Quand on est au sommet – VoxPlume

« Qu’il est bon de se savoir au sommet de la hiérarchie. Se savoir tout puissant, invincible et immortel. Rien ne peut échapper à mon emprise et toute chose en ce bas monde se plie à ma volonté. Tout devient alors possible, allant de la chose la plus drôle à la plus incroyable. Tenez, voyez ce petit salarié ici bas, il rentre tranquillement de son travail miteux. Ou du moins, de son ancien travail, car un peu plus tôt, je l’ai fait licencier. Maintenant, il n’a plus rien à quoi se raccrocher, pas de femme ni de famille proche : il est seul. Donc il me suffit d’appuyer sur ce petit bouton tout bête, et regardez… Haha ça y est, il s’est jeté sur une voie de chemins de fer ! Ahh, j’adore mon job. Enfin, pour être honnête, ce n’est pas aussi drôle que ça l’était quand je débutais… Aujourd’hui, les suicides sont devenus monnaie courante, certains le font de leur plein gré, c’est moins drôle. Je pense que ça doit être comme vous, quand vous êtes dans vos maisons respectives et que vous aimez… Je sais pas, admettons que vous aimez préparer des tourtes à la courge. Si vous remarquez que votre sous-fifre en a préparée une à votre place, vous serez frustrés hein ? Eh bien là, c’est pareil.

Oui petit, tu as une question ? La nature ? Évidement qu’elle obéit à mes règles ! Réfléchis une seconde, comment les arbres peuvent-ils grandir s’il n’y a rien pour les tirer ? Et puis, sincèrement, tu crois vraiment que le fait de jeter des déchets par terre peut naturellement réchauffer la température ? Haha, tu es si naïf. Moi je me contente de choisir les options et les événements qui me plaisent, et je laisse ceux d’en bas essayer de trouver des explications « logiques ». C’est parfois très amusant ! Allez, maintenant recule avec les autres, je vais vous montrer un exemple. Si j’appuie ici, je peux créer un petit nuage radioactif et le faire passer au dessus des plus grands foyers de population. On va voir combien de temps ils vont mettre à accuser les pays voisins et à trouver une raison plus ou moins plausible.

D’autres questions ? Oui, toi là, le petit avec un pull qui ressemble à des épinards périmés ? Hahaha quelle question stupide ! Bien sûr que non, il n’y a pas de risque de rébellion, c’est moi qui régit tout ici. D’ailleurs, vous aussi, vous aurez tout oublié une fois que vous aurez quitté cette salle. Autre chose ? Pas d’autre chose ? Tant mieux, je ne vous raccompagne pas, j’ai du boulot. »

« Bon, et le sujet n°28, on en fait quoi ? Il n’arrête pas de mettre le bazar dans le secteur Terre…
– On le remplace ? Il vient d’avoir une visite de stagiaires, j’imagine que n’importe quel débutant sera plus efficace que lui…
– Hum, soit, faisons ça… Vas-y, clique ici, faisons-le sauter par la fenêtre et le problème est réglé. »

Nouillechan


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Grammaire et orthographe.coorp – VoxPlume

Assis dans son bureau, le directeur regardait les sept employés tremblants face à lui. Il posa ses mains sur son bureau et leur offrit son fameux sourire glacé qui signifiait très clairement « vous allez passer un sale quart d’heure ».
« Est-ce que je peux savoir, Messieurs, pourquoi les chiffres sont-ils aussi ridiculement bas dans votre secteur ? »
Les employés se regardèrent, peu pressés de répondre. Le directeur soupira et se leva :

« Vous, Monsieur Chou, par exemple, pourriez-vous me donner une explication ?
-Euh… C’est-à-dire que…
-Finissez vos phrases ! J’ai déjà dit que je voulais proscrire les points de suspension, ils sont beaucoup trop onéreux !
-On a quelques petits problèmes avec l’apprentissage, Monsieur le directeur.
-Et où rencontrez-vous des problèmes, M. Chou ? demanda le directeur en se rapprochant dangereusement de son souffre-douleur.
-Je…
-Bannissez-moi ces fichus points de suspension !
-Pardon Monsieur. murmura-t-il, terrorisé»

Le directeur soupira, décidé à en finir vite :
« Je vais vous dire ce que vous allez tous faire, bande d’incapables, vous allez arrêter les « s » immédiatement ! C’est beaucoup trop simple !
-Oui Monsieur.
-Enfin, c’est vrai : tous les mots prennent un « s » au pluriel ! Tous ! Les enfants font la faute une fois et puis c’est bon, ils ont compris ! Aucun intérêt financier.
-Oui Monsieur.
-Après tout, nous sommes là pour faire monter notre chiffre d’affaires, n’est-ce pas ?
-Exact Monsieur.
-Et pour qu’il monte, nous avons besoin de ?
-Du plus grand nombre de fautes d’orthographe de la part des enfants, Monsieur.
-Exactement, M. Chou, exactement. Et pour cela, il ne faut pas seulement des règles compliquées, il faut aussi des ?
-Des exceptions, Monsieur ! récita mécaniquement son interlocuteur.
-En effet, des exceptions. Des listes de mots pretes à être apprises par cœur et à torturer les enfants au maximum. C’est le seul moyen de faire monter l’entreprise. Est-ce compris ?
-Oui, Monsieur ! répondirent les employés en cœur.
-Parfait. Alors à partir de maintenant, vous prenez tous un « x » au pluriel, est-ce que c’est clair?
-Oui, Monsieur !
-Vous pouvez sortir ! »

Tandis que ses employés, étonnés d’être encore en vie, fuyaient en direction de leur bureau, le directeur de la société grammaire et orthographe appela son secrétaire :
« Anticonstitutionnellement ? Bien, j’ai réglé l’affaire du groupe d’exception numéro 17. Vous serez gentil de m’inventer un moyen mnémotechnique stupide et compliqué pour mardi s’il vous plait.
-Bien monsieur.
-Des nouvelles du groupe des homonymes ?
-Ils marchent à la perfection ! Les enfants se cassent les dents les uns après les autres lorsqu’il s’agit de différencier les « c’est » des « ses » ou encore des « ces » ! Mieux encore, nous avons des nouvelles du secteur internet, il paraît qu’ils y font des ravages !
-Excellent, félicitez-les pour moi !
-Autre chose, votre associé, M. Grammaire, a appelé, il aimerait vous voir avant votre déjeuner d’affaire avec Messieurs Calcul-mental et Propriétés.
-Très bien, dites-lui qu’il peut venir. Comment avancent les négociations, à propos ?
-Très bien, Monsieur. Ils ont l’air assez intéressés par une alliance entre les deux entreprises. Cela nous permettrait entre autres de lutter contre Physique-chimie.coorp qui prend de plus en plus d’ampleur chez les adolescents. Avec un allié, on pourrait réussir à garder le contrôle sur le secteur collège. Pour le lycée, c’est une autre paire de manche.
-Je sais bien, je sais bien. C’est tout ?
-C’est tout M. Orthographe.»

Alice

Comment commettre un meurtre parfait – VoxPlume

Le jeune homme blond s’accroupit tandis qu’il mettait soigneusement des gants en latex. Son regard parcourut le cadavre étalé devant lui, sans que son visage ne trahisse la moindre émotion. Il soupira, avec ce qui sembla presque être de l’ennui, et se pinça le nez. L’odeur de la mort était plus forte que jamais, elle s’infiltrait dans les narines et serrait les gorges.
Avec une grande délicatesse, comme si le corps pouvait disparaître à tout moment, le blondinet lui frôla le poignet du bout des doigts. Il prit son pouls, puis observa un peu plus le macchabée.

Finalement, le jeune homme se redressa, un mince sourire étirant ses lèvres roses. Derrière lui, une femme, la trentaine, les cheveux en bataille et des cernes sous les yeux, s’agita un peu.
« Alors, Mr. Levithan ? l’interpella-t-elle, dansant d’un pied sur l’autre.
– Oh, et bien, j’ai été assez déçu par la manière dont la victime a été assassiné. Ce n’est pas très… original. Mais le reste est bien plus inventif ! »

Il fit un sourire charmeur à la femme qui pinça les lèvres, déconcertée par l’attitude du détective. Elle savait très bien que Mr. Levithan était très bon dans son domaine, qu’il impressionnait quiconque avait la chance de le rencontrer, qu’il menait la police en bateau et qu’il était considéré comme une sorte de génie excentrique, mais elle ne voyait de lui qu’un gamin prétentieux qui était assez bizarre et doué pour qu’on lui mette une étiquette de prodige.

« Qu’est-ce qui est si inventif, si je peux me permettre, monsieur ? demanda-t-elle, tentant tant bien que mal de cacher son agacement.
Le détective la regarda avec étonnement. Il ne semblait pas comprendre comment cela ne pouvait pas être évident aux yeux de tous. Il désigna la pièce d’un geste de la main.
– Classique, mais toujours drôle, expliqua-t-il, choisissant soigneusement ses mots. Le meurtrier n’avait aucun moyen d’entrer dans cette pièce, et pourtant, la victime est morte. Ce n’est pas un suicide, cela est évident, même le plus idiot des observateurs pourrait s’en rendre compte. À moins que se poignarder plusieurs fois dans le ventre et la poitrine avec violence et sans hésitation soit la nouvelle manière de se suicider à la mode ? »

La femme ne sut pas quoi répondre. Elle n’était pas si impressionnée que ça par la réplique du jeune homme, on l’avait prévenu, et il n’avait sorti que quelques connaissances de base pour l’instant. Il s’arrangeait juste pour impressionner.
« Non, Monsieur, c’est effectivement une façon de se suicider peu commune, affirma-t-elle finalement.
– Question rhétorique, balaya-t-il. Bien, l’arme du crime était un couteau de cuisine. Vraiment un manque d’originalité. Il a dû le laver dans la cuisine. Maintenant, comment a-t-il fait pour entrer ? »

Il se releva, et commença à parcourir la chambre, passant son regard clair sur chaque recoin de la pièce. La femme secoua la tête et alla dans la cuisine pour vérifier la présence d’un couteau de cuisine. L’endroit n’ayant pas encore été nettoyé, il semblait encore être habité, et elle éprouva une sensation très étrange de culpabilité.

Mr. Levithan arpenta la pièce, les points noirs qui formaient ses pupilles exploraient la pièce de fond en comble. Plus il apprenait sur cette chambre, plus son sourire s’élargissait. Le crime était vraiment parfait, magnifiquement ficelé. Le jeune détective aimait voir les meurtres comme des partitions de musique. Il fallait que tout soit joué au bon moment pour que l’œuvre atteigne son apogée. Et plus cela était bien orchestré, plus il était drôle d’essayer de comprendre comment cela avait été composé.

Ce meurtre, ce meurtre ! Une chambre close, tout ce qu’il voulait ! Oh, bien sûr, il avait déjà compris comment le meurtrier avait fait. C’était assez évident, assez classique. Intéressant, tout de même. Et puis, il ne donnerait pas tout de suite la réponse. C’était toujours drôle de voir moins compétent que soi essayer de faire quelque chose qu’on a déjà fini.
La femme, qu’il trouvait d’ailleurs assez ennuyeuse, revint, une pochette en plastique à la main. Dedans, il repéra la forme d’un couteau. Elle avait donc trouvé l’arme du crime. Il lui fit un grand sourire.

« Est-ce que le couteau était dans l’évier, sous quelques autres assiettes ou plats divers ? demanda-t-il, alors qu’il connaissait très bien la réponse.
– Comment avez-vous deviné ? s’étonna-t-elle.
– Oh, c’était évident. C’était évident. Sortons, je vous expliquerai en chemin. »

La femme regarda Mr. Levithan tandis qu’il quittait la pièce, récitant tranquillement tous les indices qui indiquaient pourquoi le couteau devait être posé dans l’évier. En l’écoutant, il était en effet évident que c’était ce que le meurtrier avait fait, et elle se surprit même à penser que cet assassin était un véritable amateur, alors que, quelques minutes plus tôt, elle l’avait pensé très malin. Ils avaient raison, au final, Mr. Levithan était peut-être un génie.
Mr. Levithan, lui, se félicitait intérieurement. Enquêter sur son propre crime était vraiment un très bon alibi

Cupcake Nie

Légende Hivernale, Part 1. – VoxPlume

L’Automne touchait à sa fin et le parc Wells se couvrait d’un épais manteau blanc. Le lac qui ornait son centre tel un saphir dans un écrin de verdure voyait flotter à sa surface une brume glacée. Alors que les badauds se promenaient autour, Jonathan observait ce spectacle assis sur l’un des nombreux bancs que l’on pouvait trouver sur les bords des chemins qui s’entrelaçaient ça et là. Il cherchait l’inspiration. Comme d’habitude, il avait pris un livre avec lui, toujours le même. Comme d’habitude, il ne l’avait pas lu mais, peu importe, il l’avait déjà feuilleté un nombre incalculable de fois. Comme d’habitude, il avait pris le même chemin avant de s’asseoir et, comme d’habitude, il allait repartir en suivant la même route. Pourtant, ce jour-là, il y avait quelque chose de différent. Il le sentait dans l’air. L’atmosphère était étrange. Pour autant, il ne remarqua pas de suite que le parc se vidait peu à peu. Finalement, il ne resta plus que lui. C’est à ce moment précis qu’il se décida enfin à se lever et à reprendre sa balade.

Peu de temps après, alors qu’il abordait un des multiples sentiers qui permettait de sortir du parc, il aperçut un embranchement. Il était passé par là des centaines de fois et il ne se rappelait pas l’avoir déjà vu. Cela lui paraissait étonnant. Comment était-il possible qu’après tant d’années à effectuer le même parcours de la même manière sans jamais, ô grand jamais, changer la moindre chose, ne remarquait-il ce détail que maintenant ? Mais pouvait-on résumer cette énigme qui se présentait à lui comme un simple détail ? Sûrement pas. Il s’était sûrement trompé. Il se repassait le film dans sa tête. Il était passé devant le grand saule, avait traversé l’allée de bégonias, était tourné à droite après le tilleul avant de passer sous la grande arche. Non, il n’avait commis aucune erreur et était donc au bon endroit. Que pouvait-il donc bien se passer ? Il se rapprocha. Il le vit alors. Un immense escalier, bordé de colonnes rouges, s’enfonçant dans une épaisse forêt d’où jaillissait, ça et là, une lumière froide. Bizarrement et ce, pour la première fois de sa vie, il changea ses habitudes. Ainsi, plutôt que de continuer jusqu’à la sortie, il emprunta ce nouvel embranchement.

Il gravit chaque marche comme s’il s’agissait d’un nouveau défi. Il ne voyait pas cet escalier comme un tout mais comme un nombre incalculable de décisions qu’il prenait à chaque seconde qui passait. Bien évidemment, son pas n’était pas sûr et encore moins bien décidé. Malgré l’angoisse et cette irrépressible envie de revenir à son train-train quotidien, il poursuivit son ascension. Les arbres qui l’entouraient lui étaient totalement inconnus, tout comme les bruits qui en émanaient. À un moment, il crut distinguer des rires aussi fugaces et légers qu’une brise printanière mais cela devait être son imagination. Le temps passait. Il finit par atteindre le sommet et se trouva à l’entrée de ce qui semblait être un temple. Lorsqu’il se retourna pour contempler la distance qu’il avait parcouru, l’escalier avait tout bonnement disparu. Une petite route pavée l’avait remplacé. Il décida de la prendre et se retrouva à son point de départ. Que se passait-il ? Il tenta de prendre d’autres directions. Impossible d’aller nulle-part. Dans quel pétrin s’était-il fourré ?

« Tu me sembles bien agité, jeune homme » lui dit une voix calme et posée. « Prends le temps de respirer et de te calmer sinon tu n’arriveras à rien de positif ou de concret. »
Il se retourna et vit un vieil homme assis à l’entrée du temple. Il portait un costume trois pièce bleu et un nœud papillon. Il avait les cheveux blancs attachés en chignon et une barbiche. Ses yeux étaient immenses, tout comme ses oreilles, et étaient d’un noir profond. Détail encore plus étrange, il portait une carapace de tortue sur le dos. Il semblait parfaitement apaisé et dégageait une aura qui instaurait le calme et la sérénité.
« C’est la première fois que tu empruntes ce passage pour réagir ainsi.
– Euh…oui. Je dois avouer que je n’ai pas vraiment l’habitude.
– Tu sais que tu peux abandonner ce déguisement ridicule, maintenant que tu es ici. »

De quoi pouvait-il parler, se demanda Jonathan. Il ne portait aucun déguisement et ses habits n’étaient pas excentriques au point que quelqu’un pouvait penser qu’il s’agissait d’un déguisement.

« Attends ! J’ai une meilleure idée ! Je vais essayer de deviner qui tu es. Hum…lunettes, petites joues, un livre, un pull avec un lapin blanc qui semble bien en retard dessus…tu dois être un Féérzatros*.
– Je ne crois pas…
– Comment ça tu ne crois pas ? Jeune homme, n’essaye pas de me mener en bateau, tu ne peux être qu’un Féérzatros.
– Je vous assure que non.
– Pourtant mon flair ne me trompe jamais… Et puis, pour l’amour de Worg**, retire-moi ce déguisement !
– Je ne peux pas.
– Comment ça tu ne peux pas ?! Arrête de te moquer de moi ! »

Le vieillard pinça les joues de Jonathan et commença à les étirer dans tous les sens. Il fut alors pris d’un doute. Sans perdre une minute, il rentra à l’intérieur du temple et en ressortit avec une énorme loupe. Il commença à observer Jonathan sous toutes les coutures. Une fois l’analyse finie, il fronça les sourcils et dit :

« Quelque chose cloche…ce n’est pas possible…
– Quoi donc ?
– D’après Gildenburg***, tu serais humain mais cela n’a pas de sens.
– Et pourtant, je suis bel et bien humain !
– Je ne peux y croire.
– Sans vouloir vous offenser, c’est plutôt moi qui ai du mal à y croire. Je me demande, d’ailleurs, si je ne suis pas en train de rêver.
– Crois-moi, tu es loin de rêver.
– Tout semble pourtant si irréel.
– Et c’est pourtant la réalité…mais laquelle ?
– Que voulez-vous dire ?
– Que si tu es bel et bien humain comme Gildenburg le confirme, tu n’as rien à faire ici. Il n’y a donc que deux solutions possibles.
– Lesquelles ?
– Soit tu es un être féerique qui a perdu son essence, soit tu es mort. »

À suivre.

* Les Féérzatros sont des êtres féeriques vivant dans les bibliothèques. Ils adorent lire et cumuler le plus de savoir possible. Leurs passions sont nombreuses et ne s’arrêtent pas à la lecture. Ils sont connus pour leur caractère enjoué et leur curiosité. On les appelle aussi lutins des bouquins.
** Souverain-empereur du monde d’Arzetastro. (Si vous ne voyez pas de quoi il s’agit, ne vous inquiétez pas, vous le découvrirez en même temps que Jonathan).
*** Gildenburg est un artefact magique. Il s’agit d’une loupe qui permet de tout relever de la personne que l’on observe avec.

Mickaël

Page blanche – VoxPlume

Depuis plusieurs semaines, George ne faisait qu’écrire, encore et encore, pris d’une fièvre créatrice ; à peine s’arrêtait-il pour manger et dormir. Il enchaînait les pages à un rythme effréné, convaincu de bientôt achever ce qui allait être, à ses yeux, son plus grand chef-d’œuvre. Pourtant, à quelques dizaines de pages de la fin, son inspiration venait de brusquement se tarir. Rien ne lui venait, pas la moindre image, pas le moindre mot ; il ne s’agissait pas d’un simple manque d’inspiration, mais bien d’un blocage complet, comme si son histoire ne pouvait pas aller plus loin malgré son absence de fin réelle.

Il tenta alors tout ce qu’il pouvait pour avancer : douches, promenades, lecture, films et séries, tout ce qui était susceptible de lui donner ne serait-ce même qu’un début d’idée y passait ; rien n’y faisait, les dernières pages restaient désespérément blanches. Le blocage se mua lentement en peur de seulement s’installer devant son document. George devait bien se rendre à l’évidence : il connaissait désormais l’angoisse de la page blanche, sans savoir comment il allait pouvoir en sortir. Il décida alors de se confier à un ami auteur qui lui donna une idée à laquelle il n’avait pas pensé : retourner à la source du projet, de l’histoire, de l’univers, pourquoi ce texte devait être écrit, et comment il devait l’être. Son esprit devait alors se charger de recoller les morceaux et les idées, il n’aurait plus qu’à taper.

S’il était reconnaissant envers son ami pour cette idée, il avait peut-être encore plus peur de la mettre en œuvre que d’ouvrir son fichier. George tirait en effet ses idées d’une source bien différente que bon nombre de ses confrères et consœurs adeptes du traitement de texte…

Quelques semaines plus tôt, alors qu’il cherchait une idée pour une nouvelle histoire, George vécut des événements fantastiques dont il n’osait parler à personne ; s’il l’avait fait, on lui aurait simplement répondu qu’il venait de résumer son dernier texte. Il était pourtant convaincu de la réalité de ce qu’il avait vu, comme Robert E.Howard avant lui…

Tout comme Howard était en contact avec Conan qui lui dictait ses aventures, George avait vu s’ouvrir devant lui un portail d’où avait surgi un barde un peu fantasque qui avait commencé à lui conter les grandes histoires d’un autre monde, dont il s’était empressé d’écrire les légendes pour les diffuser à notre propre monde. Mais le barde avait désormais disparu, laissant George brutalement seul devant une page blanche, avec la peur de continuer et, encore plus présente, celle de tenter de le contacter…

Il n’avait pourtant pas d’autre choix s’il voulait achever l’histoire, la perspective d’inventer étant trop difficile pour lui après des semaines à être guidé. Aussi se décida-t-il, malgré ses craintes, à ouvrir le portail et appeler le barde. Par chance, celui-ci répondit à l’appel, mais son expression avait changé. Il était plus dur, moins bavard, mais George ne s’en formalisa pas ; jusqu’à ce que le barde lui annonce qu’il savait ce qu’il faisait et que c’était la raison de sa disparition. Le barde voulait entrer dans un autre monde et parler avec l’un de ses habitants, mais l’existence du sien devait rester un secret. Un secret que George avait trahi et qu’il devait payer de son exil dans le monde du barde, disparaissant sans laisser de trace, avec un manuscrit inachevé et une histoire folle derrière lui…

Anthony

Le refuge – VoxPlume

« Si je comprends bien, vous voulez vous en débarrasser. murmura le responsable, avachi sur sa chaise. Quel âge a-t-il déjà ?
– Elle ! Elle a bientôt deux ans… répondit doucement le couple assit juste en face.
– Et pourquoi vous voulez vous en débarrasser ?
– Eh bien, je pense que nous avions un peu sous-estimé le travail et la patience que cela demanderait de s’en occuper. Vous savez…
– Oui je sais très bien, interrompit sèchement le responsable, c’est mignon quand c’est tout petit, quand ça vous regarde avec leurs grands yeux humides, que ça réclame juste des câlins et un peu de lait pour subvenir à leurs besoins, mais dès que ça grandit c’est une autre histoire ! ça demande à sortir, ça griffe, ça mord… oui évidemment que je le sais : vous n’êtes pas les seuls à vouloir que votre animal reste éternellement petit !

Le couple se regarda, honteux, mais néanmoins décidé.
– Comprenez, nous ne le faisons pas par plaisir…
– Je l’espère ! Au moins vous n’êtes pas ces gens qui les abandonnent sur le bord de la route ou qui le noient dans leur baignoire parce qu’il n’y a personne pour les garder pendant les vacances d’été. »
Le responsable leur accorda un sourire adouci car il jugeait leur avoir fait suffisamment la morale.

Il les laissa ensuite dire une dernière fois « au revoir » au petit animal qui leur avait tenu compagnie durant deux ans. Mine de rien, ils s’étaient attachés à lui. Finalement le frêle animal fut placé dans un grand espace clos, avec des nombreux objets lumineux ou bruyants, mais surtout avec des camarades pour jouer. Ce refuge était à peine ouvert qu’il était déjà quasi-complet. Derrière la porte qui donnait sur la salle de jeux, le responsable observa les petites créatures qu’il avait peut-être sauvé, d’un regard ému.

« Eh bien monsieur Basset, cela semble être un succès ! lança son fidèle collègue depuis le bout du couloir.
– Oui Basker, je crois bien que cette idée de refuge valait la peine d’être mise en place ! ça ne désemplit pas. Même ceux qui étaient maltraités ou abandonnés sont méconnaissables depuis qu’on les a recueillis. Les agressifs sont vraiment devenus des agneaux depuis qu’on les encadre mieux. C’est une question d’éducation.
– Il faut dire que vous prenez soin d’eux comme s’il s’agissait de vos propres animaux. Ah si tout le monde pouvait être comme vous monsieur Basset.
– Cessez donc ces courtoisies, c’est bientôt l’heure d’aller manger. Que diriez-vous d’une bonne écuelle de pâté à la moelle ? C’est ma femme qui les prépare.
– Ce serait avec plaisir monsieur Basset, mais permettez d’abord que je colle cette affiche sur la porte de devant ? Vous pouvez déjà y aller, je vous rejoins. »

Tandis que monsieur Basset quittait le bâtiment d’un pas hâtif, Basker installa le panneau « Petits humains, à donner contre bons soins » sur la porte du refuge.

JellyBell

Réunion de famille – VoxPlume

Ahh, les repas de famille ! Ils peuvent être le lieu de discussions chaleureuses autour de délicieux plats mijotés avec amour, et ponctués de rires d’enfants de-ci et de-là. En tout cas, c’est comme ça que je les percevais étant petit. Mais aujourd’hui, je les vis plutôt comme une sorte d’interrogatoire camouflé, visant à déterminer qui a le mieux réussi sa vie.

Tandis que ma tante commence à servir les parts de quiche, je jette un œil à la fameuse « Table des enfants ». Cette bonne vieille table où règne la gaieté et où le seul problème est « je n’ai pas réussi la deuxième question de l’exercice de maths ». Elle a aujourd’hui bien changé. Là où avant, nous étions six à débattre pendant des heures sur lequel des 151 pokémons était le plus fort, aujourd’hui, ils ne sont plus que deux, avachis sur le portable de leur mère (ou du moins, je pense que c’est celui de leur mère…)

Je reviens à moi à l’instant où on me tend mon assiette. S’il y a bien une chose qui n’a pas changé, ce sont les petits plats de ma tante. Les mêmes délicieuses odeurs et un goût qui réussit à me rendre nostalgique à chaque fois. Une fois que tout le monde est servi, je m’apprête à enfourner une première fourchette dans ma bouche quand la voix stridente de ma cousine résonne :
« Alors ! Par qui commencer le petit tour de table aujourd’hui ? »

Et c’est parti. Je repose mes couverts, sachant pertinemment que le « petit » tour de table ne serait pas si petit que ça. On a donc commencé avec Lucien, informaticien dans une startup très prometteuse, qui ne manque pas de souligner que le poste haut placé de sa magnifique femme devrait, je cite, « être un exemple pour beaucoup d’entreprises où la parité n’est pas de mise ». Inutile de préciser que ce joli discours s’est clôturé par un baiser qui pourrait en rendre jaloux plus d’un.

Vient ensuite le tour de Mélissa, qui, très fière de ses deux progénitures, ne cesse d’énumérer les prouesses de sa fille, virtuose du piano à seulement 6 ans et de son fils, Romain, 8 ans, qui a pu sauter le CE1. Le tout en adressant aux deux petits, d’innombrables regards attendris.

Puis, après Léopaul, en doctorat de psychologie, Cunégonde, experte en linguistique et Marie-Elise, conservatrice dans un grand musée, vient mon tour d’être interrogé.

– Et toi alors ? Comment va ton petit monde, le travail et tout le tralala ? Tu travailles dans quel domaine déjà ? me demande ma tante.
– Hmm, je suis vidéaste amateur.
Devant les regards interloqués de mon assistance, je continue.
– Je fais des vidéos.
– Ahhhh ! Donc tu travailles pour la télé ? Journaliste ? Présentateur ? Monteur ? Ou…
– Non, je poste des vidéos sur Internet. dis-je en coupant Mélissa.
– Oh… Mais, ta femme, elle en pense quoi ? Tu ne veux pas trouver un vrai métier ?
– Je n’ai pas de femme et je trouve mon activité tout à fait respectable. Et toi, sinon, comment se passe ton divorce ?

C’est sur cette douce note amère et légèrement mesquine que la conversation s’achève, et je n’en ressors que plus motivé à m’engager dans la voie que j’ai choisie.

Nouillechan

Le sanguinaire peuple végétarien – VoxPlume

Rémi sauta par dessus un tronc d’arbre et continua sa course dans la forêt, suivi de près par Victor, lui même suivi par une centaine d’humains apparemment très énervés. Victor sentit une flèche siffler près de sa tête et redoubla d’efforts. Il avait envie d’étrangler Rémi.
Celui-ci, pour l’heure, ne pensait qu’à une chose : atteindre la machine, qui prenait en ce genre de moment des allures de saint Graal.Victor, excédé après qu’une deuxième flèche l’ait manqué de peu, hurla à son ami :

« Mais qu’est-ce qui t’as pris de leur proposer de la viande, bon sang ?
-Je pouvais pas savoir qu’ils étaient végétariens !
-Il y avait que de la salade sur leur table, tu t’imaginais quoi ?
-J’ai cru que c’était des décorations !
-Quoi ? Tu te fous de ma gueule ?
-Oh bon ça va, tout le monde peut se tromper !
-Rémi ?
-Quoi ?
-Je te déteste! »

Victor continua sa course en se demandant le nombre de fois où il avait eu ce genre d’échange avec son ami. Une chose était sûre : beaucoup trop.
Enfin, la machine apparut devant eux. C’était une boule grise de la taille d’une maison, avec des hublots noirs de crasse et un paillasson « prière d’essuyer ses pieds » devant la porte.
Rémi se rua vers cette même porte pour échapper à la horde de végétariens. Il entra et se jeta sur le siège des commandes, prêt à faire démarrer l’engin.
Au moment où Victor allait entrer à son tour, une flèche réussit à le toucher à l’épaule. Le jeune homme hurla de douleur et se précipita à l’intérieur de la machine, pendant que Rémi la faisait décoller.

Celle-ci, comme à son habitude, resta sourde à ses directives et partit dans une direction aléatoire. Rémi soupira et s’affala sur le siège. Le seul avantage qu’il avait trouvé au fait que sa machine ne lui obéissait jamais était qu’elle se mettait en pilote automatique pendant le voyage.
Le grognement de douleur de son ami attira son attention.

«Rémi ! La trousse de secours, vite !
-Tout de suite, ne t’inquiète pas Victor, ce n’est pas une blessure trop grave !
-Tu es médecin ?
-Non.
-Alors comment tu peux le savoir ? »

Rémi décida de ne pas répondre, écarta d’un coup de pieds une dizaine d’objets en tous genres et commença à évoluer, non sans difficulté, à travers les tas d’inventions et de souvenirs qu’ils avaient accumulés. Soudain, son regard s’éclaira. Il se précipita vers le bout d’étoffe blanche et reposa, dépité, le parachute en ailes de colombe véritable. Il soupira et continua ses recherches, écartant au passage le dentifrice à paillettes, les masques en polystyrène d’une obscure tribu, la boule à facettes avec option abat-jour et une statuette en pain d’épice, qu’ils avaient oublié de manger et à laquelle personne n’avait osé toucher depuis.

« Note quand même leur particularité, commença Rémi en soulevant une statue de chat fluo, ils sont végétariens et décident donc de ne pas heurter la vie animale mais n’hésitent pas à tuer l’homme.
-Et alors ?
-Et alors, ils ne doivent pas être suffisamment évolués s’ils ne savent pas que l’homme est un animal.
-Si tu le dis…
-C’est vraiment fascinant ! Il faudra que j’écrive un livre là-dessus un jour…
-Tu peux faire vite s’il te plait ! »

Victor grogna et appuya sa main sur sa blessure en grimaçant. Rémi continuait à s’efforcer de trouver la trousse. Son compagnon soupira. Il avait du mal à se souvenir de la première fois qu’il avait vu la machine, à l’époque où elle ne contenait pas des centaines d’objets, où elle paraissait propre, professionnelle, bref, sans danger et où lui, Victor, s’était dit que ce voyage serait très certainement amusant et court. C’est vrai : lorsqu’on voyage à travers les époques, on peut revenir à la seconde d’après son départ ! C’était sans compter sur le « génie » de Rémi et sa fichue machine qui n’en faisait qu’à sa tête. Non content de ne pas savoir les faire revenir, il en était même ravi et passait son temps à étudier les endroits qu’ils découvraient, ce qui tournait généralement très mal. Victor regarda son ami. C’était quand même fou le nombre d’occasions qu’il avait eues de le tuer…

« Et on était à quelle époque là ?, demanda-t-il, Histoire de ne plus jamais y remettre les pieds.
-Aucune idée, faut vraiment que je répare l’horloge temporelle et… C’est bon je l’ai ! »
Rémi courut vers son ami en brandissant la trousse.
« Fais vite… »
Le savant ouvrit la trousse qui s’avéra ne contenir qu’un bonbon à la menthe. Victor leva les yeux sur Rémi.
« Tu ne dis plus rien ? demanda son ami, gêné.
-Je lutte contre l’envie de t’étrangler, c’est pas facile. »

Alice

Allez pourrir en Enfer – VoxPlume

« Va pourrir en Enfer » est une insulte assez courante, mais néanmoins tout à fait stupide. Elle se base sur ce que les humains pensent de l’Enfer, vision faussée par les diverses religions et interprétations. En effet, s’ils faisaient un peu de recherche, ils apprendraient très vite que, premièrement, on ne peut pas pourrir en Enfer, et que, deuxièmement, le terme « Enfer » n’est même pas correct. C’est un dérivé de « ENFR », qui est plus un bureau d’administration de la Mort qu’un incendie de souffrances éternelles.

ENFR, ou Établissement Naturel de Fin Radicale, est responsable, principalement, des décès (des humains). L’ENFR est constitué de plusieurs parties, et la plupart des employés sont, soit des défunts, soit ce que les humains appellent souvent « Anges » ou « Démons » (encore une déformation, car en réalité, il n’y a pas de rôle attitré et la limite entre les deux est très floue).
La seule chose un tant soit peu intéressante dans l’ENFR, doit être les Archives. Les Archives sont une longue liste, répertoriant tous les êtres humains qui ont existé, qui existent, et qui existeront. Chacun de leur nom (ou dénomination quelconque) est accompagné de la date de naissance, et de la date de décès. Tout est écrit à l’avance, pour des raisons bien plus pratiques que mystiques.

Mais il existe des anomalies : de véritables casse-têtes pour les fonctionnaires. Certains humains changent de dates de décès à fréquence irrégulière. Ce n’est à priori pas possible, et tout à fait agaçant, si ce n’est catastrophique. Pour régler le problème, l’ENFR a mis en place un système qui consiste à faire mourir ces Anomalies à leur date de mort initialement prévue. L’Établissement envoie donc des Gardiens de la Vie, profession peu prisée car elle ne garantit pas du tout la stabilité de l’emploi.

Chaque Anomalie se voit donc attribuer un Gardien, terme souvent modifié en « Ange Gardien », ou « Poltergeist », ou encore « Démon possesseur » (on n’a pas toujours de la chance).
Les Gardiens sont invisibles aux yeux des mortels, mais les Anomalies peuvent sentir leur présence, d’une façon ou d’une autre. Cela influence souvent l’humain, le poussant à la paranoïa, le spiritisme, la dépression et parfois la folie.

Du côté des Gardiens, ce n’est pas mieux. Ils sont chargés de protéger l’Anomalie jusqu’à la date fatidique, ce qui se révèle une tâche bien plus ardue que ça en a l’air, car le monde entier semble s’obstiner à vouloir les tuer quand il ne faut pas. De plus, les Gardiens finissent souvent par s’attacher à leur humain, alors que celui-ci est condamné à mourir (de temps en temps, le Gardien est même obligé de tuer l’Anomalie lui-même).

Pour toutes ces raisons évidentes, le poste de Gardien de Vie est assez détesté. De plus, il est compliqué d’y accéder. Il faut faire de longues études à l’Académie PARADI (Profession dans l’Apprentissage et la Recherche Académique sur le Décès Irrégulier ; et oui, ces acronymes sont longs et inutiles).
Et tout cela pose un problème, un énorme problème. Le nombre d’Anomalies par siècle est en train de monter très clairement. Ce genre de choses est toujours très compliqué et les fonctionnaires ne savent plus vraiment comment réagir, surtout que, en même temps, le nombre de Gardien de Vie descend.

L’ENFR tente des recherches sur la cause de ces anomalies, mais elles ne sont pour l’instant pas très fructueuses. Genre, du tout.
Une autre réforme de l’ENFR a été d’essayer de recruter dans le monde des vivants. Une entreprise compliqué, et qui veut dire changer tout le fonctionnement de la compagnie. Certains s’insurgent, d’autres démissionnent, d’autres sont ravis, la plupart ne se prononcent pas.

En tout cas, l’ENFR recrute généralement à la fin de la retraite, mais si vous êtes vraiment motivés, il y a toujours un autre moyen…
On vous promet que vous ne pouvez pas pourrir dans l’ENFR.

Cupcake Nie

Hors champ – VoxPlume

« Kévin est parti hier, c’tait bien obligé, je sentais bien qu’il y avait une anguille sous sa botte de foin lui. Puis il était pas terrible franchement. Oui j’adm… j’avoue, j’suis sortie avec mais… oui en fait j’avoue il me manque beaucoup ce con! »
Sur le fauteuil rose bonbon du parloir, Sonia sort un petit mouchoir rose de sa poche et essuie les grosses larmes qui font couler tout son mascara.
– Coupez! Merci Sonia, tu peux rejoindre les autres.
Le visage de la demoiselle s’illumine tandis qu’elle repart d’une pas léger rejoindre Diane dans le salon, sa meilleure amie dans l’émission.

« Alors ça s’est bien passé? lui lance cette dernière en s’assurant que la petite caméra est bien éteinte.
– J’ai honte, j’ai failli dire un mot trop compliqué à un moment donné, mais je me suis rattrapée, heureusement!
– Oh là là! C’est bien que tu aies pu te retenir à temps, il aurait fallu reprendre toute la prise depuis le début sinon… mais bon pour une comédienne de talent comme toi, pleurer sur commande ça doit être facile ! »
Sonia n’a pas le temps de répondre qu’un jeune homme basané entre dans le salon en répétant:

« Si j’AURAIS! Si j’aurais, si j’aurais, si j’aurais…
– Ahaha mon pauvre Alex, toi non plus tu n’arrives pas à t’y faire… lui lance facétieusement Diane.
– Bon mes petites nouilles, leur crie soudain le producteur en entrant dans la pièce, la prochaine fois que la caméra s’allume, j’aimerais bien que vous me fassiez une petite dispute, entre Sonia et Diane par exemple. L’audimat d’hier soir n’était pas terrible, je suis sûr qu’un peu d’eau dans le gaz ravivera la flamme des téléspectateurs.
Les deux jeunes filles soupirent mais s’échangent un hochement de tête entendu. Si ça peut leur permettre de rester quelques jours de plus, elles veulent bien faire cet effort. Elles n’ont pas le temps de préparer leurs répliques qu’un autre locataire vêtu d’une doudoune grise vient émettre une plainte :
– C’est terminé boss, j’arrête de jouer le beau mec sans cervelle. Je demande à quitter les lieux d’ici ce soir, ou sinon je fais grève de piscine durant toute la durée de la prochaine émission et je porterai en prime cette doudoune ridicule, même s’il fait 35° dehors.

– Bon sang Jean-Philippe fais pas l’con ! On va perdre deux tiers de notre audimat ! C’était bien noté dans le contrat que tu devais montrer tes abdos au moins 20 minutes par émission !
– Ouais ben merde le contrat hein et puis appelez-moi par mon vrai nom déjà. Figurez-vous que j’ai pas fait la fac de droit pour finir adulé par des décérébrées et moqué par les intellectuels.
– Fallait y penser avant de s’inscrire au casting Jean-Ph…euh.. Matthieu.
– Trouvez un autre type en difficulté pour jouer les zouzous et parler comme un steak haché, moi je retourne voir l’extérieur.
– C’est vrai, répond son acolyte d’un air dépité, quand je pense que je suis sorti premier de ma promo en littérature médiévale et que j’ai eu mention très bien au bac L, ça me désole de voir où j’ai atterri. Si j’aurais su… NON… si J’AVAIS su ce qui m’attendait, je ne serais pas venu, c’est de l’abus de faiblesse ! »

Sonia et Diane se regardèrent car elles n’étaient pas vraiment mieux loties: Sonia était une comédienne qui avait de la peine à percer dans le théâtre et Diane une jeune et très compétente informaticienne contrainte, par souci de sexisme dans son entreprise, de démissionner. Leur seul espoir pour gagner quelques sous, comme tout le monde dans le Castle : participer à une émission de télé-réalité.

« Bon bon mes petites nouilles, reprit le producteur embarrassé, si je vous promets un plus grand cachet lorsque l’émission sera finie ?
– Avec une garantie de carrière dans les domaines dans lesquels nous sommes compétents ?
– D’accord, souffla le producteur en pâlissant.
– Et avec un relooking à notre sortie ? Avec embauche de sosies comédiens pour l’après-Castle comme ça se fait parfois pour occuper les médias ?
– Vous êtes fous ! ça va me coûter une fortune !
– C’est ça où vous perdez vos candidats. Choisissez monsieur.

L’homme d’affaire pesa rapidement le pour et le contre, avant de céder aux demandes avancées par les jeunes locataires du Castle. Un large sourire se dessina sur chaque visage.
– Rallumez les caméras les mecs, on tourne dans 10 secondes, lança le producteur en s’éloignant d’un pas chancelant.
Jean-Philippe fit valdinguer sa doudoune hors champ, tandis que Sonia commença, au signal, d’un ton énervé sous les rires nourris imaginaires des téléspectateurs qu’elle devinait :
– Non mais merde Diane t’as vraiment pas inventé le fil à couper l’eau chaude ! »

JellyBell