Le dictionnaire d’jeuns de Mémé Germaine – VoxPlume

Bonjour mes petits chéris. Nous revoilà sur une nouvelle chronique de Mémé Germaine sur son petit blogue sur les Internets Web deux point zéro. Aujourd’hui, mes petits chéris, je ne vais pas vous apprendre une nouvelle recette de gâteau, mais je vais plutôt vous faire un dictionnaire du langage « d’jeuns », le langage de ces petits bouts de chou, avec leurs mignonnes casquettes OBEY et leurs petites expressions de tous les jours.

Commençons tout de suite avec « Starfoullah », une expression qui me tient particulièrement à cœur. Quand j’ai d’abord entendu Kevin, mon petit fils adoré, lâcher ce mot à tout va, je me suis tout naturellement demandée ce que cela pouvait bien dire. Je me suis donc tournée vers mon cher dictionnaire Roberts, mais entre Starets et Starie, il n’y avait point de Starfoullah. Je suis donc allée sur les Internets Web deux point zéro, et, après une recherche lente et épuisante, je suis tombée sur un site Internet Web nommé « UrbanDico », qui m’a dit tout ce que je voulais. Apparemment, Starfoullah serait un terme arabe se traduisant en « Que Dieu me pardonne». Comme quoi, on peut être jeune ET bon croyant !

Je me suis ensuite penchée sur le terme « wesh », que je ne comprenais pas plus. Je pense personnellement qu’il s’agit là d’un salut ou d’une formule de politesse, puisqu’ils le disent à quasiment chaque fin de phrase. Je vous invite, mes petits chéris, à l’utiliser dans la vie, comme une formule respectueuse, notamment à vos supérieurs. Ils seront ravis de votre politesse, ainsi que de votre façon de vous intégrer à la culture d’aujourd’hui. « La zone wesh » pourrait donc définir « la zone à respecter », « un endroit où nous sommes respectueux ». L’église, par exemple, est une zone wesh.

Si nous savons tous aussi bien les uns que les autres que un « texto » définit un message électronique envoyé d’un téléphone mobile à un autre, peu d’entre nous savent ce que « sexto » signifie. J’ai tout d’abord pensé qu’il s’agissait là d’une façon très cordiale de se parler. En effet, ce mot a en commun une sonorité très proche de celle du mot que l’on utilise lorsque nous voulons montrer à notre conjoint que nous l’aimons beaucoup, par une étreinte affectueuse et pleine de passion, (mais seulement après le mariage). Mais alors, je me suis dit : mais que tu es sotte, Germaine ! Nos petits bouts de chou sont bien trop innocents pour tout cela ! Et aucun d’eux n’est encore marié, car ils n’ont pas l’âge. Je me suis alors demandée si cela venait de « secte », mais dans ce cas-là, nous l’appellerions « secto ». Je pense qu’il s’agit tout simplement là d’un synonyme de texto. Je pense l’utiliser dans la vie, notamment avec mon petit-fils Kevin, que j’aime, afin de lui montrer que même sa mamie Germaine peut être cool.

« Cool » ! Voilà un mot dont nous n’avons pas parlé. C’est un mot qui vient de l’autre côté de la Manche, chez nos amis de la couronne. Cela peut se traduire par « froid », ou encore « frais ». Je pense que nos joyeuses têtes blondes aiment beaucoup l’hiver, puisque lorsqu’ils aiment quelque chose, il le qualifie de froid. Pourtant, je ne les ai jamais entendus dire que l’hiver, c’était cool. Peut-être existe-t-il un autre sens que je n’ai pas compris.

Golri, cheum, chelou, et autres inepties : parfois, lorsque votre petit fils ou votre petite fille vous disent un mot que vous ne comprenez pas, il suffit de le retourner ! Échanger les syllabes dudit mot, et, comme par magie, le sens vous apparaît alors. Il s’agit là d’un langage bien à eux, qu’ils surnomment le « ver lent ». Je n’ai pas encore tout à fait compris ce que cela avait à faire avec les vers, à moins que ce ne soit le « verre » ? Malgré avoir demandé à mon petit-fils Kevin, que j’aime, je n’ai pas pu obtenir de réponse claire. Il a juste rigolé, et il n’a pas semblé comprendre le sens de ma question. C’est qu’il est un peu con, mon petit-fils Kevin.

Voilà, mes petits chéris, c’est la fin de la chronique de cette semaine de Mémé Germaine. J’ai sûrement oublié des expressions et autres mots que nos bambins utilisent, si vous vous en rappelez d’un, n’hésitez pas à m’envoyer une lettre électronique par le biais du formulaire à remplir en bas de la page (je crois que nous appelons ça un commentaire). En tout cas, je vous fais des gros bisous tout partout, j’espère que votre famille va bien, ainsi que votre santé, et les animaux. Je vous dis à la semaine prochaine pour une recette de délicieuse tarte au citron. C’était votre Mémé Germaine, qui vous aime tous, et surtout, n’oubliez pas de vous laver les dents !

Cupcake Nie


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Déontologie Journalistique – VoxPlume

Le président de session fit rapidement établir le silence dans la salle. Le moment était assez solennel pour son association ; après tout, il s’agissait du jour où chacun devait présenter ses travaux et recherches à l’ensemble des participants. Après avoir salué tout le monde, il décida d’ouvrir les présentations.

Chacun prit son tour et dévoila ses derniers travaux, entre vidéos, articles, et autres travaux d’investigation parfois menés au prix de grands risques.
— Bien, bien, je vois que vous avez tous travaillé dur pour continuer à dévoiler des vérités qui dérangent. Je sens que cette année va faire honneur au journalisme, quoi que beaucoup puissent dire de notre champ d’activités. N’hésitez pas à bien tout retravailler avant publication, il faut être au top pour montrer la réalité !

L’un des participants demanda alors de l’aide pour sa vidéo.
— Voilà, il faudrait m’aider à l’éditer un peu, mon sujet est pas assez clair. Qu’est-ce que je peux faire pour arranger ça ?
— Incruste carrément quelque chose qui y ressemble et qui sera plus net à sa place. C’est ce qu’on fait tous, après tout.
— Mais, heu… Est-ce que ce n’est pas mentir à l’audience ?
— Mais non, enfin, on ne fabrique pas du mensonge, on améliore le message que l’on veut faire passer. Le but est de faire ouvrir les yeux, alors, il faut y aller. Allez, incruste !
Le vidéaste s’exécuta alors et décida d’intégrer lui-même un autre élément dans sa vidéo.

Comme lui, d’autres reprirent leurs travaux pour les rendre plus percutants, sous l’œil attentif du président de l’assemblée. Rapidement, tous purent finalement publier leurs œuvres et les rendre accessibles à des dizaines de lecteurs.
— Encore une bonne journée pour la Société des Complotistes Activistes. Le monde devra bien se rendre à l’évidence : nous sommes les seuls vrais journalistes d’investigation du monde !

Anthony

C’est la faute d’Alice – VoxPlume

« Ouah, comment on a bien pu en arriver là ? »
Face au jeune garçon, une armée de manifestants telle qu’on n’en avait jamais vue auparavant dans le petit village de Roupillon. On pouvait sentir la colère des habitants à des kilomètres à la ronde. Marine regardait son ami d’un air désolé :
« Je peux t’expliquer, mais ça risque d’être assez long…
– Ca ne me pose pas de problème, au point où on en est.

– Bon, tu ne pourras pas dire que je ne t’avais pas prévenu. Tu te rappelles d’Alice, la fille de la boulangère ?


Rémi hocha la tête.
– Elle avait une collection de billes dont elle voulait se débarrasser, et du coup, elle a essayé de les vendre à la brocante. Le problème, c’est que ses parents ont pas eu de stand pour vendre, donc elle a demandé à leurs voisins s’ils pouvaient les vendre pour elle. Ils étaient sympas donc ils ont accepté sans problème. Le hic, c’est que justement, ses voisins, c’est la directrice et le gestionnaire de l’école primaire. Et vu qu’il y avait la réunion pour la semaine du goût juste avant la brocante, ils ont essayé de se dépêcher. Sauf que justement, ils ont dû sauter la partie qui concernait l’exposition « Art et Épices ».


– Et donc ?
– Et donc, la responsable de cette exposition s’est sentie vexée et a tout de même tenu à la faire dans un autre cadre, à savoir, la galerie éphémère qui devait ouvrir il y a deux semaines. Elle a rempli tous les papiers et elle a pu exposer. Les gens avaient l’air globalement contents, y compris un journaliste qui avait trouvé ça très sympa et, me demande pas pourquoi, il a tenu à écrire une interview, non pas avec la responsable de l’expo, mais avec l’organisateur de la galerie, qui ne s’était pas du tout renseigné sur les œuvres. Et quand le journaliste a publié son article, ça a donné une très mauvaise image locale. Donc la mairie a décidé, pour que les jeunes s’intéressent plus à l’art dans la ville, d’investir plus d’argent dans les cours d’art plastique.


– Mais c’est pas plutôt une bonne chose ?
– En théorie, oui, sauf que où est-ce qu’on peut trouver l’argent pour payer les cours, les profs, le matériel, les conférences et tout le tralala ?
– Hum, les impôts ?
– Beaucoup d’impôts, oui.
– Je vois… Donc du coup, tout ça, c’est la faute d’Alice ?
– C’est la faute d’Alice.

Nouillechan

Parer la fin du monde – VoxPlume

« Ca suffit ! Nous sommes ici pour trouver une solution à un problème grave, pas pour nous disputer. Je vous prie de garder votre calme !
– Garder notre calme ? Vous nous demandez de garder notre calme ? Auriez-vous l’amabilité de nous expliquer comment ?
– Arrêtez, vous énerver ne changera rien !
– Et puis-je savoir ce que vous comptez faire pour résoudre ce problème, si je puis me permettre ? »

Tous se turent, gênés. Il est vrai qu’aucun d’entre eux n’avait la moindre idée de comment se sortir de cette situation.
Celle-ci était en effet épineuse. D’ici quelques heures, une météorite allait exploser sur la Terre et détruire toute forme de civilisation pour quelques siècles. Aussi les participants à la réunion étaient quelque peu préoccupés.
L’un d’entre eux prit la parole, tentant vainement de ramener le calme :

« Messieurs. J’ai peut-être une solution à notre problème. En partant du principe que si toute forme de vie va disparaître, la Terre ne va pas être détruite pour autant, pourquoi ne pas se servir d’elle comme d’un bouclier et creuser un souterrain le temps que les effets de la météorite s’estompent ?
– Très bonne idée. Très très bonne idée. C’est dingue, pourquoi on y a pas pensé avant ? C’est pas comme s’il restait juste quatre heures avant l’impact…
– Certes.
– Une autre idée, quelqu’un ?
– Et aller sous l’eau ?
– Vous êtes débiles ou quoi ? Je viens de dire qu’on aura pas le temps !
– C’est facile à dire ! Proposez quelque chose au lieu de critiquer ! »

Le silence revint dans l’assemblée. Une petite voix se fit entendre :
« Je veux vraiment pas avoir l’air de brusquer qui que ce soit, mais il nous reste trois heures là…
– C’en est trop ! Je vais construire ce fichu tunnel avec ou sans votre aide !
– C’est totalement inconscient. Vous allez épuisez vos dernières forces !
– Je m’en fiche.
– Laissez-le, il pète les plombs, on ne peut plus rien pour lui.
– Ah oui ! Ah bravo ! Tout de suite l’esprit égoïste de certains ressort !
– Qu’est-ce que vous insinuez ?
– Vous le savez très bien !
– Au pire, on fait un vote à main levée, non ?
– A 400 ?
– Bah oui.
– Bon je m’en vais, ça sert plus à rien !
– On n’est pas prêt à affronter ça.
– De toute façon, je vous déteste tous.
– Sérieusement ?
– C’est le moment ou jamais de le dire non ?
– Mes frères ! Dieu nous punit pour nos pêchés ! lança un nouvel arrivant.
– Ferme-la le prophète ! Tu sais bien que tu sers à rien !
– Finalement, y a-t-il vraiment quelqu’un qui sert à quelque chose ici ?
– Mes amis, mes amis, du calme ! Essayons de trouver une solution ensemble et… »

« Et c’est comme ça qu’ont disparu les dinosaures.
– C’est quand même vachement moins classe que dans les films. »

Gégé

Surpopulation ? On a la solution ! – Voxplume

Un crissement aigu retentit dans la nuit, comme un ongle glissant contre un tableau noir. Les sons courts, forts, d’une cloche qu’on secoue, résonnèrent contre les murs sales et graisseux. Amy, silhouette sombre, se débarrassa des fins draps qui la recouvraient, pestant. De derrière ses paupières tombantes, elle observa la lumière rouge qui baignait ce qui lui servait de chambre. À quelques mètres d’elle, un autre corps, celui de Matthew, se releva également dans un bâillement étouffé.
« Un contrôle de routine ? » demanda-t-il d’une voix pâteuse.
Elle attrapa un très vieux réveil-matin, à la vitre fendue, et le mit dans un rayon de lumière carmine. Les aiguilles, bougeant lentement avec un petit bruit grinçant, indiquaient dans les deux heures et demi du matin.

« Non, souffla-t-elle dans les ténèbres, sa main blanchie reposant l’appareil. Il fait encore nuit, ils nous laissent dormir la nuit.
– On ferait bien d’y aller vite, alors », grogna-t-il, enfilant son uniforme.
Elle ne répondit pas. Les lèvres pincées l’une contre l’autre si fort que ses dents s’enfonçaient dans sa chair, elle mit l’uniforme à son tour. Sa ceinture fut bouclée, ses cheveux rapidement attachés en queue de cheval, et le petit bracelet qui indiquait son identité, son âge, et sa situation professionnelle, noué autour de son poignet.
Ensemble, ils descendirent un vieil escalier en colimaçon dont les marches tremblaient sous leurs pieds, toujours éclairés de cette lumière rouge qui donnait à l’endroit une apparence sanglante de scène de crime. Ils ne prononcèrent pas un mot. Autour d’eux, d’autres hommes et femmes sortirent de portes rouillées, les cheveux en bataille, des cernes sous les yeux. Ils furent bientôt une vingtaine à descendre l’escalier de fer, les mains sur la rampe mouillée.

Ils débouchèrent dans une grande salle, à l’air industriel. Une alarme stridente retentissait, et la lumière rouge tournoyait au-dessus d’eux dans un carrousel écarlate qui donnait envie de vomir ses organes intérieurs. Un immense écran, crasseux, prenait un mur entier. Il affichait le message :
« Un examen d’urgence sera effectué dans quelques instants. Ne bougez pas. »

Malgré la petite centaine de personnes qui était rassemblée dans cette salle, l’ambiance était particulièrement silencieuse. Des hommes et des femmes continuaient de se déverser par les grandes portes. Au bout de quelques minutes, celles-ci se fermèrent dans un claquement retentissant. L’alarme s’arrêta, et la lumière vermeille cessa de tourner. Personne ne broncha.
L’écran se mit alors à afficher tous les profils des personnes présentes dans la pièce, les disposant dans une sorte de mosaïque. Une porte, celle qui d’habitude était toujours fermée, s’ouvrit, laissant entrer plusieurs dizaines d’Agents de Régulation, tous habillés dans une armure bleue, rouge et blanche. Une voix électronique se mit à retentir, tandis que les hommes de l’ordre se dispersaient dans la foule, des feuilles dans les mains, sur lesquelles étaient inscris plusieurs noms, en rouge.

« Notre Seigneur et Sauveur de la Terre, commença la voix ; a décidé de prendre des mesures plus drastiques concernant la surpopulation. Il souhaite une population saine, une population nouvelle, une population aux lois justes. Toutes les personnes ne correspondant pas au profil imposé seront exécutées. »
Dans la pièce, un jeune homme couina. Tous les autres ne réagirent pas, gardant une expression parfaitement neutre.

« Premièrement, nous ne garderons que les Caucasiens, et les Asiatiques performants. Toutes les personnes ne correspondant pas au profil imposé seront exécutées. »
Les Agents de Régulation attrapèrent toutes les personnes de couleur par les bras, les entraînant hors de la salle. Personne ne fit quoi que ce soit, ni même ne sembla éprouver le moindre choc.
« Deuxièmement, tous les chômeurs depuis plus d’un an seront exécutés. Tous les adultes célibataires depuis plus de trois ans seront exécutés. »

De nouveau, les Agents de Régulation se saisirent de diverses personnes et les emmenèrent autre part, quelque part, n’importe où. Personne ne réagit.
« Troisièmement, nous ne garderons que les personnes faisant au moins deux mille dollars par mois. Toutes les personnes ne correspondant pas au profil imposé seront exécutées. »
Alors que Amy et Matthew furent brutalement saisis par l’épaule, et traînés vers l’Abattoir, ils s’échangèrent un regard à peine surpris.
« Je savais qu’on aurait pas dû voter pour Trump, » murmura Matthew.
Il ne dit plus jamais rien d’autre.

Cupcake Nie

Un buzz mortel – VoxPlume

Chair de Goule n°5

Certaines personnes sont véritablement prêtes à tout pour avoir leur quart d’heure de gloire. Si, la plupart du temps, elles se contentent de ruiner la réputation de leurs adversaires, certaines n’hésitent pas une seule seconde à aller beaucoup plus loin. Chantages, meurtres et « accidents » plus ou moins provoqués rentrent alors joyeusement dans la danse. Notre petit conte macabre de ce soir va s’intéresser de près à l’une de ces personnes. Jane Forrester, mannequin débutant à la beauté envoûtante, n’a jamais pu véritablement supporter la moindre concurrence. Sa tendance à tuer dans l’œuf toute possibilité de défaite lui avait permis de réussir de manière déconcertante tout ce qu’elle entreprenait et ce, jusqu’à atteindre un de ses plus grands rêves : faire la une d’un magazine lu par des millions de personnes à travers le monde. Malheureusement pour elle, chaque médaille a son revers et le prix à payer va s’avérer bien lourd pour :

Un buzz mortel

Cinq ans. Cinq ans qu’elle attendait ce moment. Bien évidemment, elle avait tout mis en œuvre pour y parvenir et cela s’était parfois avéré compliqué. Se faire remarquer n’avait pas été le plus dur. C’était plutôt faire en sorte que les autres ne le soient pas autant qu’elle qui avait posé le plus problème. La concurrence était féroce mais elle l’était davantage encore. Avec le recul, elle se disait qu’elle était assez fière du résultat même si elle avait dû se salir les mains à plusieurs reprises. Il faut dire que les choses s’étaient bien accélérées au moment où le rédacteur en chef de « Fashion Mag » l’avait contactée en lui précisant qu’il y avait de très fortes chances qu’elle fasse la une de leur prochain numéro. Un rendez-vous fut pris. Quatre autres filles étaient également en lice. La fête pouvait alors commencer.

Elle se débarrassa, d’abord, de Stéphanie Bandcroft, sa meilleure amie. Alors qu’elle tentait de la convaincre d’abandonner pour lui laisser plus de chances de décrocher le travail, une dispute éclata. Une gifle de décochée, un escalier un peu trop près et une nuque brisée. Accident. C’est alors qu’une idée lui traversa l’esprit.

Ce fut, ensuite, le tour de Mary-Anne Villemin. Une abominable pimbêche qu’elle ne pouvait pas voir en peinture. Et justement, en parlant de peinture, quelle idée de se promener aussi près d’un échafaudage. Un pot bascula au moment où elle passa dessous et elle eut le crâne fracassé. Accident ?

Viviane Southward n’eut pas beaucoup plus de chance. Une voiture la renversa alors qu’elle promenait son chien. On ne retrouva jamais le chauffard. Accident ?

Enfin, Eléonore Greenwald fut celle qui s’en sortit le mieux. L’incendie de son appartement ne fit que la défigurer. Accident ?

Décidément, elle n’avait pas chômé. Alors qu’elle réfléchissait à son « œuvre » dans la salle d’attente de « Fashion Mag », une secrétaire vint la chercher afin de la conduire au studio photo. Une fois arrivée, elle fut accueillie par le rédacteur en chef du magazine ainsi que le photographe qui allait s’occuper du shooting. Une fois les présentations faites, on lui expliqua ce qu’on attendait d’elle :

« Je dois juste sourire ?
– Absolument ! Nous n’avons besoin que de ça et une seule photo nous sera nécessaire ?
– Une seule ? Mais je ne comprends pas. Les mannequins qui font habituellement la couverture chez vous font également l’objet d’un dossier spécial, non ?
– Bien évidemment et nous les faisons même revenir plusieurs fois mais, pour cela, nous n’avons besoin que d’une seule photo. Voyez-vous l’appareil photo que nous utilisons est des plus spécial.
– Ah bon et qu’a-t-il de si spécial ?
– Eh bien, voyez-vous, il a l’étonnant pouvoir de capturer la beauté extérieure de nos mannequins tout en faisant ressortir ce qui se trouve à l’intérieur. De plus, il ne s’agit pas que de simples clichés mais de photos que nous pouvons modifier à l’infini car elles ont le don de capturer une petite partie de votre essence.
– Je ne comprends pas vraiment…
– Vous allez voir. »

Le flash crépita. La douleur fut instantanée. Elle s’évanouit. Lorsqu’elle se réveilla, quelques minutes plus tard, le premier spectacle qui s’offrit à elle fut ses mains. Elles étaient devenues complètement difformes. Elle se précipita dans le couloir et courut vers les toilettes. C’est là qu’elle put se rendre compte de ce qui s’était passé. Son visage rayonnant de fraicheur ressemblait désormais à un Picasso et son corps si parfait était devenu un amas de chair purulent. Elle poussa alors un hurlement. Ne sachant quoi faire, elle décida de fuir. Alors qu’elle sortait de chez « Fashion Mag », sa course fut stoppée net par un panneau publicitaire qui l’écrasa. On pouvait y lire « Jane Forrester sera la vedette de notre prochain numéro ». Accident ?

Mickaël

La police des commentaires – VoxPlume

« Jeune homme, vous êtes en état d’arrestation. Vous avez le droit de garder le silence, tout ce que vous direz pourra être retourné contre vous. » informa l’agent d’une intonation presque robotique. Face à lui, un jeune garçon de 13 ans connu sur internet sous le pseudonyme de « Blood-Killer », affichait une mine effarée sur son visage. Le policier lui passait les menottes jusqu’à ce que la mère du petit ne s’interposât entre eux :

« Attendez, vous ne pouvez pas l’emmener comme ça ! Pour qui vous prenez-vous donc ?
– Madame, je regrette, votre fils a enfreint de nombreuses lois concernant la cyber-civilité. N’ayant pu constater aucune amélioration de son comportement malgré nos avertissements, il est de notre devoir de l’amener en centre correctionnel pour cyber-délinquants.
– Mais voyons, il est encore qu’un enfant ! Il n’a fait que s’amuser, il n’y a pas de quoi en faire tout un scandale ! reprit-elle, des larmes lui montant aux yeux.
– Ne vous en faites pas, il sera dans la section des délits mineurs, sa peine ne devrait pas s’élever à plus de quatre ou cinq semaines.
– Je veux pas partir ! J’ai rien fait ! se lamenta l’enfant.
– Bien. Un instant je vous prie. »

A ces mots, le policier sortit une longue liste comprenant des captures d’écran de diverses natures : commentaires YouTube, espace de tchat de jeux en ligne, fils de conversations Twitter… Et chacune d’elles comprenaient insultes, moqueries, « va te pendre » et autres remarques tout aussi agréables. Tous, bien évidemment signés par la plume de « Blood-Killer ».
« Dois-je vous faire écouter la cassette du tchat vocal sur Call of Duty ? demanda-t-il alors .
– Ca… Ca ira, merci… soupira la mère. Dois-je vous accompagner ?
– Il le faut, votre enfant est mineur, il y a de nombreux papiers à remplir, je compte sur votre entière coopération. Si vous voulez bien me suivre. »

Tous trois quittèrent la demeure familiale, dans un silence qu’on aurait pu qualifier de religieux, s’il n’était pas ponctué des cris de l’enfant, toujours clamant son innocence.
Une fois arrivés au centre, après avoir rempli toute la paperasse administrative, vint le moment de la séparation.
« Y a-t-il une dernière chose que tu voudrais dire à ta maman ? Une justification de tes actes peut-être ? »
Il y eut quelques secondes silencieuses, puis il chuchota :
« J’y peux rien s’ils sont nuls… »

Nouillechan

Divin Deuil – VoxPlume

Poséidon observait solennellement le cercueil de verre posé au cœur de la salle du trône d’Hadès, comme les autres habitants de l’Olympe qui, pour la première fois, avaient accepté de se réunir aux Enfers. Poséidon se demandait bien qui, parmi eux, était là pour sincèrement compatir à la douleur de son frère, et qui était là pour se rire de sa détresse. Hadès était devant eux, agenouillé au sol, le visage dans les mains, sanglotant comme un petit enfant. Poséidon surprit un sourire sur le visage de son second frère, se gardant bien de la moindre remarque. Il savait trop bien comment pouvait réagir Zeus à la moindre contrariété, et ce sourire ne l’étonna pas le moins du monde ; il était celui qui trompait allègrement Héra avec toute femme, divinité ou non, qui avait le malheur de croiser sa route. Comment aurait-il pu comprendre la douleur d’Hadès devant la mort de Perséphone ? Et comment aurait-il pu manifester la moindre émotion devant le corps de sa propre fille, lui qui n’a jamais su s’attacher à personne ?

Poséidon recentra son regard sur celle que l’on nommait l’incarnation du printemps – un rôle qui contrastait incroyablement avec son mariage – et s’approcha d’Hadès, lui touchant l’épaule. Zeus laissa échapper un léger soupir, qui n’échappa pas au Maître des Enfers, mais celui-ci refusait le moindre conflit. Pas ici, pas maintenant ; il ne pouvait pas ainsi manquer de respect à celle qu’il avait tant aimée. Il se tourna alors vers son second frère, le seul des Dieux à avoir osé l’approcher et lui montrer de la compassion.
— Pourquoi ? Pourquoi cet Humain me l’a-t-il prise, mon frère ?
— Je ne sais pas, Hadès… Tu connais les Humains, ils veulent être des héros, laisser leur nom dans l’Histoire, nous défier sans cesse, surtout si cela leur permet de plaire à Zeus… Mais je te garantis que nous ne laisserons pas cela impuni.

Les deux frères s’éloignèrent du cercueil, se rapprochant des autres Dieux pour laisser la cérémonie continuer. Une fosse s’ouvrit sous le corps de Perséphone, juste au-dessus du point de convergence des cinq fleuves des Enfers. Le cercueil commença à lentement descendre dans le marais formé par les cours d’eau, accueilli par les bras tendus des âmes perdues qui allaient bientôt y disparaître également. Les eaux chaudes et acides attaquèrent le verre, laissant le corps à la merci des âmes damnées, permettant à l’âme de Perséphone de s’extraire. Celle-ci regarda Hadès avec un profond regard empreint de tristesse et d’amour avant de s’éteindre avec celles des simples mortels. Le Maître des Enfers ne put le supporter et s’écroula à nouveau, retenu par ses deux frères.
C’était la première fois qu’une divinité se faisait tuer par un Humain, et tous les Dieux étaient bien décidés à faire en sorte que ce soit la dernière. Aussi ceux-ci exhortèrent-ils Hadès à faire appel aux Moires pour punir le coupable. Terrassé par le chagrin et la colère, le Maître des Enfers ne se fit pas prier pour se déplacer vers la tanière des trois Sœurs du Destin, suivi par les Olympiens, à la notable exception, toutefois, de ses propres frères…

Poséidon était en effet resté en arrière, s’attelant à ramasser les larmes laissées par Hadès sur le sol, cela sous les yeux de Zeus.
— Peut-on savoir pourquoi les larmes de notre aîné t’intéressent, Maître des Eaux ?
Surpris, Poséidon eut un mouvement de recul avant de répondre.
— L’Atlantide, Zeus. Elle a besoin d’être protégée. Les larmes d’un Dieu sont le meilleur sceau possible. Imagine un sceau qui ne puisse être brisé par aucune main, divine ou mortelle. Ne voudrais-tu pas de cela sur l’Olympe ?
— De là à penser que tu as tout mis en scène toi-même, il n’y a pas loin, Poséidon. Tu devrais faire attention, répondit Zeus en s’en allant.
Le Maître de l’Olympe avait, comme souvent, parfaitement raison, comme Hadès allait le découvrir quand les Moires lui montreraient la vie du meurtrier de son épouse et, par là même, le responsable de son action…

Anthony

Histoire et conséquences – VoxPlume

« Arrête Michel ! Tu n’as pas le droit de t’en vouloir ! s’énerva Laura. »
Michel ne répondit pas. Son regard restait fixé sur l’écran de télévision de leur salon. Celui-ci retranscrivait le défilé du troisième anniversaire du régime. L’intégralité de la ville devait s’y trouver à cette heure et la seule raison pour laquelle le couple avait eu la permission de ne pas s’y rendre était la maladie de Michel, incapable depuis plusieurs mois de se déplacer.

« Arrête de regarder ces bêtises ! Ça ne fait qu’empirer ton état et tu le sais ! grommela-t-elle en éteignant le poste d’un coup sec. »
Il la regarda et le ralluma sans rien dire, avant de se replonger dans la contemplation de la parade. Elle haussa les épaules, énervée, et alluma la radio. Les bruits du défilé résonnèrent dans l’appartement et elle l’éteignit, excédée. Il n’y avait décidément aucun moyen d’échapper à ce spectacle.
Elle retourna vers lui. Le visage du Sauveur se dessina sur l’écran. Il venait d’arriver sur la tribune, encerclé par des militaires. Michel se rembrunit.

« J’ai créé un monstre. murmura-t-il simplement. »
Le Sauveur, un homme jeune en tenue militaire, avait commencé son discours sur la grandeur de la nouvelle ère, qu’il avait amenée dans le pays trois ans plus tôt. Laura regarda son mari, recourbé sur son fauteuil. Elle avisa alors le livre à demi-caché sous la couverture.

« Ah non ! Tu ne vas pas recommencer avec ça ! Je t’ai déjà dit de ne plus lire ce fichu manuel ! »
Elle s’empara du manuel d’histoire de son mari et tomba sur la page des totalitarismes.

« Si je m’écoutais, je brûlerais cette stupide chose ! C’est dangereux en plus, tu sais bien que les vieux manuels sont interdits ! Vraiment il faut que je t’aime pour tolérer ça !
-Je suis désolé, c’est plus fort que moi : j’y reviens toujours.
-Tu n’as rien à te reprocher, murmura-t-elle en s’accroupissant pour être à sa hauteur. Tu ne pouvais pas savoir, tout le monde aurait fait comme toi. Tu n’as fait que ton travail.
-Je l’ai mal fait.
-Tu ne peux pas dire ça.
-Et pourquoi je n’aurais pas le droit de le dire ? J’en ai marre Laura ! C’est à cause de moi ce qui est arrivé. Tout ce qui est arrivé. Quand vas-tu l’admettre ? C’est à cause de moi que nous vivons dans la peur de dire le mot de trop, que les opposants sont traqués et que nous sommes forcés d’acclamer un fou ! »

Il regarda le visage terrorisé de sa compagne, bouillant de rage. Muette, celle-ci le supplia une dernière fois de se taire.
« Non, hurla-t-il violemment, je ne me tairai pas. Pas aujourd’hui. C’est à mon tour de parler et à ton tour d’écouter !
-Je t’en supplie Michel, tu te fais du mal.
-Je m’en fiche. C’est tout ce que je mérite pour ce que j’ai fait. »

Il s’affaissa dans son fauteuil, son énergie redescendant, défait.
« Et pourtant qui l’eu crû ? murmura-t-il douloureusement, Il était si intéressé, prenait tout en notes, le sujet avait l’air de tant le passionner ! Je n’aurais jamais pu imaginer qu’il en ferait un tel usage ! A croire que cela le passionnait trop. »

Laura pleurait doucement, inquiète.
« C’est à cause de cette fichue lettre que tu es comme ça, affirma-t-elle avec amertume, Sans elle, tu ne t’en serais jamais douté.
-Je l’aurais compris tôt ou tard.
-Non, tu n’aurais pas pu. »

Elle regarda rageusement le visage du Sauveur, toujours à l’écran :
« Après ma liberté, il me tue mon mari !
-Il a rendu les choses plus simples. »

Il sortit la lettre de sa poche. Sur le papier à lettre officiel du régime, on pouvait lire ces quelques lignes, écrite d’une belle écriture d’élève :
« Merci pour tous vos excellents conseils durant vos cours d’histoire. Ils furent très utiles.
Amicalement,
Le Sauveur. »

Alice

La terrible histoire du poulet qui voulait être un t-rex – VoxPlume

Dan le poulet était un poulet comme les autres. Il avait des plumes, deux pattes, des yeux vides, et une affection toute particulière pour les asticots. Dan habitait dans un poulailler, avec d’autres poulets comme lui, et d’autres poulettes comme lui. Tous les jours, Dan le poulet chantait au lever du soleil, picorait les grains que son humain lui jetait, et de temps en temps, trouvait un ver de terre et se faisait une joie de lui arracher la tête sauvagement pour la dévorer. Dan le poulet était un simple poulet.

Mais Dan le poulet n’était pas qu’un simple poulet. Cette phrase est donc complètement contradictoire avec la précédente, mais on va dire qu’on n’a rien vu.
Oui, Dan le poulet était très spécial. Car Dan le poulet avait un rêve, un rêve qui lui était cher, qu’il avait depuis qu’il n’était pas plus qu’un oisillon tout juste sorti de l’œuf.
Dan le poulet ne voulait pas être une volaille. Dan le poulet voulait être un tyrannosaurus.

Vous êtes en droit de vous demander : « Mais comment ce poulet a-t-il fait pour connaître l’existence de ces bestiaux, et, nom d’un tricératops ailé, pour quel raison veut-il en devenir un ? ». Eh bien, mes chers lecteurs, je vais répondre à une de ces questions. Une seule. Celle qui m’arrange. Parce que je suis un immonde… (Il y avait une suite à cette phrase, mais j’ai été censuré. Désolé.)

Dan le poulet avait toujours trouvé les tyrannosaures particulièrement majestueux. Il avait une fascination pour ces reptiles/volailles d’un autre temps, pour leurs gueules remplies de crocs, pour leurs combats acharnés avec les autres dinosaures. Dan le poulet sentait ses plumes se hérisser rien qu’en pensant au plaisir que cela devait procurer de pouvoir mordre dans la chair tendre après une bataille épuisante. Il voulait sentir le sang dégouliner sur son menton, il voulait avaler la viande avec gloutonnerie, puis pousser un rugissement si terrifiant que mêmes les brachiosaures baisseraient la tête en l’entendant.

Bien sûr, quelques petits détails empêchaient Dan le poulet d’accomplir ses rêves. Premièrement, il n’était pas totalement sûr que le tyrannosaure était le prédateur qui lui correspondait le mieux. Accessoirement, nous ne pouvons pas cacher que Dan le poulet avait quelques millions d’années de retard. En effet, Dan le poulet avait beau se projeter dans la jungle du Crétacé, il restait malgré tout un résident d’un petit poulailler en plein milieu du Limousin, au vingt-et-unième siècle.

Dan le poulet avait tout essayé pour se rapprocher le plus possible de ce noble dinosaure qu’était le t-rex. Il se courbait, aplatissait son dos. Il s’était même accroché un long bâton au croupion, pour se faire une queue, s’obligeant ainsi à baisser la tête. Il imitait ainsi la démarche parfaite de son idole, et il en était très fier, mais beaucoup de choses lui manquaient pour devenir un carnivore féroce du Maastrichtien.

Dan le poulet s’arrêta définitivement de semi-voler comme les volailles le font si bien. Désormais, il ne se déplacerait que sur le sol. Dan le poulet ramena ses ailes devant lui, prétendant à qui voulait bien l’entendre que c’était des petites pattes, et qu’elles n’étaient pas couvertes de plumes, comme Marie la poulette le lui rappelait sans cesse. Il détestait Marie la poulette.

Dan le poulet tenta de s’entraîner à rugir. Il s’entraîna matin, midi, et soir. Il s’entraîna à s’en défoncer les cordes vocales. Il s’entraîna, surtout, jusqu’à que son humain lui envoie un chausson sur le bec, ce qui eut pour effet de le faire taire.
Ensuite, Dan le poulet décida de passer à une approche plus comportementale de la chose. Il ne picota plus ses grains, mais essaya plutôt de leur courir après pour déchirer leur chair violemment, ce qui, il devait l’avouer, est beaucoup moins drôle lorsque la victime n’est pas un être vivant.

Dan le poulet s’en prit alors à d’autres cibles, comme les vers de terre, ou les autres poulets. Il se rendit bien vite compte qu’il était un chasseur médiocre. Mais Dan le poulet ne désespéra pas dans son rêve de devenir un féroce prédateur.
Bien entendu, Dan le poulet n’accomplit jamais son rêve, mais nous pouvons tout de même noter que, une fois bien cuit sur une assiette, sa posture pouvait s’apparenter à celle d’un t-rex mort.

  Gégé