Les Envahisseurs sont là !

— L’invasion a commencé ! Ils sont là, ils nous suivent, nous observent, attendent le moment idéal pour frapper ! C’est la fin de l’Humanité si on ne réagit pas tout de suite, je vous le dis !
— Hé, on se calme, tu parles de qui ou quoi, là ?
— Ils sont là, je vous dis ! Dans les villes, les villages, les réseaux sociaux !

— Tu sais que quand tu te mets à parler comme ça, tu passes juste pour un bon gros taré, non ? Enfin, bref, je vais sûrement le regretter, mais vas-y, je t’écoute. Il se passe quoi exactement ?
— Les autres mondes nous attaquent ! Ils veulent qu’ils n’en restent qu’un, et le nôtre semble déjà éliminé dans cette petite compétition !
— Les autres mondes ? Quels autres mondes ?
— Les dimensions parallèles, celles auxquels seuls les auteurs ont accès, celles qui racontent des histoires alternatives aux nôtres…
— Ah ouais, genre on a pris d’autres décisions, voire on n’a même pas existé, c’est ça ?

— C’est ça. Et donc, il en existe une où l’Humanité a atteint un stade de sagesse et de paix comme on en rêve ici. Devant les piètres résultats de la nôtre, il a été décidé de créer une union entre les mondes pour nous placer sous le contrôle de personnes plus douées pour nous faire évoluer !
— En clair, nos clones issus d’une ou plusieurs dimensions parallèles s’apprêtent à nous attaquer ?
— Mais pire ! L’invasion a commencé, je vous dis, ils sont partout ! Ils nous suivent même à la trace, ils font les mêmes gestes que nous, ils nous étudient, mais la nuit, ils disparaissent et se réunissent pour comploter !
— Mais attends, comment ils peuvent faire ça sans que personne les remarque ?

— Ils ont un système de camouflage perfectionné, personne ne les remarque, on a même fini par penser que leur présence était naturelle, alors qu’elle ne l’est pas… Ah, bon sang, nous sommes fichus !
— Mais on devrait parfois les repérer, quand même, surtout dans les zones les plus fréquentées, on devrait avoir quelques accidents.
— Non, non, non, ils vivent encore sur un tout autre plan de notre dimension. C’est malin. Ils peuvent ainsi observer et écouter sans jamais être dérangés.

— Ouais…. T’as définitivement fondu un fusible, mon gars. Allez, je me casse, moi.
— Attention derrière, il est là et attend de frapper ! Au sol, sombre comme ses desseins…
— Ah oui, d’accord, tu penses donc que nos ombres sont des agents d’un autre monde chargés de nous dresser… Je le redis : t’as pété un câble !
— Vous verrez. Vous verrez tous que j’ai raison. Un jour, ils disparaîtront totalement et ne réapparaîtront que pour frapper…

Le lendemain, tout le monde semblait avoir étrangement perdu son ombre.

Anthony


Annonces Google

Qu’un simple concours de popularité

« Théo, t’es sûr de ton coup ?
– Mais oui, t’inquiète. J’ai une réputation à tenir, je ne vais pas m’arrêter maintenant.
– Si tu le dis… »

Jules soupira en regardant son ami s’infiltrer dans la pénombre du bâtiment. Il patienta quelques longues minutes, se demandant quand son ami allait ressortir, avant de recevoir une notification sur son téléphone :

« Théo Brenne a publié une photo dans le groupe privé Baleine Bleue: Avec mon pote George Clooney. »
Il soupira de nouveau avant de voir une silhouette quitter l’enceinte du musée de cire.

« Easy, je te l’avais dit ! lança alors ladite silhouette en brandissant fièrement la photo sur son téléphone.
– Mouais, tu devrais t’estimer heureux de pas t’être fait chopper, réplica Jules, visiblement lassé de l’attitude de son ami.
– Ça fait plusieurs fois que je devrais « m’estimer heureux », c’est un peu beaucoup pour mettre ça sur le compte de la chance, non ? C’est bon, ça te coute quoi de m’encourager de temps en temps ?
– T’es vraiment une tête de mule. Tu devrais sérieusement arrêter ces conneries, ça ne t’apportera rien de bon. Allez, viens, on rentre. »

Prêtant peu d’attention à ces propos, Théo regardait avec fierté son post devenir de plus en plus populaire. Voyant les interactions avec la communauté du groupe augmenter, il ne put retenir un rictus, ce qui décrocha un soupir de son interlocuteur qui entama la marche.
Au moment où les chemins des deux lycéens devaient se séparer, une courte sonnerie émana du portable du plus jeune. Il ne perdit pas une seconde avant d’en consulter la raison.

« Wow, il est rapide, j’ai déjà eu ma prochaine mission ! lança-t-il alors, plein d’entrain.
– Tu sais très bien ce que j’en pense, Théo… S’il te plaît, arrête-toi pendant que tu le peux encore. »
Voyant l’air désolé de Jules, Théo perdit son sourire et lâcha rapidement avant de reprendre la route :
« Ça fait déjà bien longtemps que je ne le peux plus. »

Le lendemain, au lycée :
Jules restait devant la grille du bâtiment, attendant avec appréhension son cadet. Les secondes et les minutes passaient, et, voyant l’heure du début des cours se rapprocher dangereusement, il décida de téléphoner à son ami. Vainement. Il déglutit avant de consulter anxieusement le groupe virtuel qui était la raison de ses angoisses depuis quelques mois. Lorsqu’il repéra les mots « mort » et « immolation » dans l’intitulé de la mission qui avait été attribuée la veille, il soupira d’une voix tremblante :
« Quel abruti… »

Des larmes commençaient à couler le long de ses joues quand il sentit une main lui tapoter l’épaule.
« Eh, ça va pas, vieux ? T’as vraiment mauvaise mine !
– Théo ? Mais… Et la mission ?
– Tu avais raison, je préfère arrêter tout ça, quitte à ce qu’on me regarde de haut en me traitant de lâche. A quoi ça sert, la popularité et l’adrénaline quand on est mort ? Allez, viens, on va manger jap’ !
– Euh, très belle réplique, mais t’es conscient qu’on a cours là ? plaisanta Jules en séchant ses larmes.
– Ouais, je sais bien, mais on ne sait jamais quand un nouveau challenge stupide va émerger.
– Vu sous cet angle… On y va ! »

Nouillechan

GAME OVER

Quelque part dans une petite ville bien paumée du centre de la France :

AH MAIS C’EST PAS VRAI ! Pas encore ! C’est déjà la huitième fois que je crève alors que j’en suis même pas à trente minutes de jeu ! Flûte de zut de turlutu tête de morue ! Ta grand-mère l’orang-outan des presqu’îles ! Bon, ça sert à rien de s’énerver et de jurer, je suis sûr que je peux m’en sortir sans le moindre problème. J’ai réussi à finir des jeux plus hardcore que celui-ci donc tout devrait bien se passer. Sans rire, si j’ai réussi à platiner Super Meat Boy !, Binding of Isaac, tous les Dark Souls ou encore Breath of the Wild, je dois pouvoir être capable de finir cette saleté sans avoir à péter une durite ! « GAME OVER » ET MERCREDI, VENDREDI, SAMEDI, DIMANCHE ! NEUF ! Neuvième mort ! Si ça continue comme ça, y a pas que mon personnage qui va voltiger, c’est moi qui te le dis. Mais bon sang, les contrôles sont dégueulasses et puis, c’est quoi ce lag absolument immonde ?! Sans oublier que je pige rien à rien de ce que je dois faire ! Le pattern ! Depuis quand il est comme ça le pattern de ce mob ?! « GAME OVER » MERDUM ! Dix fois ! Dix fois que je meure sur des trucs complètement débiles parce que la difficulté de ce jeu est aux fraises et qu’il a été codé avec le postérieur d’un babouin constipé qui souffre d’hémorroïdes mais là, j’en peux plus ! RAS-LE-BOL ! Maintenant, ça va ch…

Quelque part dans le commissariat d’une petite ville bien paumée du centre de la France :

« Donc c’est à ce moment-là que vous avez saisi votre console de jeux, que vous l’avez envoyée valdinguer par la fenêtre de votre appartement et que vous avez manqué de tuer votre voisine du dessous qui revenait des courses écrasant, au passage, son pauvre chihuahua qui n’avait rien demandé ?
– C’est bien ça, monsieur l’agent.
– Cela fait longtemps que vous présentez de telles tendances à la violence, monsieur ?
– En fait, ça a débuté quand j’ai eu, pour la toute première fois, une manette entre les mains et…
– Vous avez alors commencé à vous enfermer chez vous, à ne plus parler aux gens, à devenir de plus en plus agressif. Monsieur, savez-vous que, chaque année, l’addiction aux… »

Quelque part dans la salle de projection d’une agence de publicité parisienne :

« STOOOOOOOOOOOOP ! hurla Max Hubert, le patron de la boîte. Arrêtez tout ! Stoppez-moi ça sur le champ ! J’en ai assez vu !»

Il se retourna vers le duo en charge du projet qu’on lui présentait et reprit :

« Bon les deux guignols, est-ce que l’un d’entre vous deux pourrait m’expliquer ce que vous n’avez pas compris dans le principe de faire une campagne de pub pour promouvoir le jeu-vidéo ?
– Eh bien, il semblerait bien que nous ayons commis une légère erreur d’interprétation, lança maladroitement Jonathan, un des deux employés qui lui faisaient face.
– Vous m’en direz tant ! Et qu’est-ce que vous n’avez pas compris dans ma requête alors que je l’avais formulée le plus simplement du monde ?!
– Pour tout vous avouer, on avait pas vraiment réussi à entendre ou même comprendre ce que vous nous aviez demandé à ce moment-là. Faut dire que vous appeliez d’on ne sait où et qu’on a pigé que la moitié des mots que vous avez dit. Néanmoins, on a réussi à choper au vol « campagne « , « jeu vidéo » et « politique », ce qui fait qu’on a pensé qu’il était tout à fait probable que vous vouliez qu’on fasse une sorte de campagne de prévention contre le support vidéoludique, tenta d’expliquer Sebastian, le collègue de Jonathan.
– Mais vous êtes complètement cons ma parole ! On bosse avec des studios et des développeurs pour les aider dans leurs choix marketing, à quel moment vous vous êtes dit que j’avais envie de me coller une balle dans le pied en faisant un truc pareil ?!
– Il est vrai que notre réflexion ainsi que la démarche intellectuelle qui en a découlé ont cruellement manqué de logique, remarqua Jonathan. Par contre, pourquoi le « politique » ?
– Parce que je voulais faire en sorte de contrer cette politique à la con qu’ont les médias de vouloir à tout prix diaboliser le dixième art !
– Ah… Ben, on a bien foiré… soupira Sebastian.
– Bon, je vais pas y aller par quatre chemins. Vous allez me rattraper ce merdier. Je veux le projet finalisé pour la semaine prochaine et vous avez pas intérêt à vous louper.
– Mais comment ? demanda Jonathan.
– Vous.vous.démerdez ! s’exclama Max avant de quitter la pièce, furieux. »

Jonathan et Sebastian se retrouvaient seuls et désemparés lorsque le premier demanda au second :

« J’ai pas rêvé, il nous laisse tout juste une semaine pour concevoir, mettre en chantier et réaliser une campagne de promotion complète autour du jeu-vidéo alors que celle qu’on vient de lui livrer a mis des mois à se faire, c’est bien ça ?
– C’est ça. Je crois bien qu’on est parti pour crécher ici pour les jours à venir.
– Tu penses qu’il va se passer quoi si on se loupe ?
– Hum… Game Over ?
– Et merde… »

Mickaël 

Des problèmes d’avoir un jumeau bénéfique

« Vous savez, on parle souvent du concept de jumeau maléfique : ce mec qui vous ressemble vachement et qui passe son temps à faire chier le monde et à commettre des infractions en tout genre, ce qui vous vaut des séjours au commissariat plus ou moins long parce que, évidemment, on vous accuse à sa place. Eh bien laissez-moi vous dire que c’est très gentillet tout ça, comparé à ce qu’un jumeau maléfique peut subir à cause de son propre jumeau.

Pour commencer, monsieur s’est mis en tête d’aider les gens. Si c’était pour pouvoir avoir quelque chose en échange je ne dirais rien, mais non ! Cet hurluberlu a décidé de faire ça par gentillesse, par amour d’autrui ! Non mais je me demande bien où il va chercher toutes ces idées stupides qui puent la licorne arc-en-ciel à la lavande ! Et encore, s’il ne faisait que ça ! Mais il est doué en plus le petit con ! Il réussit à aider absolument tout le monde, et sans jamais rien accepter de qui que ce soit !

Ensuite, il faut savoir qu’il aime les animaux. Vous allez me dire, « mais il a raison, c’est tout mignon les nanimaux choupinoux ! » Alors déjà, non. Un animal, c’est un truc incontrôlable qui laisse des traces partout et qui t’empêche de dormir. C’est une de mes armes de prédilections pour faire chier les gens, et je peux vous assurer qu’une personne qui entend un chat miauler toutes les minutes pendant plus de sept jours devient folle. Après c’est peut-être parce que ladite personne était ligotée dans une cave, mais je ne vais pas m’étendre là-dessus.

Et quand bien même on décide que les animaux sont mignons, allez le dire au propriétaire du zoo du coin dont les cages se sont soudainement vidées parce que Môssieur a décidé qu’ils étaient malheureux enfermés. Qu’on se le dise, c’est l’intention que je trouve abjecte, pas le résultat, je suis même jaloux de ne pas avoir eu l’idée avant lui. Et puis, je me fiche assez de ce pauvre propriétaire éploré. Non, ce qui me dérange, moi, c’est d’avoir une quinzaine de singes, deux demi-douzaines de pingouins, un vivarium rempli de serpents et d’insectes en tout genre, quatre girafes, trois grands fauves et cinq éléphants dans mon appart depuis deux semaines ! Ce serait drôle si je pouvais conduire mon jumeau chez les flics encore une fois, mais même pas ! Figurez-vous que Môssieur s’est fait acclamer par tous les activistes de la cause animale et qu’il a levé des fonds pour les rapatrier dès que possible dans leur habitat d’origine, avec les félicitations du président de la République à la clé ! Quand je vous dis que je suis à bout !

Et encore, je ne vous parle pas de sa gentillesse exécrable, de ses multiples talents et de sa capacité phénoménale à se faire des amis. C’est bien simple, une fois, un mec a laissé tomber ses clés, il les lui a rendues et aujourd’hui le type squatte pour la troisième fois de la semaine le canapé en kirugumi girafe, parce que, je cite « il ne faut pas troubler l’équilibre des bêtes ». Pas un pour rattraper l’autre, franchement ! Cela dit, ne vous inquiétez pas trop, j’ai décidé de répliquer en enfilant ma tenue de chasseur colonial. Et je peux vous assurer que ce sera pas des balles à blanc… »

David finit la lecture du dernier article du blog de son frère jumeau juste avant que l’ordi ne s’éteigne définitivement, les fils bouffés par une des lionnes qui s’était énervée dessus une bonne partie de la journée. Derrière lui, Balthazar, en kirugumi girafe, un bol de céréales à la main et un petit macaque sur l’épaule gauche, regarda tristement l’ordinateur :

« Il fout quoi ton frère ?

-Oh, il doit être en train de rager dans sa chambre…
-N’empêche, tu penses la tenir longtemps ta blague ?
-Encore un peu, c’est assez drôle de faire des crasses finalement, après tout ce qu’il m’a fait subir. Et puis j’aime bien le voir se lever le matin en espérant que les animaux soient partis, rigola-t-il, Moi je m’en fous je dors chez toi.
-C’est qu’il s’améliore notre petit ange gardien ! Et t’as pensé à mon idée ?
-Non, pour la dernière fois Balthazar, on ne va pas mettre le boa constrictor dans son lit ce soir !
-T’es pas drôle…
-Par contre j’ai pas dit que je n’avais pas planqué l’alligator dans la cuvette des chiottes…
-T’es maléfique Victor. Sourit Balthazar. »

 

Alice