avant. A l’intérieur, on pouvait entendre les cris de terreur des hommes de Neandertal, ainsi que de grosses voix hurlant « Le réal t’es foutu, les mammouths sont dans la rue !! » à tue-tête.
« On leur dit quand que la loge c’est pas vraiment la rue ?

– Honnêtement c’est pas le moment de faire de l’humour Jean-François… C’est bon ! Il est là le réal ! Qu’est-ce que vous lui voulez ?
– On va vous envoyer notre porte-parole !
– D’accord mais ce serait vraiment bien s’il pouvait parler en moins de cinq minutes, parce que là on n’a pas le temps et…
– Mais ta gueule Jean-François, ta gueule…
– Chef, je crois que le porte-parole attend ! rappela la stagiaire.
– Oui, ce serait sympathique de m’écouter…
– Bon. Qu’est-ce qui ne va pas au juste ?
– Ce qu’il y a c’est que nous refusons catégoriquement de nous éteindre !
– Non mais vous déconnez là ? s’écria Pierrick, abasourdi.
– Absolument pas, et tant qu’on n’aura pas changé le script, non seulement nous ne reviendrons pas sur le plateau, mais en plus nous ne libérerons pas les hommes de Neandertal pour qu’ils puissent jouer leur rôle !

– Non mais c’est pas vrai, mais c’est du délire ça ! Depuis quand on discute de son extinction au juste ?! Vous allez revenir sur le plateau et fissa !
– Jamais ! Soit on rediscute le script et vous nous donnez notre place dans le reste de l’histoire de la vie, soit c’est la grève générale !
– Mais je ne peux pas faire ça ! C’est déjà écrit, vous êtes censés vous éteindre et laisser votre place à d’autres animaux ! Même moi je ne peux pas changer le script !
– Dites, il nous reste deux minutes là…
– Mais ta gueule Jean-François !
– Chef ?
– Quoi encore ?
– J’ai peut-être une solution… »
Jean-François regardait les acteurs jouer leur rôle sur le grand théâtre de la vie, satisfait. Encore une fois, une catastrophe avait été évitée. Sur la scène, les hommes, maintenant bien plus évolués, venaient de faire une découverte fondamentale. Il se tourna vers la jeune stagiaire, désormais officiellement assistante :
« C’était quand même une bonne idée !
– Oh, on venait juste de livrer le nouveau frigo, j’y ai pensé comme ça.
– Tout de même… sourit-il, en regardant les scientifiques s’émerveiller devant le mammouth congelé qu’ils venaient de déterrer.

 

Alice

On a trouvé une solution RADICALE contre l’ennui !

« Bon. Qu’est-ce que je fais là ? »
Cette question, on se la pose souvent, généralement quand on s’ennuie. Moi, par exemple, j’étais bien en train de me la poser en plein milieu de ce repas de famille, alors que les autres membres discutaient activement de l’élevage des saumons en Norvège. Vous savez, c’est typiquement ce genre de moment chiantissime, où tu voudrais découvrir le secret de la téléportation et être n’importe où plutôt qu’à cet endroit-là.

Eh bien je le clame haut et fort, moi, Victor Trouvier, à cet instant précis, j’aurais définitivement préféré être resté à discuter poissons avec les divers membres de ma famille, plutôt que d’être là où je me trouve. Il faut dire que le « là » en question est pour l’heure indéterminé. Alors bien sûr, je pourrais essayer de m’aider des divers éléments de la pièce pour trouver ma réponse. Mais allez comprendre l’endroit où vous vous trouvez quand le lit a un design épuré, le fauteuil à côté est du plus pur style louis XV, la table basse est une sorte de vieille planche de bois et l’étagère croule sous des papyrus. Et évidemment, il n’y a aucune fenêtre et encore moins de portes, ce serait trop simple.

D’où le fait que j’ai progressivement abandonné l’idée de savoir où j’étais pour me concentrer sur cette deuxième question : qu’est-ce que je fous là, dans cette pièce débile, au lieu de manger du saumon ? Le fait est que je n’ai pas la réponse. Je tuais pourtant tranquillement le temps avant de pouvoir quitter la table. Depuis, plus aucun souvenir avant de me réveiller dans cette chambre, avec une furieuse envie de repas de famille chiant et de saumon.

Un long cri retentit et une jeune fille de quatorze ans environ s’étale sur le lit. Dans ce genre de moment, mon cerveau réagit de manière bizarre. Là, je suis passé de la joie de voir quelqu’un d’autre à la peur qu’elle ne vienne pas en ami, puis à l’énervement en me rendant compte que je ne pourrais pas avoir le lit pour moi tout seul avec cette nouvelle venue, au cas où j’aurais à passer la nuit ici.
Celle-ci se retourne vers moi avec un grand sourire :

« Oh, bonjour !
– Bonjour, j’imagine…
– Oui enfin je dis ça, si ça se trouve chez vous c’est la nuit hein. Mais chez moi en tout cas c’est le jour.
– C’est le jour chez moi aussi du coup, vu qu’on est dans la même pièce… »

Je comprends vraiment rien là.
« Mais c’est pas ici chez vous. Rétorqua-t-elle en haussant les sourcils.
– Evidemment que non.
– Donc il fait pas forcément jour. Vous étiez où avant d’arriver ici ?
– A un repas de famille.
– Outch… C’est bien chiant ça.
– Ça c’est sûr… Et vous ?
– Oh moi j’étais en cours, comme d’hab quoi.
– Attendez un peu, vous venez souvent ici ?
– Bah oui, comme tout le monde, dès que je m’ennuie quoi.
– On vient ici quand on s’ennuie ?!
– Attendez, c’est votre première fois ?! s’écria-t-elle, encore plus surprise que moi.
– Excusez-moi de pas tomber dans une chambre inconnue tous les quatre matins…
– C’est bizarre, d’habitude il y a une notice explicative pour les premières fois… C’est encore un coup des restrictions, ils ont pas dû avoir le temps de vous la passer. Pour tout vous dire c’est pour ça qu’on est dans la même pièce. Avant chacun avait sa pièce mais avec les coupes dans le budget, c’est plus possible, forcément.
– Je comprends vraiment rien…
– Mais puisque je vous dis que c’est pas compliqué ! grommela-t-elle, Quand vous vous ennuyez, vous avez envie d’être ailleurs. Donc on vous envoie ailleurs pour que vous puissiez arrêter de vous ennuyer et vous arrivez ici, dans cette pièce, le temps que ce qui vous ennuie s’arrête dans le vrai monde. Personnellement, c’est le cours d’anglais. Vous, ça doit être une discussion bien chiante.
– Du coup on est bloqué ici ?
– Ouais. Mais vous savez, c’est plutôt agréable. Enfin moi j’aime bien. Les papyrus sont vachement cools et le lit est confortable.
– J’imagine… »

Je reste donc planté dans la pièce, tandis que la jeune fille commence à choisir un des parchemin avec attention. N’y tenant plus, je demande :
« Je suis désolé de vous déranger avec ça, mais vous n’auriez pas un bout de saumon par hasard ? »

Alice