Une drôle de rencontre – VoxPlume

La forêt d’Inksburg était un endroit paisible où la nature faisait tranquillement sa petite vie. Lorsque vous la traversiez et en tendant un tant soit peu l’oreille, vous pouviez y entendre le doux sifflement d’une brise légère dans les feuillages, le chant cristallin des torrents ainsi que l’orchestre mélodieux des gazouillis des oiseaux nichés dans les arbres centenaires. Pourtant, en cette fin d’après-midi estivale, un autre bruit se fit entendre : des rires d’enfants. Myrtille et son grand frère Tyly avaient décidé de faire une petite balade sylvestre. Ce n’était pas la première fois qu’ils se promenaient dans le coin. Pour tout vous dire, ils connaissaient l’endroit comme leur poche. Ils vivaient à l’orée des bois et il était d’usage, pour eux, de se promener en ces lieux enchanteurs dès que l’occasion se présentait. Ils en profitaient, alors, pour rendre visite à leur grand-mère. Ce qui arrivait très souvent. À tel point qu’ils passaient plus de temps chez elle que dans leur propre maison. Comme d’habitude, leur petite excursion se passait pour le mieux lorsque soudain :

« La vache ! J’ai rarement vu un truc aussi moche ! Hé, Myrtille viens voir !
– Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ?
– Regarde ce que j’ai trouvé en farfouillant dans le coin pour trouver des champignons.
– Beurk ! C’est quoi ce truc ? Depuis quand c’est là ?
– J’en sais rien. Dis moi, on est passés par ici ses derniers temps ?
– Bonne question. Il me semble que la dernière fois qu’on est passés par ici, c’était quand on est allé piqueniquer sur les bords du lac de la fée. Ça remonte donc à mardi.
– C’est vrai. Si cette… euh… bestiole était pas là à ce moment-là, ça veut dire qu’il a dû s’installer entre-temps. À ton avis, c’est intelligent ? »

La fillette observa la chose qui retenait tant leur attention. Au bout de quelques secondes, elle répondit :

« Je crois pas. Sincèrement, il a l’air complètement débile à dormir comme ça la bouche grande ouverte. En plus, je trouve qu’il a une tête trop bizarre. Ses oreilles sont vachement drôles.
– Ouais, c’est vrai, dit Tyly en se rapprochant. Ouah ! Il pue violemment du bec.
– Attention ! Il bouge ! s’écria Myrtille »

Frère et sœur se dépêchèrent de trouver un endroit où se planquer avant de se rendre compte qu’il ne s’agissait que d’une fausse alerte. Le truc était toujours endormi. Un premier caillou vola en direction de la bête puis un deuxième.

« Mais qu’est-ce que tu fais Tyly ?
– Ben, j’essaye de voir s’il réagit ou pas.
– Mais ça va pas mieux toi ! Imagine qu’il se réveille et qu’il soit de mauvais poil, on serait dans de beaux draps !
– C’est pas faux. Après, vu son manque total de réaction, je pense pas qu’on risque grand chose. Il dort comme une marmotte. »

Le jeune garçon s’arma d’un bâton et de tout son courage et retourna près de la chose. Il commença à lui mettre des petits coups sur le visage avec et finit par le lui fourrer dans le nez.

« Ah ben bravo ! Non mais arrête de lui triturer le pif ! T’es vraiment dégueu !
– Cette saleté de bâton veut pas ressortir !
– Tyly, t’as vraiment aucune force dans les bras. »

C’est alors qu’une troisième voix se fit entendre :

« Les enfants, où êtes-vous ?
– On est là, grand-mère, répondirent-ils à l’unisson. »

Ils furent rapidement rejoint par une petite dame qui s’affola immédiatement à la vue de la chose :

« Les enfants, éloignez-vous immédiatement de ça !
– Mais grand-mère… dit Tyly
– Y a pas de mais qui tienne ! Venez, je vous dis. Il faut partir d’ici avant qu’il ne se réveille. »

Les trois quittèrent immédiatement les lieux où le truc se reposait et arrivèrent assez rapidement dans la chaumière de la grand-mère. Cette dernière était située au fin fond de la forêt. Une fois la porte fermée, elle fit s’installer Myrtille et Tyly à table. Elle s’adressa alors à eux :

« Les enfants, je veux que vous me fassiez une promesse. Si un jour vous veniez, par hasard, à recroiser la route d’un de ces êtres, ne vous en approchez surtout pas. Fuyez dans l’autre sens et trouvez un endroit où vous abriter.
– Grand-mère, c’était quoi ? demanda Myrtille.
– C’était un être humain.
– Un vrai de vrai ?! s’exclama Tyly
– Oui, un vrai de vrai.
– Je croyais que c’était uniquement des histoires que tu nous racontais pour nous faire peur pour qu’on soit sage, rajouta le garçon.
– Ce ne sont pas des histoires. Les humains existent et ils sont dangereux. Vous savez ce que vous risquez s’ils vous attrapent. Vous devez donc être très prudents si vous ne voulez pas finir en cages. Vous allez donc être deux petits elfes bien sages et me promettre de faire beaucoup plus attention à l’avenir, d’accord ?
– C’est promis grand-mère, répondirent les deux enfants. »

Mickaël


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Prêt à emporter – VoxPlume

« Jeunes gens, si vous êtes en ce lieu en ce jour, ce n’est pas pour passer une semaine à bronzer au soleil. La raison pour laquelle vous êtes venus est de vous aguerrir, pour être prêts à affronter ce qui vous attend à l’extérieur. »

L’assemblée regardait, en silence, son chef énoncer son discours d’une conviction déconcertante. Quelques petits rebelles se laissaient aller à des plaisanteries concernant la tenue de leur commandant, tandis qu’au loin, dissimulés par cette énorme forêt vivante, deux jeunes tourtereaux se tenaient la main, la serrant de plus en plus fort. Tout en écoutant le discours d’une oreille distraite, ils ne pouvaient s’empêcher de penser que c’était peut-être un des derniers moments qu’ils pourraient passer ensemble.

Après ce long monologue qui dura quelques dizaines de minutes, la foule se dispersa, naviguant d’un atelier à l’autre, où ils devaient effectuer diverses épreuves d’endurance, de concentration, de résistance et d’esprit d’équipe. Certains prenaient cet entraînement très au sérieux, revenant de certains ateliers suant, épuisés, fiers d’avoir tout donné, tandis que pour d’autres, cela ne représentait qu’une sorte de formalité. Ils estimaient que ce qui devait arriver arriverait, et qu’un vulgaire entraînement d’une seule journée ne changerait en rien leur capacité à gérer la situation qui les attendait. Parmi eux, le jeune couple qui savourait ses derniers instants unis.

La journée, aussi longue fut-elle pour ceux qui se pliaient à la règle et s’adonnaient à chaque épreuve, passa, pour les autres, à une vitesse folle pour ceux qui redoutaient le lendemain. Le soir, tous se réunirent pour un dernier dîner tous ensemble, pour profiter une dernière fois de cette communauté qui s’était créée, et de cette ambiance dans laquelle ils avaient vécu dernièrement. Les rires et les larmes coulaient à flot, on entendait ici et là de nombreuses promesses de « se revoir dès que possible », et, lorsque le chef termina son discours d’adieu, la place se vida peu à peu, laissant en son centre, les deux amants, s’adonnant à une dernière accolade. Suite à cela, chacun se rendit dans sa nouvelle demeure.

Le lendemain, dans un hangar quelque part en Bourgogne, deux hommes se serraient la main, avant d’entamer la lecture de la liste dont ils avaient la charge.

« Comme convenu, ces poupées-là doivent être expédiées rapidement chez Jouet Club, et celles-ci partent pour La Grande Récré. Chacune d’elles a été soigneusement empaquetée pas plus tard qu’hier soir. »
« Merci bien, je suis sûr qu’elles seront vendues rapidement. »

Nouillechan

Magie service à votre écoute ! – VoxPlume

« Magie service à votre écoute bonjour ! Vous trouvez votre vie ennuyeuse ? Nous sommes là pour la pimenter un peu !
– Bonjour madame.
– C’est monsieur.
– Ah.
– Vous désirez ?
– Voilà : j’aimerais un pouvoir.
– Bien sûr monsieur. Notre catalogue en compte plusieurs centaines.
– C’est madame.
– Ah bon ?
– Non, c’était une blague.
– Ah…
– Oubliez ça d’accord ?
– D’accord madame.
– Monsieur !
– Mais…
– C’était une simple blague, d’accord ? Juste une blague, c’est tout.
– Vous savez, il n’y a pas de honte à vouloir être une femme.
– Je suis un homme.

– J’ai par exemple cette superbe collection de pouvoir qui vous permettront de prendre l’apparence de ce que vous voulez ! A vous la belle vie en tant que femme ! Et pour dix euros de plus, on change votre voix, pensez-y !
– Ce n’est pas du tout ce que je recherche.
– Je vois. C’est un changement purement psychologique.
– Il n’y a pas de changement de quoi que ce soit. Je suis un homme, point barre. C’était une simple blague !
– J’ai aussi le pouvoir de changer le nom sur votre carte d’identité si ça vous intéresse.
– Mais je ne veux pas changer mon prénom !
– Ah bon ? Vous vous appelez comment ?
– Jean-Eudes de Montmiraille.
– Vous êtes vraiment sûr de pas vouloir changer ?
– Mais oui !
– Vous savez, pour dix euros de plus, l’intégralité de vos connaissances oublieront votre ancien nom.
– Excusez moi monsieur, vous n’êtes pas un peu en train de vous moquer de mon prénom là?

– Moi je fais ça pour vous aider, ça doit pas être facile à porter tous les jours. Vous savez c’est un service très demandé ! Vous n’avez pas idée du nombre de petit Jedi ou de petite Galadriel qui ne s’assument pas. Et là je ne vous parle même pas des trop nombreuses Cunégonde…
– Vous allez arrêter de vous moquer des prénoms des gens ?
– Vous avez raison, ce n’est pas le sujet. Alors, quel jour voulez-vous faire votre coming-out ?
– Il n’y a pas de coming-out ! Je suis un homme et je le reste, c’était une simple blague.
– Moi je vous imaginerais bien en femme pourtant. Vous feriez une charmante petite Jeanne !
– Excusez moi mais on est au téléphone et ça commence à me déranger qu’un inconnu m’imagine en femme pour tout vous dire… A la base j’étais juste venu pour une requête et…
– Vous êtes venu pour quoi alors ?
– C’est un peu délicat…
– Vous savez, j’ai l’habitude. J’ai déjà eu un type qui souhaitait transformer tout ce qu’il touchait en donuts.
– Alors voilà, j’ai toujours rêvé d’être un chien depuis tout petit et…
– Mâle ou femelle ? »

Alice

Shingeki no Chikin – VoxPlume

15 avril 2025, 17h03, laboratoire Crawford :

Cela va bientôt faire cinq jours que la catastrophe a eu lieu. Le général n’arrête pas de m’appeler en hurlant que tout est de ma faute et que j’ai intérêt à me magner le cul pour trouver une solution. J’ai beau lui expliquer que j’ai besoin de temps, il me répond invariablement que c’est ce qui nous fait le plus défaut. J’ai créé ces saloperies, à moi de les détruire. Plus facile à dire qu’à faire. Je vais tester une nouvelle formule.

15 avril 2025, 23h03, laboratoire Crawford :

Le sérum est un échec. Après application, les sujets ont tous implosé avant de produire une très violente déflagration. Trop dangereux. Deux blessés graves et un mort. Sûrement un problème de dosage. Les cibles ne se déplacent plus. Elles ont fait leur nid à San Francisco. La ville est en proie au chaos. Comment a-t-on pu en arriver là ?

16 avril 2025, 14h02, laboratoire Crawford :

Maggie a décidé de faire partir les enfants chez leurs grands-parents. C’est beaucoup mieux ainsi. Ils pourront respirer l’air pur de la campagne et n’auront plus à assister aux effets désastreux de mes expériences. Rester enfermer dans ce fichu bunker avec ce ballet incessant de soldats armés jusqu’aux dents et ces satanés coups de fils qui n’en finissent pas ne peut rien leur apporter de bon. J’espère les revoir au plus vite. Tout ce travail accumulé commence à vraiment me peser. Mon crâne va exploser.

17 avril, 08h05, laboratoire Crawford :

Les créatures ont bougé dans la nuit. Elles se déplacent désormais vers Denver. On va devoir évacuer au plus vite. Leur vitesse de pointe est tout bonnement hallucinante. Je n’ai toujours pas trouvé de solution viable pour les éliminer sans provoquer d’effets secondaires désastreux. Je dois continuer à réfléchir. Je ne dois pas abandonner. Je finirai bien par trouver le moyen pour que ce désastre s’arrête. Il le faut.

19 avril, 03h30, laboratoire mobile de l’armée :

Le général est furieux. La femelle a pondu un œuf en plein centre d’une petite bourgade non loin d’Omaha. Plusieurs bâtiments ont été détruits dans le processus. Elle a commencé à le couver. Il m’a hurlé dessus en vociférant que c’était bien une idée de merde que d’avoir fait ça avec un mâle et une femelle. Même si je dois admettre qu’il n’a pas tout à fait tort, cette nouvelle situation nous laisse un peu de répit. Ma dernière formule fonctionne mais n’est pas encore assez efficace. Il faut que je revois les dosages.

19 avril, 05h30, laboratoire mobile de l’armée :

Les derniers sujets de test, après avoir répondu positivement au nouveau traitement, se sont mis à gonfler comme des baudruches. De plus, ils se sont mis à dégager un gaz toxique qui nous est totalement inconnu. Trois morts à déplorer. J’ai trop revu les dosages…

20 avril, 06h34, centre de crise, Minneapolis :

L’armée a décidé d’employer les grands moyens. Ils ont décidé de se passer de mes services. Ils vont les faire exploser. Ils ont, néanmoins, pris soin de récupérer l’œuf afin de l’étudier. Ils ont tendu un piège à Omaha. La ville a été évacuée.

20 avril, 8h25, centre de crise, Minneapolis :

Omaha a été rayée de la carte. Je sens les nombreux regards emplis de reproches qui se posent sur moi. Pourtant, je n’ai jamais voulu tout cela. Je désirais, tout simplement, venir en aide à mon prochain et rien d’autre. Si les choses n’avaient pas pris une telle tournure dramatique, ma formule aurait permis d’éradiquer définitivement la faim dans le monde. Grâce à elle, la quantité de viande produite avec un seul poulet aurait été phénoménale. Les coûts auraient été grandement réduits et l’accès à de nombreux produits facilité.

En y repensant, si la situation n’était pas aussi tragique, elle en deviendrait presque risible. Autant de morts et de destructions pour une histoire de poules et d’œufs, quelle tristesse. Heureusement, je vais pouvoir me faire pardonner mes erreurs et pas plus tard que maintenant. J’ai un nouveau projet qui, cette fois, devrait fonctionner à merveille. Si mes calculs sont exacts, cette nouvelle formule devrait réussir à combler, sans le moindre souci, les problèmes de pénuries laitières dans le monde. Je suis impatient de la tester.

25 avril, 9h15, centre de crise, Minneapolis :

Washington a été noyée sous un flot lacté. Je crois que j’ai vraiment un problème avec les dosages…

Mickaël

Terreur à l’Aire des Sapins – VoxPlume

Cela faisait trois jours que l’Aire des Sapins était devenue une zone de quarantaine. Les entrées, comme les sorties, formaient un barrage que nul ne pouvait franchir. Un vent doux soufflait sur le parking, entre les voitures immobiles, grandes carcasses sur l’asphalte. Les pompes à essence, vides, abandonnées, ressemblaient déjà à des ruines d’une autre époque. L’endroit semblait parfaitement désert.

Dans la boutique, cependant, une vingtaine de personnes étaient rassemblées, arpentant les rayons qu’elles avaient déjà vus cent fois, dans une quête vaine de réponses ou de solutions. Il y avait encore de quoi nourrir tout le monde pour une petite semaine, en comptant les stocks du magasin. Pas plus.

« La communication avec le monde extérieur vient d’être complètement coupée, annonça tristement un homme en gris, sortant de l’arrière-boutique, des cernes immenses sous ses yeux vides. Nous ne captons plus du tout la radio.
– Je vais essayer d’appeler la police… à nouveau, soupira une jeune femme aux yeux incroyablement verts, tout en sortant son téléphone portable de sa poche, son mouvement arrêté net par l’homme en gris.
– Ce n’est pas la peine. Aucun de nous n’a de réseau, et tu le sais très bien. Il ne nous reste plus qu’à espérer que l’on ne nous coupe pas non plus l’électricité. »
Entre les chips et les friandises, une petite fille sanglotait, recroquevillée sur elle-même. Sa mère était partie la veille chercher quelque chose dans leur voiture. Cela n’aurait pas dû prendre longtemps, elles n’étaient pas garées très loin de la boutique. Mais elle n’était toujours pas revenue. Ce n’était pas la première personne à disparaître, loin de là. En vérité, c’était même pour cette exacte raison qu’ils s’étaient tous enfermés dans le magasin.

Plusieurs d’entre eux pensaient qu’un, ou plusieurs, tueurs se promenaient à l’extérieur, errant entre le parking et les espaces verts, dans une recherche aveugle de victimes. D’autres encore, se tournaient vers le ciel, où d’étranges lumières violettes tournaient depuis trois jours déjà, et blâmaient les extraterrestres. Quelques paranoïaques hurlaient à qui voulait l’entendre que cela était la faute du gouvernement. Un groupe restreint écoutait les murmures du vent, les soupirs sur la peau, et murmuraient à voix basse que quelque chose d’invisible était avec eux.

Mais personne ne savait vraiment ce qui était en train de se passer, et les soupçons se faisaient de plus en plus nombreux. Personne ne faisait confiance à personne, on se battait pour la nourriture. Certains avaient craqué et étaient sortis en trombe de la boutique, décidant que, s’ils ne pouvaient pas retourner sur l’autoroute en voiture, alors ils y iraient à pied. On ne les vit plus jamais, mais on ne pouvait dire s’ils avaient réussi ou s’ils avaient été tués.

Une petite centaine de voitures étaient garées sur le parking. Mais à l’intérieur, ils n’étaient que vingt.
« On va probablement tous mourir, soupira un jeune homme, la tête dans ses mains, adossé contre le comptoir. Et je n’ai vraiment pas envie de mourir vi…
– Ne dramatisons pas ! le coupa l’homme en gris, se forçant à sourire. Attendons que M. Lagrange soit de retour… Il nous apporte peut-être des réponses. »
Un soupir collectif retentit dans la petite boutique. L’ambiance était sombre, pesante. Un vieil homme proposa une petite partie de belote pour se redonner du courage, mais il ne fit que rendre l’atmosphère encore plus noire. La petite fille pleurait toujours, malgré les réconforts qu’essayaient de lui apporter les adultes.

La porte s’ouvrit d’un coup, avec un fracas épouvantable. Un éclair zébra le ciel, et tout le monde sursauta. M. Lagrange, les yeux écarquillés, le menton tremblant, ouvrit la bouche, mais il n’en sortit rien d’autre qu’un borborygme. L’homme en gris se précipita vers lui, s’assura qu’il n’était pas blessé, lui proposa de s’asseoir quelque part. Le visage de Lagrange se fendit soudain d’un large sourire, et secoua la tête à toutes ces propositions. Il chancela à travers la pièce, haletant.
« L’espoir n’est pas vain, mes amis, s’écria-t-il. J’ai réparé la machine à café. » et ce fut l’allégresse pendant les quelques secondes qui précédèrent la destruction de la boutique par un astéroïde.

Cupcake Nie

Énergie à revendre ! – VoxPlume

Les chercheurs affichaient un large sourire devant les résultats qui dépassaient toutes leurs espérances. Eux-mêmes croyaient à peine à ce qu’ils avaient sous les yeux.
— C’est incroyable… Alors, nous avons réussi l’impossible ! Nous avons découvert une nouvelle source d’énergie !
— Non seulement ça, mais en plus, cette source est inépuisable, absolument infinie. Personne ne manquera plus d’énergie pour les siècles, non, les millénaires à venir. Les perspectives d’avenir sont tellement immenses que j’ai du mal à les imaginer…
— C’est inimaginable. Et dans absolument tous les domaines, malheureusement…
Chacun se mit alors à penser aux dérives militaires habituels de leurs travaux, bien qu’elles semblaient cette fois assez improbables.

— Bon, allez, assez d’idées noires, pensons plutôt à un monde où l’énergie est infinie, accessible et générée par tous, et donc absolument gratuite dans beaucoup de cas. Mesdames et messieurs, nous venons de faire d’une utopie une réalité.
— Puissions-nous ne pas la détruire… Je me pose une question, d’ailleurs. Devons-nous vraiment révéler l’origine de cette énergie ? Je serais d’avis de servir à la presse un baratin invérifiable, du genre une origine extraterrestre, un truc comme ça qu’on dirait sorti d’un roman de SF…

— Hum… Il est vrai que si on dévoile la source, elle pourrait vite se tarir. Cela dit, le monde serait sans doute meilleur…
— Je ne pense pas que multiplier les hypocrites rende le monde meilleur, au contraire. Dévoiler la source ne la tarirait pas, mais ça pourrirait les rapports humains en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire… Et puis, la nature humaine reprendrait le dessus, de toute façon. Allons-y pour une source spatiale, un nouvel élément… Tiens, pourquoi pas la matière noire ? Au moins, ça occuperait bien les médias.

— Vendu pour la matière noire ! Préparez le communiqué, on va avoir du boulot pour rendre ça crédible et préparer l’exploitation de la vraie source… Micros, récupérer les paroles, repérer les mots clés, convertir ça en énergie… Ça va être long, mais ça en vaut le coup !
Les scientifiques trinquèrent alors à leur découverte en se disant que réussir à convertir toutes les conneries prononcées par l’être humain en général en énergie était vraiment une grande avancée pour la science…

Anthony

Attack of Kiki – VoxPlume

Gerald et John étaient en train de jouer sur la console de ce dernier lorsque sa montre sonna. 18h, il était temps d’aller faire sa BA. Il posa sa manette et expliqua à son camarade qu’il devait se rendre chez sa voisine afin de donner à manger à Kiki, son animal de compagnie, pendant son absence. Gerald, n’ayant pas grand chose à faire, lui proposa de l’accompagner. John accepta à la seule condition de ne pas entrer dans la pièce où se trouvait Kiki, à savoir le garage.

« Ben pourquoi ?
– Disons qu’il n’aime pas trop les nouvelles têtes et qu’il peut se montrer particulièrement hargneux envers les étrangers.
– Sans vouloir la ramener, avec un nom pareil, il doit pas être bien féroce.
– Détrompe-toi. »

Alors qu’il fermait la porte de sa maison, John se demandait s’il n’était pas en train de faire une très grosse connerie. Gerald était un mec sympa mais toujours prompt à ne pas écouter ce qu’on lui disait de faire. Casse-cou, tête-en-l’air et loin d’être futé, il collectionnait les accidents et les embrouilles depuis qu’il était gamin. À mesure qu’ils approchaient de la maison de Miss Crumpet, sa voisine, John passa en revue les différents scénarios susceptibles d’arriver et aucun d’entre eux ne lui convenait. Après, Gerald allait peut-être bien se tenir… Mouais, on peut toujours rêver.

« Bon, on va rentrer. Tu ne touches à rien. Il y a des objets extrêmement précieux là-dedans, je n’ai pas envie que tu pètes un vase Ming ou je ne sais quoi d’autres.
– Ça va, je suis pas si maladroit que ça.
– Le lustre en cristal de Tante Pommelle, mars 99, tu te souviens ?
– Oui mais là, c’était…
– Son chien ne s’en est jamais remis, ni elle non plus d’ailleurs. La coupe en argent de ton grand-père, octobre 2003. Réduite à l’état de crêpe parce que môssieur a voulu voir si elle pouvait supporter le passage d’un camion-poubelle sans se déformer.
– Arrête, j’ai vraiment pas…
– La bague en diamant de Sophie, février 2006, perdue parce que tu voulais jouer à « La chasse au trésor » en pleine forêt ! Je continue ?
– Non, ça va ! J’ai pigé !
– Et n’oublie pas…
– Oui, je sais ! Je n’entrer pas chez Kiki. »

Maintenant que les choses avaient été mises au point, ils pouvaient entrer. John se dirigea vers une armoire et commença à enfiler une épaisse blouse.

« Mais qu’est-ce que tu fous ? lui demanda Gerald.
– Ben, je me prépare. Ça se voit pas.
– Non mais t’es malade. Tu vas pas nourrir un monstre. »

Après avoir fini de se changer, John se dirigea vers la cuisine et sorti du frigo un steak absolument gigantesque qu’il commença à assaisonner.

« Non mais c’est une blague ! T’as vu la taille de ce truc. Tu te fous de moi, c’est ça ? Tu trouves pas que c’est un peu gros, quand même. T’es parti dans un délire genre caméra cachée avec les potes, c’est ça ? » Gerald se mit, alors, à beugler. « C’est bon les gars, je vous ai grillé !
– Sans déconner, est-ce que je pourrai faire mon boulot peinard ? Il faut que je prépare le repas de Kiki et, crois-moi, c’est pas super simple alors baisse d’un ton ou, mieux encore, ferme-la.
– Bon, on va arrêter les conneries. Je vais mettre de suite fin à cette plaisanterie. File-moi ces clés ! »

Gerald arracha le trousseau de la main de John et fonça vers la porte qui donnait sur le garage où il entra. John tenta de l’arrêter mais ne put rien faire. Il tambourina contre la porte qui s’était refermée juste avant d’entendre son ami hurler. Dès lors, il se dépêcha de trouver une autre paire de doubles que Miss Crumpet gardait en cas de problèmes. Heureusement, ses recherches furent rapidement fructueuses. Tout se passa très vite. Il était à peine entré dans le garage qu’il jeta le repas de Kiki dans sa gamelle et récupéra Gerald à la volée. Ce dernier avait des traces de griffes sur le visage et le torse. Ses vêtements étaient totalement déchirés.

« Mais c’est quoi ça ?! Bordel de merde !
– Je t’avais prévenu !
– Oui mais quand même ! Il faut être cinglé pour garder un tel bestiau chez soi !
– Je sais bien…
– Et puis tu sais, j’ai essayé de pas bouger mais il m’a quand même repéré. Vision basée sur le mouvement, mon cul ! Tu penses que c’est légal d’avoir un bébé T-Rex chez soi ?
– Pour être franc, je me suis jamais posé la question.
– Et elle va faire quoi quand il sera plus grand ?
– Et encore, t’as pas vu Titou !
– Titou ?
– Ben ouais, Titou, son Mégalodon apprivoisé ! »

Gégé

LOST – VoxPlume

« Bon, demi-tour… »
Une dizaine de gémissements énervés accompagnèrent la nouvelle.

« Sérieusement ? Ca fait plus d’une heure qu’on marche ! Vous savez où vous allez au moins ?
– Mais oui ! C’est juste que je retrouve pas le bon immeuble. Il est censé être gris au milieu des bâtiments blancs, ça devrait pas être dur.
– Y a pas d’immeubles gris dans ce quartier. On a fait le tour quatre fois. On a trouvé des bâtiments blancs, noirs, roses et même un vert pomme mais pas de gris. Sauf votre respect, je crois que vous vous êtes trompée.
– C’est impossible. Il était gris, je m’en souviens bien parce qu’il était tout sale à côté des autres. D’ailleurs ils étaient en train d’installer le chantier pour le rénover et du coup ça faisait un boucan pas possible et…
– Attendez un peu, il était en rénovation ?
– Bah oui, pourquoi ?
– Et vous êtes venu y a longtemps ?
– un an environ. »

Le reste du groupe soupira et s’éloigna de leur guide et de ceux qui tentaient tant bien que mal de retrouver leur chemin.

« Ca c’est sûr, les gars du chantier l’ont pas laissé couleur « gris sale ».
– Donc on est définitivement perdu, c’est l’idée ?
– Si le seul renseignement qu’elle a, c’est la couleur du truc et qu’ils l’ont repeint, y a des chances oui. »

« Je suis désolée…
– Mais vous avez pas l’adresse ?
– Bah non, je me suis dit que la couleur ça suffisait… »

« Mais à moins qu’on vive au pays des maisons arc-en-ciel, qui se repère avec la couleur des maisons bordel, qui ?
– Bah elle…
– C’est définitivement pas un exemple à suivre.
– Du coup on fait quoi ? Non parce qu’on est légèrement en retard là…
– On va jamais y arriver, on va marcher dans les rues de cette foutue ville toute notre vie et on pourra jamais rentrer chez nous et…
– Tu peux la fermer ?
– Non j’en ai marre.
– Mais qu’il est chiant ! »

« Du coup madame on fait quoi ?
– Je vais trouver, ne vous inquiétez pas…
– Oh c’est plus pour vous qu’on dit ça hein…
– Mais si, vous allez voir on va y arriver. Je me souviens qu’il était plus grand que la normale.
– Ah bah c’est un début. Il ressemblait à quoi ?
– Euh… »

« Mais c’est pas vrai ! Mais qui nous a foutu une prof pareille !
– Moins fort elle va t’entendre.
– Laisse tomber, elle sait même pas se repérer, y a aucun risque. »

« Mais vous avez même pas le nom de la rue ?
– Bah non…
– Donc en fait, vous vérifiez jamais le trajet avant de partir en voyage ?
– Mais ça avait l’air simple !
– Juste une petite question, vous le faites depuis combien de temps, ce voyage ?
– Bah huit ans pourquoi ?
– Et vous allez tous les ans voir ce truc ?
– Oui.
– Et vous savez toujours pas comment y aller ?
– Non.
– Et sinon, ça s’appelle comment ?
– Le musée du Louvre, pourquoi ? »

Alice

La vérité qu’on nous cache – VoxPlume

« Chers lecteurs,
J’écris ce journal depuis la prison militaire. Il ne me reste pas beaucoup de temps avant d’être transféré, mais si vous arrivez à le lire, c’est que j’ai réussi à avoir une connexion Internet pour le publier. Si c’est le cas, peut-être que, après tout, l’espoir n’est pas vain.
Si ce journal est publié à titre posthume, cela voudrait dire que j’avais raison, et que le gouvernement et l’armée veulent nous cacher quelque chose. Je me nomme Gégé Cuvier, et je suis là pour faire éclater la vérité au grand jour.

J’ai essayé de m’introduire dans leur zone militaire interdite, surnommée « Zone 52 », pas très loin de là où j’habite, dans une forêt de Savoie. Je me suis faufilé entre les arbres jusqu’au grillage, où un écriteau indiquait « Champ de tirs – danger de mort », mais pensez-vous bien que je ne me suis pas laissé avoir. Cet avertissement est là seulement pour empêcher les civils qui ne se douteraient de rien de s’approcher des lieux, et de tomber sur l’horrible vérité qui s’y cache… Mais moi, et toute mon équipe, nous avons compris ce qui se cache au-delà des limites qu’on nous donne.

Mais ils ne peuvent pas fouiller tout l’Internet, et c’est donc le moyen le plus simple de partager mon histoire, mes connaissances, et mes convictions. Et je sais, et je vous le dis, que alors que je passe des heures dans cette cellule, mes spéculations me semblent de plus en plus réalistes.

Alors que je posai un pied de l’autre côté du grillage, après une dure séance d’escalade, une des expériences les plus effrayantes, et en même temps les plus satisfaisantes de ma vie, se déroula, autour de mon corps pétrifié par la peur. En effet, aussitôt que ma semelle effleurait le sol de cette Zone 52, une quinzaine de militaires, armés lourdement, surgirent de derrière chaque arbre, chaque buisson. Au dessus-de ma tête, le bruit de deux ou trois hélicoptères, survolant la scène en projetant sur moi des lumières aveuglantes. Résonnant dans mes oreilles, le bruit des cris et des menaces venant des militaires. Au loin, des sirènes.

Mes convictions se retrouvèrent alors plus confirmées que jamais : je n’aurais pas été arrêté ainsi s’ils n’avaient pas un lourd secret à cacher. Mais je décidais de ne rien dire, alors qu’ils me plaquaient au sol et me menottait. Je souriais à moi-même, réfléchissant déjà à un moyen de faire parvenir mon expérience aux autres membres de mon équipe, ainsi qu’à vous, sans me faire prendre.
Ou si je me faisais prendre, eh bien, au moins, cela aurait été pour une juste cause.

Ils m’ont jeté dans cette cellule sans rien me dire. J’ai entendu des hommes parler à voix basse dans le couloir. Ils m’ont fouillé, mais ils n’ont pas trouvé le portable que je cachais dans mon caleçon. C’est ainsi que je peux écrire ce texte, car il faut que je vous dise la vérité. Je les entends qui se rapprochent, il ne me reste que très peu de temps.

Mon groupe et moi sommes presque arrivés au bout de ce mystère. Le gouvernement connaît notre présence, mais ils n’ont pas encore pu nous identifier. Nous avons changé de noms nombre de fois, nous ne sommes jamais resté au même domicile pendant plus d’une semaine, nous avons communiqué uniquement par le biais du Deep Web. Aujourd’hui, nous sommes presque au bout de nos peines.

Nous avons déjà récupéré des images inédites de la Zone 51, aux États-Unis d’Amérique. Nous avons perdu des agents pour ça… mais cela en valait la peine. Maintenant, c’est à mon tour de me sacrifier pour vous offrir ces informations, pour vous dire ce qu’on essaye de nous cacher. Tous ensemble, unis, comme ne l’ont pas été les hommes depuis des millénaires, vous allez pouvoir vous retourner. Ils ne pourront pas tous vous faire taire à la fois. Je vous demande de hurler, de vous battre, de prendre les armes, pour cette cause. Je vous demande de vous lever, et de crier tous ensemble, car ainsi, ils ne pourront rien faire.
Je me suis trop battu pour la vérité. Je vais sûrement mourir pour elle. Mais ce n’est pas pour moi que je la cherche, c’est pour vous, c’est pour le monde.

Ils sont presque là. J’espère que ce message parviendra correctement à destination. C’est mon dernier espoir, le dernier espoir de l’humanité. Peut-être qu’un jour, plus personne n’aura à se sacrifier pour la justice.
Il faut que vous le sachiez, que vous soyez au courant. Oui, le gouvernement nous ment… Il nous cache quelque chose… quelque chose d’énorme, d’incommensurable…
Des squelettes de dinosaures. »

Gégé

Comment changer de vie en trois étapes – VoxPlume

Interrogations :

Cela va faire plusieurs mois que des phénomènes étranges se produisent. J’ai beau tenter de comprendre ce qui se passe, je suis totalement perdu et de nombreuses questions m’assaillent. La première d’entre elles et la plus cruciale reste, à mon sens, pourquoi les choses changent-elles ainsi ? Attention, je ne parle pas de changements parfaitement naturels comme les saisons qui passent ou les rides qui commencent à apparaître sur mon front. Non, il s’agit d’autre chose. Pour vous donner un exemple des plus frappants, de nombreux événements historiques se sont mis à changer de date du jour au lendemain. Ainsi, à en croire les gens, Marignan n’a jamais eu lieu en 1515 mais en 1915. Une date qui est d’ailleurs confirmée dans tous les livres traitant du sujet ! Et je ne vous parle pas du reste.

Un autre point d’importance est à élucider : qui peut bien être à l’origine de tout cela ? En ce qui concerne cette dernière interrogation, je dois avouer nourrir quelques soupçons à l’égard de Lucas Bishop, un étudiant que nous avons embauché récemment. Son arrivée coïncide de manière assez troublante avec les changements. De plus, il ne faut pas que j’oublie de vous parler de ses « affirmations ». J’ai, ainsi, remarqué le fait suivant : chaque modification s’est opérée juste après que Lucas ait affirmé quelque chose et ce de manière automatique. Serait-ce lui le responsable de tout ce chambardement ? Si oui, pourquoi fait-il cela ? Il faut que j’en aie le cœur net. Je l’ai fait convoquer dans mon bureau. On frappe à la porte. Ce doit être lui. Il entre.

Réponses :

« Bonjour Lucas.
– Bonjour monsieur Woodsworth.
– Tu dois te demander pourquoi je t’ai fait venir ici.
– Vous avez découvert mon secret, c’est ça ?
– Eh bien…
– C’est donc ça… Je me disais bien que je ne pourrais pas jouer comme ça avec la réalité indéfiniment. Quand l’avez-vous remarqué ?
– La Révolution a été un indice des plus flagrants. Faire reculer ou avancer un évènement aussi marquant d’un siècle, il faut dire que c’est pas vraiment subtil. Surtout quand c’est dans la même semaine.
– Vous le prenez plutôt sereinement, je trouve. Pourquoi ?
– Tout simplement parce que ce que tu es capable de défaire, je pense que tu es tout aussi capable de le remettre en place. De plus, il me semble que tu es quelqu’un de sensé. Tu sais pertinemment que tu ne peux pas modifier le cours du temps à ta guise sans que cela ne finisse par provoquer une catastrophe. Il faut que tu arrêtes tout cela.
– Vous avez raison. Néanmoins, avant que tout ceci ne prenne fin, j’aimerais savoir quelque chose. Est-ce que vous êtes heureux ?
– Ma foi, je vis ma vie. Certes, je ne fais pas exactement le métier dont je rêvais mais les choses sont ainsi faites.
– Pardonnez ma curiosité mais que vouliez-vous faire ?
– De la BD. Étant môme, j’ai toujours voulu en faire. Malheureusement, tu sais ce que c’est. Mes parents ne trouvaient pas que c’était un métier convenable. Malgré leur refus obstiné de me voir intégrer un tel milieu, je voulais rester dans le domaine de l’art et me voici conservateur. Ça m’aurait tellement plu d’être bédéiste, dit-il en soupirant.
– Mais qu’est-ce que vous racontez ? Vous l’avez toujours été.
– Pardon ? »

Changement :

« Monsieur… Monsieur ! »

Nathan se réveilla en sursaut et manqua de tomber à la renverse. Lorsqu’il reprit ses esprits, il se rendit rapidement compte qu’il n’était plus dans son bureau. Devant lui se formait une queue et un jeune homme lui tendait un livre. Il le saisit machinalement et put y lire le titre suivant « La clé de Kqrystal, tome 1 : le sanctuaire oublié ». Il l’ouvrit sans vraiment s’en rendre compte. Le jeune homme engagea la conversation :

« Bonjour monsieur Woodsworth.
– Bonjour, ça va ?
– Très bien et vous ?
– Je suis crevé, comme tu peux le voir. Enfin bref, tu veux que je te fasse quel personnage ?
– Madame Svenson, la bibliothécaire, c’est possible ?
– Pas de problèmes ! »

Il se mit à dessiner. Le jeune homme l’observa dans un premier temps puis lui dit :

« Vous me rappelez un homme que j’ai connu. Il vous ressemblait énormément. Il était juste plus âgé. Il devait bien avoir trente ans de plus que vous.
– Ah bon ?
– Oui. D’ailleurs, il s’appelait Nathan Woodsworth, comme vous. C’est amusant, vous ne trouvez pas ?
– En effet, c’est amusant et je dirais même troublant. Je mets la dédicace à quel nom ?
– Lucas, s’il-vous plaît. »

Ce prénom lui disait quelque chose. Il ne savait pas pourquoi mais il lui rappelait une vie qu’il n’avait pas vécue… Ou peut-être que si.

Mickaël