Problèmes syndicaux et volcans en fusion

« MAIS C’EST PAS POSSIBLE D’ÊTRE AUSSI C*N !» s’époumona le Diable, en recouvrant intégralement de postillons le pauvre diablotin stagiaire.

Celui-ci prit le parti de rester le plus stoïque possible et de baisser les yeux, résistant à l’envie d’essuyer son visage. Le géant rouge, porté par ses deux grandes ailes noires, darda son imposant regard sur lui.

« Encore une fois, tenta le jeune diable, Sauf votre respect monsieur, ce n’est pas réellement de ma faute… »

Le Diable souffla un coup et se redonna une prestance, bien décidé à ne faire qu’une bouchée du petit stagiaire. A vrai dire, il n’était pas habitué à ce genre de sautes d’humeurs. Aussi se reconnut-il bien plus dans le ton ferme et glacial qu’il choisit pour continuer son invective :

« Mon petit Valentin, évidemment que ce n’est pas de votre faute. Le problème, c’est que vous êtes chargé du bon fonctionnement de la file d’attente des enfers, n’est-ce pas ? Ainsi, lorsque je vois une file d’attente longue de plusieurs années à l’entrée, je me pose des questions et je viens, logiquement, vous les poser.
– Oui monsieur…
– Donc, à moins que nous aillons subitement été bien côté par les guides touristiques, ce qui me semblerait étrange, j’aimerais quelques explications.
– J’imagine qu’ils ne pouvaient pas vraiment accepter tout le monde au paradis…
– Là n’est pas la question mon petit Valentin, nous avons suffisamment à régler ici pour nous occuper de ce qu’ils peuvent bien faire en haut.
-J’imagine bien monsieur…
-Tu es un garçon intelligent mon petit Valentin. Alors vous allez m’arranger tout ça et m’expédier tout ce petit monde dans le volcan, est-ce que c’est clair ?
– Moi je veux bien, mais ça risque d’être compliqué… »

Le Diable fronça les sourcils, tentant de maintenir le semblant de calme qu’il avait conservé.

« Mon petit Valentin, je m’excuse si, par le plus grand hasard, j’ai mal compris, mais est-ce que vous venez de me dire que faire votre boulot était compliqué ?
-Non mais ce que je dis, c’est que moi je veux bien, c’est pas ça le problème…
-Où est donc le problème ? demanda le diable, de plus en plus crispé.
– Le problème, c’est que nous, représentants du syndicat des diablotins, refusons cette cadence infernale et avons décidé de stopper tout travail avant d’être revenu à un rythme de mort normal ! » lança une voix derrière eux.

Les deux se retournèrent pour faire face à un vieux diablotin, un mégaphone à la main, qui lançait des slogans repris par une bande de jeunes diablotins derrière lui. Le Diable s’approcha du responsable syndical auto-proclamé.

« C’est-à-dire que vu que vous travaillez en enfer, les cadences infernales ne devraient pas trop vous étonner…
– Ça ne veut pas dire qu’on n’a pas droit à des droits humains élémentaires !
– Mais vous n’êtes même pas humains ! Je peux savoir qui vous a mis ces idées de gauchistes dans le crâne ?
– Figurez-vous que les nouveaux morts sont vachement plus au fait des droits élémentaires et syndicaux et qu’ils nous ont bien éclairés sur nos droits et nos conditions de travail ! Nous avons découvert, par exemple, le droit de grève, qui nous permet de stopper le travail tant que leur nombre n’aura pas diminué ! »

Le Diable décida de ne pas relever le fait que leur boulot consistait justement à diminuer les morts en question et soupira, désespéré:

« Faut vraiment que j’explique à Dieu que l’apocalypse, ce n’est pas une bonne idée démographiquement parlant… »

Alice


Annonces Google

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *