Comment ne pas se préparer à une chasse au trésor – VoxPlume

– Bon, tu m’as fait naviguer jusqu’où, cette fois ? Qu’est-ce que c’est que cette île paumée et aussi trouée qu’un gruyère ?
– Ma chère Mary, je te présente Oak Island.
– Oak Island ? L’Île aux Chênes ? Bordel, Ryan, tu nous envoies chasser les mirages, ça y est ? Ton cerveau a fondu pendant la traque du trésor de Kidd, ou quoi ?
– Absolument pas, j’ai de très sérieuses raisons de croire que le trésor de Kidd a déjà été trouvé et a été transféré ici.
– Sur l’île gruyère ? Tu te rends bien compte qu’elle a été retournée pendant des siècles sans que personne ne trouve jamais le moindre début de trésor ?
– Pas de trésor, répondit Ryan en soupirant, mais un étrange dispositif de plates-formes. On arrive.

Le duo débarqua sur la première plage en vue de Oak Island, en faisant attention à où ils mettaient les pieds. Cela ne suffit toutefois pas pour éviter à Ryan un petit plongeon dans l’un des nombreux trous de forage de l’île. Mary ne put s’empêcher d’éclater de rire devant la scène.
– Et si tu m’aidais plutôt à sortir de là ?
– Désolée, mais tu dois admettre qu’on ne trouvera rien d’autre que ça ici. Nom de Dieu, regarde-moi ce bourbier. C’est tellement creusé que c’est à se demander comment cette île réussit encore à tenir debout. Au fait, on a l’autorisation d’être ici ?
– Hum, oui, alors, à ce sujet…
– Ryan…
– Quoi ? Je n’ai même pas commencé à m’expliquer !
– On n’a rien, c’est ça ?
– Je cite la réponse du propriétaire : « Je ne laisserai pas deux glandus qui se prétendent chasseurs de trésors venir faire des trous sur mon île ! »
– Comme s’il n’en faisait pas déjà lui-même par paquets… Bon, je te préviens, ta source a intérêt à être en béton. Ou mieux, en diamant. Parce qu’un trésor pirate ici, ça n’a aucun sens, et j’ai pas envie d’y rester !
– J’en conviens, mais les lettres étaient très claires. Le trésor de Kidd a été découvert par un certain Gol D Roger et transféré ici. Au moins jusqu’à ce qu’il l’emmène ailleurs…

Mary blêmit suite à ce qu’elle venait d’entendre. Elle se tourna lentement vers Ryan et le fixa sans ciller.
– Ryan… T’as fait authentifier tes sources, rassure-moi ?
– C’était déjà fait, je n’allais pas payer une autre expertise.
– Mais bordel de bougre d’abruti, Gol D Roger est un pirate de MANGA ! Tu nous as embarqués ici sur la foi d’un fake qui n’aurait même pas trompé les pires représentants de notre profession !
À peine avait-elle fini sa phrase qu’elle et Ryan étaient entourés de gardes armés.
– Et maintenant, on est mal… J’espère que tu as une bonne excuse.
– Heu… On faisait du tourisme et on s’est perdus ?
– Ok, je ne te connais plus.

Anthony


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Problème de voisinage – VoxPlume

Edmond était allongé sur un divan à attendre que son psy daigne bien lui accorder toute l’attention qu’il jugeait mériter. Après tout, il n’était pas n’importe qui. Trente-sixième héritier du prestigieux titre de Baron de Wingerbourg, il aimait se targuer d’appartenir à une branche éloignée d’une quelconque famille royale régnant sur un pays tellement petit que personne n’était foutu de le situer sur un planisphère. D’après lui, l’avoir comme client ne pouvait qu’apporter honneur et prestige sur le cabinet du Dr. Winston Bloomberg et c’est pour cela qu’il devait être traité avec le plus grand des égards.

Quoiqu’il en soit, le docteur faisait peu de cas de cette histoire de rang, considérant, par la même, Edmond comme un patient lambda. Cette idée avait le don de l’énerver au plus haut point. Néanmoins, il n’était pas là pour discuter de ça mais pour lui faire part de quelque chose de hautement plus crispant. Après une longue discussion téléphonique, le docteur se décida enfin à le rejoindre en s’asseyant à côté de lui.

« Bon, Monsieur de Wingerbourg, comment allez-vous ?
– Mal… Très mal… Pour tout vous dire, je suis dans un état pitoyable.
– Ah et auriez-vous l’amabilité de m’indiquer ce qui peut bien autant vous contrarier ?
– Eh bien, comme vous le savez, j’ai été obligé d’accueillir de nouveaux locataires.
– Il est vrai et donc ?
– Ils sont ignobles, de véritables ostrogoths complètement dégénérés !
– Vous ne croyez pas que vous exagérez un peu ?
– Absolument pas ! Voyez-vous, jusqu’à présent, j’avais une famille tout ce qu’il y avait de plus calme et civilisée. Il s’agissait de gens délicieux avec une éducation, contrairement aux sauvages qui se sont installés après leur départ. Pour commencer, ce sont des êtres d’une vulgarité sans bornes qui flatulent à tous vents. D’ailleurs, je ne pensais pas qu’il était humainement possible d’autant relâcher la soupape en une seule journée. Sans oublier le fait que je n’aie jamais entendu autant de grossièretés sortir de la bouche d’êtres vivants. Et si les choses s’arrêtaient là…
– Allons bon, je suis persuadé que vous noircissez le tableau.

– Pas du tout ! En plus d’être d’abjects frustes inélégants, ils sont dangereux ! Rien qu’hier, ils ont manqué de faire flamber la moitié du manoir en faisant des crêpes suzettes. Ils ont réussi à confondre le Grand Marnier avec de l’alcool à brûler. Comment est-ce possible d’être aussi stupide ?!
– C’est surprenant, en effet.
– Et puis, ils sont bruyants ! Ils mettent, à chaque fois, le son de leur téléviseur au maximum. S’ils regardaient des programmes intéressants, je ne m’en plaindrais pas… Enfin, pas trop… Mais là, ils passent leur temps à regarder des films de robots géants avec des explosions de partout. Ça fait un boucan infernal ! Pourtant, tout ce que je désire, c’est du calme, docteur ! Du calme ! Bon sang de flûte, est-ce que j’en demande trop ?! » Edmond s’interrompit « Veuillez m’excuser pour ce langage fort cavalier mais je craque…
– Avez-vous tenté de leur faire part de vos griefs ?
– Bien évidemment mais ils m’ont totalement ignoré alors j’ai décidé d’utiliser des moyens plus persuasifs…
– Edmond, qu’avons-nous déjà dit à ce sujet ? lui répondit Bloomberg avec un regard sévère.

– Je sais bien, docteur, mais je n’en pouvais plus. De toute manière, ça n’a servi strictement à rien et ce n’est pas faute d’avoir essayé de leur faire peur. Que ce soit les bruits étranges, les lumières fantomatiques, les ombres menaçantes, les voix sortant de nulle part, les objets qui volent et j’en passe, rien n’a fonctionné. À chaque fois, ils trouvaient une explication soit-disant logique.
– C’est une bonne chose qu’ils soient restés cartésiens, dirons-nous. Imaginez s’ils s’étaient rendus compte qu’un fantôme était bel et bien présent chez eux, cela aurait pu devenir vite compliqué pour vous. Rappelez-vous ce qui est arrivé à votre cousin Joris face à cette équipe de quatre chasseurs de fantômes.
– J’en frissonne encore, lui répondit Edmond.
– En tout cas, cela peut-être une bonne occasion…
– Une bonne occasion de quoi, je vous prie ?
– De changer d’air.
– Vous plaisantez, j’espère ! Ça va bientôt faire 75 ans que j’hante les lieux et je refuse de partir à cause de cette famille de fous furieux !
– Pourtant, cela pourrait vous faire le plus grand bien. S’ajoute à cela qu’une telle décision n’aurait rien de définitif. Ces gens ne sont pas éternels et, une fois qu’ils seront partis, vous pourrez toujours retourner chez vous.
– Ce n’est pas faux. Et puis, si cela peut me permettre de couler des jours heureux dans la paix et le silence, cette solution est tout à fait envisageable. Il faut que je réfléchisse à la question.
– Voilà, une bonne idée. » Le psychiatre/parapsychologue regarda sa montre. « La séance est terminée. Surtout, tenez-moi au courant de votre choix. »

Quelques jours plus tard, dans le cabinet du Dr. Bloomberg :

Winston était assis à son bureau, perdu dans ses pensées. Il se demandait, entre autres, si Edmond allait trouver le courage de quitter cette baraque poussiéreuse à laquelle il était tant attaché afin de prendre un nouveau départ. C’est alors que son téléphone sonna. À l’autre bout du fil se trouvait Edmond qui semblait fort enthousiaste :

« Allô, Docteur ?

– Monsieur de Wingerbourg, je pensais justement à vous. Alors, qu’avez-vous décidé ?
– J’ai suivi votre conseil et me suis résolu à quitter le manoir familial. J’ai fait mes valises et suis allé dans la première voiture qui passait.
– Ah… Vous êtes sûr que c’était la meilleur façon de procéder ?
– J’en suis persuadé. D’autant plus que le jeune homme qui conduit a l’air des plus charmants. Je ne sais pas pourquoi mais je suis intimement convaincu que je vais, enfin, pouvoir vivre sereinement dans la tranquillité la plus totale.
– Très bien et connaissez-vous, au moins, l’identité de la personne que vous allez hanter pour les quelques années à venir ?
– Bien évidemment ! Pour qui me prenez-vous ?! Il s’agit d’un certain Michael Bay. Ça vous dit quelque chose ? »

Mickaël 

La déchéance de l’immobilier – VoxPlume

« Qu’est-ce que tu veux dire par là ? Où est ma maison ? Laurence, où est ma maison ? »
Laurence dansa nerveusement d’un pied sur l’autre, évitant soigneusement le regard de sa fiancée, qui était absolument furieuse. Et pour cause : il avait suffi de quelques heures d’absence pour que la maison de Mila disparaisse.

Elle avait confié la maison à Laurence, puis était partie faire des courses, sans se douter qu’à son retour, le bâtiment entier aurait disparu. Mila savait parfaitement qu’il se passait toujours des événements extravagants et inexplicables quand sa fiancée était dans les parages, mais cette fois-là, c’était la fois de trop.

« Je viens de te le dire, articula difficilement Laurence. Elle est… Elle est partie en voyage.
– Partie en voyage ?! Et comment elle a fait ça ? Avec ses jambes de maison, c’est ça ? »
Laurence secoua la tête et se mordit nerveusement la lèvre inférieure. Elle ne pouvait pas juste raconter la vérité à Mila. Celle-ci ne la croirait sûrement pas, se mettrait en colère, et Laurence ne voulait vraiment pas risquer une grosse dispute alors qu’elles étaient si proches de leur mariage.

« Écoute, Mila, je sais que ça va être difficile à accepter pour toi, mais… Les aliens existent. »
Bon, Laurence n’en savait strictement rien, et même si c’était le cas ils n’auraient pas fait disparaître sa maison. Mais c’était toujours mieux que la vérité.
Malheureusement, Mila haussa un sourcil cynique, croisa les bras, et fixa Laurence en pinçant les lèvres, clair signe qu’elle ne la croyait pas, et qu’elle ne comptait pas la croire.
« OK, très bien, les aliens n’existent pas. Bon. Tu vois Harry Potter ?
– Oui, je vois, oui.
– Ben, en fait, JK Rowling a juste retranscris la vérité, et en fait je fais partie du monde magique, et donc…
– Laurence. »

Le ton de Mila avait été implacable. Laurence sentit les poils de sa nuque se dresser, tandis qu’un désagréable frisson descendait le long de son échine. D’accord. Ce n’était pas la peine d’essayer de l’amadouer avec ses livres préférés. Euh.
« Tu vois H2G2 ? Le guide du voyageur galactique ? La scène du début, avec le bulldozer ?
– Laurence, je commence vraiment à en avoir marre de tes conneries. »

De grosses gouttes de sueur perlaient sur le dos de Laurence. Elle regardait dans tous les sens, cherchant une explication un minimum crédible. Mila commençait vraiment à perdre patience, et son courroux ne tarderait pas à s’abattre sur sa fiancée. En même temps, sa maison avait disparu, avec toutes ses affaires à l’intérieur. Il était normal qu’elle soit un tantinet contrariée.

« Bon. L’invisibilité.
– Non.
– Les mondes parallèles ?
– N’essaye même pas.
– Les agents immobiliers ?
– Quoi ? »
Laurence poussa un profond soupir. Finalement, elle n’avait d’autre choix que de cracher la vérité.

Au pire, Mila ne la croirait pas, et ça ne ferait guère plus mal qu’un autre mensonge, après tout.
« Des agents immobiliers sont venus toquer à la porte, parce que ça faisait deux mois qu’on avait pas payé le loyer.
– C’était toi qui était censée faire la paperasse… Tu m’as dit que tu l’avais faite…
– Oui, mais c’était un mensonge. Alors ils ont enlevé la maison. »
Mila poussa un profond soupir. Plus jamais, elle ne louerait une maison « pliable en deux-trois mouvements. »

Cupcake Nie

Les amis, y a que ça de vrai – VoxPlume

– Mais non, fais pas l’con, bordel, descends de là.
– C’est ce que je vais faire. En sautant.
– Bon, qu’est-ce que je suis censé te dire, à ce stade ? Tu peux me l’expliquer ? Non, parce que là, je sais vraiment plus quoi faire. Oui, j’ai merdé et je t’ai trahi. Oui, je suis désolé. Et, oui, je vais réparer ça. Alors, maintenant, tu fais pas chier et tu descends !
– Non ! Va te faire voir ! C’est juste le point final d’une longue liste d’incessantes trahisons, il est temps d’y mettre fin !

– Non mais là, tu fais juste ta drama queen, mec. Alors, calme-toi un peu, réfléchis, et tu verras que tout ce que tu dis là n’est pas assez grave pour te mettre dans la position où tu es. Donc, je répète : DESCENDS ! TOUT DE SUITE !
– Mais oui, je vais descendre ! Et très vite, même !
– Me force pas à venir te chercher, parce que là, tu commences vraiment à m’emmerder avec ta petite comédie. Surtout pour un prétexte aussi foireux. Je te jure, je vais venir, et si tu me forces à sauter avec toi, t’as intérêt à dégager de ma vue après, parce que je compte pas te rater !
– Mais dégage de là et laisse-moi faire ce que j’ai envie de faire. De toute façon, tu peux pas comprendre, personne a jamais pu. Alors, maintenant, fous-moi la paix, on reparlera peut-être de ça un jour si on se revoit après, mais pour l’instant, stop !
– Je vais monter. Je te jure, je le fais !
– Je m’en fous !
– D’accord, puisque tu le prends comme ça…

« Bordel, qu’est-ce qu’il nous aura pas fait faire avec ses conneries, celui-là. Mais là, je le retiens, vraiment. Me forcer à grimper ça et aller le choper… On va se retrouver en bas tous les deux, à ce stade, il aura intérêt à se planquer avant que j’émerge, sinon… »
À peine avait-il fini de formuler cette pensée que lui et son ami tombaient de concert de près de trois mètres, droit dans l’eau, et qu’il dut supporter le rire de celui-ci, toujours aussi fier de son caprice et sa blague, malgré son aversion pour l’eau, pour un dessert mangé…

Anthony

Une leçon de savoir-vivre – VoxPlume

Ne vous est-il jamais arrivé de vous demander comment réagir, en toutes circonstances, de manière élégante et raffinée ? Eh bien si la réponse est oui, ne vous tourmentez plus, je suis là pour répondre à toutes vos questions. Qui suis-je ? Je suis bien heureuse que vous vous posiez la question même si vous auriez pu avoir la délicatesse d’attendre que je me présente avant de vous lancer dans ce genre d’interrogation, adorable malotru que vous êtes. Eh bien sachez que je me nomme Lady Emma Mountain et que je suis la 36ème duchesse de Bradford. Mon mérite ne s’arrête pas à ce prestigieux titre de noblesse puisque je suis, également, professeur émérite en étiquette.

C’est, d’ailleurs, à ce titre que je me présente à vous. En effet, pratiquant et maîtrisant à la perfection les arcanes des bonnes manières, j’ai décidé de partager mon expérience avec nos chères têtes blondes et leurs aîné(e)s afin d’apporter un peu plus de bon sens et de délicatesse dans ce monde de brutes. Afin d’y parvenir, nous allons commencer par un sujet des plus délicats : le franc-parler. Il est toujours complexe de faire part de ce que l’on pense réellement à une personne sans la blesser. Il faut donc toujours savoir comment y mettre les formes en faisant preuve d’un maximum de tact. Pour cela, faites en sorte de ne jamais donner l’impression de critiquer mais, plutôt, de conseiller.

Afin de vous faire comprendre cela de manière plus concrète, voici une situation tout à fait banale qui va nous servir d’exemple : imaginons que vous avez été invité à un dîner mondain par une quelconque baronne qui a obtenu son titre de manière peu reluisante, comme, je ne sais pas, Lady Nellie Bradburn, cette espèce de petite p… Euh… personne fort intéressante ! Vous ne la connaissez pas ? Peu importe, cela n’a guère d’importance. Vous êtes donc convié à une de ses soirées et cette dernière a décidé de congédier son personnel afin de faire montre de ses talents de cuisinière. Comme vous pouviez vous y attendre, la nourriture est infecte à tel point que vous vous demandez si elle ne vous a pas servi du rat bouilli sur son lit de morve séchée en plat principal. Néanmoins, vous ne pouvez en aucun vous contenter de lui servir un « Mon dieu mais c’est de la merde ! » et encore moins de régurgiter dans votre assiette ce que vous venez péniblement de tenter d’avaler.

Cela serait fort disgracieux. À la place, je vous enjoins à lui dire « Intéressant cette recette, est-ce une de vos créations ? » Et par cette question, j’entends… enfin, non, pas moi mais vous ; donc par cette interrogation, vous entendez bien évidemment lui signifier le plus délicatement possible « Est-ce vous qui avez enfanté cette immonde ignominie inbouffable ? ». La réponse étant, bien évidemment un oui empli d’une fierté fort mal placée, vous ne manquerez pas alors de lui offrir gracieusement le numéro d’un chef étoilé qui pourra lui enseigner quelques techniques afin de faire éclore ce talent naissant. Et par « naissant », on aurait plutôt tendance à penser « qui n’est pas encore sorti des couilles métaphoriques dont il est censé provenir et qui ne verra vraisemblablement jamais le jour étant donné qu’elle a, à peu près, autant de talent en cuisine qu’un ivrogne en a en danse classique, cette espèce de s… sainte…».

Voici un autre exemple : durant cette même soirée, un échange de cadeaux a lieu. Bien évidemment, vous avez fait en sorte d’en mettre plein la vue à votre hôte qui, elle, par contre, vous offre un truc assez quelconque. Il ne vous reste qu’à… ben, la fermer ! Vous êtes un pouilleux dont personne ne veut alors soyez déjà heureux d’être invité dans une soirée aussi chic. Après, il est vrai qu’offrir une minable émeraude alors que la duchesse de Nilbeug a eu droit à un diamant rose, c’est proprement honteux. Si je comprends bien, je ne mérite pas un présent à la hauteur de mon titre car je ne suis pas une invitée assez prestigieuse pour vous, c’est ça ? Espèce de sombre connasse imbue d’elle-même ! Je suis à mille lieues au-dessus de vous ! Vous croyez que je n’ai pas lu dans votre petit jeu ! Vous pouvez aller crever en Enfer, vieille morue ! Euh… Hé Hé… Voilà, par exemple, le genre de choses qu’il ne faut surtout pas dire. Dans cette situation, donner un conseil serait plutôt mal avisé. Préférez alors la fausse naïveté avec quelque chose s’approchant de « C’est adorable, très chère. La baronne Mildred de Mindsbourg m’en a offert un tout pareil la semaine derrière. Ils iront à ravir ensemble. » et vlan, dans les dents ! La maîtresse des lieux se sentira, alors, un peu péteuse pour vous avoir offert quelque chose que vous possédiez déjà et se verra dans l’obligation de compenser l’affront qui vous a été fait en vous faisant don d’une autre petite babiole comme un Rembrandt ou un vase Ming.

Bien évidemment, en quittant la soirée, pensez bien à saluer vos hôtes tout en n’oubliant pas de rayer les ailes de leur foutue bagnole… Euh… en ne manquant pas de signer leur livre d’or avec un mot toujours franc mais tourné de telle manière à ce qu’il ne puisse en aucun cas les froisser.

Ainsi achève notre leçon du jour. Pour les plus curieux d’entre vous, sachez que la prochaine traitera de la manière d’exprimer sa désapprobation ou son mécontentement tout en restant calme et poli. Il n’y a rien en ce monde qui m’insupporte plus que la grossièreté des gens qui s’emportent pour un rien.

Mickaël

Quelque chose d’incroyable – VoxPlume

30 juin 2016.
Olga trébucha dans l’escalier, tenta de se maintenir tant bien que mal malgré ses deux mains prises, échoua et s’écroula sur le sol, envoyant ses provisions valdinguer aux quatre coins de l’escalier.
Elle pesta et entreprit de tout rattraper, avant de poursuivre son ascension jusqu’à la porte de son appartement. Cette journée commençait décidément extrêmement mal.
Alors qu’elle entreprenait une contorsion ambitieuse pour sortir ses clés de sa poche sans lâcher ses provisions, une force incroyable la poussa contre le sol, faisant retomber par terre ses courses. Elle grogna, face contre sol, ulcérée contre l’individu qui avait cru bon de la faire tomber.
« Non mais vous manquez pas d’air vous ! Vous allez venir m’aider à ramasser ça et fissa ! Non mais on n’a pas idée, hein ! »

Elle s’arrêta pour dévisager l’homme qui se trouvait assis devant elle. Celui portait une redingote qui devait dater de plusieurs siècles, un sabre et un tricorne serti d’une cocarde tricolore.
« Excusez-moi mademoiselle, auriez-vous l’obligeance de m’indiquer en quelle année nous nous trouvons ?
– Vous allez à un bal masqué ?
– En vêtements militaires ? Non mais vous plaisantez ?
– Vous êtes bien sûr que c’est à moi de répondre à cette question ? D’abord vous me bousculez, ensuite vous me tenez un discours totalement absurde et vous ne vous excusez même pas par dessus le marché ! C’est un peu gros quand même ! s’écria Olga, excédée.

– Excusez-moi, c’est juste que je ne peux pas prévoir l’endroit où j’atterris. Pour les vêtements, sachant que je ne sais jamais quand je vais changer d’époque, je voyage souvent avec, malheureusement. A ce propos, vous n’auriez pas un costume typique de votre époque à me passer ? Si ça se trouve je vais rester quelques temps.
– Attendez deux secondes, vous voyagez dans le temps ? C’est une blague ?
– Malheureusement non. Je ne sais pas pourquoi et je ne sais pas comment, mais un beau jour, je me suis mis à changer d’époques sans aucune raison, et sans que rien ne puisse prévoir ces changements. Depuis, j’erre d’époque en époque, sans savoir pourquoi. soupira-t-il, mélancolique.
– Bon, c’est très drôle, mais moi je suis en retard et faut que je fasse à manger, donc vous allez vous rendre à votre bal masqué, et me promettre de regarder mieux devant vous, d’accord ?
– Vous ne me croyez pas ?
– Désolée, mais non.
– Bon. »

L’étrange personnage sortit différents objets de sa poche, l’air théâtral :
« Lettre d’admission à la cour royale signé par le roi Louis XIV lui-même !
– Très facile à refaire avec de la cire et du papier un peu ancien.
– Bon, et que dites-vous de cette photographie de moi avec le général de Gaulle ?
– Je vous fais la même chose avec photoshop en quelques minutes.
– C’est quoi photoshop ?
– Laissez tomber.
– J’ai également l’autographe de Christophe Colomb, ainsi que sa boussole !
– Aucun moyen de prouver que c’est bien d’époque…
– Mais vous m’énervez à la fin ! Comment faire pour vous convaincre ?
– Trouvez quelque chose de vraiment incroyable, soupira Olga en haussant les épaules, Ou plutôt non, ne trouvez rien, partez d’ici et laissez moi rentrer chez moi !
– Attendez, et si je vous révélais le futur ?
– Pas intéressée, merci. répliqua-t-elle en ouvrant la porte.
– Non, c’est important, écoutez moi bien ! Votre monde, il sera détruit !
– C’est ça, comme en 2012 ! Allez, bonne journée ! »

14 octobre 2033.
Olga marchait péniblement entre les immeubles dévastés. Les rares survivants à la catastrophe se cachaient dans les ruines de la ville, ou avaient fui les multiples catastrophes naturelles depuis longtemps. Un homme se dirigea vers elle, vêtu à la manière des cow-boys du 19ème siècle.
« C’est vous… murmura-t-elle, vibrante de haine.
– Bah quoi, c’est vous qui m’aviez demandé quelque chose de vraiment incroyable pour me croire. sourit-il. »

Alice

De la Mauvaise Distribution des Pouvoirs – VoxPlume

– Hum, bonjour. Alors, je m’appelle Lewis et j’ai été exclu de mon groupe il y a peu.
– Bonjouuuuuuuuuuur, Lewiiiiiiiiiis !
– Voilà, donc, on était cinq, et on avait décidé de former un petit groupe parmi d’autres pour essayer de faire le bien autour de nous. Et ça se passait très bien. Jusqu’au mois dernier, où j’ai été accusé de tous les maux. Mais vraiment.

– Ah, laisse-nous deviner… Ils t ‘ont dit que tu ne servais à rien, que tu ne savais rien faire, que tu profitais de leur boulot et leur gloire, et j’en passe, c’est ça ?
– C’est exactement ça. J’ai bien tenté de me défendre, de faire des efforts, mais rien n’y faisait. Plus le temps passait et plus ils en avaient après moi. J’étais devenu le mouton noir, celui qu’on évitait, et si quelqu’un posait des questions, on balayait le problème d’un revers de la main en disant que c’était un non-problème. Donc, bon, au bout d’un moment, il a bien fallu que je les confronte, quoi.
– Alors ça, c’était une mauvaise idée. Une TRÈS mauvaise idée !
– Oui, mais je ne l’ai compris que trop tard. Bref, donc, je fonce vers eux et je leur demande sans préavis leur problème avec moi. C’est là qu’ils m’ont balancé toutes ces saloperies, comme quoi j’étais inutile, profiteur, sans talent, sans intérêt, etc… J’ai toujours travaillé aussi dur qu’eux, voire plus. Après tout, je n’ai jamais eu leurs dons, il fallait que je décuple mes efforts et mon temps de travail. Et puis, c’est moi qui avais amené l’impulsion pour le groupe, c’était quand même quelque chose. Mais non, rien à faire, tous les quatre étaient contre moi et n’en démordaient pas.

– Et donc, que s’est-il passé ?
– La seule chose possible. Je me suis dit que ça ne valait pas le coup d’insister, et j’ai claqué la porte. Je n’avais aucun plan, aucune issue, je ne savais pas ce que j’allais faire, puis j’ai entendu parler de votre groupe de soutien, et me voilà.
– Hé bien, bienvenue par ici, Lewis. Sache que tu ne seras pas jugé, seulement écouté et soutenu.
– Merci. Oh, j’aimerais ajouter une dernière chose : depuis que mon pouvoir de l’Amour n’est plus avec eux, les gens commencent à se poser des questions sur leurs motivations réelles. Alors, inutile, hein… On repassera. Je sais que ce n’est pas très moral de se réjouir de ça, mais bon, ça fait un peu de bien quand même.
– Haha, en effet, Lewis. Merci pour ton témoignage et bienvenue chez dans le groupe des Héros Anonymes aux Pouvoirs Décriés.

Anthony

Il faut vous avouer quelque chose – VoxPlume

Ça y est. C’était ce jour-ci. Elle devait tout avouer ce jour-ci. Elle l’avait décidé, et elle ne reviendrait pas en arrière.
Katherina poussa un long soupir en se regardant dans la glace. Des cernes énormes lui creusaient les yeux, ses cheveux étaient ébouriffés et avaient plutôt intérêt à être lavés rapidement, ses vêtements étaient trop grands pour elle, mais tant pis. Elle n’avait certes pas la classe ou l’élégance qu’elle aurait souhaité avoir. Tant pis. Elle devait parler avec sa famille et ses amis proches, après tout. Ils n’allaient pas la juger. En tout cas, elle l’espérait.

Il était difficile, pour quelqu’un qui a vécu dans le secret depuis aussi longtemps, de soudain tout dévoiler ainsi. Katherina allait devoir se mettre à nu devant eux, s’exposer entièrement. Bien sûr, elle en avait envie. Elle n’en pouvait plus de devoir cacher qui elle était vraiment. Mais, c’était difficile. C’était toujours difficile.

Une boule dans la gorge, elle réajusta nerveusement ses lunettes, puis sortit de la salle de bain à pas veloutés. Elle rejoignit le salon, d’où provenait des rires et d’autres éclats de voix. Elle pénétra timidement. Ses invités étaient tous trop occupés à discuter entre eux et à manger pour la remarquer. Son père et sa mère commentaient bruyamment chaque aspect de l’appartement, tantôt avec délectation, tantôt avec scepticisme. Les amis de Katherina, eux, se laissaient aller à diverses blagues et références, échangeant avec son grand frère, parlant fort et mangeant beaucoup.
Katherina prit une grande inspiration et se plaça au centre de la pièce. Elle se racla la gorge afin d’attirer l’attention de tout le monde. Ce qui échoua misérablement. Elle essaye de nouveau à plusieurs reprises, avant de se réaliser qu’ils étaient tous dans leurs petits mondes à eux. Elle décida alors de prendre carrément la parole. Après tout, autant y aller à fond.

« Excusez-moi ? »
Elle avait parlé assez fort pour que tous les visages se tournent vers elle. Et fit un petit sourire et leva son verre, les saluant tous. Tant de personnes qu’elle aimait autour d’elle. Son cœur battit un peu plus fort, craignant de les perdre. Elle poussa un long soupir. Non. Tout allait bien se passer.
« Si je vous aie tous réuni ici ce soir…
– C’est pour faire la fête ! hurla son pote Henry (il était soûl).
– Non, répondit-elle avec un petit sourire amusé. En vérité, j’aimerais vous avouer quelque chose. Quelque chose qui… qui me pèse sur le cœur depuis plusieurs années déjà. »

La salle était d’un coup très silencieuse. Tous les regards étaient fixés sur Katherina. Elle sentit son estomac se nouer douloureusement, et une main invisible se serrer autour de son coup. L’angoisse l’étranglait, l’étouffait, l’écrasait. Elle prit une grande inspiration, tentant tant bien que mal. Elle se tint droite. Elle devait être fière de qui elle était, pas en être terrifiée. C’était précisément pour cela qu’elle comptait l’annoncer à tout le monde.
« Il faut que je vous dise qui je suis vraiment, fit-elle d’une voix forte, bien qu’un peu chevrotante. Alors… Voilà. Je suis en réalité… La Femme Chenille. »
Ses invités clignèrent des paupières, les yeux ronds. Elle sentit un poids énorme s’enlever de ses épaules. Voilà. Elle l’avait dit. Il ne restait plus qu’à voir comment ils allaient réagir, maintenant.
« La… La quoi ? » demanda Alexandra, sa meilleure amie.
Katherina fronça les sourcils.
« Eh bien, la… la Femme-Chenille. La super-héroïne qui a sauvé la Terre entière il y a deux ans de cela. Vous devez forcément me connaître. »
Les invités se regardèrent et haussèrent les épaules. Shawn, son cousin, éclata de rire.
« Impossible qu’on ait été sauvé par quelqu’un avec un nom aussi nul. »
Bon, eh bien, Katherina aurait très bien pu ne rien avouer du tout.

Cupcake Nie

Les aléas des RPG – VoxPlume

Cela faisait près d’une heure que Jjhbj et Mio marchaient dans la plaine, donnant, de temps à autre, quelques coups d’épée aux éventuels ennemis qui osaient s’approcher, lorsqu’ils aperçurent l’entrée de la ville. Le garde qui défendait la porte les appréhenda alors :
« Holà, jeunes gens, qu’est-ce qui vous amène à Hargon ?
– Bonjour, nous sommes envoyés par l’alchimiste de la campagne voisine, Meephy Ferrier. On nous a chargés de remettre un ingrédient au médecin de la ville, déclara alors Jjhbj.
– Je vois. Avez-vous une autorisation d’entrée ? Ou du moins, une preuve que c’est bien Monsieur Ferrier qui vous envoie ?
– Oui, il nous a rédigé une lettre, Mio, c’est toi qui l’as il me semble.
– Exact, laissez-moi quelques minutes. »

Le jeune mage entreprit alors la fouille de chacune de ses poches, sortant une multituded’objets, tels que des potions, diverses plantes aux vertus thérapeutiques, un vélo, des pièces d’armures, jusqu’à, plusieurs minutes plus tard, enfin sortir un bout de papier chiffonné. Il le tendit alors à leur interlocuteur qui le lit attentivement.
« Très bien, vous pouvez rentrer. » dit-il en libérant le passage.
Les deux partenaires procédèrent donc à l’intérieur de la ville, dévorant du regard les différentes enseignes qu’ils pouvaient voir. Jjhbj, paladin niveau vingt-quatre n’avait jusque-là pas eu l’occasion d’acheter de nouvelles armes par lui-même, les seules qu’il possédait avaient été trouvées dans des donjons à travers le pays. Il était donc tout excité à l’idée de pouvoir enfin pénétrer dans un de ces magasins. En se rapprochant de l’entrée, un petit garçon l’accosta :

« Eh, eh monsieur, t’es un chevalier ? Trop cool ! Eh, eh monsieur, t’es un chevalier ? Trop cool ! Eh, eh monsieur, t’es un …
– Qu’est-ce qu’il lui prend ? questionna Mio.
– Ah, désolé, je crois que c’est ma faute, le bouton est resté enfoncé. Bon, continuons, je ferai mes emplettes une fois notre mission terminée. »
Ils reprirent donc leur chemin en direction de la maison du soigneur, prenant soin de ne pas lancer une nouvelle conversation sans fin avec un autre citoyen. Mais arrivés à destination, une femme à l’allure grave se tenait devant la porte, refusant obstinément de bouger. Comme tout bon personnage principal, Jjhbj l’interrogea :
« Bien le bonjour, quelque chose ne va pas ? Peut-on vous aider ?
– A l’aide, au voleur ! Oui, aidez-moi ! Vous ne devinerez jamais ce qui est arrivé ! Un chat, énorme, tout noir est passé et m’a volé mon collier de perles ! Je refuse de bouger tant que je n’aurai pas récupéré ce qui m’est dû !
– Nous vous promettons de vous aidez, madame, dès que nous aurons pu discuter avec le médecin.
– Je refuse de bouger tant que je n’aurai pas récupéré ce qui m’est dû !
– J’entends bien, mais nous devons vraiment passer…
– Laisse tomber, Jjhbj, il faut qu’on retrouve ce chat si on veut avancer, c’est écrit dans le parchemin magique.
– Le parchemin ?
– Oui, enfin, la soluce quoi. Allons-y, ne perdons pas plus de temps, le soleil va bientôt se coucher. »

Mio et Jjhbj se mirent à la recherche du chat, suivant scrupuleusement les indications du parchemin. Leur quête arrivait presque à sa fin quand ils virent la ville disparaître sous leurs yeux pour laisser place à une profonde obscurité. Jjhbj commença à paniquer :
« Hein, quoi ? Qu’est-ce qu’il se passe ? Où est parti tout le monde ?
– Etrange … Tu as pensé à recharger ta console la nuit dernière ? réfléchit Mio.
– Non, je n’ai pas pu, je me suis endormi très rapidement, elle est restée allumée, comme d’habitude … Tu penses que c’est la batterie qui a lâché ? Il va falloir recommencer !
– Non, ne t’en fais pas, tu as sauvegardé après avoir battu le boss de tout à l’heure ?
– Comment ça ? Ca ne se fait pas automatiquement ?
– Bien sûr que non ! Bon, à quand remonte ta dernière sauvegarde ?
– Euh … Vu que je laisse ma console allumée la nuit, je ne pense pas avoir sauvegardé …
– Bon, pas de panique, tu vas devoir recommencer depuis le début … Essaye de choisir un vrai nom cette fois, au lieu de taper des lettres au hasard pour aller plus vite. » soupira Mio avant de disparaître.

Nouillechan

« Papa, Maman, il faut qu’on parle. » – VoxPlume

« Papa, maman, il faut qu’on parle. »
Clytemnestre reposa son couteau sur la table et lança un regard agacé à son fils.
« Plus tard mon grand, tu vois bien que nous sommes occupés.
– Non. Il faut qu’on parle maintenant. répliqua ce dernier, feignant une détermination qu’il n’avait pas. »
Après tout, pourquoi lui dire ? Il pouvait tout simplement le lui cacher, continuer comme avant, en entretenant le mensonge autour de lui. C’était tellement plus simple. Ses parents continueraient de croire qu’il suivait la même voie qu’eux, et tout se passerait bien.

Non, se morigéna-t-il, il ne devait pas penser à ça. Il avait décidé de leur dire, et rien ne devait désormais arrêter cette décision.
« Il faut qu’on parle maintenant. répéta-t-il, plus sûr de lui cette fois.
– Et bien soit, parlons. grommela son père, reposant le filet à poisson.
– Super ! Donc voilà, j’ai longtemps réfléchi, et j’imagine que vous vous attendez sûrement à une importante décision de ma part qui sera certainement très importante, du moins je le pense, si ça se trouve vous ne la trouverez pas importante du tout et vous trouverez ça ridicule, ce qui serait dommage je pense et… »

Il s’enlisait, en ayant parfaitement conscience d’être brouillon, maladroit, incompréhensible. Ses parents le regardaient, interdits. Il soupira, et décida de jouer le tout pour le tout.
« J’ai quelque chose de très important à vous annoncer !
– Serait-il possible ? s’écria sa mère, folle de joie.
– Fiston, tu aurais enfin décidé d’officialiser ta relation ? renchérit son père.
– Quand comptes-tu le faire ? Il faut qu’on prévienne la famille ! Ta sœur va être folle de joie !
– Je ne compte pas tuer ma sœur ! déclara-t-il en appuyant sur chacun des mots prononcés. »

Un profond silence emplit la pièce. Ses parents le regardaient, n’osant pas encore comprendre ce que leur fils venait de leur annoncer. Enfin, son père prit la parole :
« Mais enfin fiston, il doit s’agir d’une erreur. Tu ne peux pas décider ça sur un coup de tête !
– Agamemnon a raison mon grand, ne prends pas de décision que tu pourrais regretter plus tard. Songe que la famille des Atrides, notre famille, ta famille, s’entretue depuis des générations et des générations, tout comme les autres grandes familles mythiques. Tu ne peux pas chambouler des siècles de traditions comme ça ! Allez, oublie cette idée saugrenue et viens m’aider à poignarder ton père ! sourit sa mère.
– Elle a raison ! Tout ça n’est qu’une lubie de jeune ! Arrêter de se massacrer, et puis quoi encore ? éclata de rire son père, Manquerait plus qu’on abolisse la peine de mort pendant que tu y es !
– Ce serait désopilant ! Comment oserait-on ? continua sa mère sur le même ton.
– Impensable, impensable ! C’est comme tous ces gens qui font des sittings pacifiques et des manifestations sans tuer personnes ! Non mais tu te rends compte ? Une manifestation sans morts ! Ces gens sont contre-nature, tu dois au moins m’accorder ça !

– Et si je te disais que je fais parti de ces gens-là ?
– Impensable mon grand ! Enfin, tu n’es pas stupide à ce point là, si ? Tu ne me feras pas croire que tu t’identifies à ces, hem, individus qui rabaisse l’espèce humaine de jour en jour.
– Comment peux-tu oser dire une chose pareille ? Nous ne sommes pas contre-nature, nous sommes tout à fait normaux ! C’est vous qui venez avec votre doctrine d’un autre temps, sans vous rendre compte que les choses évoluent. Aujourd’hui les gens se prennent à rêver d’un monde de paix où les familles ne s’entretueraient pas, et ils ont raison !
– Mon fils, tu me déçois profondément !
– Je préfère vous décevoir plutôt que de me décevoir moi-même !
– C’est cela, sors moi ces phrases bateaux dont tes nouveaux petits amis t’ont bourré le crâne ! De toute façon, si c’est la merde dans notre pays, c’est de leur faute, et tu le sais ! Ca vous amuse de faire couler notre belle patrie, hein ? s’énerva son père, hors de lui. »

Sur ces mots entra sa sœur, Electre :
« Mais qu’est-ce qu’il se passe ici ?
– Ton frère est une couille-molle…
– Quoi ? Mais qui va me buter maintenant ?
– Tu vois ? Tu pourrais faire face à tes responsabilités jeune homme. Il est plus que temps de grandir et de te comporter comme un adulte ! »

Alice