SAV de La Mort bonjour !

« Service après-vente de La Mort bonjour, que puis-je pour vous ? demanda Vincent sur un ton monocorde.
-Bonjour monsieur, pour tout vous dire, c’est pour une réclamation…
-Vous savez c’est rarement pour me dire qu’il fait beau aujourd’hui. Cela dit vu que le temps n’existe pas ici ce serait un peu bête… Bref cette réclamation, c’est pourquoi ?
-Eh bien voilà, il se trouve que je ne suis pas satisfait par mon… hem… état actuel si je puis dire…
-C’est-à-dire ?
-Eh bien je pense que la date qui m’a été attribuée devrait être revue !
-Je vais voir ça… Vous vous appelez comment ?
-Napoléon Bonaparte.
-Oh non monsieur Bonaparte, c’est la troisième fois que je vous le répète, maintenant c’est fini ! Vous ne pouvez pas changer comme bon vous semble la date de votre mort comme ça enfin !
-Mais c’est injuste ! Les français ont besoin de moi !
-Je vous assure, les français s’en sortent très bien sans vous. Et même, vous imaginez si vous reveniez après 200 ans sans prévenir ? Ce serait un bordel sans nom ! Non vraiment, c’est impossible n’insistez pas !

-Mais monsieur…
-J’ai dit non ! Maintenant si vous voulez bien m’excuser, j’ai un autre appel. Oui allo ? Service après-vente de La Mort, bonjour ? Que puis-je faire pour vous ?
-Eh bien voilà : je m’appelle Edmund Ravoli. J’ai été mis au courant comme prévu de la date de ma mort qui aura lieu demain et je me demandais : j’ai vu que je me faisais transpercer par un sabre.
-Attendez voir, oui c’est exact.
-Le problème c’est que j’ai très peur du sang, alors je me demandais si on ne pourrait pas un peu adapter ça ?
-Euh… Si vous voulez, mais il faut que ça reste logique…
-Oh ce n’est pas un problème, je suis scénariste amateur ! Nous sommes donc bien d’accord que ma fiancée doit prendre le sabre qui appartenait à ma grand-mère et me transpercer avec lors d’une violente scène d’altercation ?
-En effet.

-Bien donc : tout d’abord ma fiancée se fait enlever par des aliens, puis ayant réussi à s’échapper, elle leur subtilise un désintégrateur de molécules. Elle rentre chez elle et fait trop cuire les pâtes, ce qui crée un incendie. Moi, fier héro de cette histoire, j’arrive et je la sauve des flammes. Mais il y a un mais ! En effet, me rendant compte qu’elle a fait trop cuire les pâtes, je démarre une violente scène de ménage et je lui lance une partie du mobilier, qui est évidemment en feu. Elle réplique alors avec le désintégrateur et je meurs donc sans voir la moindre goutte de sang ! Cela dit j’ai un peu peur des échardes à cause des meubles en bois donc il me faudrait le temps de racheter une série de meubles en métal mais après ça brûlerait moins bien et…
-Ok, alors apparemment c’est la journée des cons donc vous allez éteindre votre téléphone, rentrer chez vous, faire vous-même vos pâtes et attendre que votre copine vous transperce avec le sabre de votre grand-mère, point final !
-Mais enfin monsieur, puisque je vous dis que…
-Ce n’est pas négociable. De toute façon on n’aurait jamais dû commencer à donner aux gens la date de leur mort un jour avant, ça ne fait que surcharger de boulot mon service !
-Je suis désolé pour ce qui est des conditions de travail chez vous mais réellement je ne supporte pas le sang et…
-Oh mais vous allez la fermer et… »
Un gigantesque bruit retentit et le bureau dans lequel se trouvait Vincent explosa.

« Qu’est-ce qui s’est passé ici? demanda Sandra, sa collègue, en revenant de sa pause.

-Pas grand chose, le fan club d’Elvis qui a encore fait des siennes… grommela Vincent.
-Faudra quand même leur expliquer un jour qu’on ne peut pas techniquement mourir… »

Alice


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Mammouths en colère !

 

 

« Bon, on va démarrer, tout le monde est prêt ? demanda le metteur en scène, Pierrick.
– Je crois qu’il manque les mammouths… murmura Jean-François, son assistant.
– Putain mais c’est pas vrai !
– C’est bon, t’énerve pas, ils vont arriver…
– Ne pas m’énerver ? Les mammouths ne sont pas là alors qu’on est sur le point de démarrer l’ère glaciaire et leur extinction et tu me demandes de ne pas m’énerver ?!
– Non mais je veux dire, au pire, on a qu’à passer cette phase, c’est pas trop grave…
– Ok, alors je vais tout récapituler, histoire de bien mesurer à quel point cette idée est stupide : tu me suggères de simplement passer plusieurs milliers d’années et un événement marquant pour cette planète comme ça, sans rien dire ?
– Honnêtement, je ne vois pas d’autres solutions… Après il va encore falloir faire les grands mammifères et l’arrivée de l’humanité dans le schmilblick, alors autant pas perdre de temps avec une seule espèce, surtout vu notre retard…
– Mais c’est pas une seule espèce comme les autres bordel ! C’est les mammouths. Les plus gros habitants terrestres après les dinosaures. C’est pas rien leur extinction. Ca va pouvoir alimenter des tonnes d’histoires pour les autres espèces, développer leur imagination, leur sens de la recherche quand ils trouveront des ossements, on ne peut tout simplement pas laisser passer ça !
– On va devoir trouver une solution rapidement alors parce qu’on démarre la suite dans dix minutes… »
La jeune stagiaire débarqua sur ces entrefaites dans la conversation, l’air encore plus paniqué que le metteur en scène.

« Chef, Chef !
– C’est qui encore celle-là ? grommela-t-il en la regardant.
– C’est la stagiaire.
– Non mais c’est pas vrai, mais qu’est ce que j’en ai à foutre de la stagiaire, demandez lui de faire du café pour l’occuper et laissez moi tranquille à moins que vous n’ayez trouvé ces fichus mammouths !
– Justement chef ! s’écria-t-elle.
– Quoi ? La machine à café est en panne ?
– Aussi, mais c’est pas le problème. Les mammouths se sont barricadés dans leur loge en prenant en otage les hommes de Neandertal et refusent de les libérer si on n’accepte pas leurs conditions !
– Putain mais c’est quoi ça encore ?
– Je sais pas mais on a huit minutes pour trouver une solution… soupira l’assistant. »

Ils se retrouvèrent donc en face de la loge des mammouths, barricadée avec les bouts de météorites qui avaient servi au final de l’extinction des dinosaures, le soir d’avant. A l’intérieur, on pouvait entendre les cris de terreur des hommes de Neandertal, ainsi que de grosses voix hurlant « Le réal t’es foutu, les mammouths sont dans la rue !! » à tue-tête.
« On leur dit quand que la loge c’est pas vraiment la rue ?

– Honnêtement c’est pas le moment de faire de l’humour Jean-François… C’est bon ! Il est là le réal ! Qu’est-ce que vous lui voulez ?
– On va vous envoyer notre porte-parole !
– D’accord mais ce serait vraiment bien s’il pouvait parler en moins de cinq minutes, parce que là on n’a pas le temps et…
– Mais ta gueule Jean-François, ta gueule…
– Chef, je crois que le porte-parole attend ! rappela la stagiaire.
– Oui, ce serait sympathique de m’écouter…
– Bon. Qu’est-ce qui ne va pas au juste ?
– Ce qu’il y a c’est que nous refusons catégoriquement de nous éteindre !
– Non mais vous déconnez là ? s’écria Pierrick, abasourdi.
– Absolument pas, et tant qu’on n’aura pas changé le script, non seulement nous ne reviendrons pas sur le plateau, mais en plus nous ne libérerons pas les hommes de Neandertal pour qu’ils puissent jouer leur rôle !

– Non mais c’est pas vrai, mais c’est du délire ça ! Depuis quand on discute de son extinction au juste ?! Vous allez revenir sur le plateau et fissa !
– Jamais ! Soit on rediscute le script et vous nous donnez notre place dans le reste de l’histoire de la vie, soit c’est la grève générale !
– Mais je ne peux pas faire ça ! C’est déjà écrit, vous êtes censés vous éteindre et laisser votre place à d’autres animaux ! Même moi je ne peux pas changer le script !
– Dites, il nous reste deux minutes là…
– Mais ta gueule Jean-François !
– Chef ?
– Quoi encore ?
– J’ai peut-être une solution… »
Jean-François regardait les acteurs jouer leur rôle sur le grand théâtre de la vie, satisfait. Encore une fois, une catastrophe avait été évitée. Sur la scène, les hommes, maintenant bien plus évolués, venaient de faire une découverte fondamentale. Il se tourna vers la jeune stagiaire, désormais officiellement assistante :
« C’était quand même une bonne idée !
– Oh, on venait juste de livrer le nouveau frigo, j’y ai pensé comme ça.
– Tout de même… sourit-il, en regardant les scientifiques s’émerveiller devant le mammouth congelé qu’ils venaient de déterrer.

 

Alice

On a trouvé une solution RADICALE contre l’ennui !

« Bon. Qu’est-ce que je fais là ? »
Cette question, on se la pose souvent, généralement quand on s’ennuie. Moi, par exemple, j’étais bien en train de me la poser en plein milieu de ce repas de famille, alors que les autres membres discutaient activement de l’élevage des saumons en Norvège. Vous savez, c’est typiquement ce genre de moment chiantissime, où tu voudrais découvrir le secret de la téléportation et être n’importe où plutôt qu’à cet endroit-là.

Eh bien je le clame haut et fort, moi, Victor Trouvier, à cet instant précis, j’aurais définitivement préféré être resté à discuter poissons avec les divers membres de ma famille, plutôt que d’être là où je me trouve. Il faut dire que le « là » en question est pour l’heure indéterminé. Alors bien sûr, je pourrais essayer de m’aider des divers éléments de la pièce pour trouver ma réponse. Mais allez comprendre l’endroit où vous vous trouvez quand le lit a un design épuré, le fauteuil à côté est du plus pur style louis XV, la table basse est une sorte de vieille planche de bois et l’étagère croule sous des papyrus. Et évidemment, il n’y a aucune fenêtre et encore moins de portes, ce serait trop simple.

D’où le fait que j’ai progressivement abandonné l’idée de savoir où j’étais pour me concentrer sur cette deuxième question : qu’est-ce que je fous là, dans cette pièce débile, au lieu de manger du saumon ? Le fait est que je n’ai pas la réponse. Je tuais pourtant tranquillement le temps avant de pouvoir quitter la table. Depuis, plus aucun souvenir avant de me réveiller dans cette chambre, avec une furieuse envie de repas de famille chiant et de saumon.

Un long cri retentit et une jeune fille de quatorze ans environ s’étale sur le lit. Dans ce genre de moment, mon cerveau réagit de manière bizarre. Là, je suis passé de la joie de voir quelqu’un d’autre à la peur qu’elle ne vienne pas en ami, puis à l’énervement en me rendant compte que je ne pourrais pas avoir le lit pour moi tout seul avec cette nouvelle venue, au cas où j’aurais à passer la nuit ici.
Celle-ci se retourne vers moi avec un grand sourire :

« Oh, bonjour !
– Bonjour, j’imagine…
– Oui enfin je dis ça, si ça se trouve chez vous c’est la nuit hein. Mais chez moi en tout cas c’est le jour.
– C’est le jour chez moi aussi du coup, vu qu’on est dans la même pièce… »

Je comprends vraiment rien là.
« Mais c’est pas ici chez vous. Rétorqua-t-elle en haussant les sourcils.
– Evidemment que non.
– Donc il fait pas forcément jour. Vous étiez où avant d’arriver ici ?
– A un repas de famille.
– Outch… C’est bien chiant ça.
– Ça c’est sûr… Et vous ?
– Oh moi j’étais en cours, comme d’hab quoi.
– Attendez un peu, vous venez souvent ici ?
– Bah oui, comme tout le monde, dès que je m’ennuie quoi.
– On vient ici quand on s’ennuie ?!
– Attendez, c’est votre première fois ?! s’écria-t-elle, encore plus surprise que moi.
– Excusez-moi de pas tomber dans une chambre inconnue tous les quatre matins…
– C’est bizarre, d’habitude il y a une notice explicative pour les premières fois… C’est encore un coup des restrictions, ils ont pas dû avoir le temps de vous la passer. Pour tout vous dire c’est pour ça qu’on est dans la même pièce. Avant chacun avait sa pièce mais avec les coupes dans le budget, c’est plus possible, forcément.
– Je comprends vraiment rien…
– Mais puisque je vous dis que c’est pas compliqué ! grommela-t-elle, Quand vous vous ennuyez, vous avez envie d’être ailleurs. Donc on vous envoie ailleurs pour que vous puissiez arrêter de vous ennuyer et vous arrivez ici, dans cette pièce, le temps que ce qui vous ennuie s’arrête dans le vrai monde. Personnellement, c’est le cours d’anglais. Vous, ça doit être une discussion bien chiante.
– Du coup on est bloqué ici ?
– Ouais. Mais vous savez, c’est plutôt agréable. Enfin moi j’aime bien. Les papyrus sont vachement cools et le lit est confortable.
– J’imagine… »

Je reste donc planté dans la pièce, tandis que la jeune fille commence à choisir un des parchemin avec attention. N’y tenant plus, je demande :
« Je suis désolé de vous déranger avec ça, mais vous n’auriez pas un bout de saumon par hasard ? »

Alice

Pourquoi vous devez arrêtez d’être en retard bord*l de me*de

15 novembre 2016, 10h33, place de la République :
« Oui, Allo ? Je suis vraiment désolée, je viens de sauter dans le bus, je suis là d’ici un petit quart d’heure ! »

Mais oui bien sûr sal*ope ! Tu crois quoi ? Que je vais te croire, alors que je sais très bien que ton hamster nain était malade et que c’est juste une excuse bidon pour excuser ton p*tain de retard, alors que tu sais très bien que j’ai un autre p*tain de rendez-vous après ?? Tu as idée du temps que tu me fais perdre espèce de conn*sse ?!

Excusez moi, je me suis quelque peu emportée. Je suis pourtant quelqu’un de très calme. Et puis je suis pas difficile à vivre non plus : j’aime beaucoup de choses, je suis ouverte et je m’adapte à beaucoup de situation.

Mais faut bien avouer que s’il y a une chose que je ne supporte pas, c’est bien ce genre de situation :

13 octobre 2014, 18h07, abribus :
« Coucou, je vais être en retard d’une demi-heure, le métro est en panne. Vraiment désolé ! »
Bon. C’est pas grave. Après tout, c’est vrai que les transports en commun sont assez imprévisibles. Et puis personne n’est à l’abri d’un oubli de dernière minute. 30 minutes, de toute façon, c’est quoi, honnêtement ? Rien du tout, juste quelques instants, rien de trop embêtant en somme. Donc, tu restes calme et tu attends sagement devant l’abribus. Et puis, c’est pas comme s’il faisait froid et que tu attendais depuis déjà dix minutes parce que TOI tu n’es pas en retard. Non, c’est clair que c’est trop compliqué pour lui d’arriver à l’heure. Et puis, de toute façon, il va pas non plus se presser ce conn*rd !

Je ne supporte pas le retard. Je n’ai jamais su le supporter. C’est très certainement la seule chose qui puisse m’énerver. Il me suffit de voir des gens qui ont l’audace d’être en retard pour hurler intérieurement.

Bien sûr, ça a causé pas mal de problèmes… Notamment à cause de mes conn*rds de potes qui sont pas foutu d’arriver à l’heure me*de ! Pardon, je m’emporte de nouveau. Vous savez, j’essaie de faire des efforts : c’est vraiment pas facile à vivre d’avoir envie d’étrangler ses amis avant une sortie ciné… Mais faut avouer que quand tu viens de passer vingt minutes sous la pluie seule dans la file d’attente, t’as juste envie de prendre leur sale gueule de petit c*n et de la fracasser contre…
Excusez moi… Je devrais pas être aussi médisante envers mes amis : ce sont des gens formidables. C’est juste qu’ils ne comprennent pas à quel point il est important d’être ponctuel quel que soit le moment. Du coup j’ai eu une idée, après le fiasco de ce matin : ce coup ci, je leur ai donné l’heure du rendez-vous une demi-heure trop tôt. Comme ça, je suis sûre qu’ils ne vont pas arriver en retard ce coup-ci ! Parce que bon, ils ne sont pas irrécupérables non plus !

15 novembre 2016, 15h31, place de la Bastille :
« Oui, Allo ? Juste pour te dire qu’on sera en retard Mélanie et moi. Ouais, un problème avec le métro, je te raconte pas, c’est la galère… Désolé, on arrive le plus vite possible ! »

16 novembre 2016, midi, couloir d’un hôpital :
« Et tu sais ce qui s’est passé ?!
-On ne sait pas trop… Ils sortaient tous les deux de la bouche du métro en courant quand une fille les a agressé en les insultant et s’est finalement ruée sur la route en hurlant à qui voulait l’entendre que le retard est un fléau… »

Alice

Petit jeu d’Halloween : Les références cachées !! (Invit’s Paris Manga à gagner!)

En ce soir d’Halloween, VoxPlumes vous propose un petit jeu sympa =)

Le but : Retrouver les références à 13 jeux vidéo dans le texte ci-dessous !

3 personnes choisies au hasard parmi les gagnants recevront une invitation pour Paris Manga \ o /

L’invitation est valable le Vendredi uniquement, les participants doivent répondre en commentaire sur ce site (en laissant leur adresse e-mail).

3 gagnants seront tirés au sort, vous avez jusqu’à Mardi 1er Novembre à 23h59 😉 !

Merci à tous les VoxPlumes qui ont contribué au texte !

 

logo-paris-manga-sci-fi-show1Comment j’ai perdu mon père

J’ai longtemps réfléchi, mais je pense qu’il est temps que je vous raconte ce qui m’est arrivé lorsque j’ai eu 13 ans, même si ça n’est vraiment pas facile pour moi d’en parler. Alors voilà : je n’ai jamais eu de chance avec les anniversaires. C’est vrai que dès le moment où ta mère meurt en couche, ton anniversaire prend une tournure un peu plus macabre. Mon père, très amoureux de ma mère, à tel point qu’on aurait pu penser qu’elle lui avait volé son cœur, n’avait jamais réussi à dépasser ça.
Pourtant, pour mes 13 ans, mon père avait décidé de le fêter. Bien sûr, il fallait quand même garder en souvenir ma mère et fêter mon anniversaire avec elle, c’est-à-dire au cimetière juste à côté du mausolée qui surplombait la colline du pendu. Placées ainsi on pouvait apercevoir le manoir Spencer depuis la tombe de ma mère. Les lieux avaient longtemps appartenu à un vieil excentrique, se disant vendeur de masques, et étaient maintenant abandonnés. C’est lui qui avait fait se rencontrer mes parents lors d’une soirée de charité en faveur des îles Delfino. On s’est donc retrouvés à poser des chrysanthèmes sur la tombe de ma mère, lors d’un mois de juillet où il faisait si froid que nous étions tous les deux en doudounes. J’étais assez mal à l’aise dans cette ambiance glauque où on aurait presque pu apercevoir des fantômes jouant à un deux trois soleil. Pour tout vous dire, après ce qu’il s’est passé, je n’ai plus jamais fêté mon anniversaire, et je compte bien continuer. Néanmoins, ce jour-là, j’étais assez excitée, surtout lorsqu’il me montra mon cadeau d’anniversaire : l’alliance de ma mère, qu’il avait jusque-là gardée à son cou, sans jamais s’en séparer ( il avait même une fois tué un petit hérisson qui avait essayé de s’en emparer). Il me la confia après m’avoir fait promettre de ne jamais m’en séparer à mon tour. Je m’exécutais, très gênée par ce cadeau dès le départ. En fait, j’ai pu ressentir le poids de ma mère sur tout mon corps, à l’instant où cette alliance s’est retrouvée à mon doigt.
Le premier jour, je me suis dit que c’était dû à l’émotion, ou même à l’excitation. Au bout du troisième jour, cependant, quelque chose changea. Je pouvais l’entendre. Vous allez me dire que c’est impossible. Et pourtant, je l’entendais. Bien sûr, ce ne pouvait pas être ma mère. Toutefois, la voix, ou plutôt le chant continuel que je percevais derrière l’anneau était bel et bien celui d’une femme, qui ressemblait à s’y méprendre à celle de ma mère. Comment aurais-je pu reconnaître la voix de ma mère, sachant que je ne l’avais jamais connue, me direz-vous ? Il faut savoir que cette dernière était chanteuse, mon père faisait donc toujours résonner ses disques dans notre maison. Je connaissais ce chant, c’était bel et bien celui de ma mère, qui vivait à travers sa propre alliance, plus de 13 ans après sa mort.
Alors commença une longue période de pure horreur. Où que j’aille, la bague était là, le chant résonnait, modulait son intensité, comme pour me réprimander, m’appeler, me dire ou non de faire quelque chose. J’avais beau être perdue, seule, totalement isolée, avoir toujours ce chant à mes côtés m’empêchait de vivre.
Pourtant, je n’arrivais pas à l’enlever. Dès que j’essayais, mon père pénétrait dans ma chambre, et je n’avais pas le cœur de lui dire que je ne voulais plus de son cadeau. Et dès qu’il refermait la porte, le chant revenait.
Au bout de plusieurs jours, un autre événement tout aussi inquiétant survint. Mon père avait toujours insisté pour que je prenne des cours de chant, afin peut-être de préserver un souvenir de ma mère. Malheureusement pour lui je chantais très mal, mais il continuait de s’acharner. Ce jour-là, avant que j’aie pu prononcer la moindre note, le chant prit ma place et chanta durant tout le cours, laissant les gens ébahis par la beauté de cette voix qui n’était pas la mienne et rappelait celle de Celes. Les élèves qui m’accompagnaient, que ce soit Lara au violoncelle, Daisy à la guitare ou encore Faith au piano, s’arrêtèrent de jouer tant elles n’en croyaient pas leurs oreilles. Jade, notre professeur, en avait même oublié d’arrêter son caméscope. C’est là que je compris que l’anneau prenait possession de moi, que je n’étais qu’un moyen de vivre à travers lui. Alors je décidais de le détruire une bonne fois pour toutes, en retournant au cimetière, afin de ramener le chant de ma mère dans sa tombe et de l’y laisser. Je n’aurais qu’à faire croire à mon père que j’avais perdu la bague, et tout se passerait bien.
Une fois devant la tombe de ma mère, j’essayais en vain d’enlever la bague, mais la voix se faisait de plus en plus forte, hurlant, vociférant pour m’empêcher de la retirer.
« Arrête ! » s’écria mon père, désespéré.
Je n’eus pas le temps de savoir comment il avait pu arriver là, il m’avait sans doute suivi.
« Tu n’as pas conscience de ce que tu fais !! Tu vas la faire disparaître de nouveau ! Laisse-la vivre ! »
Je compris alors brusquement, horrifiée. Ce n’était pas un hasard si mon père m’avait donné cet anneau. Il voulait réellement la faire revivre à travers moi, comme si j’étais une sorte de réceptacle pour son âme. Terrifiée, je parvins à tirer assez fort et à l’arracher à mon doigt. J’entrepris alors de le briser avec une pelle trouvée à l’entrée du cimetière. Elle devait avoir été laissée là par Igor, le fossoyeur. Mon père se rua sur moi comme un fou, prêt à me tuer. Sans réfléchir, je lui assénai un coup de pelle et je m’enfuis, le laissant seul, ensanglanté, serrant l’anneau de ma mère, toujours en train de chanter, sur sa poitrine.
Je revins à la nuit tombée. Il ne restait plus rien de mon père à l’exception de deux alliances, l’une en train de chanter, et l’autre en train de hurler. Depuis ce jour, je n’ai jamais revu mon père.

Alice

 

 

Quand mes parents m’ont demandé : TU FAIS QUOI SUR INTERNET ??

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« Tu fais quoi là, exactement ? »
On est tous d’accord, on l’a déjà tous entendue, cette question. Bizarrement, ça ne m’est pas arrivé pendant que je cherchais une info sur Wikipédia pour faire mes devoirs. C’est vrai quoi, ça aurait été dommage de ne pas avoir ce petit challenge supplémentaire après une journée de cours. Bref, je n’étais pas en train de faire ce qu’un adulte de plus de 40 ans qualifierait de « sérieux » sur internet. Mais alors pas du tout. A moins qu’on considère qu’un site de streaming où 50% de l’écran est occupé par les seins volumineux et les petites culottes de dizaines d’écolières kawaï qui t’invitent à venir les rejoindre soit un haut lieu de savoir. Après tout, on n’a pas précisé le type de savoir recherché, mais je ne suis pas sûre que ce soit ce à quoi mes parents s’attendent.

Maintenant il faut réfléchir, et vite. Qu’est-ce que je montre ? J’écarte les vidéos à connotations sexuelles, ils sont déjà à peu près persuadés qu’internet est l’antre des pédophiles, ça n’arrangerait rien. Faut pas non plus que la vidéo soit juste drôle, ils vont me prendre pour une attardée qui rigole devant le mot « caca ». Dans les faits, c’est pas faux mais là n’est pas la question. Par contre, je peux pas non plus leur montrer une vidéo trop sérieuse : soit ils ne vont pas me croire, soit ils vont me prescrire du lexomil, je n’en ai pas vraiment besoin. Le truc c’est qu’il faut aussi qu’ils comprennent la référence, histoire de ne pas trop les perdre non plus.

Bref, après avoir utilisé mes superpouvoirs de ninja, je ferme le site de streaming pour leur montrer une vidéo sur Youtube, ce qui est, hem, plus neutre on va dire. C’est parti pour leur montrer de la vulgarisation scientifique : t’y apprends des trucs, donc tu ne perds pas ton temps quand tu es sur internet. S’ils font le lien logique, la moitié de la partie est gagnée. Par contre, il vaut mieux que j’évite de leur montrer une chaîne trop bien faite, j’ai encore le douloureux souvenir de mon grand-père qui était resté toute la soirée sur mon ordi à regarder toutes les vidéos de la chaîne. Non, ce que je veux, c’est qu’ils me foutent la paix, pour pouvoir enfin reprendre mes occupations, le tout sans culpabiliser de ne pas être en train de préparer mon avenir (même si, j’en reste intimement persuadée, comprendre comment des collégiennes de douze ans peuvent avoir des pastèques à la place des seins est crucial ).

Les voilà donc devant une vidéo sur les trous noirs. Ils ont l’air satisfaits, c’est bon signe. S’ils aiment pas, il me suffit de mettre en cause les quelques références à la culture geek qu’ils ne peuvent pas comprendre. Du coup, tout est parfait : moi, je vais pouvoir continuer de me perdre sur internet, et eux vont pouvoir sortir de ma chambre la tête haute, fiers d’avoir fait preuve d’ouverture à la culture de leur ado. Et en prime, je vais peut-être avoir droit à une semaine sans qu’on me dise que je passe trop de temps sur internet ou que je pourrais faire quelque chose de plus utile. Tout le monde est gagnant !
Enfin ça, c’est sans compter sur le générateur d’embrouilles familial, à savoir mon petit frère. Dans les faits je l’aime bien, et c’est même moi qui l’ai initié à YouTube. Sauf que là, je regrette instantanément :

« Tu peux leur montrer la vidéo sur Minecraft ?
– Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée…
– C’est quoi cette vidéo, ça à l’air de vous plaire. Tu nous montres ? »

Merde. Alors oui, moi aussi je l’aime bien ce type, il joue bien et les blagues sont drôles, mais devant nos parents, mettre une vidéo d’un type qui dit merde approximativement toutes les trois minutes, c’est pas réellement une bonne idée. Sauf que mon petit frère, il n’a pas de notion de ça. Il ne sait pas que je vais me faire pourrir si mes parents apprennent que je lui ai montré ce genre de vidéo. Et puis, mettons que par miracle, il ne jure pas trop dans la vidéo que je m’apprête à enclencher, ils sont censés comprendre comment l’univers du jeu et les blagues bourrées de références du mec, sachant que je ne suis même pas sûre qu’ils sachent différencier Mario de Pikachu ?
Je me retrouve donc à prier pour une coupure de courant soudaine et mon stress augmente. Alors oui, dans ces cas-là on fait souvent des choses stupides. De là à dire que je regrette d’avoir balancé mon café sur mon ordi, faut pas non plus exagérer. Ils ne l’ont pas vue cette putain de vidéo du coup…

 

Alice

De l’art d’être dérangé pendant sa douche – VoxPlume

Un cri retentit dans tout l’appartement, forçant Gabriel à sortir de sa douche en maugréant, une serviette enroulée autour de sa taille.
« C’est quoi encore ce bordel ? rugit-il en pénétrant dans le salon. »
Dans celui-ci, Cynthia, sa colocataire, tentait vainement de calmer Sandra, sa nouvelle petite amie, qui regardait, terrifiée, Abigaïl, son autre colocataire. Cette dernière, loin de s’inquiéter pour Sandra, parcourait la grande étagère à la recherche d’un livre, plusieurs mètres au dessus du sol.

« Elle… Elle vole… Cynthia, ta colocataire vole ! hurla Sandra, hystérique.
– S’il te plait, calme-toi un peu… commença sa compagne.
– Me calmer ? Tu me demandes de me calmer ? Abigaïl lévite au beau milieu de la pièce et tu me demandes de me calmer ?
– Elle lévite pas vraiment au milieu de la pièce…
– Oui, renchérit l’intéressée, je suis plutôt sur le côté droit.
– Mais pour l’amour du ciel, qu’est-ce qu’on en a à foutre de la position de ta coloc dans la pièce ? Encore une fois, elle est suspendue à plusieurs mètres de hauteur, je suis la seule que ça choque ?!
– Bah c’est vrai que voir Abigaïl chercher un livre… commenta Sandra.
– Oh toi ta gueule, je dois le prêter à une amie.
– C’est quoi ?
– Le traité de sorcellerie occulte de Maxime.
– Il va te tuer s’il l’apprend…
– C’est bon, c’est juste pour lui montrer. Histoire qu’elle foire pas trop son examen cette fois-ci.
– Je comprends rien, je suis la seule à trouver ça totalement anormal ? Je… »

Sandra fondit en larmes avant de s’écrouler au sol, inanimée. Gabriel soupira, prit dans ses bras la jeune fille et la posa sur le canapé.
« Redescends Abigaïl. grommela-t-il.
– D’ac.
– Qu’est-ce que tu fous à poil exactement ? s’enquit Sandra.
– J’essaie de prendre ma douche, mais apparemment c’est impossible.
– Désolée, je pouvais pas prévoir qu’Abigaïl se manifesterait quand ma copine serait là.
– Mais qu’est-ce qui t’as prit d’amener un humain ici bon sang ?!
– C’est vrai, moi j’ai cru qu’elle était au courant, sinon j’aurais jamais agi comme ça, t’imagines !
– Une chance que tu sois pas entrée en traversant les murs comme d’hab.
– Vous commencez à me fatiguer toutes les deux… On en fait quoi de celle-là maintenant ?
– On peut pas la foutre dehors ! Je veux dire… C’est ma copine quoi…
– Honnêtement après ce que tu viens de lui faire vivre, j’ai quelques doutes… grommela Gabriel.
– Moi au moins, j’essaie d’avoir une vie à peu près normale ! C’est toi qui t’aigris tout seul !
– En attendant, c’est pas moi qui mets tout le monde en danger…
– Les gars, s’il vous plait, arrêtez ! Ca arrangera rien du tout, tenta Abigaïl.
– C’est sûr que maintenant que t’as bien foutu la merde, ça risque pas ouais…
– On a qu’à attendre le retour de Maxime. Il nous préparera une potion pour qu’elle oublie tout ça et ce sera bon, proposa-t-elle.
– Il est en vacances depuis trois jours Maxime…
– Ah oui c’est pour ça que j’emprunte son livre maintenant, c’est vrai…
– Du coup on fait quoi ? Parce qu’elle va se réveiller là…»

Gabriel regarda la jeune fille évanouie et soupira.
« Ce qu’il faudrait, c’est la rendormir…
– On ne l’assomme pas, je refuse !
– Qui parle d’assommer ? »
Quelques instants plus tard, cette dernière se réveilla entourée par un loup-garou en serviette de bain, une fantôme et une vampire.
« Surprise ! hurlèrent les trois colocataires »
Sandra retomba dans les pommes.
« Bon bah plus qu’à recommencer jusqu’à ce que Maxime arrive !
– Elle est quand même vachement émotive ta copine… »

Alice

Bienvenue à Terrorcity – VoxPlume

Vincent regarda l’entrée du parc d’attractions, tentant aussi bien qu’il pouvait de cacher sa déception à ses parents. Ces derniers observaient, inquiets, la réaction de leur fils. Ils avaient voulu lui faire plaisir en l’amenant à ce parc dont tout le monde parlait depuis des années, mais force est de constater que le petit n’avait pas l’air réellement emballé.
« Bon, on entre ? proposa Marianne, essayant de paraître enjouée, à moins que vous n’ayez trop peur, bien sûr.
– Bah ça risque pas vraiment… »

La petite famille leva la tête vers le panneau d’entrée du parc. Celui-ci, écrit en italique avec une encre rose bonbon sertie de paillette, indiquait : « Bienvenue à Terrorcity ». Le tout était entouré de mignons petits lapins et de papillons volants allègrement autour des lettres. Le portail était lui même un gigantesque arc-en-ciel.
Ils s’approchèrent d’un des employés du parc, déguisé en une jolie pâquerette qui leur tendit un dépliant avant de leur lancer d’une voix fluette :

« Bienvenue à Terrorcity ! Amis des sensations fortes et des chocottes, bienvenue au paradis des frissons!
– A ce propos, commença Vincent, Est-ce que vous pourriez nous indiquer la direction de La tour hantée des mille zombies ? Il paraît que c’est l’attraction phare !
– Oh, vous voulez sans doute parler de la belle tige géante habitée par mille joyeux lutins ? Juste sur votre droite !
– Mais ce n’est pas ce qu’il vous a demandé !
– Je suis désolée madame, mais c’est comme ça que la tour a été renommée.
– Attendez une seconde, comment ça renommée ?
– Disons que le nouveau propriétaire a quelque peu… hem… changé certaines attractions… Pour le bien de tous cela va de soi !

– C’est à dire ?
– Bah… Le tunnel du grand kraken mangeur d’hommes a été remplacé par la promenade en barque sur la rivière de Bobo le poulpe, la tyrolienne infernale par la descente du gentil cerf-volant et le toboggan qui imitait les boyaux humains par le toboggan magique arc-en-ciel qui mène au pays des nuages.
– Mais il reste quoi d’effrayant dans ce parc en fait ?
– Les petites figurines squelettes qu’on peut ramener en souvenir. Non attendez, je dis une bêtise ! Elles viennent d’être supprimées, le temps qu’on les repeigne en rose, pour pas trop choquer.
– Je comprend pas vraiment en fait, c’est pas l’intérêt du parc de faire peur ?
– Mais enfin ! Ca pourrait choquer les plus jeunes. Il ne faut pas rigoler avec ce genre de choses…
– En même temps, le parc est pas forcément fait pour eux…

– Ce n’est pas le problème, et s’ils tombaient dessus par hasard ? Que se passerait-il à votre avis, hein ? Le directeur du parc a été très clair là dessus : on enlève tout ce qui peut choquer !
– Bah excusez-moi mais j’ai un peu l’impression de m’être fait arnaquer là…
– Mais pas du tout ! Enfin, il est convenu depuis longtemps que nous devons penser aux plus jeunes… Il existe des dizaines de parc qui se fichent de la peur que pourrait avoir nos petites têtes blondes. Vous pouvez y aller si vous voulez avoir peur, vous savez…

– Vous êtes en train de nous dire d’aller voir ailleurs là ?
– Si vous n’acceptez pas l’idée qu’on ait envie de protéger l’enfance, je ne vois pas ce que vous faite ici.
– Je sais pas, on est peut-être venu pour avoir peur…
– Mais enfin, je viens de vous dire que ce n’était pas notre objectif et que…
– En même temps votre parc s’appelle quand même Terrorcity…
– Maintenant que vous le dites, c’est vrai que ça colle pas très bien… Et si on rajoutait un smiley dans le o de Terror. Ça passerait beaucoup mieux, non ? »

Alice

Quelque chose d’incroyable – VoxPlume

30 juin 2016.
Olga trébucha dans l’escalier, tenta de se maintenir tant bien que mal malgré ses deux mains prises, échoua et s’écroula sur le sol, envoyant ses provisions valdinguer aux quatre coins de l’escalier.
Elle pesta et entreprit de tout rattraper, avant de poursuivre son ascension jusqu’à la porte de son appartement. Cette journée commençait décidément extrêmement mal.
Alors qu’elle entreprenait une contorsion ambitieuse pour sortir ses clés de sa poche sans lâcher ses provisions, une force incroyable la poussa contre le sol, faisant retomber par terre ses courses. Elle grogna, face contre sol, ulcérée contre l’individu qui avait cru bon de la faire tomber.
« Non mais vous manquez pas d’air vous ! Vous allez venir m’aider à ramasser ça et fissa ! Non mais on n’a pas idée, hein ! »

Elle s’arrêta pour dévisager l’homme qui se trouvait assis devant elle. Celui portait une redingote qui devait dater de plusieurs siècles, un sabre et un tricorne serti d’une cocarde tricolore.
« Excusez-moi mademoiselle, auriez-vous l’obligeance de m’indiquer en quelle année nous nous trouvons ?
– Vous allez à un bal masqué ?
– En vêtements militaires ? Non mais vous plaisantez ?
– Vous êtes bien sûr que c’est à moi de répondre à cette question ? D’abord vous me bousculez, ensuite vous me tenez un discours totalement absurde et vous ne vous excusez même pas par dessus le marché ! C’est un peu gros quand même ! s’écria Olga, excédée.

– Excusez-moi, c’est juste que je ne peux pas prévoir l’endroit où j’atterris. Pour les vêtements, sachant que je ne sais jamais quand je vais changer d’époque, je voyage souvent avec, malheureusement. A ce propos, vous n’auriez pas un costume typique de votre époque à me passer ? Si ça se trouve je vais rester quelques temps.
– Attendez deux secondes, vous voyagez dans le temps ? C’est une blague ?
– Malheureusement non. Je ne sais pas pourquoi et je ne sais pas comment, mais un beau jour, je me suis mis à changer d’époques sans aucune raison, et sans que rien ne puisse prévoir ces changements. Depuis, j’erre d’époque en époque, sans savoir pourquoi. soupira-t-il, mélancolique.
– Bon, c’est très drôle, mais moi je suis en retard et faut que je fasse à manger, donc vous allez vous rendre à votre bal masqué, et me promettre de regarder mieux devant vous, d’accord ?
– Vous ne me croyez pas ?
– Désolée, mais non.
– Bon. »

L’étrange personnage sortit différents objets de sa poche, l’air théâtral :
« Lettre d’admission à la cour royale signé par le roi Louis XIV lui-même !
– Très facile à refaire avec de la cire et du papier un peu ancien.
– Bon, et que dites-vous de cette photographie de moi avec le général de Gaulle ?
– Je vous fais la même chose avec photoshop en quelques minutes.
– C’est quoi photoshop ?
– Laissez tomber.
– J’ai également l’autographe de Christophe Colomb, ainsi que sa boussole !
– Aucun moyen de prouver que c’est bien d’époque…
– Mais vous m’énervez à la fin ! Comment faire pour vous convaincre ?
– Trouvez quelque chose de vraiment incroyable, soupira Olga en haussant les épaules, Ou plutôt non, ne trouvez rien, partez d’ici et laissez moi rentrer chez moi !
– Attendez, et si je vous révélais le futur ?
– Pas intéressée, merci. répliqua-t-elle en ouvrant la porte.
– Non, c’est important, écoutez moi bien ! Votre monde, il sera détruit !
– C’est ça, comme en 2012 ! Allez, bonne journée ! »

14 octobre 2033.
Olga marchait péniblement entre les immeubles dévastés. Les rares survivants à la catastrophe se cachaient dans les ruines de la ville, ou avaient fui les multiples catastrophes naturelles depuis longtemps. Un homme se dirigea vers elle, vêtu à la manière des cow-boys du 19ème siècle.
« C’est vous… murmura-t-elle, vibrante de haine.
– Bah quoi, c’est vous qui m’aviez demandé quelque chose de vraiment incroyable pour me croire. sourit-il. »

Alice

« Papa, Maman, il faut qu’on parle. » – VoxPlume

« Papa, maman, il faut qu’on parle. »
Clytemnestre reposa son couteau sur la table et lança un regard agacé à son fils.
« Plus tard mon grand, tu vois bien que nous sommes occupés.
– Non. Il faut qu’on parle maintenant. répliqua ce dernier, feignant une détermination qu’il n’avait pas. »
Après tout, pourquoi lui dire ? Il pouvait tout simplement le lui cacher, continuer comme avant, en entretenant le mensonge autour de lui. C’était tellement plus simple. Ses parents continueraient de croire qu’il suivait la même voie qu’eux, et tout se passerait bien.

Non, se morigéna-t-il, il ne devait pas penser à ça. Il avait décidé de leur dire, et rien ne devait désormais arrêter cette décision.
« Il faut qu’on parle maintenant. répéta-t-il, plus sûr de lui cette fois.
– Et bien soit, parlons. grommela son père, reposant le filet à poisson.
– Super ! Donc voilà, j’ai longtemps réfléchi, et j’imagine que vous vous attendez sûrement à une importante décision de ma part qui sera certainement très importante, du moins je le pense, si ça se trouve vous ne la trouverez pas importante du tout et vous trouverez ça ridicule, ce qui serait dommage je pense et… »

Il s’enlisait, en ayant parfaitement conscience d’être brouillon, maladroit, incompréhensible. Ses parents le regardaient, interdits. Il soupira, et décida de jouer le tout pour le tout.
« J’ai quelque chose de très important à vous annoncer !
– Serait-il possible ? s’écria sa mère, folle de joie.
– Fiston, tu aurais enfin décidé d’officialiser ta relation ? renchérit son père.
– Quand comptes-tu le faire ? Il faut qu’on prévienne la famille ! Ta sœur va être folle de joie !
– Je ne compte pas tuer ma sœur ! déclara-t-il en appuyant sur chacun des mots prononcés. »

Un profond silence emplit la pièce. Ses parents le regardaient, n’osant pas encore comprendre ce que leur fils venait de leur annoncer. Enfin, son père prit la parole :
« Mais enfin fiston, il doit s’agir d’une erreur. Tu ne peux pas décider ça sur un coup de tête !
– Agamemnon a raison mon grand, ne prends pas de décision que tu pourrais regretter plus tard. Songe que la famille des Atrides, notre famille, ta famille, s’entretue depuis des générations et des générations, tout comme les autres grandes familles mythiques. Tu ne peux pas chambouler des siècles de traditions comme ça ! Allez, oublie cette idée saugrenue et viens m’aider à poignarder ton père ! sourit sa mère.
– Elle a raison ! Tout ça n’est qu’une lubie de jeune ! Arrêter de se massacrer, et puis quoi encore ? éclata de rire son père, Manquerait plus qu’on abolisse la peine de mort pendant que tu y es !
– Ce serait désopilant ! Comment oserait-on ? continua sa mère sur le même ton.
– Impensable, impensable ! C’est comme tous ces gens qui font des sittings pacifiques et des manifestations sans tuer personnes ! Non mais tu te rends compte ? Une manifestation sans morts ! Ces gens sont contre-nature, tu dois au moins m’accorder ça !

– Et si je te disais que je fais parti de ces gens-là ?
– Impensable mon grand ! Enfin, tu n’es pas stupide à ce point là, si ? Tu ne me feras pas croire que tu t’identifies à ces, hem, individus qui rabaisse l’espèce humaine de jour en jour.
– Comment peux-tu oser dire une chose pareille ? Nous ne sommes pas contre-nature, nous sommes tout à fait normaux ! C’est vous qui venez avec votre doctrine d’un autre temps, sans vous rendre compte que les choses évoluent. Aujourd’hui les gens se prennent à rêver d’un monde de paix où les familles ne s’entretueraient pas, et ils ont raison !
– Mon fils, tu me déçois profondément !
– Je préfère vous décevoir plutôt que de me décevoir moi-même !
– C’est cela, sors moi ces phrases bateaux dont tes nouveaux petits amis t’ont bourré le crâne ! De toute façon, si c’est la merde dans notre pays, c’est de leur faute, et tu le sais ! Ca vous amuse de faire couler notre belle patrie, hein ? s’énerva son père, hors de lui. »

Sur ces mots entra sa sœur, Electre :
« Mais qu’est-ce qu’il se passe ici ?
– Ton frère est une couille-molle…
– Quoi ? Mais qui va me buter maintenant ?
– Tu vois ? Tu pourrais faire face à tes responsabilités jeune homme. Il est plus que temps de grandir et de te comporter comme un adulte ! »

Alice