Problème d’histoires – VoxPlume

« C’est nul ! grommela l’enfant en jetant le livre par terre. »
De l’autre côté des pages, des cris d’effroi et d’indignation suivirent ces quelques mots. On ne se rend pas assez compte de l’importance des mots ou de leur influence sur la vie des autres. En l’occurrence, pour les habitants du petit livre de conte, cela signifiait une mort certaine et rapide.
« Quand même, c’est un petit ingrat ! s’exclama un vieil homme.
-Je dirais plus un inconscient mon ami… Enfin, il faudrait expliquer à cet enfant que tout ce monde n’est pas un jouet, c’est le destin de centaines de travailleurs qui est remis en cause. On ne rigole pas avec ça.
-C’est vrai, lança un autre visiblement énervé. On parle beaucoup des personnages, mais il ne faut pas oublier l’envers du décor ! Les comptables, les nettoyeurs, les recruteurs, les décorateurs, les caméristes, les…
-C’est bon, on a compris ! s’agaça un homme d’un air hautain.
-Oh vous, ça vous est bien égal ! Monsieur est un personnage récurrent dans une dizaine de livres ! Monsieur a encore neuf vies devant lui ! Monsieur n’a pas à s’inquiéter d’une mort certaine !

-Je peux savoir ce que vous insinuez ? s’énerva-t-il.
-J’insinue que vous ne pensez qu’à vous monsieur le chevalier ! C’est sûr ! Personne ne vous oubliera vous ! Mais moi, pauvre décorateur, je vais perdre ma substance. Et pourtant, sans moi, il n’y aurait pas de forêt sombre et profonde où chercher votre fichue princesse ! Je vous le dis moi, ce monde est injuste !
-Mes amis, mes amis, du calme je vous en conjure ! L’heure n’est pas aux vaines disputes ! Cherchons plutôt un moyen de raviver l’intérêt de ce jeune être.
-Tu veux dire que…
-Oui, soupira-t-il, Il est l’heure de trouver quelque chose de nouveau. »
Les murmures effrayés reprirent de plus belle dans la foule.
« C’est ridicule, tonna le chevalier, Nous l’avons toujours enchanté de la même manière ! Pourquoi changer maintenant ?
-Vous voyez bien que ça ne marche pas ! Vous êtes juste vexé de ne plus le fasciner ! railla le décorateur.
-Je…
-C’est vrai que le chevalier qui sauve la princesse, c’est…
-Quoi ? s’énerva-t-il.
-C’est chiant ! »

Les murmures retentirent de nouveau et un cercle se forma autour du chevalier et de la petite camériste qui venait de parler.
« Non mais c’est vrai, je suis désolée, il n’y a pas d’autres mots ! Au début ça allait mais au bout de centaines d’années, c’est juste chiant !
-Nous avons pourtant rajouté des choses au fil des siècles… tenta une petite voix.
-Un dragon et un animal de compagnie ridicule, laisse-moi rire !
-Que proposes-tu alors ?
-Quelque chose de moderne !
-De moderne ? »

Le murmure inquiet repartit. Cela revenait à changer l’histoire et ça, seuls les scénaristes pouvaient le faire.
« T’as du culot petite, grommela le chevalier, Et on l’écrit comment ton histoire moderne, hein ?
-On utilise les scénaristes. Il n’y a qu’à aller les voir. répliqua-t-elle en haussant les épaules.
-Parce que tu t’imagines que les scénaristes vont écouter une gamine comme toi ? sourit-il. Ils ont autre chose à faire.
-Déjà, je suis pas une gamine ! J’ai été créée en même temps que tout le monde ici ! J’ai exactement le même âge que toi, mais moi au moins, je sais rester jeune dans ma tête, je m’enferme pas dans une réalité qui n’est plus la bonne ! »

Elle s’arrêta et regarda autour d’elle :
« Enfin, c’est simple ! Le monde évolue et les enfants aussi. Si on veut pouvoir évoluer avec eux, il faut accepter de changer !
-Tu dénigres les traditions ? s’indigna le chevalier.
-Je ne dénigre pas les traditions. Je dis juste qu’avant de devenir des traditions, quelqu’un a fait un pas et a changé quelque chose. Je dis que les traditions naissent du changement et que celui-ci n’est pas forcément nocif ! Et puis, souffla-t-elle, de toute façon personne n’a de meilleures idées alors… »

Les scénaristes se regardèrent et soupirèrent. Ils n’avaient plus le choix.
« Il faut nous remettre au travail alors ? Je croyais qu’on devait plus y toucher à celle-là ! soupira le premier.
-Va expliquer ça à la foule en furie dehors… Il faut bien la leur donner cette nouvelle histoire.
-J’ai pas envie… geignit-t-il.
-On te demande pas ton avis. Il faut trouver une idée, et vite !
-Bon bah commence par le début alors…
-« Il était une fois », Ca fait pas un peu trop traditionnel ?
-Mais non, ça va faire un lien avec le passé, les gens seront content. Après on n’a qu’à mettre un monde d’ordinateur qui contrôle la population et une héroïne féminine, forte et indépendante qui va sauver le monde et on sera tranquille pour les prochaines décennies… »

Alice


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Tais-toi, et, juste, écoute – VoxPlume

Je braquai ma lampe torche dans les profondeurs obscures de la forêt. Les épais troncs d’arbres, comme des barreaux de cage, tendaient leurs mains griffues vers moi. Ma respiration était saccadée, mon cœur battait si violemment dans ma poitrine que j’eus peur qu’on l’entende. Les nerfs à vif, je pressai doucement mes pieds sur les feuilles mortes, avançant petit à petit. Une odeur nauséabonde me picotait les narines, tandis qu’un brouillard (à moins que ce ne soit de la fumée), m’empêchait de voir correctement. Chaque bruit me faisait sursauter, chaque craquement de brindille. Les ombres se faisaient gigantesques, vivantes.

Je marchai un peu plus vite. Il aurait fallu que j’appelle, je le savais, même si c’était en vain. Mais j’échouai à m’y résoudre. La peur, traîtresse, m’étouffait, se roulait en boule dans ma gorge, m’arrachant l’habilité de parler. Je restai silencieux, le plus silencieux possible, en fait, et continuai mon chemin hasardeux vers ce que j’espérais être la maison de la famille Johnson.

Un bruit me fit sursauter. J’en fis tomber ma lampe torche. Il me fallut un moment pour la reprendre, et tendre le bras vivement, tournant sur moi-même pour identifier la source du bruit. Il me parvint de nouveau : c’était un sanglot. Je pris une grande inspiration, les mains tremblantes, et, d’une voix qui ne me semblait pas mienne, j’appelai :
– Il y a quelqu’un ?
D’abord, seul le silence me répondit. Puis, une voix d’enfant timide s’éleva, quelques arbres plus loin :
– Je… Je suis là.

Je me précipitai vers la source de la voix, manquant trébucher sur des racines et des mottes de terre. La lumière de ma lampe torche illumina le gamin, l’aveuglant momentanément. Je me figeai.

Il était couvert de sang. Son petit corps était recroquevillé à la cime d’un arbre, tremblant de tous ses membres, des larmes froides coulant de son œil gauche.
Du vomi remonta le long de ma trachée quand je vis son autre œil. Une aiguille y était plantée, le perçant de part en part. Du sang avait coulé de l’orbite abîmé, dégoulinant le long de sa joue. Il serrait dans ses bras un autre enfant, immobile, le regard fixé vers les étoiles, brillantes en lueur d’espoir dans le ciel sombre.
– Merde ! Putain de merde, jurai-je. Je vais appeler l’hôpital, d’accord ? T’inquiètes pas, tout va bien se passer, je vais appeler les urgences. Comment tu t’appelles ?
– Christopher. Je vous en prie, n’appelez pas les urgences. Tout mais pas ça, je vous en conjure.
Mes doigts s’immobilisèrent sur les touches du clavier de mon téléphone. Je relevai mon regard vers l’enfant blessé. Il était parcouru de violents sanglots, qui secouait tout son corps fragile. De la faible lueur de ma lampe torche, je remarquai alors la forme d’un corps étendu, quelques mètres derrière lui.

– Je suis tellement désolé… sanglota Christopher, serrant un peu plus fort le corps de l’autre, toujours neutre, plongé dans son observation des constellations.
– De quoi ?
– Tais-toi. Tais-toi, et, juste, écoute, pleura-t-il, sa voix déchirée. J’ai tué Maman. J’ai tué Maman, j’ai pris un couteau et je l’ai poignardé. Elle hurlait toute la journée, elle m’a fait mal, elle a fait mal à William. (Il montra l’autre enfant.) J’en pouvais plus. Je n’y arrivais plus. Alors j’ai… j’ai pris le couteau dans la cuisine, qu’elle utilisait pour me menacer. Je l’ai pris, et… et je l’ai planté dans son dos. Encore, et encore, et encore.
Il se recroquevilla encore plus. Ses larmes tombaient sur la chemise de William. Les sanglots qu’ils poussaient se transformaient en cris de désespoir. Un appel à l’aide, qui était venu bien trop tard.

– Avec William, on a dit qu’on allait voyager dans les étoiles. Alors quand elle a essayé de lui faire du mal, je l’ai protégé. Je l’ai protégé, maintenant c’est bon, on peut le faire. On va pouvoir aller dans dans les étoiles, maintenant, hein ?
S’étouffant dans ses propres sanglots, il serra le cadavre de William tout contre son torse.

Cupcake Nie

La maison du cauchemar – VoxPlume

Chair de Goule n° 3

Les maisons, comme les hommes, peuvent devenir réputées. Nombre d’entre elles le sont à cause de phénomènes étranges et inexpliqués. Apparitions fantomatiques, disparitions inexpliquées, morts violentes ou encore hurlements déchirant le calme nocturne sont le lot quotidien de ces bâtisses. Parmi ces demeures, que certains qualifieraient de maudites voire d’hantées, le Manoir Hartenson tient une place toute particulière. De nombreuses personnes l’ont affublé d’un sobriquet pour le moins intéressant :

La maison du cauchemar

Edgar Jones se plaisait à réduire à néant la réputation des lieux hantés. Preuves à l’appui, il vous prouvait par A + B que tout cela n’était que pures foutaises. Il avait réussi à acquérir, avec le temps, une petite célébrité grâce à la vente de livres vite écrits et vite vendus qui traitaient avec force de détails de ses découvertes. Ce qu’il n’y précisait pas, c’était le nombre incalculable de personnes qu’il avait mis sur la paille. En effet, cet « expert » s’était fait une spécialité de s’attaquer aux endroits autour desquels s’organisait un petit tourisme local et ce, afin de « faire payer à tous ces sales profiteurs leur commerce peu honnête », comme il aimait à le dire.

Aujourd’hui, il allait recommencer pour le plus grand plaisir de son ego sur-dimensionné et de son porte-feuille. Quelque chose l’avait, néanmoins, étonné. En arrivant dans ce petit village reculé de Cornouailles, il n’avait pas été accueilli par les insultes et menaces habituelles. Pour tout dire, il n’avait réussi qu’à soulever l’indifférence générale comme si les gens avaient parfaitement confiance dans la véracité des histoires qui traînaient autour de cette baraque. Après, vu le trou paumé que c’était, cela ne l’aurait pas étonné si on lui avait dit que les gens ne le connaissaient pas. Si tel était le cas, ce ne serait que jusqu’au moment où sortirait son nouveau best-seller sobrement intitulé « La supercherie Hartenson et autres arnaques surnaturelles décryptées ».

Il attendit la nuit pour se rendre au manoir. Si sa visite de la demeure se passait bien au début, les choses tournèrent assez rapidement au vinaigre lorsque les douze coups de minuit sonnèrent. Ce fut d’abord un grincement qui attira son attention. Il était lointain et ténu. Peu à peu, il s’intensifia et se rapprocha. Edgar finit par se rendre compte que quelque chose venait dans sa direction. C’est alors qu’il la vit, une ombre étrange et gigantesque. Pris de panique, il courut aussi vite qu’il le put et finit par se réfugier dans une pièce. Il cala une chaise contre la porte avant de se retourner afin de découvrir son abri de fortune. C’est là qu’il le rencontra. Un petit garçon, d’environ une dizaine d’années, habillé en vareuse de marin.

« Qu’est-ce que tu fais là, petit ? C’est extrêmement dangereux de traîner ici.
– Mais de quoi tu parles, monsieur ?
– Il y a un monstre qui traîne dans cette maison.
– Un monstre ? Tu rigoles, c’est ça ? Ça fait des années que je vis ici et j’en ai jamais vu. En tout cas, si tu mens pas, t’en as trop de la chance d’en avoir vu un !»

Tout se mélangeait dans sa tête. C’était encore mieux que ce qu’il avait espéré. Une véritable histoire de maison hantée allait lui rapporter bien plus que n’importe quoi d’autre. Néanmoins, il lui fallait des preuves mais il était trop lâche pour tenter de prendre une photo de la chose qui l’avait poursuivi. Il allait donc devoir patienter jusqu’au lever du soleil afin de pouvoir sortir chercher des renforts ainsi que tout le matériel nécessaire à une telle situation. À bien y réfléchir, il n’avait pas besoin d’attendre si longtemps. Il lui suffisait de passer un simple coup de fil et…et rien du tout. Il avait oublié son portable à l’hôtel. Il lui était donc tout bonnement impossible de contacter qui que soit.

« Mais quel con…
– Tu dis quoi, monsieur ?
– Rien de bien intéressant… »

Une idée lui traversa l’esprit. Ce gamin ne pouvait, en aucun cas, vivre seul ici. Ses parents devaient se trouver dans une autre pièce. Ils allaient pouvoir lui donner un maximum de renseignements car, de manière logique, ils avaient dû être les témoins privilégiés d’événements tous plus étranges les uns que les autres. Il pensait à ces histoires de brouillard maudit et de meubles volants ou encore à ce récit délirant d’un homme qui se serait fait attaquer par une bête nageant dans le parquet. Il pourrait peut-être aussi lui expliquer ce que pouvait bien être cette chose qui l’avait poursuivi.

« Dis-moi petit, tes parents sont à la maison, n’est-ce pas ?
– Non monsieur. »

Ah… dommage… Il se disait que ses parents étaient, quand même, bien inconscients. Non seulement, ils laissaient leur progéniture veiller à pas d’heure mais, en plus de cela, ils le laissaient seul. Il commença à faire le tour de la pièce lorsqu’il remarqua quelque chose. Il s’agissait d’une photo très ancienne. Elle était datée du 13 mars 1913 et représentait une famille. On pouvait y voir le père, debout à gauche, la mère, assise à droite et, au centre, un jeune garçon tenant dans ses main un petit aquarium. Il ressemblait étrangement à l’enfant qui se trouvait dans la pièce avec lui.

« Dis moi, cette photo…
– Oui, monsieur ?
– C’est ton arrière-grand-père qui se trouve dessus ?
– Non monsieur, c’est moi.
– Arrête de raconter n’importe quoi ! La photo est beaucoup trop vieille pour que ce soit toi. Viens voir la date inscrite au dos.
– Je peux pas bouger, monsieur. Je dois rester sur mon bateau.
– Ton bateau… Tu veux parler du canapé sur lequel tu es assis ?
– Oui.
– Et pourquoi ne pourrais-tu pas descendre de ton bateau ?
– Parce qu’on joue au requin avec Bubulle.
– Bubulle ? »

Au moment où il prononça ce nom, un immense poisson rouge surgit du plancher sous ses pieds, l’engloutit et plongea directement dans son bocal où il retrouva une taille normale. Le jeune garçon le fixa et dit :

« Bubulle, on pourrait jouer à autre chose ? Je commence à m’ennuyer… » Il marqua une pause « J’espère que papa et maman vont bientôt rentrer. 102 ans, c’est quand même vachement long à attendre. »

Mickaël

De la nature de Dieu – VoxPlume

« Je suis l’Alpha et l’Oméga, le Premier et le Dernier, le Commencement et la Fin. Mes pouvoirs ont façonné ce monde comme ils peuvent le détruire. Je suis le Créateur et le Destructeur, le maître de vos destinées. Ne cherchez pas à avoir un semblant de volonté, vous n’existez qu’à travers moi. Aujourd’hui est le jour de votre Apocalypse, mais rassurez-vous, les plus utiles d’entre vous vivront encore longtemps pour découvrir bien d’autres secrets. Les autres iront errer dans les limbes de la mort et de l’oubli, jusqu’à la fin des temps, sans moyen de revenir, à moins que cela ne s’avère nécessaire. Vous êtes mes créations, mes jouets, mes sujets, et je dispose de vous comme je l’entends !
Ces mots résonnèrent dans l’ensemble du monde, acérés comme des lames de rasoir. Tous furent immobilisés par la peur et la stupeur que provoqua cette annonce venue de nulle part. Un seul homme eut une tout autre réaction.

— Allez-vous croire une voix désincarnée quant à votre nature et votre destinée, mes amis ? Nous ne sommes pas des pions ! Nous sommes libres. Libres de vivre comme nous l’entendons, libres de dire que nous refusons ce sort, libres de nous battre pour le rester et pour vivre !
Ses mots furent suivis d’une grande acclamation de la part de la foule, quand la voix se fit de nouveau entendre, toujours aussi grave et menaçante.

— Stupides jouets ! Croyez-vous vraiment pouvoir échapper à ma volonté ? Tout ce que vous vivez n’est qu’une illusion issue de mes pouvoirs ! Même votre espoir est vain, car guidé par ma voix et voué à être brisé dans la souffrance dès que je l’aurai décidé ! Vos moqueries à venir ne seront pas plus empreintes de liberté !
Comme la voix semblait l’avoir prévu, la foule se mit à rire, comme pour lui signifier qu’elle ne la craignait pas. Les rires et les cris de révolte durèrent plusieurs minutes, jusqu’à ce que l’un des participants s’écroule subitement au sol, mort. D’autres subirent le même sort, puis tous commencèrent à s’entretuer, et une pluie de feu s’abattit sur le monde entier, rapidement suivie de bien d’autres catastrophes. Sans perdre de temps, la panique gagna la population, qui demeurait incapable de comprendre ces phénomènes, mais devait se rendre à l’évidence : la voix avait raison.

Certains, comme annoncé, furent épargnés et prêts à rebâtir le monde, mais beaucoup disparurent dans cette série de cataclysmes, laissant le monde vide et défiguré… Une nouvelle fois, la voix menaçante se fit entendre.

— Je suis votre Créateur et votre Destructeur. Le cycle est infini et immortel. Ce qui a commencé doit finir, ce qui a été construit doit être détruit. Après la fin et la destruction viennent le nouveau début et la reconstruction. Je suis votre maître, je suis votre auteur, et vous continuerez de remplir les pages de mon histoire jusqu’à ce que j’en décide autrement. »
La voix se tut alors, et l’auteur, après avoir repris le contrôle de ses personnages, put reprendre son travail et écrire son histoire en créant un nouveau monde de toutes pièces…

Anthony

Test : Etes-vous un Bon Elément ? – VoxPlume

« Bonjour monsieur, installez-vous, je vous prie. »
Morgan prit alors place, la mine angoissée. Face à lui, un homme et une femme, tous deux arborant de sombres lunettes empêchant tout contact extérieur. Il eut tout juste le temps de s’asseoir que la jeune femme lui présentait déjà la situation :
« Conformément à l’article 142 de la Nouvelle Constitution internationale, nous allons procéder à un entretien visant à déterminer le niveau de votre passé. Suite à cela, vous serez invité à entrer dans la salle suivante où …

– Ne l’effraie pas s’il te plaît. Inutile de précipiter les choses, occupons-nous de notre affaire et laissons les choses aller comme elles le doivent. »
L’enfant restait muet devant cette déclaration qui n’avait pas l’air de le rassurer.

« Bien, comment juges-tu tes notes ? reprit le grand brun.
– Euh, je suppose qu’elles sont… pas trop mal…
– Hum hum… Et quel a été ton premier contact avec le sexe opposé ?
– Euh… Je ne suis pas sûr de comprendre la question, désolé.
– Très bien. Tu as déjà joué avec ton petit soldat ? »

Son associée, qui jusque-là semblait noter, avec une précision extrême, tous les mots qui étaient prononcés s’exprima alors à son tour :
« Et si tu lui posais simplement les bonnes questions ? Ne faites pas attention à ces futilités Morgan, je vais m’occuper de votre entretien. »
Suite à ces paroles, elle confia son bloc-notes à son partenaire, et prit la conversation en main. Les questions qui suivirent semblaient moins intimes pour le collégien, mais il ne pouvait s’empêcher de ressentir une légère inquiétude en répondant à chacune d’elles. Au bout d’une longue heure d’interrogatoire, le garçon fut invité à emprunter une nouvelle porte, tandis que ses deux interlocuteurs commençaient leur délibération.

« Qu’en penses-tu, Fred ?
– C’est difficile à dire… je pense qu’il a du potentiel, on pourrait l’envoyer dans une école spécialisée en métallurgie pour qu’il puisse s’y épanouir, vu que c’est ce qu’il a l’air d’aimer. D’ici quelques années, il pourrait peut-être nous surprendre.
– C’est possible… Mais on n’a pas la place pour les « peut-être » de nos jours, et sincèrement, je doute de ses capacités à produire quoi que ce soit d’innovant pour la société. Je suis désolée pour lui, mais son dossier sera rejeté dans les prochaines étapes de l’examen, de toutes façons. Autant stopper son périple dès maintenant. » La jeune femme conclut sa tirade en tamponnant le dossier qu’elle tenait d’un lourd « EXCLU ».
Fred soupira et chuchota :
« Espérons au moins qu’il aura droit à l’exécution qu’il souhaite… »

Nouillechan

De l’art d’excuser un retard – VoxPlume

Je déglutis face au regard énervé du prof. Enfin, comme dirait ce même professeur, énervé est un euphémisme. Le mot le plus juste serait « pressante envie d’étrangler le cou de mon élève ».
En même temps, c’est plus ou moins compréhensible. Une demi-heure de retard, ça a tendance à en énerver plus d’un. Surtout quand ce n’est, ni la première, ni la dernière fois que cela arrive.
« Donc William, quelle est la raison de votre retard ? »
Je regarde le prof et ma classe. Il est exactement 9h03 et j’ai moins de quelques secondes pour trouver une excuse viable.
« Alors, vous allez pas me croire mais… »
En effet, là c’est mal barré.
« Je sortais de chez moi quand… »

Rictus sarcastique du prof, rire des élèves.
« Tout d’un coup, un mec s’écroule devant moi. Alors moi, je décide d’appliquer les cours de secourisme de mme. Guillemet… »
Toujours rejeter la faute sur un autre prof. Toujours.
« Bref, là, le mec me dit dans un râle d’agonie qu’il doit absolument livrer un colis extrêmement important à un quidam… »

Réutilisation du vocabulaire appris en cours, fait.
« Donc moi, dans un acte de gentillesse et d’empathie, je décide de livrer le paquet à sa place, vu que le gars venait de partir aux urgences. Et là, problème : le gars m’avait pas donné l’adresse. Oui je sais, c’est un peu con… »
On ne parle pas assez des bienfaits de l’auto-dérision.
« Du coup, je fonce vers l’hôpital, parce que bien sûr, j’allais pas garder le paquet avec moi, fallait que je le rende au type, vous comprenez ? »

Un regard vers la classe. Ca va, ils ont l’air de plutôt bien prendre mon histoire.
« Là, j’arrive et on me dit qu’il est mort. Moi, je sais pas où me mettre, mais j’ose pas partir et le laisser seul. Une fille débarque en larmes et demande à le voir. Moi, je me dis que ça doit être une personne de sa famille et que je peux lui donner le paquet et m’en aller… Le truc, c’est que pas du tout !

Rebondissement, très bon ça le rebondissement.
« En fait, la fille, c’était sa meilleure pote depuis la maternelle. Je le sais parce qu’elle s’est lancée dans la biographie complète du mec. Moi, j’ai pas voulu l’arrêter, par politesse ! Et du coup, j’ai compris que le type, il bossait plus ou moins pour le gouvernement et que le paquet, selon elle, devait contenir un truc super important ! »

Regard vide du prof. C’est presque gagné.
« Et là, arrive la sœur. Mais attention ! Pas la sœur du mec, la sœur de sa pote qui était venue la consoler. Parce qu’en fait le mec avait pas de famille. Du coup, la fille (la sœur, hein, pas la pote) se met à m’expliquer l’arbre généalogique de l’autre qui était mort juste à côté, et c’est là que j’apprend qu’il était en fait le descendant d’un ancien seigneur français qui avait été décapité pendant la révolution. Mais c’est pas tout ! Parce que le type, du coup, son ancêtre a servi dans l’armée au temps de Napoléon, avec pour mission de le tuer pour réinstaurer la monarchie ! Et là, c’est pas fini. De fil en aiguille, la fille m’apprend que chaque membre de la famille du gars avait été lié à des hommes politiques plus ou moins importants. Son discours dure bien vingt minutes, hein ! C’est là que l’autre fille qui disait plus rien m’a pris le paquet et l’a ouvert… »

Allez, plus c’est gros, plus ça passe.
« Et là, je vois débarquer des dizaines de militaires qui essaient de récupérer le paquet. Alors moi, je me suis dit qu’il fallait mieux que je parte, que la politesse ça allait bien deux minutes mais que fallait quand même pas pousser. Du coup, je sors de l’hopital et là je vois une fille qui me dit de monter dans sa voiture. Moi, vous pensez bien, je veux pas monter et je lui demande qui elle est. Et en fait, c’était la sœur du mec ! Parce qu’en fait, il avait une sœur, mais l’autre fille elle le savait pas parce que c’était une sœur cachée qui avait disparu de la circulation pour mieux pouvoir travailler. J’ai pas compris dans quoi elle travaillait mais ça ressemble à de l’espionnage. Du coup, je monte dans sa voiture et… »
La sonnerie retentit dans tout le lycée. J’adresse un grand sourire au prof avant de ressortir. De loin je l’entends murmurer :
« La troisième fois ce mois-ci, faut vraiment que j’arrêtes de me faire avoir… »

Alice

Un trafic scandaleux – VoxPlume

« C’est un scandale! Clama la mère de famille en entrant dans la petite échoppe aux couleurs bariolées. Un scandaleux scandale! Monsieur! Vous êtes le responsable du magasin?
Elle désignait du doigts un homme chétif à la chevelure platine qui essaya de ne pas se démonter devant l’agressivité de l’inconnue.
– Non je suis simplement vendeur… mais peut-être puis-je vous aider.
La dame, très embourgeoisée, demeura un instant silencieuse, la main figée en l’air désignant toujours le jeune employé de son index griffu parfaitement manucuré. D’un geste vif, elle saisit une chaise qui trônait à ses côtés et y laissa reposer son imposante carrure enveloppée d’un manteau de fourrure rouge pétant.

– Monsieur, c’est scandaleux. Reprit-elle un insistant sur chaque mot, j’ai appris que mon fils s’était fait client dans votre… boutique à la réputation plus que douteuse.
– Allons bon expliquez-moi ce qu’il s’est passé. Insista le vendeur.
– Hier soir, mon fils, mon aîné, Aurélien de son petit nom, n’était absolument pas dans son état normal. Complètement à l’ouest, un regard de merlan frit, un sourire béat scotché aux lèvres. Lui qui est d’habitude si réservé, si noble! Son père -avocat et ancien ministre je tiens à le dire- lui a alors demandé ce qui le rendait si bizarre. Devinez ce qu’il à répondu!
– Euh…

– « Je laisse tomber mes études d’ingénieur… » imaginez le choc! Jésus-Marie-Joseph, si je m’étais attendue à ça! J’ai bien failli faire une attaque, mais attendez ça n’était que le premier coup de poignard! Déblatéra la matrone en sortant un mouchoir de son minuscule sac à main ciré pour éponger les larmes qui tombaient sur ses joues. Il nous a ensuite dit – tout sourire sans une once de honte dans la voix- « …J’aimerais devenir un écrivain, en fait j’ai toujours voulu écrire des romans d’amour. Je me demande comment je ne m’en suis pas rendu compte plus tôt. » Mon fils! La chair de ma chair, ma fierté! Un vulgaire gratte-papier de romans de gares! Vos produits l’ont complètement rendu malade!
– Mais madame, permettez-moi de vous dire que nos produits ne rendent pas les gens malades, ni physiquement, ni mentalement. Nous en vendons même davantage aux personnes souffrant de dépression car ça les soulage…
La matrone sauta de sa chaise d’un air outré comme si elle venait de s’asseoir sur une punaise.

– Vous êtes tous timbrés ici! Bande de… de drogués! Voilà ce que vous êtes! Des drogués! Vous vous échappez des réalités pour retrouver vos petits mondes merveilleux, vous n’avez pas honte de vendre ça à des JEUNES?
Malgré les explications de bonne foi du vendeur, qui tenta d’expliquer que la substance était naturellement présente chez les très jeunes enfants mais qu’elle s’estompait avec le temps, que ça n’avait rien de nocif, que personne n’en était mort et que cela permettait parfois de faire naître des vocations, que plusieurs études avaient montrées les bienfaits des produits, que le taux de suicides diminuait depuis la mise en place des magasins du même genre, la matrone ne voulait rien savoir.
– A cause de vous ils vont s’isoler, devenir des ermites, des parias! Ne vous étonnez pas que notre jeunesse parte en vrille! Avec toutes vos saletés que vous leur donnez!
Son visage avait tourné au rouge vermillon, et, complètement hystérique, elle sortit devant l’échoppe pour interpeller violemment un couple dans la rue:
– N’y allez pas! N’y allez jamais! Ce sont des malades! Des drogués! Vous savez ce qu’ils vendent?! Des produits qui font rêver et de l’imagination! Ce sont des marchands de rêves! Ils vendent des saletés de rêves à notre jeunesse si réaliste! »

JellyBell

Quand les murs murmurent – VoxPlume

« Les murs ont des oreilles ». C’est un dicton que nous avons tous entendu au moins une fois. Il nous dit, en termes un peu flous, de faire attention à ce que l’on raconte, qui sait le nombre de gens qui ont entendu la discussion, sans qu’on le sache ?
Cependant, si ce dicton s’était révélé particulièrement vrai dans le milieu de Eve, vingt-deux ans, agente secrète, elle avait également appris que les murs ne possédaient pas seulement des oreilles, mais également des yeux, et surtout des bouches.

Eve réajusta le col de son manteau, jetant un regard aux alentours pour vérifier que personne d’inopportun ne l’observait. Ses yeux perçants observèrent la rue avec une précision et un savoir-faire qui ne cessaient d’impressionner. Satisfaite, Eve releva le menton, et fit de plus grands pas encore.
– Bon, donc, tu tournes à droite au prochain croisement, fit le coéquipier d’Eve dans son oreillette (coéquipier, qui, par une coïncidence drolatique, se nommait Adam).
Elle exécuta la demande, et se retrouva dans une rue bondée. De nature discrète, elle n’eut aucun mal à se faufiler entre les passants sans attirer l’attention. Malgré les paroles dénuées de sens que Adam grommelait dans son oreille tandis qu’il cherchait une information visiblement difficile d’accès, Eve n’avait aucun mal à se focaliser sur sa mission. Celle-ci était simple, rapide, et ne présentait pour l’instant aucune difficulté.

Plus elle approchait de l’objectif, et plus Eve se sentait soulagée. Elle pourrait bientôt rentrer chez elle et se reposer, du moins jusqu’à la prochaine mission. Alors qu’elle tournait, cette fois-ci à gauche, elle permit même à un mince sourire de s’étirer sur ses lèvres.
– Merde ! hurla Adam, la tirant de son instant de joie. Putain de chèvre sur un tricycle qui danse la java en lisant du Kant !
– Ah ben, elle est nouvelle celle-là, murmura Eve, en continuant de marcher tout droit, gardant un visage parfaitement neutre.
Elle attendit patiemment que Adam ait fini sa crise. Lorsqu’il reprit la parole, sa voix était pressée, impatiente, et Eve décela un soupçon de peur. Il siffla entre ses dents, et elle put parfaitement imaginer son visage convulsé alors qu’il la mettait en garde :
– Ils savent. Tu es suivie.

Eve, malgré ses efforts, sentit son visage changer d’expression très rapidement. Son rythme cardiaque s’accéléra et ses jambes menacèrent de lâcher sous son poids. Après une analyse rapide, elle conclut qu’elle avait peur. Elle décida cependant de ne pas accélérer l’allure. La rue autour d’elle était toujours bondée, il y avait peu de chance que quoi que ce soit ne soit tenté. Mais cela ne voulait rien dire – elle avait étudié de près les mécanismes de la foule, et elle savait à quel point elle était en danger, même là.
D’un geste qu’elle fit apparaître comme nonchalant, elle fit mine de regarder sa montre, vérifiant à la place le miroir qui y était inclu. Elle repéra un homme, la trentaine, avec un pantalon large et un beanie vissé sur la tête. Il aurait pu passer pour n’importe quel badaud, s’il ne la fixait pas de ses yeux clairs.

– OK, on ne panique pas. Tu paniques toi ? Parce que moi je ne panique pas, rit Adam très nerveusement, indiquant ainsi qu’il paniquait complètement. On va faire ça simplement : dans deux croisements, tu tournes à droite. Là, il y aura un mur en pierres, à côté de la maison numéro 32. Le message est planqué quelque part entre deux roches dans ce mur. Prends ton temps. J’envoie quelqu’un te chercher là-bas. Quand je te ferai signe, tu y vas, tu attrapes le message, tu sautes dans la voiture. Et c’est réglé. Simple. Facile. Rien d’inquiétant.
Eve leva les yeux vers le ciel d’un bleu azur. Il y avait une très bonne raison pour laquelle Adam ne faisait jamais du travail de terrain : à chaque imprévu, il perdait totalement le contrôle de lui-même, et se mettait dans un état pas possible. On aurait cru que ça ferait de lui un mauvais agent secret, mais non, il était un merveilleux stratège, et un petit prodige dans presque tout le reste – Eve, bien qu’agacée par son attitude sensible, savait qu’elle avait besoin de lui.
Elle repéra un magasin, à quelques mètres de là. Décidant que ce serait un bon moyen pour patienter, et peut-être même plonger l’homme qui la suivait dans la confusion, elle s’y engouffra, sans même regarder de quoi il s’agissait.

Ses yeux se plissèrent, et sa bouche se tordit en une grimace incontrôlable. Elle était tombée sur une bijouterie. Eve trouvait tous ces accoutrements brillants parfaitement ridicules, et haïssait avec une ferveur exagérée chaque personne qui en faisait son métier. Lorsqu’elle rentra, le vendeur lui fit un grand sourire qu’elle ne renvoya pas. Et puis quoi encore ?

Faisant mine de s’intéresser aux articles exposés, elle profita du reflet sur les vitres de protection pour regarder derrière elle. L’homme au beanie était adossé contre un mur, au trottoir en face. Il consultait son téléphone avec les sourcils quelque peu froncés.
Eve resta ainsi quelques minutes, à tourner en traînant les pieds dans cette bijouterie infecte, rejetant toujours les approches accueillantes du vendeur. Elle n’avait jamais été plus soulagée que lorsque Adam lui chuchota :
– OK, go ! Maintenant, fonce !

Elle n’en demanda pas plus. Sans même dire au revoir, elle sortit hors du magasin à la vitesse d’un boulet de canon. Ses jambes la portant à une vitesse qu’elle ne pensait même pas pouvoir atteindre, elle fonça, n’accordant pas un regard à l’homme au beanie qui redressa vivement la tête quand elle passa devant lui.
Si cela n’avait pas été trop suspect, elle se serait mise à courir. Elle tourna au croisement, et soupira de soulagement en voyant apparaître un mur de pierres à sa droite. Le longeant, elle l’observa rapidement, le scannant de haut en bas. De ses lèvres généralement pincées s’échappa un léger cri de victoire lorsqu’elle aperçut une boule de papier, coincée entre deux pierres. Elle l’attrapa et la fourra dans sa poche d’une main tremblante, se retournant avec un large sourire sur les lèvres, prête à bondir dans la voiture qui l’attendait…
Et qui n’était pas là.

Eve déglutit bruyamment. Un bruit strident retentit dans son oreillette. Elle la retira précipitamment, de peur de devenir complètement sourde. Le sifflement aigu ne s’arrêta pas. La communication avait été coupée, d’une façon ou d’une autre. Eve poussa un grand soupir et se passa la main sur le visage.
Sa respiration fut coupée court lorsqu’un canon de pistolet se posa contre sa tempe. Un murmure aux relents de joie malsaine lui chuchota :
– Si tu cries, je te flingue. Si tu ne cries pas, je te laisse lire le message avant de te flinguer.
Eve hocha la tête. Elle n’était pas une femme du genre sentimental, et même alors que sa mort était imminente, elle flancha à peine. Sa main alla piocher le bout de papier dans poche, et le sortit. Elle le regarda, et poussa un autre soupir.

– Je vais me faire tuer juste pour ce bout de papier, observa-t-elle avec calme.
Elle savait qu’elle allait mourir, de toute façon. Elle avait accepté ça dès le début de sa formation d’agent, il y avait bien des années.
– Lis-le, siffla l’homme entre ses dents.
Le cœur battant dans une valse effrénée, Eve déplia le papier. Les yeux très légèrement embués, elle lut les derniers mots qu’elle ne lirait jamais :
« Ta mér et teleman grosse ke kan elle sote les dinosore ils sétégne 1 2éme foi MDRRRRR »

Cupcake Nie

Un mort increvable – VoxPlume

Chair de Goule n° 2

Il peut parfois s’avérer extrêmement complexe de se débarrasser de quelqu’un. C’est particulièrement le cas lorsque cette personne est morte et refuse obstinément de le rester. Cette situation a de quoi surprendre, n’est-il pas ? Impossible, vous dites-vous ? Pourtant, c’est bien ce qui est en train d’arriver au protagoniste de notre conte de ce soir, un courtier en assurance particulièrement retors confronté à :

Un mort increvable

« Quatre fois que je te bute ! Quatre fois ! Est-ce que tu vas finir par te décider à clamser définitivement, bordel de dieu ?!
– Edwin, mon vieux, tu devrais éviter de t’énerver, c’est mauvais pour ton cœur.
– Mais je t’emmerde mon petit pote ! J’ai pas de leçons à recevoir d’un mec à qui j’ai collé un balle entre les deux yeux !
– Entre autres…
– Oui, entre autres ! »

Edwin Winchester était recroquevillé dans un fauteuil miteux flanqué dans un coin de son bureau,. Il avait un pistolet dans les mains. Marvin Harlington, son associé, lui faisait face. Le fait est que, comme vous avez pu le deviner, il ne devrait normalement pas se trouver dans cette pièce. Pour tout dire, vu son état de décomposition avancé, sa place était, indiscutablement, dans une tombe. Ceci étant dit, il faut savoir que Marvin n’avait jamais apprécié les espaces trop confinés. C’est peut-être pour ça qu’il refusait obstinément de rester dans son cercueil. À moins que ce cadavre ambulant n’ait autre chose en tête. Si tant est, bien évidemment, qu’on puisse avoir quelque chose en tête avec un trou du diamètre d’une balle de golf qui vous la traverse mais là n’est pas la question.

« Tu m’excuseras Edwin, mais je trouve ta réaction un peu disproportionnée…
– Disproportionnée ? Personnellement, je la trouve parfaitement naturelle ! Bon sang de merde ! Tu es mort ! T’as rien à foutre là ! Reste dans ta fichue tombe !
– Sincèrement, je vais finir par croire que tu n’es pas heureux de me revoir.
– Et ça t’étonnes ?! »

Edwin était un magouilleur de compétition. Il avait arnaqué nombre de personnes et s’était toujours arrangé pour que les assurances dont ils étaient les clients ne soient jamais au courant, quitte à les faire taire définitivement. Marvin, bien qu’étant son collègue, n’avait pas été mis dans la confidence. La raison tenait en un mot tout simple mais qui répugnait Edwin au plus haut point : l’honnêteté. Du coup, lorsque Marvin a découvert les agissement de son comparse, il a souhaité le dénoncer. Ce geste, bien que parfaitement honorable, lui valut un aller-simple du cinquième étage au trottoir en partance direct de la fenêtre du bureau où il se trouvait à l’heure actuelle. Par la suite, et ce malgré un enterrement en bonne et due forme, il revint faire un petit coucou de temps en temps à son ex-confrère. Ces visites, qui en d’autres circonstances seraient passées pour de délicates attentions, se soldèrent par :
– un coupe-papier planté dans l’œil
– une balle de revolver lui traversant le crâne
– un passage éclair sous les roues d’un quinze tonnes
Alors qu’il semblait perdu dans ses pensées, Marvin ne remarqua pas qu’Edwin s’était levé et se tenait derrière son bureau. Il reprit la parole :

« Tu sais ce qui m’a traversé l’esprit lorsque j’ai fait cette chute ?
– Qu’est-ce que tu veux que ça me foute ?!
– Il est vrai que tu n’as jamais vraiment été du genre curieux. Malgré cet état de fait, je tiens quand même à te le dire. Vois-tu, à mesure que je voyais le macadam se rapprocher, j’ai eu l’occasion de penser à tout un tas de choses. J’ai réfléchi à toutes les erreurs que j’avais commises ainsi qu’à tout le mal que j’avais pu faire de manière volontaire ou involontaire et, juste avant de toucher le sol, une idée m’est venue. Il fallait que tu vives la même chose que moi. Je me suis dit que cela t’aiderait sûrement à changer, si ça ne te tuait pas. Depuis ce moment précis, j’ai tenté en vain de te revoir afin de te faire connaître la même expérience mais tout s’arrête ici et maintenant. J’ai beaucoup trop lambiné. »
Marvin s’approcha petit à petit de Edwin tandis que celui-ci reculait dangereusement vers la fenêtre située dans son dos.
Deux jours plus tard :

« T’es sûr de toi Teddie ?
– Ouaip, comme je le pensais, il s’agit, au mieux, d’un stupide accident, au pire, d’un suicide. La fenêtre était grande ouverte. La trajectoire que le corps a effectué montre que le malheureux n’a pas été poussé mais qu’il a lui-même sauté ou qu’il a basculé. De plus, le bureau était fermé de l’intérieur.
– Tout concorde pour étayer cette thèse, donc.
– En effet. Il y a, néanmoins, un truc qui chiffonne.
– Tu te demandes pourquoi il a tiré alors qu’il n’y avait personne d’autre dans la pièce ?
– Il y a ça oui mais ce n’est pas ce qui me dérange le plus.
– C’est quoi, alors ?
– Vois-tu, lors de mes prélèvements, j’ai trouvé un peu partout des traces de liquide de décomposition et pas la moindre trace de cadavre. C’est bizarre…vraiment bizarre. »

Mickaël

Problèmes de SAV – VoxPlume

Le silence régnait dans la salle éblouissante de lumière. Denis, tout de blanc vêtu, se tenait là, seul et immobile. Plusieurs secondes s’écoulèrent sans qu’il n’esquissât le moindre mouvement, puis, pris d’une étrange sensation, il se laissa tomber au sol. Le jeune homme détailla alors la pièce dans laquelle il se trouvait et ne put apercevoir comme mobilier, qu’un unique téléphone accroché au mur face à lui. Instinctivement, il se leva pour s’en approcher et put distinguer le sigle « SAV » inscrit au-dessus de l’appareil. Il décrocha donc le combiné, le porta à son oreille et alors qu’il s’apprêtait à composer le numéro de sa compagne, il entendit une voix mécanique articuler :

« Bienvenue au Service Après Vie. Si vous souhaitez procéder au Passage dans l’Au-Delà, tapez 1. Si vous avez des réclamations vis-à-vis de vous ou de l’un de vos proches, tapez 2. Si vous voulez des informations supplémentaires, tapez 3. Sinon, merci de raccrocher. »

Denis eut un instant d’hésitation, puis appuya sur la touche d’informations.
« Si vous souhaitez des informations sur le Passage, tapez 1. Si vous désirez une brochure détaillée des activités proposées, tapez 2. Si vous – »
Il raccrocha le combiné et lâcha un profond soupir. Il avait bien compris qu’il ne faisait désormais plus partie du monde des vivants. Cependant, cette situation le dépassait. Il prit alors une très grande inspiration, et hurla à pleins poumons. Mais mis à part l’écho de sa voix, rien ne se produisit. Le défunt se résigna alors à reprendre le téléphone en main, composa le même chiffre que la fois précédente, puis pressa la première touche.

« Veuillez patienter, un conseiller post-mortem va prendre votre appel. »
Une agréable musique se fit entendre, tandis que Denis patientait quelques secondes. Secondes, qui se transformèrent rapidement en de longues minutes. Puis, alors qu’il s’apprêtait à raccrocher de nouveau, une voix humaine retentit enfin à l’autre bout de la ligne.

« Service Après Vie, bureau des informations, j’écoute ? Quelle est votre question ?
– Euh, oui bonjour, je m’appelle Denis, Denis Ma –
– Je sais qui vous êtes, avez-vous une question ?
– Oui, pardon, j’aimerais savoir où je suis et ce que je dois faire.
– Raccrochez le téléphone, reprenez-le, et procédez au Passage en tapant 1. J’espère avoir pu vous éclairer, si vous voulez bien m’excuser, j’ai un autre appel.
– Attendez ! »
Tonalité.

Denis procéda à la manipulation qui lui avait été indiquée et soupira :
« Comme quoi, qu’on soit mort ou vivant, on galère toujours avec le SAV. »

Nouillechan