Comment se débarrasser d’un esprit malfaisant

« Allô, Agence du Paranormal et de l’Étrange, ou APE si vous n’avez pas le temps, ici l’agent Lombardi-Hwang à l’appareil, j’écoute ?
– Allô ! » La voix de la femme à l’autre bout de la ligne est complètement paniquée, à bout de souffle. « Oui, aidez-moi, il y a un esprit malfaisant chez moi !
– En êtes-vous sûre ?
– Absolument ! »

Celeste Lombardi-Hwang attrape un bout de papier et note l’adresse de la femme, puis décroche et se lève, annonçant qu’il part en mission. Ses collègues le saluent puis retournent à leurs propres préoccupations. Il met son manteau, attrape sa sacoche de matériel et descend rapidement les escaliers de l’immeuble, sort dehors, hèle un taxi. Celeste ouvre sa sacoche une fois dans la voiture pour vérifier que toutes ses affaires sont dedans : Ghost Box, capteur EMF, radio, caméras de surveillances, câbles, lampe torche, caméra thermique, capteur d’ultrasons, kit de premiers soins, un calepin et un crayon, ainsi que des biens plus personnels, boxer de rechange, seringues pour ses hormones, un vieux talkie-walkie qui ne sert plus à rien, un charme magique, et un badge avec un éléphant dessiné dessus. Parfait, il a tout ce dont il aura besoin.

Lorsque le taxi s’arrête, Celeste lui balance rapidement l’argent dans la main et sort, manque trébucher sur le trottoir, balance une flopée d’insultes à personne en particulier puis se précipite vers l’immeuble de la femme qui l’a appelé au secours, et fracasse son poing contre l’interphone.

« Agent Lombardi-Hwang, présent !
– Qui êtes-vous ?
– Attends mauvais bouton. » Celeste a oublié de demander le nom de la femme. Il essaye chaque nom, les uns après les autres, jusqu’à enfin tomber sur le bon (« Angelica Schyler »). « Agent Lombardi-Hwang, présent…
– Oui ! Je vous attendais ! »

La porte s’ouvre, Celeste prend l’ascenseur et la rejoint rapidement au dernier étage, c’est un long voyage dans l’ascenseur alors il fait des sudokus en attendant. Une fois arrivé, il salue Angelica qui lui ouvre la porte en pleurant, elle le prend dans ses bras pour se consoler mais il la repousse gentiment, Celeste ne supporte pas le contact physique alors que vous ayez un démon chez vous ou pas, il s’en fout, pas de câlin. Il regarde autour de lui et renifle, passe la main sous son nez pour vérifier qu’il ne saigne pas. Celeste soupire de soulagement en voyant ses doigts propres.

« Très bien, expliquez-moi ce qui se passe alors, Madame, dit-il en posant sa sacoche et se tournant de nouveau vers elle.
– Depuis quelques temps, je… je vois une créature maléfique à chaque fois que je regarde dans un miroir… elle est vraiment immonde. Je ne sais pas si c’est un démon, un poltergeist ou autre mais… Ce n’est pas humain. Elle me suit. Je la vois dans les reflets, la sent, son ombre me nargue constamment… »
Celeste ouvre la sacoche et en sort le calepin et le crayon, commençant à noter ce qu’Angelica lui raconte en hochant de temps en temps la tête pour lui faire comprendre qu’il écoute.

« Oh, Monsieur Lombardi-Hwang, vous ne pouvez pas imaginer à quel point c’est difficile pour moi le matin de me maquiller… ou alors me brosser les dents… le simple fait d’apercevoir un miroir me terrifie…
– Montrez-moi. »

Extrêmement nerveuse, Angelica l’emmène dans la salle de bain. Un miroir est posé au-dessus du robinet, sur le mur perpendiculaire à la porte. Silencieux, les nerfs à vif, ils s’approchent, comme si l’esprit ne pourrait ressentir leurs présences si ils ne faisaient aucun bruit. Un long moment s’écoule sans qu’ils ne fassent quoi que ce soit, refusant de fermer les paupières, de cligner des yeux, ne serait-ce que pour l’espace d’un instant, ne pouvant faire un pas de plus en avant, de peur de se retrouver devant cette créature immonde, qui vit de l’autre côté des miroirs, à moins qu’elle ne vive du nôtre, mais qu’on ne puisse pas la voir…
Angelica ose enfin regarder le miroir et hurle de terreur, recule, éclate en sanglot.

« Là ! Il est là ! Ne le voyez-vous pas ?!
– C’est juste votre tête Madame. Vous êtes moches. »
Affaire réglée. Encore une victoire pour l’Agence du Paranormal et de l’Étrange.

Cupcake Nie


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Un enseignement pas très normal

 

Alors, on croit tout savoir des fantômes et autres créatures étranges ? Et surtout comment les neutraliser ? Pardon ? Ah oui, vous avez vu tous les SOS Fantômes, l’intégrale de Supernatural, et d’autres trucs encore à côté, oui, oui… Bref, vous savez tout ce qu’il y a à savoir sur le métier autant que je sais tout d’une enquête policière depuis que je me suis tapé tout ce qui existe sur Sherlock Holmes, quoi. En un mot : vous êtes nuls ! Vous seriez même pas foutus de reconnaître un fantôme si vous en aviez un qui vous surgissait sous le nez ! Mais je suis bon prince et je vais vous enseigner quelques petits trucs intéressants sur le sujet. Alors, virez-moi vos références idiotes de vos petites têtes et laissez parler les pros !

Alors, règle numéro 1 : on ne peut ni tuer, ni capturer un fantôme ou toute autre apparition ! Non. Pourquoi ? Parce que c’est déjà mort ; ou, dans tous les cas, ça appartient à un autre plan astro-dimensionnel. Vous voulez vous en débarrasser ? Renvoyez-le dedans et fermez à clé ! Hé ouais, y a pas d’autre solution.

Ce qui m’amène au point deux : oubliez toutes ces conneries de pièges, munitions « magiques », et autres. Vous devez refermer le portail et, pour ça, vous aurez besoin d’un grimoire comme celui que je vous ai fait passer. Faites gaffe avec les formules, ça balance à la seconde où c’est prononcé à voix haute ! On perd régulièrement des élèves dans les limbes avec ça… Oh, et vous saurez qu’un portail est ouvert par la sensation de froid qui vous envahit, même s’il fait trente degrés dehors. Comment ça, il fait subitement froid, ici ? Non, vous devez rêver.
Bref, nous arrivons au troisième point : ne partez JAMAIS en mission sans l’aide d’un arcaniste confirmé ! Et, surtout n’énervez jamais l’arcaniste en question, il pourrait trouver un moyen très désagréable de se venger… J’en ai moi-même fait les frais il y a bien longtemps…

Pour ceux qui se poseraient la question, oui, vous pouvez avoir des armes. La dernière chose dont vous avez envie est bien de vous retrouver sans ça face à une horde de fidèles fanatiques déchaînés et décidés à vous sacrifier à leur idole. C’est une situation assez gênante.
Dernier détail : si vous voulez les repérer, croyez-moi, vos yeux suffisent. En plus de provoquer un froid assez puissant, ce sont de vrais sapins de Noël, quand ils décident de se montrer ! Pardon ? Ma tenue ? Oui, je suis intégralement couvert, en mode discret et furtif, où donc est le problème ? Oh, je vois, vous me suspectez d’être… Haha, très marrant, oui.
Bien, assez plaisanté, ceci conclut donc votre premier cours sur les bases de la chasse aux fantômes, nous verrons le reste aux cours suivants. Bonne journée.

Bien, ils sont tous partis. Je peux enfin me détendre un peu. Mais quelle idée j’ai eue de chasser les fantômes et d’enseigner à le faire en en étant un moi-même !

Anthony

SAV de La Mort bonjour !

« Service après-vente de La Mort bonjour, que puis-je pour vous ? demanda Vincent sur un ton monocorde.
-Bonjour monsieur, pour tout vous dire, c’est pour une réclamation…
-Vous savez c’est rarement pour me dire qu’il fait beau aujourd’hui. Cela dit vu que le temps n’existe pas ici ce serait un peu bête… Bref cette réclamation, c’est pourquoi ?
-Eh bien voilà, il se trouve que je ne suis pas satisfait par mon… hem… état actuel si je puis dire…
-C’est-à-dire ?
-Eh bien je pense que la date qui m’a été attribuée devrait être revue !
-Je vais voir ça… Vous vous appelez comment ?
-Napoléon Bonaparte.
-Oh non monsieur Bonaparte, c’est la troisième fois que je vous le répète, maintenant c’est fini ! Vous ne pouvez pas changer comme bon vous semble la date de votre mort comme ça enfin !
-Mais c’est injuste ! Les français ont besoin de moi !
-Je vous assure, les français s’en sortent très bien sans vous. Et même, vous imaginez si vous reveniez après 200 ans sans prévenir ? Ce serait un bordel sans nom ! Non vraiment, c’est impossible n’insistez pas !

-Mais monsieur…
-J’ai dit non ! Maintenant si vous voulez bien m’excuser, j’ai un autre appel. Oui allo ? Service après-vente de La Mort, bonjour ? Que puis-je faire pour vous ?
-Eh bien voilà : je m’appelle Edmund Ravoli. J’ai été mis au courant comme prévu de la date de ma mort qui aura lieu demain et je me demandais : j’ai vu que je me faisais transpercer par un sabre.
-Attendez voir, oui c’est exact.
-Le problème c’est que j’ai très peur du sang, alors je me demandais si on ne pourrait pas un peu adapter ça ?
-Euh… Si vous voulez, mais il faut que ça reste logique…
-Oh ce n’est pas un problème, je suis scénariste amateur ! Nous sommes donc bien d’accord que ma fiancée doit prendre le sabre qui appartenait à ma grand-mère et me transpercer avec lors d’une violente scène d’altercation ?
-En effet.

-Bien donc : tout d’abord ma fiancée se fait enlever par des aliens, puis ayant réussi à s’échapper, elle leur subtilise un désintégrateur de molécules. Elle rentre chez elle et fait trop cuire les pâtes, ce qui crée un incendie. Moi, fier héro de cette histoire, j’arrive et je la sauve des flammes. Mais il y a un mais ! En effet, me rendant compte qu’elle a fait trop cuire les pâtes, je démarre une violente scène de ménage et je lui lance une partie du mobilier, qui est évidemment en feu. Elle réplique alors avec le désintégrateur et je meurs donc sans voir la moindre goutte de sang ! Cela dit j’ai un peu peur des échardes à cause des meubles en bois donc il me faudrait le temps de racheter une série de meubles en métal mais après ça brûlerait moins bien et…
-Ok, alors apparemment c’est la journée des cons donc vous allez éteindre votre téléphone, rentrer chez vous, faire vous-même vos pâtes et attendre que votre copine vous transperce avec le sabre de votre grand-mère, point final !
-Mais enfin monsieur, puisque je vous dis que…
-Ce n’est pas négociable. De toute façon on n’aurait jamais dû commencer à donner aux gens la date de leur mort un jour avant, ça ne fait que surcharger de boulot mon service !
-Je suis désolé pour ce qui est des conditions de travail chez vous mais réellement je ne supporte pas le sang et…
-Oh mais vous allez la fermer et… »
Un gigantesque bruit retentit et le bureau dans lequel se trouvait Vincent explosa.

« Qu’est-ce qui s’est passé ici? demanda Sandra, sa collègue, en revenant de sa pause.

-Pas grand chose, le fan club d’Elvis qui a encore fait des siennes… grommela Vincent.
-Faudra quand même leur expliquer un jour qu’on ne peut pas techniquement mourir… »

Alice

Comic Trip – Le LIT qui TUE !

 

Parfois, je me dis que ne pas répondre aux textos de mon meilleur ami pourrait m’éviter un paquet d’embrouilles plus ou moins délirantes. L’histoire que je m’apprête à vous raconter a commencé avec un simple SMS :

« Urgent ! T’attends au 50 Berkeley Avenue ! Viens seul ! James.»

La première pensée qui me traversa l’esprit fut un magnifique « Et merde ! ». Il faut dire que James Bruckner, alias Jimbo, avait la sale habitude de se fourrer dans des situations pas possibles et de m’y entraîner avec lui. Je décidai, tout de même, de me rendre à l’adresse qu’il m’avait donnée. Il s’agissait d’une maison en ruine. Alors que je le rejoignais dans le jardin, il s’adressa à moi :

« T’as mis le temps pour venir Franky ! T’étais où ?
– À l’épicerie pour acheter du désodorisant et un briquet pour ma mère, répondis-je en désignant la poche en plastique que j’avais à la main.
– Parce que monsieur continue de faire les courses pour sa petite maman comme quand il avait 10 piges, c’est-y pas mignon ?
– Venant de la part du mec qui, chaque jour, attend le marchand de glaces comme le messie, ça me fait doucement rigoler.
– Hé ! Ça c’est un coup bas !
– S’tu le dis. Bon, pourquoi tu m’as fait venir devant ce taudis ?
– J’ai besoin de ton aide !
– Ah ? Et tu en as besoin pour ?
– Vérifier si une creepypasta que j’ai trouvée sur le net est véridique ou pas, tout simplement.
– Non mais c’est pas vrai Jimbo ! Tu crois que j’ai vraiment du temps à consacrer à ce genre de c*nneries ?! Tu m’excuseras mais j’me tire !

Alors que je commençais à partir, James me retint par le bras :
« Allez Franky, prends au moins le temps de m’écouter.
– Je sens que je vais le regretter… Vas-y, explique ton truc. Par contre, je te préviens direct, je veux la version abrégée !
– Okay. Alors, d’après ce que j’ai pu lire, la baraque a autrefois appartenu à une vieille peau aigrie qui pourrissait la vie de sa femme de chambre. Un jour, alors qu’elle l’avait forcée à refaire près de vingt fois le même plumard parce qu’il n’était pas assez au carré, la pauvre bonniche péta un plomb et assassina son employeuse en lui explosant le crâne avec un chandelier qui traînait là. Depuis, on raconte que la chambre où elle est morte serait hantée. J’aimerais donc…
– … vérifier si c’est vrai. Bon, j’imagine que j’ai pas vraiment le choix et que je vais devoir t’accompagner pour éviter que tu fasses trop de conneries. On entre, on vérifie que toute cette histoire c’est des foutaises et on se barre.
– Pas tout de suite !
– Et pourquoi donc ?
– Parce que J’ai déjà envoyé Gerald à l’intérieur. Il devrait plus trop tarder à revenir pour nous dire si c’est safe.
– Gerald… Attends ! Ne me dis pas que t’as envoyé Gerald Ferguson en éclaireur dans cette bicoque !
– Ben si, pourquoi ?
– Ce type est complètement neuneu, voilà pourquoi !
– Mais non, t’exagères ! Il est pas si…
– Moi, j’exagère ?! Nom de Dieu, Jimbo, ce type est à la débilité profonde ce que Margie est à la nymphomanie : un parfait représentant !
– Parle pas de ma grande sœur comme ça ou je te casse la gueule ! s’exclama James en m’attrapant par le col de ma chemise.
– Toi, James Bruckner, 62 kilos tout mouillé, 1m67 les bras levés, tu comptes me casser la gueule ? lui demandai-je.
– Bien sûr que oui ! Tu vas voir, je vais te casser en deux et puis, après… »

Je ne laissai pas à James le temps de finir sa phrase et lui assenai une légère pichenette entre les deux yeux à l’aide de la chevalière que mon père m’avait offert pour mes vingt ans, histoire de lui calmer un peu les nerfs. Il porta immédiatement ses deux mains à l’endroit où je l’avais frappé :

« B*rdel mais ça fait mal !
– Bon sang, Jimbo, mais ouvre les yeux ! Tout le patelin sait très bien que ta frangine a eu plus de mecs en quatre années de fac que n’importe quelle bonne femme du coin en l’espace de deux siècles et ça fait déjà un bail que tout le monde considère Gerald Ferguson comme l’idiot du village ! Le type est débile au point de pas faire la différence entre une lampe torche et un p*tain de cornet de glace ! Sans déconner, il te faut quoi de plus pour voir la vérité en face ?! »

Au moment de finir ma petite gueulante, un hurlement provint de l’intérieur de la maison. Nous fonçâmes alors jusqu’à la source du cri. Il s’agissait d’une grande chambre située au premier étage. La plupart des meubles qui la composaient étaient couverts de draps, à l’exception du lit qui trônait fièrement au milieu. Ce dernier était imbibé de sang. Alors que nous allions pour sortir, la porte se claqua devant nos yeux et se ferma à double tour. Une voix retentit dans la pièce et le lit se mit à bouger de lui-même, laissant entrevoir, entre le matelas et le sommier, une série de dents acérées auxquelles pendaient des lambeaux de chair et la casquette de ce pauvre Gerald.

« Nom de Dieu de b*rdel à c*l ! Dans quel m*rdier tu nous a foutus Jimbo ?! hurlai-je»

Il fallait agir et ce, au plus vite. Pas le temps de faire un plan élaboré. C’est là que l’idée m’est venue. Alors que l’autre saleté s’apprêtait à nous engloutir, je lui grillai la tronche à l’aide d’un lance-flammes improvisé avec la bombe de « Santoubon » et le briquet achetés plus tôt. La chose se mit à hurler. Au même instant, la porte se rouvrit derrière nous. Nous n’avons pas demandé notre reste et nous nous sommes dépêchés de sortir de la baraque qui commençait à flamber du sol au plafond. À peine avions-nous passé le portillon menant au jardin que nous fumes projetés en avant par une explosion qui désintégra intégralement la maison. En se relevant, James s’exclama, juste avant d’éclater de rire :

« La vache ! On peut dire que c’est le genre de désodorisant qui se contente pas juste d’éliminer les mauvaises odeurs !»

À ce moment précis, je me demandai ce qui me consternait le plus : la nullité abyssale de la blague de James, le fait qu’il occulte totalement la mort de Gerald ou bien le spectacle désolant du cratère béant qu’était devenu le 50 Berkeley Avenue.

 

Mickaël

Comment devenir une star d’Internet

« Une caméra, un micro, Adobe Pro, une carte SD, une bonne connexion Wi-Fi, une vierge à sacrifier… Je pense que je suis prêt ! »
Je pose fièrement mes mains sur les hanches, regardant, les yeux légèrement plissés, tous les éléments qui sont postés devant moi. Mon appareil photo qui me fixe de son objectif, le micro qui pendouille au bout d’une perche que j’ai fabriquée moi-même, mon ordinateur dans un coin avec le logiciel de montage déjà en route, et une jeune femme en pleurs attachée au pied de mon lit. Il n’y avait plus qu’à tracer le pentagramme maintenant.

« Bon, bah au boulot, dis-je joyeusement, saisissant une craie et poussant la poussière avec mon pied.
– Est-ce que tu es sûr que c’est vraiment la meilleure façon de devenir connu sur YouTube ? »
Les sourcils froncés, je me tourne vers Ophélie, ma meilleure amie, qui me regarde d’un air circonspect, jouant avec ses cheveux. Elle pointe la vierge kidnappée du doigt, puis la craie dans ma main.

« Je veux dire, j’étais à peu près sûre que pour être connu, il fallait surtout du talent, pas faire un pacte avec Satan.
– Et tu crois que PewDiePie et Cyprien, il sont devenus connus seulement grâce à leur talent ?
– Ben… ouais. »

Je pouffe et hausse les épaules devant tant de naïveté, puis commence à tracer mon pentagramme, concentré, prenant aussi longtemps que possible pour faire un cercle parfait, puis me redresse et l’admire, fier de mon travail. J’attrape une canette de soda à côté de moi et la bois. Je le mérite.

« Ton cercle il est ovale. »
Le soda se coince dans ma gorge et je tousse violemment pendant de longues secondes avant de regarder Ophélie à nouveau, commençant à m’impatienter un peu.
« Il est pas ovale, il est rond.
– Non, non, je te jure, de mon point de vue il est ovale.
– Est-ce que Satan est un maniaque de la géométrie ? »

Elle hausse les épaules et répond qu’elle ne sait pas, je hoche la tête d’un air satisfait, et recommence à tracer le signe cabalistique. D’abord la première branche de l’étoile… puis la deuxième…
« Ton étoile, on dirait un triangle.
– C’est normal, Ophélie. Au début, ça ressemble toujours à un triangle.
– Oui mais pas un triangle rectangle. T’as raté ton triangle. » Elle prend une gorgée de jus de fruit avec sa paille. « Refais ton triangle.
– T’es pas vierge, Ophélie, par hasard ?
– Non.
– Dommage. »

Je jette un coup d’œil à la jeune femme attachée, vérifie qu’elle chiale bien toujours, puis continue avec mon triangle qui, certes, est rectangle, mais bon ça n’a aucune importance, j’ai pas dit que je voulais devenir le YouTuber le plus connu au MONDE non plus, je peux me permettre d’avoir un pentagramme un peu nul.
« Une autre question, fait Ophélie, me faisant grogner mais relever la tête vers elle malgré tout.
– Plaît-il ?
– Tu crois aux démons, toi ? »

Une petite exclamation s’échappe de mes lèvres et je me redresse, posant une main sur ma poitrine, bombant le torse. Là est tout mon génie. Je désigne la femme du bout de ma craie, puis le pentagramme presque fini maintenant.
« Non, je ne crois pas aux démons. En revanche ! Je crois au bad buzz médiatique. Allume la caméra s’il-te-plaît. »
Ophélie hoche la tête d’un air résolu et se poste derrière l’appareil photo, appuyant sur le bouton.

CupcakeNie

Ma rencontre avec un Chuunibyou

 

 

Lundi dernier, j’ai mangé une chocolatine. Certains d’entre vous crieront « Halte là, malheureuse ! Que diable est cette sorcellerie, il s’agit d’un pain au chocolat, voyons ! ». Mais je ne suis pas là pour relancer le débat, j’ai une histoire bien plus intéressante à vous conter. Car voyez-vous, plus tard dans cette même journée, j’ai fait la connaissance d’une personne assez … atypique, disons. Au vu du titre, j’imagine que vous savez déjà quel genre de personne c’était. Et pour ceux qui n’ont pas vu le titre (si, par exemple, vous avez cliqué involontairement et que la fenêtre s’est imposée à vous sans vous laisser le choix, mais que, pour une raison inconnue, vous restez là, à lire, et c’est plutôt cool) ou pour ceux qui simplement ne savent pas ce qu’est un Chuunibyou, laissez-moi vous l’expliquer brièvement. Un Chuunibyou, pour faire simple, c’est quelqu’un qui se donne un style pseudo asocial, ou qui prétend avoir un quelconque pouvoir psychique, par exemple.

Eh bien, justement ! Parlons-en de ces pouvoirs psychiques ! La personne que j’ai rencontrée, que l’on va appeler Madame X, prétendait avoir la capacité d’effacer des bribes de mémoire de certaines personnes. Mais (oui, il y a un « mais »), il fallait réunir plusieurs conditions pour ce faire. La première étant celle de la « réceptivité » de la personne. Une personne non compatible est immunisée à ce genre de tour. Comme c’est pratique. Je ne suis visiblement pas assez « réceptive », puisqu’elle n’a rien réussi à faire sur moi. Toujours est-il que ça nous laisse sans preuve de l’existence de sa soi-disant capacité. Je tiens bien à préciser que je ne suis pas totalement fermé d’esprit, je ne nie pas tous les phénomènes sortant de l’ordinaire. Il m’arrive parfois de me surprendre à suivre avec une étrange curiosité des reportages portant sur des sujets variés, plus ou moins surnaturels. Mais je dois admettre que j’ai un peu de mal à croire l’histoire de Madame X.

Car cette collégienne (oui, j’ai oublié de préciser qu’elle est en quatrième), aussi convaincante se veut-elle, me paraîtrait très peu crédible en tant qu’esper. De vous à moi, j’ai entendu des choses assez … comment dire … douteuses ? Tenez, il paraît que lorsqu’elle est à son école, il lui arrive souvent de s’isoler dans un coin de la cour, disant aux autres de ne pas s’approcher car elle risquerait de ne plus pouvoir retenir ses « ombres », le tout en se cachant l’œil gauche. Ou droit. Ou les deux. Bien que cette image me semble assez amusante à imaginer. Passons.

Je ne suis évidemment pas là pour juger qui que ce soit, chacun ses hobbies, moi, par exemple, j’aime bien la cueillette du raisin dans le jardin de mon papi. Mais là n’est pas la question. Je me dis simplement que plus tard, dans les réunions en famille ou entre amis, où ils se remémoreront les souvenirs d’antan, et que tout ce qu’elle pourra raconter c’est « quand je m’amusais à jouer les enfants emo-gothiques en prétendant contrôler la mémoire des gens. » Et elle risque de repenser à cette sombre période de son enfance avec regrets.

Ah, et une dernière chose ! Dernière, mais pas des moindres … Je ne vous ai pas encore dit que … Attendez, je dois l’avoir noté quelque part, ne bougez pas. Hum, je ne le retrouve pas … Je vous racontais quoi déjà ? Ah oui, lundi dernier ! Donc, j’avais mangé une chocolatine. Certains d’entre vous crieront « Halte là, malheureuse ! Que diable est cette sorcellerie, il s’agit d’un pain au chocolat, voyons ! » Mais je ne suis pas là pour lancer le débat. Je suis venu vous parler de ma chocolatine. Je crois …

Nouillechan