Des inconvénients de tuer Hitler

Est-ce que vous avez déjà fait une connerie ? Attention, j’ai pas dit une petite connerie, qu’on soit bien d’accord. Si ce que vous avez fait de pire c’est de lâcher malencontreusement votre pot de rhododendrons par la fenêtre de votre appartement du 7ème étage et tué votre grand-mère et un pigeon au passage, autant vous dire que vous pouvez passer votre chemin : vous êtes un petit joueur ! Bref, ce coup-ci, j’ai vraiment fait fort et je pense que je préférerais de loin être nu au cœur d’un volcan en éruption avec deux alligators affamés plutôt que dans ma situation actuelle.

Je sais ce que vous allez me dire : j’exagère, c’est pour me la raconter, c’est pas si terrible en fait… Eh bien si vous pensez réellement qu’être sur la tribune d’un meeting d’un parti nazi Allemand en 1939 parce que vous avez malencontreusement tué Hitler et que vous avez pas eu le temps de réagir avant de décider sur un coup de tête de le remplacer n’est « pas si terrible », je serais ravi de vous laisser ma place !

Quoi ? Comment ça c’est impossible ? Vous me traitez de menteur ? J’imagine qu’il va falloir tout vous raconter pour que vous me croyiez…
Pour tout vous dire, la journée avait vraiment mal commencé : je m’étais levé en retard et avec la salsa du démon dans la tête. Ne niez pas, ça nous est tous arrivé. Après avoir sauté le petit déjeuner, j’arrive donc en retard à mon boulot et me fait engueuler par mon patron, à savoir Jean-Eudes Philomène, antiquaire de son état. Sur ce celui-ci quitte le magasin pour aller livrer une commande très importante, et me laisse surveiller la boutique comme d’habitude. A ce moment là, je le rappelle, j’ai mal à la tête, j’ai faim, je suis pas réveillé et j’ai cette p*tain de chanson dans la tête. Autant vous dire que je suis légèrement irascible.

Sur ces entrefaites, mon boss m’appelle, totalement paniqué :
« Vincent ! C’est une catastrophe ! »
Là, je sens venir l’embrouille. Faut dire aussi que la dernière fois qu’il m’a dit ça, la statue de crocodile a prit vie et a bouffé la fille de six ans de m. Delhorme, notre plus fidèle client.
« Qu’est-ce qui se passe ?
– J’ai confondu l’objet que je devais prendre avec un banal stylo plume, il faut que je revienne tout de suite le chercher !
– Si c’est que ça m’sieur Philomène je vous l’amène votre stylo et…
– Non ! Surtout pas ! Ne touche à rien avant que j’arrive ! »

Et il raccroche. Vous me direz : mais b*rdel pourquoi t’as touché à ce stylo d*con ?! Et quelque part vous avez raison, mais pour vous montrer mon état d’esprit, je vous suggère de lire ce récit en écoutant la salsa du démon et de me faire savoir par la suite si vous ne l’auriez pas utilisé sur un coup de tête pour noter la commande de l’uniforme d’Adolf Hitler par une cliente, vous, le stylo à plume démoniaque qui fait remonter le temps.

En fait, il ne remonte pas vraiment le temps. Pour tout vous dire, il déforme plus la réalité qu’autre chose. Sur le coup, j’ai donc écrit avec ce stylo (mi par bravade, mi par stupidité je vous l’accorde) et je me suis figuré dans ma tête un meeting du parti nazi comme on en voit des photos dans les livres d’histoire. Et là, ça a merdé.

Comment, me direz-vous encore ? Eh bien je suis tombé, j’ai entendu un bruit sourd, un râle de douleur et je me suis retrouvé dans la chambre d’Adolf Hitler, chancelier allemand de son état, et plus précisément sur le dos de celui-ci, totalement écrasé par mon poids, avec toujours la salsa du démon en tête, faudrait pas rêver non plus !

Bref, je me relève et là je remarque qu’il ne bouge plus du tout. Ce qui était logique si on prend en compte qu’il ne respirait plus et que j’avais en face de moi un cadavre. Je vous laisse imaginer mon état d’esprit deux petites minutes : visualisez une montagne russe qui passe de la terreur la plus profonde à l’euphorie bêtasse puis à l’angoisse parce que vous êtes seul dans une chambre d’un bâtiment occupé par les nazis avec le cadavre du leader du Troisième Reich qui devait, je vous le rappelle, faire un discours. Et que vous avez une chanson de m**de dans la tête.

Je vous l’accorde, j’aurais pu réfléchir plus. Mais encore une fois, j’aurais bien aimé vous y voir ! Toujours est-il que dans la panique j’ai balancé le cadavre sous le lit, prit l’uniforme du Führer, coiffé mes cheveux avec une raie sur le côté et fait couler de l’eau avec de la mousse à raser pour faire croire qu’il s’était rasé la moustache.

Et me voilà, seul sur une immense tribune, avec plusieurs milliers de gugusses nazi peu sympathiques en train de me faire coucou, dans un uniforme trop petit pour moi, ma casquette enfoncé sur mon visage, la salsa du démon en tête et maudissant mon choix de prendre espagnol en LV2. Oui, parce que là, je suis sensé leur parler et leur donner un beau discours quand même.

En attendant je lève la main et là plus un bruit. Ils attendent tous et moi je dois dire quelque chose en Allemand sachant que les seuls mots que je connaissent veulent respectivement dire Bonjour et Merde, ce qui fait un discours plutôt réduit. Encore une fois dans ces moments-là, le stress est trop grand. Alors bien sûr j’ai fait une connerie mais honnêtement j’y pensais depuis le début de la journée et… Ouais non j’ai fait une belle connerie.

La foule se taisait, pendue aux lèvres du Führer, attendant ses moindres mots. Celui-ci, étonnement plus grand que d’habitude s’approcha du micro et dans un murmure, comme s’il n’avait pas voulu s’adresser à elle :
« C’est la salsa du démonnnn, la salsa du démon… Oh m**de ! Euh… ScheiBe ? »

 

Alice


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