Chroniques [Para]Normales N° 1 – Le mystère Ravencroft.

1885 : Le premier incident notable s’étant produit dans l’immeuble Ravencroft (du nom de son architecte, Edward Ravencroft) est d’une remarquable banalité. Un jeune professeur, Preston Windham, avait réussi, par on ne sait quel miracle, à louer un appartement au sixième étage du bâtiment. Peu de temps après son installation, il remarqua, un soir, le bruit régulier et passablement énervant d’une goutte d’eau tombant dans un lavabo. Plic. L’évier de la cuisine fut le premier concerné. Ploc. Puis celui de la salle de bain. Plic. Et, enfin, la baignoire. Ploc. Une fois tous les robinets consciencieusement fermés, il retourna à sa lecture. Plic. Décidément, pour une habitation aussi récente, les travaux de plomberie laissaient à désirer. Il revérifia partout dans chaque pièce. Ploc. Rien. Et pourtant, il continuait de l’entendre. Ploc. Obsédant. Plic. Cela ne pouvait plus durer. Le lendemain, il fit venir un plombier. Après plusieurs heures de recherches infructueuses et une facture particulièrement salée, l’artisan déclara qu’il avait d’autres choses à faire que de perdre son temps. Pensant qu’il se moquait ouvertement de lui, Preston entra dans une colère noire. Ploc. Une voisine ayant entendu le vacarme provenant de chez lui se dépêcha de contacter la police. Arrivées sur place, les forces de l’ordre se hâtèrent de maîtriser le forcené. Plic. Le rapport d’enquête mentionne qu’à aucun moment, le plombier n’avait entendu le moindre son à l’intérieur de l’appartement. Pas un seul. Ploc. On en vint rapidement à la conclusion que le pauvre souffrait d’une forme rare de démence. Il fut envoyé dans un centre psychiatrique afin de soigner sa pathologie. Le registre indique qu’il ne quitta jamais les lieux.

1894 : Agatha Crawford, romancière en voyage, avait été logée par un couple d’amis habitant au cinquième étage de l’immeuble Ravencroft. Durant son séjour, elle passa de nombreuses journées à mener des recherches pour son prochain recueil de nouvelles ne rentrant qu’une fois la nuit tombée. Un soir, alors qu’elle rentrait, justement, d’une de ses virées en ville, elle fut témoin d’un évènement étrange. Alors qu’elle se trouvait devant le miroir de sa coiffeuse, elle entendit un filet d’eau s’écouler au dessus de sa tête. Le bruit, d’abord ténu, devint de plus en plus perceptible. Qui pouvait bien prendre un bain à cette heure-ci ? Elle n’y prêta guère attention jusqu’à ce que le plafond se mette à suinter. Les voisins avaient dû oublier de couper le robinet et la baignoire était en train de déborder. Elle décida d’aller les prévenir. Au moment même où elle frappa à la porte, le bruit cessa immédiatement et elle n’eut aucune réponse. Lorsqu’elle en parla le lendemain matin, une expression d’incompréhension traversa le regard de ceux qui l’hébergeaient. Ils lui expliquèrent alors que personne n’avait plus habité les lieux après l’internement du précédent locataire. Pourtant, le plafond était bel et bien détrempé. Il s’agissait peut-être de vagabonds. Elle fit part de son expérience dans un court roman qui rencontra un fort succès à l’époque.

1906 : Cette année-là, c’est l’ensemble des canalisations qui sembla rencontrer des problèmes. En effet, les habitants affirmèrent les avoir entendu trembler comme si quelque chose passait à l’intérieur. Le concierge émit l’idée qu’il pouvait s’agir de bulles d’air couplées à un état vétuste des tuyaux. Un locataire lui fit remarquer qu’ils avaient été changés l’année précédente. On prit soin de les vérifier pour découvrir qu’une grande partie d’entre eux avaient été déformée de l’intérieur. La qualité des matériaux employés fut immédiatement mise en cause par le propriétaire qui reprocha à l’entreprise de l’avoir lésé. Le patron de celle-ci se défendit en expliquant qu’il avait utilisé ce qui se faisait de plus solide sur le marché. Selon lui, quelqu’un avait sûrement dû s’amuser à y introduire quelque chose ce qui expliquerait leur état. Toutefois, il était facile de constater qu’il s’agissait d’un matériel bas de gamme.

1915 : Une tragédie frappa de plein fouet la vie de l’immeuble. Jonathan Harpswell, cardiologue, fut retrouvé mort dans son appartement. Les circonstances de son décès restent, encore aujourd’hui, inconnues. Âgé de 32 ans, il était en parfaite santé et était considéré comme un sportif accompli. Le compte-rendu d’autopsie fait état de la présence d’eau dans les poumons provoquée par une insuffisance cardiaque. Le médecin-légiste chargé de le rédiger se permit un trait d’esprit resté célèbre pour avoir été relayé par de nombreux organes de presse : « C’est bien la première fois que je vois un gars mourir noyé à soixante mètres au-dessus du niveau de la mer et à plusieurs dizaines de kilomètres des côtes. »

1917-1919 : Deux ans après, la mort refit parler d’elle. Cette fois, c’est le concierge qui décéda les poumons remplis d’eau. Les choses ne firent qu’empirer par la suite. En 1918, ce furent pas moins de trois personnes qui moururent dans les mêmes circonstances. Un dernier décès en 1919 finit par convaincre les autorités municipales de la nécessité de faire condamner l’immeuble. Si toutes les disparitions précédentes ne les avaient en rien alertés, un détail étrange concernant ce dernier cas semble avoir été à l’origine de cette décision. Un article paru dans un journal local faisait état d’étranges marques de ventouses remarquées sur le cou du défunt. On parla d’une violente réaction allergique à un produit employé au début du siècle dans des travaux d’isolation. La prudence, ainsi que des rumeurs qui se voulaient de plus en plus insistantes, poussèrent la mairie à prendre des mesures radicales. L’immeuble Ravencroft fut rasé l’année suivante.

1935 : Incident à la piscine municipale. Une jeune employée a été retrouvée morte flottant dans le bassin central à l’heure d’ouverture. Ses poumons étaient, comme on pouvait s’en douter, remplis d’eau et son cou présentait d’étranges marques circulaires. Les autorités ont refusé de faire le moindre lien avec les affaires qui ont eu lieu quelques années auparavant à la même adresse.

Mickaël


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