De l’art de paralyser une société – VoxPlume

Le bureau était le théâtre d’un désastre sans nom, entre rapports pas finis, nouveaux objectifs non lus, accumulation de boules de papier par terre… Les autres membres de l’équipe n’en croyaient pas leurs yeux et, surtout pensaient aux conséquences de cet arrêt de travail de leur collègue.
— Mais… Mais… Mais qu’est-ce que tu fous, bordel ???
— Quoi, c’est pas encore assez clair ? Je glande, je fous rien, j’en ai marre, je suis en grève ! Alors, si vous voulez que le boulot soit fait, faites-le vous-mêmes, et m’emmerdez pas !
— Mais t’es pas bien ? Tu te rends compte de ce que tu risques si ton chef de section débarque ? Et je parle pas du grand patron…
— Ah, mais je les attends ! J’ai beaucoup de choses à leur dire, aux deux frangins, ça tombe bien !

Les autres employés commençaient à se dire que leur camarade avait perdu l’esprit et ne savaient plus vraiment quoi dire. Celui qui lui parlait revint alors à la charge sous un autre angle.
— Bon, écoute, je veux bien croire que tu aies quelques soucis avec la hiérarchie, ou les conditions de travail, ou je ne sais quoi. Mais là, tu nous fous un peu dans la merde ! Est-ce que tu as la moindre idée de ce qu’il va se passer si tu ne vas pas remplir tes missions sur le terrain ?
— Oh oui. Je paralyse toute la division. Et, par là même, les autres par ricochet. Il faut bien ça pour que les deux autres comprennent que je suis pas leur petit toutou et qu’il va peut-être falloir commencer à me respecter !
— D’accord, ok. Et est-ce que tu te rends compte que si tu vas pas nettoyer un peu tout ça, ça va vite virer au désastre ? Trop de choses dans un trop petit volume, avec trop peu de ressources pour tout faire fonctionner ! Tu peux me dire où on case le surplus ??
— Oh, c’est bon, répondit le gréviste en soupirant. On manque pas d’endroits où recaser du contenu, bien au contraire…
— Ouais, enfin, les conditions sont loin d’être les mêmes, va falloir de l’investissement et de l’aménagement… Pas sûr que ça apprécie, au-dessus…
— Hé bien, tant pis pour eux !

C’est sur cette réplique que débarquèrent le chef de section et le président dans le bureau de celui qui avait décidé d’arrêter le travail.
— Bon, je ne vais pas y aller par quatre chemins, Thanatos. Qu’est-ce que tu veux ? Les Moires en ont assez de t’envoyer des noms sans que tu réagisses, là.
— Ah, chef de section Hadès, président Zeus, ravi de vous voir. Mes revendications sont simples : je veux pouvoir me reposer de temps en temps, et avoir droit à quelques rémunérations. J’en ai marre de courir partout prendre des âmes sans pouvoir faire un break. Et c’est encore pire en ce moment, je sais pas à quoi vous jouez ! J’aime pas plus les Humains que vous, Président, mais à un moment, il faut savoir lever le pied, hein.
— Et si on refuse, enchaîna Zeus ?
— Dans la mesure où même vous ne pouvez pas tuer la Mort, je resterai en grève indéfinie et vous devrez caser votre surplus de production immortel dans les mondes vides qui nous entourent. Je me demande d’ailleurs bien pourquoi ils existent, ceux-là…
— D’accord, tout ce que tu veux, je te mets ça par écrit, et il signe après, dit Hadès en désignant Zeus. Mais reprends le travail tout de suite. Ça te va ?
— Parfaitement, répondit Thanatos dans un petit sourire satisfait.
— La Mort en grève, c’est bien une première dans l’Histoire, ça, grommela Hadès en sortant.

Anthony


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Un amiibo sur-mesure – VoxPlume

Chair de Goule n° 10

Pour les lecteurs les plus assidus de notre petite anthologie horrifique, le nom de Ray Bradbens devrait rappeler quelque chose. Pour ceux qui nous suivent de manière plus irrégulière ou les nouveaux arrivants, rassurez-vous, ne pas le connaître ne gâchera en rien votre plaisir de lecture. Néanmoins, si vous souhaitez tout de même en savoir un peu plus sur lui afin de mieux connaître celui à qui vous allez avoir affaire, je vous décrirais le bonhomme ainsi : un fanboy légèrement cinglé atteint d’une violente collectionnite aiguë. Je vous laisse donc imaginer ce qui peut bien se passer lorsque, fendu d’une nouvelle passion, il se décide à partir à la rechercher d’ :

Un amiibo sur-mesure

Japan Expo, 10 juillet 2016 :

Ray, appareil photo à la main, était en train de farfouiller parmi les différents stands de goodies afin de dénicher la perle rare. Il avait déjà trouvé tout ce qu’il cherchait et avait rencontré tous les artistes et personnes qu’il souhaitait rencontrer mais, en dépit de cela, il se disait qu’avec un peu de chance, et en cherchant bien, il tomberait sur un dernier trésor. Alors qu’il regardait une figurine collector limitée deluxe day one d’un nouvel anime en vogue (« Attack on Haikyuu : Last Barakamonder », une histoire de volleyeurs, accros à la calligraphie, contrôlant les éléments et combattant des monstres géants mangeurs d’hommes), il fut rejoint par son meilleur ami, Théodore Gautier :

« Hey Ray ! Tu les as vus ? demanda ce dernier.
– Yep !
– Ils sont super cools, tu trouves pas ?
– C’est vrai qu’ils ont de la gueule mais, malgré tout, je persiste à dire qu’ils restent trop petits.
– Perso, que ce soit en terme de taille ou de design, je les trouve parfaits.
– Mouais… Je sais pas trop… J’ai beau les adorer, ça ne m’empêche pas de trouver qu’ils manquent singulièrement de finesse et de détails.
– Sans déconner, t’es jamais content. Sinon, t’as réussi à trouver la cosplayeuse que tu voulais prendre en photo ?
– Je l’ai croisée mais on a pas trop eu le temps de faire des clichés. Néanmoins, elle a accepté de m’accorder une séance pour la semaine prochaine.
– C’est une super nouvelle ! Tu dois être content comme tout.
– Tu n’imagines pas à quel point. »

Studio photo de Ray Bradbens, quelques jours plus tard :

« Et donc, vous faites une série de clichés sur les personnages de chez Nintendo, c’est bien ça ? demanda Lucie Flymaker, cosplayeuse professionnelle.
– En effet. Il faut dire que le sujet m’inspire tout particulièrement. Je pense même, d’ailleurs, utiliser les clichés pour une exposition, si j’arrive à obtenir les fonds ainsi que toutes les autorisations et papiers nécessaires, bien évidemment.
– L’idée est sympa. Au passage, si j’ai bien saisi, il faut que les personnes correspondent parfaitement aux mensurations des personnages qu’elles représentent. C’est donc pour cela que vous m’avez choisie pour incarner Zelda.
– Tout à fait. Vous êtes… comment dire… l’incarnation-même de la princesse. De plus, je trouve qu’il s’agit de votre cosplay le plus réussi.
– Merci. C’est très gentil.
– Je vous en prie. Pourrions-nous commencer, s’il-vous plaît ?
– Bien sûr. »

Tout se passa pour le mieux et Ray finit par demander à Lucie de se placer sur une petite estrade ronde. Alors qu’elle se mettait en place, un système se déclencha afin de bloquer ses pieds et l’empêcher de bouger. Avant qu’elle ne puisse réagir, Ray se faufila derrière elle et lui planta un port USB à la base du crâne. Lucie poussa un cri mêlé de douleur et de surprise.

« Mais vous êtes complètement taré ! hoqueta-t-elle. Qu’est-ce que vous venez de me faire ?
– Rien de bien méchant. Je n’ai fait qu’appliquer la première étape afin de transférer votre esprit vers une micro-puce située dans l’ordinateur que vous voyez là-bas.
– De-de quoi ?
– En gros, je vais transférer votre cerveau et tout ce qu’il contient afin de l’utiliser en tant qu’intelligence artificielle. C’est un ami à moi qui a mis au point le procédé. Une fois que ce sera fait, il ne me restera plus qu’à vous plastifier… »

Quelques heures plus tard :

Ray était au comble de l’extase. Il venait de rajouter une nouvelle pièce à sa collection. Il se demanda alors lequel il allait bien pouvoir utiliser. Qui allait-il bien pouvoir choisir entre Shulk, Lucina, Marth, Pit ou encore Link. Il les trouvait tous plus beaux les uns que les autres. Alors qu’il n’arrivait pas à se décider, il se dit que, tout de même, cette idée d’amiibo sur-mesure à taille humaine était la meilleure qu’il n’ait jamais eue.

Mickaël

Tentative n°27 – VoxPlume

C’était un jour d’été plutôt banal dans cette petite ville où régnait la joie. Le soleil brillait, les oiseaux gazouillaient comme à leur habitude et les habitants profitaient du calme du matin pour leurs balades quotidiennes, promenant leur chien, emmenant leurs enfants au parc, ou savourant simplement l’air pur de la campagne. La jeune Mauve Hèseminne, elle, marchait d’un pas incertain à travers les ruelles. Elle regardait tantôt à gauche, tantôt à droite, avant de se rendre dans le premier magasin qu’elle put trouver. Elle y fut accueillie par Marie et Jean Dubonheur, deux frères, employés modèles de la boutique. Ils s’écrièrent en chœur :

« Bonjour, bonjour ! Bienvenue ! Que pouvons-nous faire pour vous ?
– Euh, bonjour … Je cherche, euh, auriez-vous des cordes s’il vous plaît ?
– Oui bien sûr ! Nous en avons des tas ! On en a des rouges, des bleues, des jaunes, mais je vous recommande les roses ! Elles sont beaucoup plus amusantes, il y a des petits chatons dessinés tout le long, très utiles pour accrocher les ballons lors de fêtes d’enfants ! lança Marie, pleine d’entrain.
– Je ne suis pas d’accord ! l’interrompit aussitôt son frère. Pour les fêtes d’enfants, il n’y a rien de mieux que les petites cordelettes arc-en-ciel qui sont en promotion en ce moment, je vous en mets combien ? Ah et nous sommes le premier vendredi du mois, les ballons sont offerts !
– Ah, quelle chance vous avez d’organiser une fête d’enfants, ça fait combien de temps qu’on n’en a pas faite, nous ? Allez, cadeau de la maison, des confettis en forme de fleurs, j’espère que vous passerez une bonne après-midi ! »
Mauve, face à cet entrain inattendu tenta maladroitement de reprendre la situation en main :

« Merci, vraiment, mais une corde suffira, je ne suis pas vraiment d’humeur à faire la fête en ce moment … La jaune sera très bien, combien je vous dois ?
– Oh, mais ne faites pas cette tête-là voyons ! Tout le monde devrait être heureux d’organiser une fête ! Regardez cet assortiment de bonbons, ce n’est pas à toutes les occasions qu’on peut en manger ! C’est le moment ou jamais, c’est pour votre petit frère ? On peut vous proposer des cartes d’anniversaire personnalisées aussi, regardez !
– Arrête ça Jean, commença Marie. Tu vois bien que notre cliente ne veut pas de bonbons. Mais à la place, nous pouvons vous proposer de nombreux petits biscuits très en vogue chez les enfants en ce moment, regardez ceux-là, en forme de petits animaux, on vous en met combien ? »

Quelques heures plus tard, Mauve franchit le pas de sa porte, les bras surchargés de diverses décorations et sucreries pour enfant. Sa colocataire qui l’attendait patiemment sur le canapé leva les yeux et demanda :
« Tu as encore voulu te tuer ? Tu sais que ce n’est pas bon pour ton cholestérol ça ? Ni pour le mien d’ailleurs …
– Je t’interdis de me juger, je te promets que la prochaine fois, ça sera la bonne. Et à ce moment-là, tu regretteras de t’être moquée.
– Peut-être … En attendant, il n’y a plus de place dans le placard à bonbons, quand tu réessayeras la semaine prochaine, essaye au moins une autre boutique …»

Nouillechan

Grosse frayeur – VoxPlume

– Allô ? Allô ? Répétait nerveusement la femme entre chaque sonnerie de téléphone.
Finalement, quelqu’un décrocha.
– Allô oui, département des sapeurs pompiers je vous écoute.
– AH ! Enfin Dieu merci, venez vite je vous en conjure.
– Calmez-vous madame, calmez-vous… comment vous vous appelez ?
– Dorothy.
– Bonjour Dorothy, quelle est votre urgence ?
Dorothy se ressaisit un peu en entendant la voix rassurante du jeune standardiste.
– Il y a une na… na…
– Une nana?!
– Non ! Une araignée ! Énorme ! Dans ma cuisine !
Le standardiste marqua un temps d’arrêt et soupira bruyamment.
– Madame j’ose espérer que c’est une plaisanterie.
– Mais pas du tout! Je suis très sérieuse, envoyez quelqu’un s’il vous plaît ! Je suis morte de peur.

– Je sais que c’est sûrement très difficile pour vous madame… vous avez de la chance que les standards soient calmes sinon je vous aurais raccroché fissa au nez.
– Mais…
– Ecoutez, je vais quand même vous aider. Voilà ce que vous allez faire…
– Je pensais… essayer de lui taper dessus avec un balai, ou une… porte vous voyez. En enlevant les gonds.
– « Ha les bonnes femmes ! » Pensa le standardiste, excédé.
– Il y a quand même beaucoup plus simple, reprit-il. Vous allez tout simplement l’attraper par une patte et la jeter par la fenêtre la plus proche. Vous avez compris Dorothy ? Ça vous semble insurmontable ?
– Oui, vraiment… mais… remarquez, si elle n’est pas trop loin peut-être que…
– Très bien, vous voyez Dorothy, vous progressez déjà. Après cette expérience, je vous conseille vivement de vous diriger vers un spécialiste des phobies, cela vous fera le plus grand bien. D’accord ?
– … oui… d’accord.
– Très bien. Au revoir Dorothy et bonne chance dans cette épreuve difficile.

Le jeune préposé au standard avait essayé de ne pas paraître trop sarcastique en lançant la dernière phrase, mais c’était un peu raté. Néanmoins il raccrocha et fit rouler sa chaise vers l’arrière. Oui décidément c’était une journée très calme. A peine eut-il le temps de se dire qu’il allait prendre une pause qu’un autre appel parvint à la caserne.
– Oui rebonjour, c’est Dorothy ! Non tout va bien, j’ai réussi à la faire sortir, mais c’était pas sans mal !
– Eh bien vous voyez Dorothy, répondit le jeune homme en essayant de ne pas perdre patience, il n’y avait pas de quoi avoir peur. Elle ne faisait pas douze mètres de haut votre araignée.
– Non non c’est vrai elle n’était pas aussi grande que ça, mais elle en faisait bien trois ou quatre… tiens, d’ailleurs, vous pouvez envoyer de l’aide pour le monsieur et son chien là dehors ? J’ai un peu peur pour eux…

JellyBell

De l’art d’être dérangé pendant sa douche – VoxPlume

Un cri retentit dans tout l’appartement, forçant Gabriel à sortir de sa douche en maugréant, une serviette enroulée autour de sa taille.
« C’est quoi encore ce bordel ? rugit-il en pénétrant dans le salon. »
Dans celui-ci, Cynthia, sa colocataire, tentait vainement de calmer Sandra, sa nouvelle petite amie, qui regardait, terrifiée, Abigaïl, son autre colocataire. Cette dernière, loin de s’inquiéter pour Sandra, parcourait la grande étagère à la recherche d’un livre, plusieurs mètres au dessus du sol.

« Elle… Elle vole… Cynthia, ta colocataire vole ! hurla Sandra, hystérique.
– S’il te plait, calme-toi un peu… commença sa compagne.
– Me calmer ? Tu me demandes de me calmer ? Abigaïl lévite au beau milieu de la pièce et tu me demandes de me calmer ?
– Elle lévite pas vraiment au milieu de la pièce…
– Oui, renchérit l’intéressée, je suis plutôt sur le côté droit.
– Mais pour l’amour du ciel, qu’est-ce qu’on en a à foutre de la position de ta coloc dans la pièce ? Encore une fois, elle est suspendue à plusieurs mètres de hauteur, je suis la seule que ça choque ?!
– Bah c’est vrai que voir Abigaïl chercher un livre… commenta Sandra.
– Oh toi ta gueule, je dois le prêter à une amie.
– C’est quoi ?
– Le traité de sorcellerie occulte de Maxime.
– Il va te tuer s’il l’apprend…
– C’est bon, c’est juste pour lui montrer. Histoire qu’elle foire pas trop son examen cette fois-ci.
– Je comprends rien, je suis la seule à trouver ça totalement anormal ? Je… »

Sandra fondit en larmes avant de s’écrouler au sol, inanimée. Gabriel soupira, prit dans ses bras la jeune fille et la posa sur le canapé.
« Redescends Abigaïl. grommela-t-il.
– D’ac.
– Qu’est-ce que tu fous à poil exactement ? s’enquit Sandra.
– J’essaie de prendre ma douche, mais apparemment c’est impossible.
– Désolée, je pouvais pas prévoir qu’Abigaïl se manifesterait quand ma copine serait là.
– Mais qu’est-ce qui t’as prit d’amener un humain ici bon sang ?!
– C’est vrai, moi j’ai cru qu’elle était au courant, sinon j’aurais jamais agi comme ça, t’imagines !
– Une chance que tu sois pas entrée en traversant les murs comme d’hab.
– Vous commencez à me fatiguer toutes les deux… On en fait quoi de celle-là maintenant ?
– On peut pas la foutre dehors ! Je veux dire… C’est ma copine quoi…
– Honnêtement après ce que tu viens de lui faire vivre, j’ai quelques doutes… grommela Gabriel.
– Moi au moins, j’essaie d’avoir une vie à peu près normale ! C’est toi qui t’aigris tout seul !
– En attendant, c’est pas moi qui mets tout le monde en danger…
– Les gars, s’il vous plait, arrêtez ! Ca arrangera rien du tout, tenta Abigaïl.
– C’est sûr que maintenant que t’as bien foutu la merde, ça risque pas ouais…
– On a qu’à attendre le retour de Maxime. Il nous préparera une potion pour qu’elle oublie tout ça et ce sera bon, proposa-t-elle.
– Il est en vacances depuis trois jours Maxime…
– Ah oui c’est pour ça que j’emprunte son livre maintenant, c’est vrai…
– Du coup on fait quoi ? Parce qu’elle va se réveiller là…»

Gabriel regarda la jeune fille évanouie et soupira.
« Ce qu’il faudrait, c’est la rendormir…
– On ne l’assomme pas, je refuse !
– Qui parle d’assommer ? »
Quelques instants plus tard, cette dernière se réveilla entourée par un loup-garou en serviette de bain, une fantôme et une vampire.
« Surprise ! hurlèrent les trois colocataires »
Sandra retomba dans les pommes.
« Bon bah plus qu’à recommencer jusqu’à ce que Maxime arrive !
– Elle est quand même vachement émotive ta copine… »

Alice

Médication inventive – VoxPlume

— Bon, alors, on fait comment, cette fois ?
— On a déjà fait dans la nourriture, dans la boisson, par intraveineuse… C’est dur de trouver de nouvelles idées, à ce stade…
— Je sais bien, mais on n’a pas le choix. Il faut qu’il prenne ça, sinon, il meurt. Et je ne compte pas me priver d’une telle source de revenus !
— D’accord, mais quand même, je me demande si c’est bien moral, tout ça…
— Oh, c’est bon, on ne fait de mal à personne, après tout. On s’arrange pour récupérer le produit sans que personne ne souffre, ni que ça soit vraiment préjudiciable.
— Je dois bien admettre que c’est toujours mieux que sa méthode… Cela dit, vu sa condition, il serait bien incapable de la mettre en œuvre… Tiens, dis, on a essayé de lui donner avec un bonbon ?
— Hum, non, jamais… On peut tenter le coup.

Les deux cuisiniers injectèrent alors la substance dans un bonbon et se rendirent nerveusement aux appartements de leur maître. Au moins, ce travail faisait fonctionner leur imagination, mais ils craignaient sans cesse le jour où ils seraient à court d’idées et où les redites ne fonctionneraient pas… Le travail était bien payé, mais il fallait vraiment redoubler d’ingéniosité pour que le maître ingère le produit nécessaire à sa survie sans le remarquer. Sa colère pouvait être redoutable, beaucoup avant eux en avaient déjà fait les frais…

— Bon, alors, on entre ?
— À toi l’honneur !
— Sympa… Allons-y…

Ils frappèrent à la porte et entendirent la voix du maître, qui les invitait à entrer. Comme toujours, la salle était sombre sous les rideaux tirés, c’était à peine si un rayon de lumière pouvait passer entre eux. Si cela avait pu les effrayer au début, les deux aides avaient désormais l’habitude et ne s’en formalisaient plus.

— Hum, bonjour, maître, dit le premier. Nous avons testé une nouvelle recette de bonbon et nous nous demandions si vous vouliez bien y goûter…
— Mais bien sûr, mes chers amis, répondit le maître en s’avançant vers eux. Attendez… Ce n’est pas une ruse pour me faire avaler cette horrible substance, n’est-ce pas ?
— Nous ? Des ruses ? Allons, maître, jamais nous ne nous abaisserions à cela, enfin, dit le second aide dans un grand sourire.
— J’ai quelques doutes… Enfin, bref, voyons ça…

Le maître des lieux prit un bonbon et l’avala rapidement, un sourire de ravissement aux lèvres.
— Délicieux ! S’exclama-t-il. Vous devriez vendre la recette !
— Nous y penserons, maître. Passez une excellente soirée.
— Vous aussi, reposez-vous bien, du travail nous attend tous trois dès demain matin.

Les deux hommes sortirent des appartements de leur maître et poussèrent un grand soupir de soulagement une fois en bas de l’escalier.
— Bon, c’est passé. J’espère qu’on va continuer comme ça longtemps, l’idée de finir dans l’un de ses vieux cachots ne m’enchante guère…
— Moi non plus, je te rassure. Bon sang, quel boulot de lui faire ingérer sa dose de sang quotidienne… Quelle idée d’être un vampire hématophobe, aussi…

Anthony

Égyptomanie aiguë – VoxPlume

Chair de Goule n° 9

Lorsqu’un sujet qui vous tient à cœur finit par devenir une véritable obsession, les choses peuvent rapidement dégénérer. Nous avions déjà abordé cet épineux problème lors de l’un de nos précédents numéros. Si nous avions, alors, décidé de traiter ce sujet à travers le prisme d’une passion, nous allons aujourd’hui l’aborder d’une toute autre manière en nous posant la question suivante : Que peut-il arriver lorsque cette monomanie est au cœur même de votre travail ? Afin d’y répondre, nous allons nous pencher sur le cas d’un universitaire peu scrupuleux atteint d’une légère :

Égyptomanie aiguë

Wilfred Bandcroft était un jeune égyptologue avide de connaissances et, surtout, de reconnaissance. Maître de conférence à l’université d’Innsmouth, il avait décidé de suivre les traces de son directeur de thèse, Alabamus Windmill, et avait axé ses recherches sur le règne de Inmranthep Ier, un pharaon fort peu connu sur lequel on n’avait malheureusement que très peu d’informations. Reconnu pour son intelligence, Wilfred l’était, également, pour son physique avantageux. Grand, les épaules larges, les yeux d’un bleu profond et le front parsemé de boucles blondes, il avait un succès fou auprès des étudiantes.

Cela lui importait peu. Une seule chose comptait véritablement pour lui : marquer de son empreinte l’Histoire de la recherche. Pour y parvenir, il était prêt à tout et la moindre occasion de briller était, pour lui, une aubaine. Je vous laisse donc imaginer sa réaction lorsque le professeur Windmill l’enjoignit à venir lui rendre visite et ce, au plus vite, afin de lui faire part d’une découverte sans précédent sur Inmranthep Ier.

À peine avait-il fini de lire le mail qu’il venait de recevoir de la part du chercheur qu’il se mit en route vers sa demeure. Le trajet fut pour le moins court, étant donné que celui-ci vivait sur le trottoir qui faisait face au campus. Une fois sur le seuil, il toqua à l’huis mais seul le silence lui répondit. Il insista puis entendit des bruits de lutte et de verre brisé. Une porte claqua violemment. Que pouvait-il bien se passer ? Il tambourina de toutes ses forces avant de saisir son portable. C’est alors qu’Alabamus lui ouvrit.

« Mais qu’est-ce qui vous prend Wilfred ?! Vous avez décidé de démolir mon entrée ou bien ?!
– Pardon Alabamus mais comme vous ne répondiez pas et que j’ai entendu…
– Décidément, vous manquez singulièrement de patience mon vieux !
– Je vous prie de m’en excuser.»

Ce n’était pas la première fois que le professeur critiquait son impétuosité. Wilfred avait une sainte horreur de ça. Surtout quand il se permettait, en plus, de lui faire la morale en lui expliquant que cela finirait par lui jouer des tours. Il se contentait alors d’acquiescer, de faire son mea culpa et de continuer comme si de rien n’était. Alors qu’il pensait à tout cela, Alabamus lui fit signe d’entrer. Il s’exécuta et le suivit jusqu’à son bureau. Il lui posa des questions sur ce qu’il avait entendu. Le professeur resta extrêmement évasif à ce sujet. Wilfred trouva cela pour le moins étrange. Ce n’était pas le genre d’Alabamus de faire des cachoteries. Une fois assis, ce dernier s’adressa à lui :

« Mon jeune ami, la découverte dont je vais vous faire part va révolutionner la vision même que les gens ont de l’Égyptologie. Elle va non seulement nous permettre de réunir une somme de connaissance incommensurable sur Inmranthep Ier mais, également, d’apporter de nouvelles réflexions sur les rites funéraires, l’embaumement, la vie après la mort et j’en passe.

– À ce point ?! s’exclama Wilfred.
– Oui ! Et je pense que ce que j’ai à vous montrer va beaucoup vous plaire. Pour vous donner un exemple concret, j’ai, notamment, réussi à rapporter les vases canopes du pharaon (N.B. : Il s’agit de récipients destinés à recevoir les viscères embaumés du défunt.) lors de ma dernière visite en Égypte et ce n’est pas tout ! Enfin bref, je parle, je parle mais, plutôt que d’écouter les divagations d’un vieillard sénile, je pense que vous voulez du concret. Veuillez donc me suivre à la cave afin que je vous montre tout cela.
– Excellente idée ! Il faudra que vous me présentiez également les gens qui vous ont aidé afin que je les félicite.
– Malheureusement, ils préfèrent rester anonymes. Disons que la « récupération » de ces trésors ne s’est pas faite en toute légalité. »

Parfait ! Il allait pouvoir s’attribuer la découverte de ce vieux grigou sans que personne ne vienne en contester la légitimité. Il attendit que le professeur passe à sa portée et lui fracassa le crâne avec le premier objet qui lui passa sous la main. Il se précipita à la cave, en descendit les escaliers et se retrouva nez à nez avec l’impensable. La momie d’Inmranthep Ier qui déambulait au milieu d’une pièce dévastée. Elle finit par remarquer sa présence. Il tenta de hurler mais elle ne lui en laissa pas le temps.

Quelques heures plus tard :

« Ah ma tête… Mais que s’est-il passé ? Wilfred ? Où êtes-vous ? »

Le professeur Windmill se releva difficilement. Il mit quelques instants avant de réaliser ce qui s’était passé. Il se précipita vers la seule pièce où Wilfred pouvait se trouver. Là, il y fit une découverte des plus horribles : une nouvelle momie avait été ajoutée à sa collection. Celle-ci était grande et avait les épaules larges. L’on pouvait voir des boucles blondes pointer ça et là entre des bandelettes gorgées de sang. À côté d’elle se trouvaient quatre vases canopes fraîchement remplis.

Mickaël

Réunion des oubliés anonymes – VoxPlume

« Chères amies, chers amis, bonsoir. Je vous félicite pour votre assiduité à notre réunion hebdomadaire, et tout particulièrement Bounce, ce jeu qui célèbre aujourd’hui sa centième présence parmi nous. »
Les applaudissements s’élevèrent dans la salle.

« Mais sans plus tarder, accueillons Xena, reprit l’hôte. Elle a mis du temps à nous rejoindre, mais tout vient à point à qui sait attendre, comme on dit. Je t’en prie, présente-toi.
– Bonjour, je m’appelle Xena.
– Bonjour Xena, lança alors l’assemblée. »
Légèrement surprise, la jeune femme fut invitée à reprendre :

« J’ai eu beaucoup de succès notamment entre 95 et 2001, mais aujourd’hui je me sens un peu perdue, j’espère pouvoir aller de l’avant avec vous tous.
– Nous l’espérons aussi, très chère ! » sourit le maître des lieux. Il fit un signe de la tête à la personne assise à ses côtés pour l’encourager à s’exprimer à son tour, ce qu’il fit sans attendre.

« Bonjour, comme vous le savez maintenant, je suis Didier le Renne.
– Bonjour Didier le Renne.
– J’avais l’habitude de travailler pour un bouquet télévisuel en tant que mascotte avec plein d’amis, mais ça ne marche plus très fort, on s’est tous fait virer … Et comme vous pouvez l’imaginer, c’est difficile de se renouveler quand tout ce qu’on sait faire, c’est chanter des paroles promotionnelles sur des airs de chant de Noël… J’avais postulé pour jouer dans un grand film d’animation film sorti récemment, mais ils ont préféré embaucher une huitre … Parce que, soit disant, « un renne n’a rien à faire dans l’eau». Mais je continue à chercher et je me battrai jusqu’au bout !
– Bravo, c’est l’esprit, Didier. On continue !

– Bonjour, je m’appelle Laure, j’étais chanteuse au début des années 2000, et je … »
Un bruit sourd retentit dans la salle. La porte était grande ouverte. Sur le seuil, deux hommes, l’un se débattant pour tenir sa prise tranquille, et l’autre se débattant pour se libérer. Ce dernier s’écria alors :
« Mais laissez-moi, bon sang ! Je suis pas oublié moi, les gens chantent encore mes chansons, je fais des films, je peux … »

Des murmures commencèrent à se faire entendre à travers la salle.
« Eh je le connais lui ! Il faisait des chansons avec d’autres gens je crois … Il va bientôt faire une sorte de téléréalité le pauvre, ça, c’est signer sa chute dans l’oubli total !
– Très bien Fatal, bienvenue à la réunion des oubliés anonymes. Installe-toi, nous sommes là pour t’écouter. »

Nouillechan

Ne vous mariez jamais ! – VoxPlume

« Comment ça, le maire a disparu ? Laurence, qu’est-ce que tu as fait au maire ? »
Laurence réajusta maladroitement la couronne de fleurs qu’elle avait dans les cheveux, le regard fuyant. Elle n’osait pas se tourner vers sa fiancée, Mila, qui la fixait avec colère, les bras croisés sur sa poitrine, le pied tapant contre le sol à un rythme rapide et violent. Oui, certes, Mila était convaincue que Laurence avait une nouvelle fois commis une énorme erreur. Et cela allait probablement ruiner leur mariage. Maaaais il n’y avait pas de raison de s’énerver, enfin. En plus, pour une fois, ce n’était vraiment pas sa faute.

« Mais, enfin, je ne lui ai rien fait, au maire, » rit nerveusement Laurence, faisant son sourire le plus craquant. « Enfin, chérie, pour qui me prends-tu ?
– Pour quelqu’un qui a déjà réussi à égarer mon frigo, faire complètement disparaître du calendrier le jour de mon anniversaire, rendre ma tante aveugle, et, um… Perdre ma maison. »
Laurence frissonna devant l’expression de plus en plus furieuse de sa fiancée. Elle rentra sa tête dans les épaules et dansa nerveusement d’un pied sur l’autre, prenant garde à ne pas marcher sur sa magnifique robe de mariée.

« L’erreur est humaine, dit-elle dans une vague et pauvre tentative de se justifier.
– L’erreur est tienne, surtout, et la cérémonie est censée avoir lieu dans une demi-heure à peine, donc j’aimerais bien savoir où est ce foutu maire. »
Tendue et stressée, Mila s’était mise à faire les cent pas, ses talons hauts claquant contre le sol dallé dans un cliquetis assez insupportable. En passant devant, elle réajustait les bouquets de fleurs, remettait une chaise à sa place, ou encore vérifiait rapidement par la porte entrouverte que tous les invités étaient trop occupés à prendre des nouvelles les uns des autres pour se préoccuper de ce que les futures mariées fabriquaient dans leur coin.

Laurence, elle, leva légèrement les mains en l’air avec un petit soupir.
« Je te jure, mon ange, je te jure que pour une fois, ce n’est pas moi. »
Le visage rougi par la colère, Mila se retourna brutalement vers sa fiancée, pointant un doigt accusateur vers elle.
« Ah oui ? Vraiment ? Eh bien, je ne te crois pas ! Comment tu veux que je te fasse confiance, alors que tellement de fois tu as ruiné quelque chose qui était important pour moi, et que tu n’as pas osé me l’avouer avant que je le découvre par moi-même ?! »
Mila semblait au bord de la crise de larmes. Elle poussa un petit cri de frustration et se remit à faire les cent pas, martelant le sol de pas lourds et rageurs. Laurence s’approcha doucement d’elle et lui attrapa la main, la caressant avec son pouce jusqu’à ce qu’elle se calme. Elle lui adressa ensuite un petit sourire timide.

« Là, là, ça va aller. On va trouver une solution, ne t’inquiètes pas. Mais je ne sais vraiment pas ce qui est arrivé au maire. Je te promets que, vraiment, je n’ai rien fait, cette fois-ci.
– Vraiment rien ?
– Vraiment rien. »

Elles se regardèrent yeux dans les yeux pendant quelques instants, puis Mila renifla tristement et s’abandonna dans les bras de sa fiancée, la serrant tout doucement contre elle, retenant difficilement ses larmes. Elle était incroyablement heureuse de pouvoir épouser la femme de ses rêves, alors, bien sûr, elle avait du mal à supporter l’idée que quelque chose puisse mal se passer, surtout si c’était la faute de ladite femme. Mais Laurence lui caressa doucement la tête jusqu’à qu’elle s’apaise, et alors Mila put sourire doucement, prenant parfaitement conscience que, malgré tout, elle aimait Laurence de tout son cœur et de toute son âme.

« Ouais, bon, OK, je me suis peut-être trompée dans l’horaire quand j’ai organisé la cérémonie avec lui. Voir même, trompée de jour. …Voir de mois.
– Laurence ! »
Elle aimait Laurence, mais, là, ce n’était pas une raison pour ne pas l’engueuler.

Cupcake Nie

De l’art de se planter en lisant une petite annonce – VoxPlume

En l’espace de trente ans de mariage, Christine pensait avoir tout vu. Il faut dire qu’avec un mari comme le sien, la tête constamment dans les nuages et jamais les pieds sur terre, les situations absurdes et rocambolesques avaient le don de s’enchaîner les unes derrière les autres sans le moindre répit. Pourtant, celle à laquelle elle était présentement confrontée était, pour le moins, inédite. Elle s’était d’abord demandée si elle ne rêvait pas. Après s’être passée le visage sous l’eau froide pour bien se réveiller, elle dut se rendre à l’évidence : il s’agissait bel et bien de la réalité et non d’un songe. Tout en essayant de rester le plus calme possible, elle tenta de trouver une explication plausible à ce qu’elle était en train de vivre. N’y parvenant pas, elle finit par appeler la seule personne à même de lui apporter des réponses :

« Philippe ! cria-t-elle.
– Oui, ma pupuce ? lui répondit-il depuis la salle de bain.
– Veux-tu bien me rejoindre dans la cuisine, je te prie.
– Bien sûr, ma chérie. Juste le temps de finir de me raser et je suis à toi.
– Juste le temps de rien. Je te demande de venir donc tu rappliques, point.
– Mais moumoune, je viens de te dire que…
– Je sais bien mais je dois t’avouer que je m’en cogne dans les grandes largeurs que t’aies pas fini de débroussailler les trois poils que t’as sur le menton. Tu pourrais tout aussi bien être en conférence avec le pape que ça ne changerait rien alors ramène tes miches ici et maintenant !
– D’accord… »

Ni une, ni deux, il se rendit dans la cuisine. À peine était-il entré qu’elle le fusilla du regard avant de désigner une fenêtre et de lui demander :

« Je peux savoir ce que c’est ?
– Ben, c’est le jardin, pourquoi tu me demandes ça ?
– Je t’en prie Philippe, me prends pas pour plus conne que je le suis. Tu sais très bien que c’est pas du jardin dont je te parle mais de ce qui s’y trouve.
– Ah, ça…
– Oui, ça !
– Comment te dire… Tu te souviens de la petite annonce dont je t’ai parlé dimanche dernier ?
– Vaguement.
– Eh bien, comme je trouvais qu’il s’agissait d’une super affaire, j’ai contacté le vendeur et voilà le résultat.
– Philippe, mon petit Philippe, une question me brûle les lèvres.

– Oui, ma nounoute ?
– Quand est-ce que t’as prévu d’arrêter tes conneries ?! Parce que là, t’as quand même fait très fort !
– C’est que… Je voulais pas laisser passer une telle occasion. Après je dois avouer que…
– Ce n’est pas du tout ce à quoi tu t’attendais, n’est-ce pas ? l’’interrompit-elle.
– Ben, pas vraiment…
– Est-ce que t’as gardé le magazine où t’as trouvé cette annonce ?
– Bien sûr !
– Alors reste pas planté là comme un cèpe et va me le chercher ! »

Philippe s’exécuta et revint quelques minutes plus tard. Il retrouva rapidement l’annonce en question et la montra à sa femme. Christine la consulta attentivement puis dit :

« Laisse-moi deviner, tu l’as lu en diagonale et tu n’as retenu que les mots qui t’intéressaient, c’est ça ?
– C’est à peu près ça, avoua-t-il honteux.
– Tu as conscience qu’on ne va pas pouvoir la garder ?
– Le souci c’est que j’ai déjà promis le contraire aux petits.
– Mais c’est pas vrai ! Je peux savoir ce qui t’as pris d’impliquer les gamins de ton fils dans cette histoire !
– Ils avaient l’air tellement heureux de pouvoir jouer avec.
– J’imagine bien ! Ça devait bien être la première fois qu’ils en voyaient une. Mais qu’est-ce que je vais faire de toi et, plus important, qu’est-ce qu’on va faire d’elle ?!
– Au pire, je m’en occuperai seul comme ça t’auras pas à te prendre la tête avec.
– Ça, c’est mort ! Maladroit comme t’es, tu serais bien capable de la foutre dans un piteux état ! »

Christine s’interrompit et décida de se calmer. Les deux se mirent, alors, à observer, quelques instants, l’objet de leur débat avant de reprendre leur conversation :

« Dis-moi Philippe, tu t’es pas dit qu’une limousine vendue à 2500 euros dans « L’agriculteur moderne », c’était, d’une part, un peu trop beau pour être vrai et, d’autre part, plutôt bizarre de choisir une telle revue pour vendre une bagnole de luxe ?
– Pas vraiment… Tu sais, j’y connais pas grand chose en voiture…
– Mon pauvre vieux, sans vouloir te vexer, t’y connais pas grand chose dans un paquet de domaines.
– C’est pas faux ! »

Alors que les deux allaient s’asseoir pour prendre leur petit-déjeuner, la vache achetée par Philippe faisait tranquillement sa petite vie au beau milieu des rosiers et des hortensias.

Mickaël