GAME OVER

Quelque part dans une petite ville bien paumée du centre de la France :

AH MAIS C’EST PAS VRAI ! Pas encore ! C’est déjà la huitième fois que je crève alors que j’en suis même pas à trente minutes de jeu ! Flûte de zut de turlutu tête de morue ! Ta grand-mère l’orang-outan des presqu’îles ! Bon, ça sert à rien de s’énerver et de jurer, je suis sûr que je peux m’en sortir sans le moindre problème. J’ai réussi à finir des jeux plus hardcore que celui-ci donc tout devrait bien se passer. Sans rire, si j’ai réussi à platiner Super Meat Boy !, Binding of Isaac, tous les Dark Souls ou encore Breath of the Wild, je dois pouvoir être capable de finir cette saleté sans avoir à péter une durite ! « GAME OVER » ET MERCREDI, VENDREDI, SAMEDI, DIMANCHE ! NEUF ! Neuvième mort ! Si ça continue comme ça, y a pas que mon personnage qui va voltiger, c’est moi qui te le dis. Mais bon sang, les contrôles sont dégueulasses et puis, c’est quoi ce lag absolument immonde ?! Sans oublier que je pige rien à rien de ce que je dois faire ! Le pattern ! Depuis quand il est comme ça le pattern de ce mob ?! « GAME OVER » MERDUM ! Dix fois ! Dix fois que je meure sur des trucs complètement débiles parce que la difficulté de ce jeu est aux fraises et qu’il a été codé avec le postérieur d’un babouin constipé qui souffre d’hémorroïdes mais là, j’en peux plus ! RAS-LE-BOL ! Maintenant, ça va ch…

Quelque part dans le commissariat d’une petite ville bien paumée du centre de la France :

« Donc c’est à ce moment-là que vous avez saisi votre console de jeux, que vous l’avez envoyée valdinguer par la fenêtre de votre appartement et que vous avez manqué de tuer votre voisine du dessous qui revenait des courses écrasant, au passage, son pauvre chihuahua qui n’avait rien demandé ?
– C’est bien ça, monsieur l’agent.
– Cela fait longtemps que vous présentez de telles tendances à la violence, monsieur ?
– En fait, ça a débuté quand j’ai eu, pour la toute première fois, une manette entre les mains et…
– Vous avez alors commencé à vous enfermer chez vous, à ne plus parler aux gens, à devenir de plus en plus agressif. Monsieur, savez-vous que, chaque année, l’addiction aux… »

Quelque part dans la salle de projection d’une agence de publicité parisienne :

« STOOOOOOOOOOOOP ! hurla Max Hubert, le patron de la boîte. Arrêtez tout ! Stoppez-moi ça sur le champ ! J’en ai assez vu !»

Il se retourna vers le duo en charge du projet qu’on lui présentait et reprit :

« Bon les deux guignols, est-ce que l’un d’entre vous deux pourrait m’expliquer ce que vous n’avez pas compris dans le principe de faire une campagne de pub pour promouvoir le jeu-vidéo ?
– Eh bien, il semblerait bien que nous ayons commis une légère erreur d’interprétation, lança maladroitement Jonathan, un des deux employés qui lui faisaient face.
– Vous m’en direz tant ! Et qu’est-ce que vous n’avez pas compris dans ma requête alors que je l’avais formulée le plus simplement du monde ?!
– Pour tout vous avouer, on avait pas vraiment réussi à entendre ou même comprendre ce que vous nous aviez demandé à ce moment-là. Faut dire que vous appeliez d’on ne sait où et qu’on a pigé que la moitié des mots que vous avez dit. Néanmoins, on a réussi à choper au vol « campagne « , « jeu vidéo » et « politique », ce qui fait qu’on a pensé qu’il était tout à fait probable que vous vouliez qu’on fasse une sorte de campagne de prévention contre le support vidéoludique, tenta d’expliquer Sebastian, le collègue de Jonathan.
– Mais vous êtes complètement cons ma parole ! On bosse avec des studios et des développeurs pour les aider dans leurs choix marketing, à quel moment vous vous êtes dit que j’avais envie de me coller une balle dans le pied en faisant un truc pareil ?!
– Il est vrai que notre réflexion ainsi que la démarche intellectuelle qui en a découlé ont cruellement manqué de logique, remarqua Jonathan. Par contre, pourquoi le « politique » ?
– Parce que je voulais faire en sorte de contrer cette politique à la con qu’ont les médias de vouloir à tout prix diaboliser le dixième art !
– Ah… Ben, on a bien foiré… soupira Sebastian.
– Bon, je vais pas y aller par quatre chemins. Vous allez me rattraper ce merdier. Je veux le projet finalisé pour la semaine prochaine et vous avez pas intérêt à vous louper.
– Mais comment ? demanda Jonathan.
– Vous.vous.démerdez ! s’exclama Max avant de quitter la pièce, furieux. »

Jonathan et Sebastian se retrouvaient seuls et désemparés lorsque le premier demanda au second :

« J’ai pas rêvé, il nous laisse tout juste une semaine pour concevoir, mettre en chantier et réaliser une campagne de promotion complète autour du jeu-vidéo alors que celle qu’on vient de lui livrer a mis des mois à se faire, c’est bien ça ?
– C’est ça. Je crois bien qu’on est parti pour crécher ici pour les jours à venir.
– Tu penses qu’il va se passer quoi si on se loupe ?
– Hum… Game Over ?
– Et merde… »

Mickaël 


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