Dernière Balle – VoxPlume

William était penché sur sa machine à écrire, préparant son prochain article sportif. Il repensait à sa vie passée et ses actions pour la justice, se disant qu’il pourrait peut-être en tirer un jour un bon livre. Après tout, il se faisait vieux, et il était bien temps qu’il pense à se détendre ; et comme l’écriture était devenue son moyen de vivre, que pouvait-il imaginer de mieux qu’écrire de la fiction pour se reposer ? D’autant que la vie en 1921 ne lui plaisait guère, il lui suffisait de voir les rues de New York pour regretter l’Ouest sauvage et ses hordes de hors-la-loi. Il ne s’attendait pas à un dernier caprice du destin…

Elzy Lay, un petit industriel du pétrole qui gagnait juste de quoi survivre en Californie, était en voyage d’affaires à New York et on avait demandé à William de l’interroger. En entendant ce nom, une dernière affaire en suspens lui revint à l’esprit ; il voyait là l’occasion de la régler. Il se présenta au rendez-vous dans le hall de l’hôtel où était descendu Lay. Malgré les années, il reconnut immédiatement le regard du vieux pistolero et se retint de littéralement le charger. L’interview se déroula sans problème, William étant formellement convaincu que Lay ne l’avait pas reconnu. Une fois qu’elle fût finie, après s’être salués, les deux hommes repartirent chacun de leur côté. William se retourna toutefois au dernier moment, avec une question à l’adresse d ‘Elzy Lay…

« Au fait, monsieur Lay… Comment vont messieurs Parker et Longabaugh ?
Lay se figea sur place en entendant ces noms. S’il s’attendait à ce qu’on lui pose des questions sur son passé, il était bien loin d’imaginer qu’il entendrait les vrais noms de ses deux vieux camarades, quand tout le monde ou presque n’en connaissait que les pseudonymes.
— Vous savez très bien qu’ils sont morts il y a maintenant presque quinze ans… Et même s’ils avaient miraculeusement survécu, je n’en saurais rien.
— Permettez-moi d’en douter, monsieur Lay. Car nous savons très bien tous les deux comme vous étiez proche de Parker, comme votre arrestation l’avait affecté il y a bien longtemps. Je n’imagine pas qu’il ait pu revenir ici sans vous prévenir, surtout que vous avez une petite renommée et qu’on vous trouve assez facilement.
— Mais qui êtes-vous, bon Dieu ? Demanda Lay dans un murmure pour ne pas trop attirer l’attention.
William dévoila discrètement une plaque de marshall à sa ceinture. Elle était vieille et rouillée, mais on pouvait encore y lire son nom.
— Enfoiré de marshall… On peut dire que vous êtes têtu. Je vous le répète, ils sont morts ! Vous n’avez qu’à aller faire un tour à la frontière ou à Ellis Island, vous n’en trouverez pas de trace. »

Lay s’éloigna ensuite sans un regard, laissant William se demander pourquoi il avait mentionné Ellis Island. Il se demanda alors si Parker et Longabaugh avaient pu revenir en bateau sous de faux noms, encore une fois.
Le registre de l’île ne semblait rien indiquer de spécial, jusqu’à ce que William découvre les noms de Lowe Maxwell et Frank Smith. Il n’en croyait pas ses yeux, mais la preuve était là : Parker et Longabaugh étaient vivants et aux États-Unis, et depuis peu.
Il finit par retrouver leur trace dans un vieil entrepôt où ils comptaient reformer une dernière fois leur bande, mais William ne l’entendait pas de cette oreille.

« La Horde Sauvage est morte, les gars, comme l’Ouest. Et comme vous dans peu de temps… »
Parker et Longabaugh se tournèrent vers la voix qui venaient de prononcer ces mots et eurent la plus grande surprise de leur vie. William était là, devant eux, la main prête à saisir son revolver. La scène avait de quoi faire resurgir le film du Grand Ouest sous les yeux de n’importe qui, il ne manquait que le décor traditionnel de cette période : Bat Masterson était là, l’arme à la ceinture comme à sa grande époque, face à Butch Cassidy et Sundance Kid, bien décidé à enterrer les derniers souvenirs de la Horde Sauvage !

Les balles fusèrent et Butch Cassidy et le Kid tombèrent, morts, dans un entrepôt de New York en 1921, sans que personne ne sache comment et qui ils étaient vraiment. Ironie du sort, William « Bat » Masterson les suivit un mois plus tard, alors qu’il s’apprêtait à écrire leur histoire. Pendant que la Faucheuse l’emmenait, il ne pouvait s’empêcher de penser qu’ils auront tout fait pour avoir le dernier mot jusqu’au bout, laissant planer le mystère autour de leur vie et de leur mort…

Anthony


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Recette Mystère – VoxPlume

« S’il vous plaît boss, tout mais pas ça ! Pourquoi est-ce que vous ne confiez pas ce boulot au stagiaire ?! Il ne fout strictement rien de ses journées ! En plus, il y a encore eu de nouvelles disparitions cette semaine et j’aimerais bien bosser sur le sujet.
– Écoute Edgar, les choses sont simples. Quand je te demande d’aller interviewer M. Von Fleisch, tu te magnes de le faire et tu arrêtes de geindre. Justine s’occupera très bien de cette affaire de disparition. Quant au stagiaire, sache qu’il est en train de faire un reportage sur le nouveau club de culture japonaise qui a été créé par le fils du maire.
– Je rêve ! Vous confiez l’article sur les disparitions à Justine ?! Sauf votre respect monsieur, elle s’occupe de la rubrique mortuaire, du courrier du cœur et des petites annonces ! Vous pouvez m’expliquer en quoi elle est qualifiée pour ce job !?
– Si mes souvenirs sont bons, c’est moi qui dirige ce canard, non ?! Je n’ai donc aucune justification à te fournir ! Après, si tu tiens tant à faire autre chose, je peux tout aussi bien te proposer de me rédiger le papier sur le bicentenaire du naufrage du Marie-Anne.
– Plutôt mourir ! Donc, peu importe ce que je peux dire, c’est râpé pour les disparus ?
– T’as tout compris ! Maintenant tire-toi ! Tu vas te mettre en retard ! »

Thadeus Von Fleisch était le directeur de la manufacture locale de viande séchée. Celle-ci fut bâtie en 1815 par son arrière-grand-père, Victor Von Fleisch. Ce dernier s’avérant également être le fondateur de la ville où se trouve notre journal, notre rédacteur en chef a décidé qu’il était de bon ton d’aller interviewer son arrière-petit-fils, une fois de temps en temps. D’habitude, j’en m’en accommode mais, bon sang, pourquoi fallait-il que ça me tombe dessus maintenant !? Raaaah ! Ça me saoule ! Faut que je me calme…Je sais. Je vais me rendre à l’usine à pied. Me balader me fera le plus grand bien.
Alors que j’arrive à destination, je peux apercevoir M. Von Fleisch qui m’attend devant le portail de son usine. Ce petit bonhomme rondouillard à la moustache fournie m’a toujours paru étrange, comme ailleurs. J’imagine que cela est dû à son poste. Les nombreuses obligations qui sont les siennes doivent constamment lui occuper l’esprit.

« Bonjour Edgar, comment allez-vous depuis la dernière fois ?
– Bonjour monsieur, ça peut aller et vous ?
– Je vais merveilleusement bien ! Ne perdons pas de temps ! Je sais que ce genre d’entrevue vous déplaît au plus haut point et que vous préféreriez travailler sur quelque chose de plus…croustillant, dirons-nous »
Touché ! Il me conduit jusqu’à son bureau en me servant le speech habituel sur l’histoire de sa famille et sur sa volonté de maintenir la tradition familiale en conservant la recette qu’utilisait son grand-père il y a deux siècles. Recette qui, d’ailleurs, a toujours été jalousement gardée et maintenue secrète depuis sa création. Tandis que je m’assieds dans un fauteuil, il me propose une tasse de thé que je décline aussi poliment que possible. Ce n’est pas parce que ça me gonfle d’être là que je me dois comporter comme un sauvage.

« Commençons, voulez-vous, me dit-il.
– Bien sûr ! Je vous pose la même salve de questions que d’habitude ?
– Absolument ! Inutile de changer ce qui fonctionne parfaitement !
– Vous avez entièrement raison ! (Tu parles…) Je vais, également, en profiter pour vous poser deux-trois questions supplémentaires autour du bicentenaire de la disparition du Marie-Anne. Cela vous convient-il ?
– En voilà une excellente idée ! Après tout, c’était le navire de feu mon arrière-grand-père. Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’il fut le seul survivant de ce tragique naufrage.
– Il est vrai. Eh bien, allons-y ! »

Et c’est parti…L’entretien de l’ennui peut commencer. Soudain, un employé fait irruption dans la pièce. Il a l’air totalement affolé. Il chuchote quelque chose au creux de l’oreille de M. Von Fleisch qui essaye de le calmer. Il se dirige vers la bibliothèque et ouvre un coffre-fort où il récupère un vieux plan.
« Attendez-moi, je reviens dans cinq minutes. Il semblerait qu’il y ait un souci avec une de nos machines. C’est ça le problème quand on utilise de vieux appareils, on est jamais à l’abri d’un ennui mécanique. ».
Non mais je rêve ! Il me plante là, comme si que j’avais que ça à fiche ! Et le pire c’est que je peux même pas dégager d’ici. Si je me pointe au journal sans l’interview complète, je vais encore me faire enguirlander. Bon ben, j’ai plus qu’à poireauter… Décidément, le prix Pulitzer, c’est pas pour demain. Si seulement je parvenais à pondre un article qui ferait parler de moi, ce serait le bonheur. Il faudrait que je…attends une minute…il a laissé le coffre-fort ouvert et, si je ne me trompe pas, la recette originale secrète des Von Fleisch est censée se trouver dedans. Il m’en avait parlé lors de notre première rencontre. Il m’avait d’ailleurs expliqué qu’elle fourmillait de détails un peu trop…violents pour moi. Drôle de plaisanterie quand j’y pense… Peu importe ! Ça va être un sacré scoop si j’arrive à la dénicher ! Je commence à farfouiller et finis par trouver une série de feuillets très anciens. Ce sont des notes écrites par son ancêtre. Il parle de son voyage sur le Marie-Anne…okay…la catastrophe…ah ! Je crois bien qu’on y arrive :

~Cela va faire plus d’un mois que nous sommes coincés sur cette île. J’ai trouvé un moyen de nous sauver. J’ai pu élaborer un petit quelque chose grâce à mes connaissances en cuisine. La viande utilisée doit appartenir à un individu en bonne santé et dans la force de l’âge. J’ai effectué des premiers tests qui se sont avérés fort concluants. Le cuistot a parfaitement fait l’affaire. Voici comment je m’y suis pris…~

Non…C…C’est pas possible…il n’a pas osé…Mon dieu mais comment peut-on commettre des choses aussi immondes ?! Je crois…je crois bien que je vais me sentir mal…mes jambes sont en train de me lâcher..faut que je m’appuie sur quelque chose…j’ai envie de vomir…
« Je vois que vous vous êtes montré un peu trop curieux…Je vous avais pourtant prévenu… »
Je fais volte-face et découvre M. Von Fleisch dans l’encadrure de la porte.
« Vous m’avez fait peur !
– Veuillez m’en excuser…ce n’était pas mon intention…vous n’avez donc pas pu vous en empêcher…
– Je suis vraiment désolé, monsieur. Je comprends maintenant pourquoi vous ne vouliez pas que quelqu’un découvre la recette de votre arrière-grand-père. Si la vérité venait à éclater, cela détruirait la réputation des Von Fleisch et vous ruinerait quasi-immédiatement…
– C’est tout à fait probable.
– Ne vous inquiétez pas. Je n’en parlerai à personne. De toute façon, on en a rien à faire de ce qu’il y a d’écrit sur ces vieux bouts de parchemins ! Tout ce qui compte c’est qu’il ne s’agit pas de la recette actuelle. D’ailleurs, je ne l’ai pas trouvé ici. Où est-elle ?
– Vous l’avez entre les mains.
– Vous…vous moquez de moi, c’est ça ? (Aucune réponse…) Sérieusement, monsieur, ne me dites pas que vous osez perpétrer de telles horreurs ?! C’est de la folie !
– Mon cher Edgar, je ne peux faire autrement. Il faut respecter la tradition sinon on ne pourrait plus parler de recette originale.
– Oui mais on parle quand même d’êtres humains ! D’ailleurs, maintenant que j’y pense…j’imagine que les disparitions qui frappent la ville depuis des années sont votre œuvre ?
– Que voulez-vous…parfois les fournisseurs ne nous livrent pas assez de « marchandises »…du reste, il me semble que nous manquons d’un peu de stocks ! »

Lorsqu’on interrogea Thadeus Von Fleisch sur la disparition du journaliste venu l’interviewer, il se contenta de dire que tout s’était bien passé et qu’il l’avait vu repartir à pied vers le centre ville. La police eut beau chercher Edgar, celui-ci avait disparu sans laisser de traces. En fait, les seules traces que vous pourriez trouver de lui sont actuellement dans des sachets de viande séchée vendues à la supérette du coin.

Mickaël

Le syndicat des monstruosités en tout genre – VoxPlume

Sarah, un des nombreux fantômes de la tour de Londres, entra fièrement dans les locaux du syndicat des monstruosités en tout genre. Ici, tous s’activaient. Elle sourit à l’idée qu’elle avait eue.

À sa gauche, deux squelettes et un loup garou finissaient une gigantesque pancarte : « Marre d’être des poupées Barbies ! ». Ils avaient dessiné à côté une des Monster High que les fillettes idolâtraient.
Sarah grimaça. Elle ne les supportait pas, ces stéréotypes d’adolescentes branchées qui tentaient péniblement d’avoir l’air de vrais monstres. Une honte que les humains aient pu oublier à quoi elle et les siens ressemblaient ! Cette manif surprise allait les faire redescendre sur terre.

Elle passa devant le clan des fantômes qui se dressaient contre les immondes ghostbusters (comme si on pouvait attraper un fantôme, vraiment n’importe quoi ce film) et surtout, leur ennemi ultime : Casper le gentil fantôme.
Sarah n’avait pas de mot pour décrire Casper et sa gentillesse exaspérante. Ce bout de guimauve ambulante aurait été tabassé en moins de deux s’il avait vraiment existé. Même s’il était impossible qu’une telle chiffe molle fasse son apparition chez les fantômes, il était tout de même humiliant de se voir aussi mal représenté.

Le pire était peut-être que les humains essayaient maintenant de leur ressembler. Non contents de ternir leur image au moyen de dessins animés et autres histoires pénibles, ils avaient en plus décidé de leur voler leur travail en effrayant les gens eux-mêmes grâce aux films d’horreur. Une idée désastreuse, même pour des humains. Comment pouvaient-ils imaginer réussir à faire plus peur qu’un monstre entraîné ? Ils voyaient bien que ça ne marchait pas : les gens en redemandaient. C’était bien une preuve qu’ils n’étaient pas effrayés ! Ils allaient même jusqu’à se déguiser en monstre et organiser de grandes marches. Encore une idée typiquement humaine. Comme si les monstres n’avaient pas autre chose à faire que marcher bizarrement en groupe en beuglant…
Le signal d’alarme retentit et Sarah se précipita devant les écrans de contrôle.

« Que se passe-t-il ? demanda-t-elle à Milan, un jeune zombie.
– Ils l’ont fait Sarah, ils l’ont fait ! Malgré nos interdictions ! s’indigna celui-ci.
-Damnation ! rugit Sarah en regardant l’affiche du dernier Twilight qu’on venait d’accrocher dans le métro, Cette fois-ci, on n’a pas le choix. Il va y avoir des morts, c’est moi qui vous le dis, grommela-t-elle. Dites aux vampires de s’occuper des producteurs, de l’auteur, des acteurs et surtout de cette cruche et de ses fans décérébrés ! On va leur faire passer l’envie de tomber amoureux d’un vampire. »

Alice

La compétition – VoxPlume

« Hé debout, je te rappelle que c’est aujourd’hui que nous devons faire nos preuves ! »
Le petit son caractéristique qui annonçait un réveil difficile venait de retentir dans l’habitation. Le traînard s’exécuta avec peine, s’extirpant de son lit posé à même le sol sous les sommation de son colocataire. En effet les deux compères venaient de s’installer dans un petit coin reclus d’une immense tour où cohabitait un sacré paquet de gens, parfois renommés dans le monde entier. A peine eurent-ils le temps de se préparer qu’une vidéo apparue sur un écran posé devant eux.

« Bienvenue parmi nous Olegh G. et Romeo C. ! Vous êtes nouveaux dans le cercle des explorateurs et j’espère que vous vous êtes bien installés. J’ai le plaisir de vous annoncer que vous avez été sollicités pour la mission du jour. Cependant nous vous rappelons que vous êtes ici à l’essai et que si vos performances ne convainquent pas, vous risquez bien de ne pas être dans les favoris car vous n’êtes pas les seuls à concourir pour le titre du plus rapide… soyez prêts, votre mission commence bientôt! »

Le jeu est simple : trouver le plus d’informations, présentées sous forme de jetons à récolter. Le plus rapide gagne. Un petit message s’invita sur l’écran avec, à ses côtés, un chronomètre qui se mit en route.

Le mot affiché : Patate.

« Hum… patate…» répéta Olegh en réfléchissant à toute vitesse. «Il faudrait chercher à la grande bibliothèque Diwa Pike, c’est là où il y a le plus d’informations .»

Soudain, une certaine agitation se fit ressentir dans le bâtiment. Le jeu venait de commencer. Sans perdre plus de temps, les deux compères se ruèrent vers la porte pour découvrir les couloirs pris d’assaut par une armada de gens aux rôles divers et variés. Romeo distingua au loin un vieil explorateur renommé, visiblement de la partie, sortir de son appartement aidé de sa canne. Se faufilant comme ils pouvaient, les deux coéquipiers se dépêchèrent de gagner l’extérieur malgré la bousculade pour trouver un moyen de se rendre dans la grande bibliothèque où ils pourraient, à coup sûr, trouver le plus d’informations possibles, en évitant au passage un architecte qui portait des fenêtres. Un autre architecte qui portait une large colonne manqua, quant à lui, de les assommer.

Une fois dehors, ils remarquèrent un de leurs concurrents passer à bord d’une superbe automobile rouge de marque Eropa, très rapide. Non loin se trouvait leur tandem qu’ils enfourchèrent sans perdre de temps. En roulant, ils croisèrent d’autres prétendants sur divers véhicules, allant de la moto au roller, certains prirent même le train. Malgré leur coup de pédale vigoureux, Olegh et Romeo peinèrent à rattraper le type à la voiture qui montait déjà quatre à quatre les marches de la bibliothèque Diwa Pike. Ils furent les deuxièmes à arriver sur les lieux, distinguant de nombreux concurrents sur leurs talons.

« Il est à l’accueil ! Sors ta carte d’accès, je vais l’empêcher d’entrer le premier !» s’écria Olegh qui fondit sur l’homme en rouge.
Ce dernier tomba en laissant échapper la carte qu’il s’apprêtait à montrer à la responsable des lieux. Romeo s’empressa de prendre sa place, en aidant, dans son élan, Olegh à se relever. Ils passèrent les portes en jetant un œil en arrière, où ils virent une foule d’adversaires se ruer vers l’accueil.

« Patate, patate… là ! » désigna Romeo du doigt un rayon entier remplit de jetons où trônaient, au-dessous, des mots-clés de ce que chacun renfermait. Derrière eux, l’homme en rouge déboula dans la rayon, suivi de près par de la horde de candidats.
« Vite ! Prend Tout ce qui contient le mot patate ! » ordonna Olegh en saisissant un panier.

Romeo se mit à l’œuvre, lançant les pièces à la pelle vers son coéquipier tandis qu’il sentit des doigts lui arracher ses jetons des mains. Olegh fit son possible pour ne pas perdre leur gain et essaya de semer l’homme en rouge qui remplissait ses immenses poches de jetons. Romeo consulta son chronomètre.
« On a plus le temps, faut envoyer ! »

Olegh s’exécuta, écrasant certains ennemis pour atteindre une borne d’envoi où il versa tous ses jetons. D’un coup sec et rapide, il abaissa la manette « envoyer », presque en même temps que le type à l’auto qui se trouvait à une borne voisine. Après un long suspense, les résultats s’affichèrent.

« 18 600 000 jetons en 0.35 secondes ! hurla Romeo, fou de joie, en s’extirpant de la montagne de concurrents, on a fait mieux que « Monsieur Rouge » ! »
Les deux amis, ravis de leur score, se firent une longue accolade. Mais le bonheur fut de courte durée, car une voix sortie de nulle part, prononça le mot « canard ». Une nouvelle agitation gagna la bibliothèque et tous se précipitèrent vers un autre rayon. Pendant ce temps, le vieil explorateur se promenait dans les couloirs déserts, prenant le temps de lire chaque notice.

« Alors… patate… patate…» répétait-il sereinement près des étagères, en glissant un à un les jetons dans son panier.

*

« Donc la patate est un tubercule, pas une racine ! Je t’avais dit. triompha un jeune adolescent assis à son bureau.
– Oui d’accord j’avoue, renchérit une jeune fille à ses côtés, vexée. Pour le coup tu avais raison.
– Par contre je continue à dire qu’un canard est bel et bien une espèce à part entière.
– On verra quand les résultats s’afficheront» dit-elle en observant la barre de chargement des nombreux moteurs de recherche présents sur l’écran, se demandant lequel allait être le plus rapide cette fois-ci.

JellyBell

Reflet d’une Vie – VoxPlume

Cela faisait bien longtemps que Michael se sentait observé, voire dirigé, comme si ses actes et ses pensées ne lui appartenaient plus. Tout semblait pourtant parfaitement normal dans sa vie, mais il commençait à se sentir mal dans cette normalité et sa routine. Il avait l’impression tenace qu’il ne vivait pas dans le vrai monde et qu’il n’était qu’un pion, une marionnette ; mais qui en tirait les ficelles ?

Le même processus se répétait à chaque fois. Ces pensées lui venaient, brutalement, et il restait figé sur place, plus ou moins longtemps, avec l’impression d’avoir un voile devant les yeux ; subitement, tout autour de lui devenait un environnement virtuel qui camouflait un autre monde, cette fois bien réel. Une fois le malaise passé, il chassait ce sentiment de son esprit, reprenant tranquillement le cours de sa vie, puis elles revenaient plus tard. Michael s’était habitué à ce cycle, mais pas aux questions qu’il ouvrait ; celles-ci devenaient d’ailleurs de plus en plus insistantes. De plus, il vivait dans la crainte constante de voir surgir un jour une quelconque créature et de se demander si c’était réel ou non, plongeant dans une confusion qui le rendait fou à petit feu.

Il savait qu’il ne tiendrait pas longtemps s’il n’en avait pas le cœur net très vite. Luttant contre ses pensées, il se força à découvrir l’endroit où son malaise était le plus long et marquant. Ce fut une longue marche, entrecoupée de grands moments de solitude à le rendre régulièrement malade, mais il trouva quelque chose… La source de ses malaises semblait être la vieille fabrique de miroirs, dont les dirigeants de la ville interdisaient toute approche. La raison officielle était l’âge et la dangerosité du lieu, susceptible de s’effondrer à tout moment ; mais Michael commença à suspecter qu’il y avait une autre raison officieuse derrière cette mesure…

La nuit venue, il revint avec une lampe, ainsi que de quoi supporter les malaises et le matériel pour passer la nuit à l’intérieur. Il n’en avait guère envie mais était bien résolu à le faire si cela s’avérait nécessaire. Le bâtiment ne semblait rien cacher d’important, il s’agissait seulement d’une vieille fabrique dans laquelle on pouvait encore trouver plusieurs miroirs ; un fait bien étrange, à y regarder de plus près. Michael s’aperçut en effet que ces miroirs étaient neufs, en parfait état, et même parfaitement lisses et propres, comme si quelqu’un les nettoyait régulièrement. Il pensa que c’était peut-être le fruit d’un vieil original qui ne supportait pas de voir la fabrique laissée à l’abandon. Sa théorie ne tint toutefois pas longtemps quand il découvrit la zone de production…

C’était une salle vide, où l’on pouvait voir un grand trou dans le mur. Quand Michael s’approcha, son corps se mit à ne plus lui obéir, il se sentit inexorablement attiré et bougeait contre son gré. Quand il put enfin voir à l’intérieur du trou, il vit la vérité : un autre lui-même se mouvait en face de lui, exécutant les mouvements sur lesquels il n’avait aucun contrôle. Ceux-ci étaient simplement inversés par rapport aux siens. La vérité commença à se dévoiler dans son esprit, mais il n’osait y croire, et encore moins l’accepter… Cela voulait dire remettre en cause son identité, ses choix, sa vie ; il semblait bien pourtant qu’il n’était qu’un reflet dans un miroir, dépendant d’une autre version de lui-même.

Anthony

Son grand succès – VoxPlume

Il y était finalement arrivé. Il se tenait sur la scène, devant une foule en délire, un large sourire sur ses lèvres et son cœur battant la chamade. La lumière des projecteurs l’éblouissait, mais il n’y prêtait guère attention. Ses oreilles bourdonnaient des cris du public, et ses genoux tremblaient de peur que tout ne se passe pas comme prévu. On essayait de se lever, de l’attraper, de le toucher. Il se tenait là, inaccessible mais aux yeux de tous, droit et fier. Plus rien ne pouvait se dresser entre lui et le succès.

Après tant d’efforts, tant de batailles, de coups fourrés, de terreurs et de déceptions, il avait finalement atteint son but. Bien sûr, il n’avait pas pu achever tout ça tout seul, mais quoi qu’il arrivât, c’était désormais sa silhouette solitaire qui se tenait sur le devant de la scène. Il ouvrit les bras pour accueillir la vague de bonheur et d’accomplissement qui vint le cueillir avec douceur. Il eut presque envie de se mettre à rire, mais ce n’était pas le moment, et il le savait. Le spectacle allait commencer.

Il leva un peu plus haut son bras droit, une télécommande posée sur sa paume fébrile. Il eut envie de la jeter plus haut, pour la montrer au monde entier, pour prouver qu’il y était enfin arrivé. Les hurlements redoublèrent d’intensité. Il coula son regard vers son public, qui essayait d’être plus près de lui, toujours plus près de lui. Tous ses regards fixés sur lui le faisaient frisonner. C’était tout ce dont il avait jamais rêvé. La raison pour laquelle il avait lutté, depuis tant de temps. Ses croyances, ses échecs et ses réussites avaient finalement réussis à le hisser jusqu’au sommet. Il se sentait maître de son destin. Peu de personnes réussissaient à réaliser leurs rêves, envers et contre tous, à se battre suffisamment contre le monde entier pour devenir une personne qu’ils auraient admiré, mais lui, lui !, il s’était montré plus fort qu’il n’avait jamais pensé être. Son cœur battait un rythme irrégulier, frénétique, contre sa cage thoracique. Il sentait l’excitation monter, et un large sourire fendre ses lèvres sèches.

Finalement, lorsqu’il se sentit à son apogée, qu’il n’était plus qu’exaltation, il appuya sur le bouton central de sa machine. Et il fit exploser la bombe.

Cupcake Nie

Contrôle Parental – VoxPlume

« Non, non et non ! Je refuse que tu passes une seule seconde de plus devant cette horreur ! s’écria la mère.
– Mais maman…
– Pas de mais qui tienne ! C’est beaucoup trop violent pour ton âge !
– Je t’assure, je n’ai pas peur ! objecta sa fille.
– C’est bien là le problème, tu restes passive ! Comme si tous ces monstres, ces zombies comme tu les appelles, ne te faisaient rien du tout. Je m’inquiète beaucoup tu sais. J’ai vu des extraits l’autre jour. Ces chiens dénaturés, ces zombies dégoûtants ! La télé avait parlé de films de ce genre. Le présentateur disait bien que les jeunes étaient attirés par le sang. Alors du coup j’ai cherché celui que tu adores et je l’ai regardé, en connaissance de cause, mais je n’aurais jamais cru que ça puisse aller aussi loin !

– C’est juste un film maman…
– Et alors ? Pour toi, « film » , c’est le mot magique ! Dès que c’est un film, on n’a plus peur ! Tout va bien dans le meilleur des mondes, on peut regarder des atrocités sans se gêner !
– Des atrocités ? Tu es sûre que tu ne vas pas un peu loin ?
– Pas du tout ! D’ailleurs, je suis sûre qu’il y a des interdictions ! Passe-moi la jaquette.
– Maman, c’est un programme qui passe à la télé, il n’y a pas de « jaquette »…
– Ils osent faire passer ce genre de choses à la télé ? Mais c’est un scandale ! Tiens, regarde-moi encore cette horreur. Il vient de se faire écraser sous un rouleau compresseur ! C’est juste atroce ! s’énerva-t-elle.

– Tu sais, il y a des trucs bien plus violents…
– Oh je sais bien ! Pourquoi crois-tu que tu n’y a pas accès ? Ta mère veille ! Heureusement que certaines personnes à la télé ont encore assez de moralité pour prévenir les honnêtes gens du danger qui guette leurs enfants. Grâce à eux ma chérie, tu ne finiras pas comme tous ces jeunes perdus qui se rendent en cours avec des fusils pour tuer leurs camarades !
– Mais je ne ferais jamais ça !
– C’est ce que tu penses. Tu verras d’ici quelques années si tu continues sur cette voie. Le problème c’est que tu n’imagines pas les effets à long terme ! répliqua la mère.
– Les effets à long terme ? soupira la fille.
– Ils en ont parlé à la télévision l’autre jour. Si tu continues à regarder ce genre de choses, il ne faudra pas t’étonner si tu deviens violente ou même pire, complètement folle ! Sans compter les risques d’épilepsie !
– Tu sais, j’ai quand même de sérieux doutes…

– Oh je sais bien ! Tu fais la maligne ! Tu te crois surpuissante ! Mais écoute moi bien jeune fille, et c’est pour ton bien que je le fais : Moi vivante, je me dresserai contre les violences des dessins animés et aucun épisode de Scooby-doo ne sera diffusé chez moi ! »

Alice

Cinq minutes chrono – VoxPlume

Cinq minutes. C’est amplement suffisant. En tout cas, il faut que ça le soit. Si je ne l’ai pas retrouvé dans les cinq minutes qui suivent, je n’ose même pas imaginer ce qui pourrait arriver.

Il est exactement 19h12. Je retourne ma chambre de fond en comble, en commençant par mon armoire, sachant bien qu’il y a très peu de chance de le trouver là-dedans. Je la balaie donc simplement du regard, et suis attiré par un vieux jouet que j’aimais beaucoup pendant mon enfance. Non ! Je dois… résister ! On connait tous ce moment quand on doit réviser ou ranger, et que la moindre babiole peut nous distraire… Mais j’ai passé ce stade ! Je suis responsable maintenant. Je vais juste jouer avec quelques secondes…

19h13. Mince, plus que quatre minutes ! Je balance donc ma vieille toupie, non sans un soupçon de nostalgie, et reprends ma recherche. Je sais pertinemment qu’il est inutile de fouiller mon bureau, je l’ai déjà examiné et réexaminé plusieurs fois… Je me dirige alors vers mon coffre où j’ai l’habitude de stocker tout mon bazar. Je le renverse par terre, le vide totalement et lâche un soupir, afin de me remettre les idées en place. Je ne dois pas me précipiter. Il faut que je me calme et que j’essaye de relâcher ce pincement qui me tient le cœur depuis tout à l’heure. Je survole le désordre qui se trouve à présent à mes pieds et une lueur commence à illuminer mon visage. Je me penche pour ramasser ce petit objet brillant, et le pose fièrement sur mon bureau. J’ai enfin retrouvé cette bonne vieille médaille d’athlétisme, gagnée durement en primaire ! Mais bon, ça ne m’avance pas vraiment pour l’instant…

19h14. Toujours aucune trace de mon précieux. Il n’était pas dans le coffre. Il me reste un endroit possible… Mais oui ! C’est pourtant évident ! J’ai tourné en rond pendant tout ce temps alors que la réponse était sous mon nez ! Je retourne vers mon bureau, un sourire de satisfaction pendant aux lèvres et cette fois, je prends le cadre photo, et retire le verrou à l’arrière pour accéder à un petit étui dans lequel se trouve enfin… Rien du tout. Absolument rien. Le vide. Aussi vide que …
« Aussi vide que ta petite tête. Tu veux récupérer ton dû ? Trente euros. »

19h 15. Pourquoi n’y ai-je pas pensé plus tôt ? Cette fille, c’est le démon incarné qui se prétend ma sœur. Elle sait très bien ce que je risque si elle ne me le rend pas, mais elle ne semble pas s’en soucier.
« Non. Je ne les ai pas. Abandonne, tu n’aurais rien à faire avec cet argent.
– Vraiment ? Tu tiens si peu à la vie ? Je vais en convention dans une semaine, j’ai besoin de thunes, je vais pas laisser tomber. »
Bon… j’ai plus le choix. Je sors un billet de vingt de ma poche et la regarde d’un air que je voulais confiant.
« J’ai pitié de toi, je m’en contenterai. Ah et ce que tu cherches, c’est dans la chambre des parents, derrière la télé. Je me dépêcherais si j’étais toi » rit-elle en quittant la salle.

19h16. OK, il ne me reste qu’une minute, c’est jouable. Je cours hors de ma chambre vers la dernière salle. Je sais que tout sera bientôt terminé, il faut juste que je garde mon sang-froid. Le stress monte de plus en plus. Si jamais je ne le retrouve pas ou si je n’arrive pas à temps… Ma poitrine se serre à l’idée même de ce qui pourrait arriver. Je termine ma première course, repère mon messie, non sans lâcher un petit couinement de soulagement, et entame ma seconde course vers l’extérieur. 10 secondes. J’arrive à la porte d’entrée et continue de courir jusqu’au carrefour du bout de la rue. 5 secondes, 4 secondes… J’y suis presque ! 1 seconde…

19h 17.
« T’as failli être à la bourre. T’as ce que je t’ai demandé ?
Cet homme aux airs sages peut s’avérer très dangereux une fois contrarié. J’ai vraiment eu de la chance sur ce coup. A bout de souffle, je lui réponds :
– Tu crois pas que t’en fais un peu trop pour une simple soirée Smash Bros ? »
Et je tends la cartouche à mon frère.

Nouillechan

Cuisine explosive – VoxPlume

« La dernière fois, on a frôlé la catastrophe et je vous parie, qu’aujourd’hui, on va encore y avoir droit !  s’exclama Edward. « Sans rire, ça va bientôt faire trente ans que je réalise « Les bonnes recettes de Tante Agathe » et on est jamais passé aussi près du désastre !

– Ne vous inquiétez pas , lui répliqua Vincent Fisher, le producteur du programme. Ça va bien se passer.
– Je ne suis pas aussi confiant que vous là-dessus. Agathe a beau être la gentillesse incarnée, sa maladresse n’a fait qu’empirer avec le temps ! Elle n’a décidément pas volé son surnom d’Apocalypse en bas de contention…
– Vous ne croyez pas que vous exagérez un peu ?
– Absolument pas ! Écoutez-moi bien, elle va finir par blesser quelqu’un et le jour où ça arrivera, car ça va arriver, faudra pas vous demander d’où ça vient ! »

Alors que la tension était à son comble en régie, Agathe fit son entrée dans le studio. Après s’être installée, elle indiqua qu’elle était prête à cuisiner. Edward ordonna à son équipe de commencer à filmer.

– Bonjour les gourmets ! Ici Tante Agathe pour une nouvelle recette. Aujourd’hui, je vais vous mitonner un sauté de bœuf à la ciboulette. Vous m’en direz des nouvelles, foi d’Agathe Hilbert. Pour commencer, il nous faut 400 grammes de bœuf que nous allons attendrir. »

James, l’assistant d’Agathe, lui apporta la viande. Le moment où il la posa sur le plan de travail est un de ceux qui forgent les souvenirs douloureux et qui vous font dire qu’une poignée de secondes suffit à changer le cours d’une vie. « Bon sang ! James retire immédiatement tes doigts de ce morceau de barbaque ! », lui cria le réalisateur dans l’oreillette. L’instant d’après, un attendrisseur lui atterrissait sur la main. Il se retint de hurler et quitta le plateau en pleurs. Edward s’adressa au reste de l’équipe : « Que l’un de vous appelle immédiatement une ambulance ! Magnez-vous ! ».

Il se tourna vers Vincent, lui jetant un regard noir.

– « Je savais bien que c’était l’émission de trop ! Je vous avais prévenu mais vous n’avez pas voulu m’écouter et voilà le résultat ! »
– « Calmez vous, ce n’est qu’un incident minime. »
– « Minime ?! Le pauvre James a la main qui vient de se faire attendrir et ce n’est qu’un incident minime ?! »
– « De toute façon, cette émission doit être mise en boîte que vous le vouliez ou non. D’ailleurs, vous savez petitement ce que ça vous coûtera si elle ne l’est pas. Suis-je assez clair ? »

Edward émit un grognement. Pendant ce temps, Agathe continuait de cuisiner comme si de rien n’était. Le réalisateur remarqua qu’elle avait tourné le dos aux caméras.

– « Mais qu’est-ce qu’elle fout ?! Bon sang ! Les gars ! Est-ce que quelqu’un peut me dire ce qu’Agathe est en train de fiche ? »
– « Elle cherche son hachoir à main pour la ciboulette, monsieur », lui répondit l’un des caméramans.
– « Billy, va la voir pour lui dire de se retourner. »
– « J’ose pas m’approcher, monsieur. Elle est en train de balancer des couteaux dans tous les sens ! »

Billy venait à peine de finir sa phrase que la caméra 3 fut mise hors-service.

– « Nom de Dieu ! Billy, qu’est-ce qui se passe ?! »
– « Madame Hilbert vient de, malencontreusement, envoyer un couperet en plein dans la caméra 3, monsieur. D’ailleurs, le pauvre gars derrière l’objectif est tombé dans les pommes… »
– « Et vous allez encore me dire que la situation n’est pas catastrophique, Vincent ?! »
– « Une caméra ça se remplace, voyons. »
– « Et si ça avait été un homme ?! Vous y pensez à ça ?! »

Pour une fois, Vincent ne sut pas quoi répondre. Quant à Edward, il avait juste besoin de souffler et son équipe en avait tout autant besoin que lui.

– « Bon les mecs, on fait une pause avant qu’il y ait d’autres blessés et on change de recette ! »
– « Quelle genre de recette, monsieur ? » lui demanda Billy.
– « Une recette sans objets tranchants, ni contondants. Au passage, rends-moi service et dis à Agathe de venir me rejoindre en régie.»

Les minutes passèrent et Agathe n’arrivait pas.

– « Billy, ça va faire près d’un quart d’heure que je t’ai demandé de prévenir Agathe et elle n’est toujours pas là ! »
– « Il semblerait qu’elle soit en train de faire réchauffer un plat, monsieur. »
– « Mais bon dieu, j’ai dit une pause, pas la pause déjeuner ! Oh et puis, tu sais quoi ? Laisse-la faire. Par contre, dis-lui de me rejoindre dès qu’elle aura fini… »
– « D’accord, monsieur. »
– « Au fait, ça fait combien de temps que tu bosses ici ? Deux, trois jours ? »
– « C’est mon troisième jour, monsieur. »
– « Alors, tu ne connais pas encore les petites habitudes de notre chère présentatrice. À chaque tournage et ce, depuis des années, elle apporte le même repas qu’elle réchauffe dans un micro-ondes situé sur le plateau. Elle utilise toujours le même type de plat en aluminium pour l’apporter et les mêmes couverts en argent pour le manger. D’ailleurs, à chaque fois, on doit lui expliquer que c’est dangereux de…Bon sang ! »

Par on ne sait quel miracle, Agathe survécut à l’explosion du four à micro-ondes. Suite à cet incident, une nouvelle émission où elle ne risquait pas de dévaster un plateau lui fut confiée. Elle s’intitulait « Le tricot facile au coin du feu avec Tante Agathe ». Billy, quant à lui, tomba dans le coma après avoir reçu une planche à découper, projetée à pleine vitesse, en pleine tête. Lorsqu’il se réveilla, il jura de ne plus jamais approcher un plateau de télé. Edward fut renvoyé. Il travaille, désormais, sur une petite chaîne locale où il réalise le bulletin météo. Vincent prit sa place tout en gardant son poste de producteur. Il mourut, peu de temps après, lors de la première de la nouvelle émission d’Agathe, une aiguille à tricoter lui ayant « malencontreusement » traversé le crâne…

Mickaël