Un trafic scandaleux – VoxPlume

« C’est un scandale! Clama la mère de famille en entrant dans la petite échoppe aux couleurs bariolées. Un scandaleux scandale! Monsieur! Vous êtes le responsable du magasin?
Elle désignait du doigts un homme chétif à la chevelure platine qui essaya de ne pas se démonter devant l’agressivité de l’inconnue.
– Non je suis simplement vendeur… mais peut-être puis-je vous aider.
La dame, très embourgeoisée, demeura un instant silencieuse, la main figée en l’air désignant toujours le jeune employé de son index griffu parfaitement manucuré. D’un geste vif, elle saisit une chaise qui trônait à ses côtés et y laissa reposer son imposante carrure enveloppée d’un manteau de fourrure rouge pétant.

– Monsieur, c’est scandaleux. Reprit-elle un insistant sur chaque mot, j’ai appris que mon fils s’était fait client dans votre… boutique à la réputation plus que douteuse.
– Allons bon expliquez-moi ce qu’il s’est passé. Insista le vendeur.
– Hier soir, mon fils, mon aîné, Aurélien de son petit nom, n’était absolument pas dans son état normal. Complètement à l’ouest, un regard de merlan frit, un sourire béat scotché aux lèvres. Lui qui est d’habitude si réservé, si noble! Son père -avocat et ancien ministre je tiens à le dire- lui a alors demandé ce qui le rendait si bizarre. Devinez ce qu’il à répondu!
– Euh…

– « Je laisse tomber mes études d’ingénieur… » imaginez le choc! Jésus-Marie-Joseph, si je m’étais attendue à ça! J’ai bien failli faire une attaque, mais attendez ça n’était que le premier coup de poignard! Déblatéra la matrone en sortant un mouchoir de son minuscule sac à main ciré pour éponger les larmes qui tombaient sur ses joues. Il nous a ensuite dit – tout sourire sans une once de honte dans la voix- « …J’aimerais devenir un écrivain, en fait j’ai toujours voulu écrire des romans d’amour. Je me demande comment je ne m’en suis pas rendu compte plus tôt. » Mon fils! La chair de ma chair, ma fierté! Un vulgaire gratte-papier de romans de gares! Vos produits l’ont complètement rendu malade!
– Mais madame, permettez-moi de vous dire que nos produits ne rendent pas les gens malades, ni physiquement, ni mentalement. Nous en vendons même davantage aux personnes souffrant de dépression car ça les soulage…
La matrone sauta de sa chaise d’un air outré comme si elle venait de s’asseoir sur une punaise.

– Vous êtes tous timbrés ici! Bande de… de drogués! Voilà ce que vous êtes! Des drogués! Vous vous échappez des réalités pour retrouver vos petits mondes merveilleux, vous n’avez pas honte de vendre ça à des JEUNES?
Malgré les explications de bonne foi du vendeur, qui tenta d’expliquer que la substance était naturellement présente chez les très jeunes enfants mais qu’elle s’estompait avec le temps, que ça n’avait rien de nocif, que personne n’en était mort et que cela permettait parfois de faire naître des vocations, que plusieurs études avaient montrées les bienfaits des produits, que le taux de suicides diminuait depuis la mise en place des magasins du même genre, la matrone ne voulait rien savoir.
– A cause de vous ils vont s’isoler, devenir des ermites, des parias! Ne vous étonnez pas que notre jeunesse parte en vrille! Avec toutes vos saletés que vous leur donnez!
Son visage avait tourné au rouge vermillon, et, complètement hystérique, elle sortit devant l’échoppe pour interpeller violemment un couple dans la rue:
– N’y allez pas! N’y allez jamais! Ce sont des malades! Des drogués! Vous savez ce qu’ils vendent?! Des produits qui font rêver et de l’imagination! Ce sont des marchands de rêves! Ils vendent des saletés de rêves à notre jeunesse si réaliste! »

JellyBell


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