Chroniques [Para]Normales N° 2 : La vie extraordinaire d’Arthur Baynton.

1880 : Naissance d’Arthur dans une maison bourgeoise du centre-ville de Londres. Un fait étrange est rapporté le lendemain dans les journaux. Alors que le temps était au beau fixe, une tempête se leva de manière inattendue. La foudre aurait alors frappé le bâtiment au moment même de sa naissance. Aucun dégât ne fut à déplorer.

1893 : Alors qu’il rentre de la bibliothèque, Arthur est pris d’un malaise. Fiévreux et toussant de plus en plus violemment, il est ramené chez lui. Le diagnostic ne tarde pas à tomber. Il a contracté la tuberculose, maladie que certains appellent encore la peste blanche. Fatigué, souffrant de sueurs nocturnes l’empêchant de se reposer correctement et ne mangeant plus beaucoup, il perd rapidement du poids. Les premiers crachats de sang ne tardent pas à faire leur apparition. Son père, médecin réputé, va tout faire pour le maintenir en vie.

1912 : Devenu un jeune avocat ambitieux, Arthur s’installe dans la ville de Southampton dans le Hampshire en 1910. Il ne tarde pas à rencontrer le succès et ouvre son propre cabinet d’avocats. Sa réputation est telle qu’on vient des quatre coins du comté pour l’engager ou pour un simple conseil juridique. Les nombreuses affaires qu’on lui confie lui permettent de rapidement s’enrichir. Il décide alors de prendre des vacances bien méritées. Ça tombe bien, il a entendu parler d’un paquebot flambant neuf amarré dans le port de Southampton. La croisière inaugurale aura lieu en avril. Il décide très rapidement de prendre un billet afin de faire partie du voyage. Il faut dire que la publicité autour de ce RMS Titanic a su le convaincre sans la moindre difficulté. Summum du luxe et de la technologie, insubmersible de surcroit, comment les choses pourraient-elles mal se passer ?

1918 : La première guerre mondiale touche à sa fin. Arthur est promu capitaine dans l’armée de sa majesté. Il participe, entre autres, à la deuxième bataille de l’Aisne. Il voit des horreurs qui ne font qu’ajouter au traumatisme qu’il a vécu six ans auparavant. La mort le frôle à chaque instant. Le bruit des balles siffle dans ses oreilles. Les explosions meurtrissent ses tympans déjà remplis des cris d’agonie de ses camarades. Il doit mener l’assaut en ce 4 juin. Il tremble. Il tente de faire un discours pour encourager ses hommes mais les mots ont du mal à sortir. Finalement, il charge, sabre au clair, en tête de ses troupes.

1946 : Âgé de 66 ans, aspirant au calme et à la tranquillité, Arthur décide de quitter l’Angleterre pour aller s’installer en Suisse. La campagne anglaise aurait pu lui suffire me diriez-vous mais il souhaitait un véritable changement d’air. C’est ainsi qu’il pose ses valises à Sierre le 5 janvier. Une vingtaine de jours plus tard, aux alentours de 18h, un violent tremblement de terre secoue la région. Pour le calme et la tranquillité, on repassera.

1963 : Vouloir faire le tour de l’Italie n’a, en soi, rien de particulièrement dangereux. Alors qu’il souhaite se rendre à Venise, Arthur décide de s’arrêter dans la commune de Longarone pour se reposer. Le même jour, un glissement de terrain fait s’écrouler deux-cent-soixante millions de mètres cubes de terre et de roches provoquant ainsi le débordement du lac de retenue du barrage de Vajont situé en amont de la localité. Des millions de litres d’eau se déversent par dessus l’ouvrage et détruisent les villages alentours, y compris celui où réside le sieur Baynton.

1980 : C’est, finalement, à l’aube de ses 100 ans qu’Arthur rejoint les États-Unis. Le 20 novembre, il est aperçu par des badauds en train de se baigner dans le lac Peigneur, un petit plan d’eau situé en Louisiane. Peu de temps après, le lac se vide intégralement suite à un accident impliquant une tête de forage. Ce fut la dernière fois qu’on entendit parler de lui.

N.B. : Si on excepte son incroyable capacité à se trouver toujours au mauvais endroit au mauvais moment, la vie d’Arthur Baynton pourrait paraître parfaitement banale. Seulement, un petit détail vous échappe. À quel moment Arthur a-t-il cessé de vivre ? Le 12 décembre 1893, il succombe après avoir contracté la bactérie nommée Mycobacterium tuberculosis. Pourtant, c’est bel et bien lui qui embarque sur le Titanic lors de son voyage inaugural. Son corps n’a jamais été retrouvé suite au naufrage. Cela ne l’empêcha pas de périr à nouveau le 4 juin 1918 d’une balle dans la tête. Mais comment-a-t-il pu, de nombreuses années plus tard, mourir à nouveau écrasé puis emporté par une vague de 12,5 millions de mètres cubes d’eau ? Une seule réponse nous vient à l’esprit. Il semblerait bien que les tentatives du Docteur Baynton pour sauver la vie de son fils aient été finalement efficaces. Un peu trop efficaces.

Mickaël


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