Des aléas de la gestion administrative

— Numéro 423 à l’accueil, merci !
— Bon sang, c’est pas trop tôt ! Je vois que c’est toujours aussi efficace, les administrations, marmonna lord Angus McGarren… Bref ! J’aimerais beaucoup voir un responsable marketing, je crois qu’il y a des choses à dire sur le contrat concernant le vieux château de ma famille.
— Bien sûr, monsieur, laissez-moi juste vous trouver l’agent qui s’est occupé de vous avec votre contrat. Bien, alors, c’est Aldo Larnaco. Bureau 215, 21e étage. Prenez l’escalier.
— Comment ça, l’escalier ??
— Les ascenseurs sont tous en panne. Avez-vous oublié où vous êtes ?
— En plus de votre efficacité légendaire, vous avez conservé votre propension à bien nous faire tourner en bourrique ici. C’est admirable, cette volonté de ne pas casser la routine, quelque part.

Après bien des récriminations et maugréations et assez de sport pour toute une éternité, le vieux lord parvint enfin à l’étage et au bureau que lui avait désignés l’agent d’accueil. Il frappa à la porte et attendit que Larnaco lui dise d’entrer, alors qu’il était toujours au téléphone. L’homme était aussi enjoué et dynamique que la dernière fois, ponctuant la conversation de plusieurs punchlines avant de raccrocher.
— Et allez, encore un qui va rappeler demain en me suppliant de le laisser signer, héhé. Alors, Lord McGarren, que puis-je pour vous ?
— Un petit souci de contrat, monsieur Larnaco. Je crains que la prestation assignée au vieux manoir de ma famille ne soit pas tout à fait ce que j’ai demandé…
— Vraiment ? Vous me voyez navré d’apprendre ça. Il me semble pourtant bien que vous aviez demandé de l’animation et que le manoir n’en manque pas, désormais.
— Ah non, ça, c’est sûr. Mais c’est peut-être un peu trop. Je veux dire, personne ne reste plus de cinq ou dix minutes dans le bâtiment avant de disparaître. Et si j’arrive pour les accueillir, c’est encore pire, ils fuient en hurlant !

— Ah oui, ça peut être problématique. Malheureusement, c’est la formule standard pour un manoir de cet âge et de cette taille, voyez-vous. Il y a bien des choses à faire à l’intérieur, mais rares sont ceux qui osent s’y aventurer. Dites-vous que cela rajoute du suspense et du sel au tout.
— Mouais… J’aimerais surtout pouvoir interagir avec les gens et leur parler…
— Bien sûr, mais vous n’avez pas besoin de vous montrer pour cela, vous pouvez juste leur parler via un interphone, par exemple.
— Et ce ne sera pas pire ?
— Peut-être. Mais si on vient dans un manoir écossais du XVe siècle, ce n’est pas pour son architecture, c’est pour ses fantômes. Il faut vous y faire, lord McGarren, la malédiction, c’est la marque de fabrique de votre pays.
— Oui, bon, d’accord… Mais quand même, j’aime le contact humain, je n’avais pas envie d’être maudit après ma mort, moi. Je veux juste me reposer et discuter un peu.
— Il fallait lire les petits caractères. Sinon, si vous préférez, on peut en faire un parc d’attractions.
— …Hum, une extension de malédiction, c’est possible ?

 

Anthony


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