Roulette Mortelle – VoxPlume

Le bureau n’était pas ouvert qu’une file d’attente se formait déjà jusqu’à ses murs extérieurs. Chacun avait en main son carton prêt à être rempli par les responsables, qui tardaient un peu à arriver. Alors que la grogne commençait à monter, l’un d’eux se montra enfin et ouvrit rapidement la porte avec un regard noir pour ceux qui râlaient un peu trop à son goût. Il prit le temps de s’installer à son bureau avant d’appeler le premier arrivé. Les formalités administratives et renseignements sur les marches à suivre s’accumulaient comme tous les jours, jusqu’à ce que quelqu’un arrive devant le responsable sans carton.

« Ah non, vous allez pas commencer à m’emmerder, hein ! Si vous n’avez pas votre document, c’est dehors tout de suite ! Allez, filez, que je passe au suivant !
— J’ai un autre genre de document, dit alors l’homme devant lui sans manifester la moindre émotion et en posant une petite carte sur le guichet.
Le responsable se tut en voyant la carte et appuya sur un bouton caché sous le guichet. Celui-ci ouvrit une porte cachée dans le mur du fond que le guichetier indiqua d’un coup de tête à l’homme. Il la referma ensuite et reprit ses activités, avant de s’engouffrer à son tour dans la porte cachée environ vingt minutes plus tard.
À l’intérieur se trouvaient plusieurs hommes et femmes face à une grande table de roulette, comportant diverses mentions de catastrophes. Le guichetier s’approcha de l’extrémité de la table et se mit à parler.

— Mesdames et messieurs, ce n’est pas parce que nous sommes morts que nous ne pouvons pas nous amuser et nous enrichir. Ou tout perdre. À votre avis, par quel biais nous rejoindront les vingt prochains arrivants ? Faites vos jeux !
L’effervescence s’empara de la table. Chacun plaça sa mise et attendit fébrilement que la roue se mette à tourner. Un petit sourire apparut sur le visage du guichetier devenu croupier quand il lança la bille.
— N’oubliez pas que vous pourrez toujours avoir plus de chance la semaine prochaine. C’est la beauté de la mort, elle ne s’arrête jamais. N’oubliez jamais, la mort n’est ni une fin, ni un début. Seulement un pari permanent pour ceux qui veulent bien l’accepter. »

Anthony


Annonces Google

La vraie vie de l’Internet – VoxPlume

Ma journée est presque terminée. Je vais pouvoir rentrer chez moi, siroter mon bol de soupe tranquillement, et vaquer à mes occupations. Je suis ce qu’on appelle chez nous un « travailleur de l’ombre ». Dit comme ça, ça peut paraître sympathique, mais sincèrement, vivement la retraite. Je travaille pour une société de courrier électronique, mon job consiste essentiellement à relever le message écrit par une tierce personne, qu’on appelle généralement « serveur », et à l’apporter et à le retranscrire à l’identique au destinataire, appelé « receveur ».

En soi, ce métier n’est pas très difficile. Il est vrai que la rapidité est un atout, mais maintenant, avec la fibre et l’effervescence des réseaux à haut débit, les voyages sont grandement facilités. Et puis, honnêtement, je n’ai rien à envier à mes collègues du service des messageries instantanées. Car certes, les progrès technologiques apportent une aide conséquente pour ce qui est des déplacements, toutefois, les nombreux allers-retours du serveur au receveur, les demi-tours à mi-chemin parce que un tel a omis un mot ou ne serait-ce qu’un smiley et se sent obligé de l’envoyer tout de même, représentent une grande source de fatigue et de lassitude.

Mais outre la rapidité que nous nous devons de garantir à chaque expédition de message, ce qui reste la contrainte majeure est le contenu des messages. Car nous, les « Posters de l’Internet » (oui, c’est sérieusement comme ça qu’on nous nomme… J’avais voté pour « Cyber-Postiers », mais la majorité en a décidé autrement…), devons apprendre absolument chaque message envoyé. Chaque mot, chaque lettre sans exception. Donc oui, pour de petits messages courts du style, demande de nouvelles à un ami malade, ça peut aller. Mais quand cet ami répond un pavé, qu’il rentre dans les détails sans omettre la couleur de ce qu’il crache, on en a rapidement marre.

Peu importe. J’imagine que je ne suis pas trop à plaindre, en postulant dans ce domaine, j’aurais facilement pu me retrouver au service des sites de rencontres. Un ami qui s’y trouve me raconte souvent les phrases clichées qu’il peut transmettre en matière de flirt en ligne. Et ce n’est pas le pire, à ce qu’il me dit.

Toujours est-il que je m’apprête à transmettre le dernier message de la soirée avant de céder ma place à l’équipe de nuit. Oh, tiens, encore un… Je vous laisse le titre, le travail m’appelle.
« Envie de te faire de l’argent facile ? Tout est expliqué dans cette méthode ! »

Nouillechan

Voyage, voyage – VoxPlume

Un bureau immaculé, deux armoires parfaitement lustrées et une demi douzaine de posters de voyage accrochés aux murs, voilà à quoi pouvait se résumer la pièce dans laquelle était assis le patron de l’agence de voyages « Transdimtrip ». Accueillir les gens dans un lieu absolument impeccable était, selon lui, le meilleur moyen de faire en sorte qu’ils achètent, quand ils en avaient les moyens, ce qui se fait de mieux et, donc, de plus cher. Toujours d’après lui, l’autre point crucial pour réussir dans son domaine d’activités était de proposer un catalogue complet et qui se renouvelle sans cesse. De ce fait, il réfléchissait à de nouvelles possibilités d’excursions afin de rester le voyagiste le plus original sur Terre et ailleurs. C’est à ce moment précis que quelqu’un frappa à la porte. Il s’agissait de Melvina, sa secrétaire.

« Monsieur ?
– Oui ?
– Monsieur Curwen vient tout juste d’appeler. Il passera vers 18h30 pour vous remettre le bilan comptable.
– Très bien. Autre chose ?
– Oui. Votre rendez-vous de 17h est en avance.
– Parfait. Faites-le entrer.»

Melvina s’exécuta. Le rendez-vous en question était un petit homme rondouillard qui semblait peu sûr de lui. Le directeur de « Transdimtrip » engagea la conversation tout en le faisant s’asseoir :

« Bonjour monsieur. Comment allez-vous ?
– Très bien et vous ?
– Je me porte à merveille. Alors, avez-vous fait votre choix ?
– Non, pas encore… Il faut dire que votre catalogue est extrêmement bien fourni. De plus, je dois vous avouer que j’ai du mal à saisir comment tout cela peut fonctionner.
– Je peux comprendre, qu’en tant que néophyte, vous ayez des doutes sur ce qui est écrit et que vous préféreriez assister à une démonstration. Est-ce que je me trompe ?
– Pas du tout. Vous avez parfaitement raison.
– Eh bien, cher client, suivez-moi ! »

À peine avait-il prononcé ces mots qu’il se leva d’un bond de sa chaise et sortit d’un pas assuré de l’agence afin de rejoindre un escalier. Celui-ci menait vers un parking souterrain. Pourtant, et même si cela était sa fonction première, aucune voiture n’y était garée. De plus, on pouvait distinguer quelque chose d’écrit sur chaque place. Il pouvait s’agir d’un lieu, d’une époque, de noms étranges et imprononçables. Parfois, ces inscriptions étaient écrites dans une langue que seuls des êtres oubliés depuis fort longtemps pouvaient déchiffrer et comprendre.

« Bon ! Qu’est-ce qui vous tente ? Voyage dans le temps, l’espace ou, bien, les deux à la fois ? À moins que vous ne préféreriez carrément changer de dimension ?
– Difficile à dire… Si j’ai bien compris, il me suffit de marcher sur l’un des emplacements et je me retrouve à l’endroit ou la date indiquée.
– C’est ça ! »

Il le prit par le col et le poussa vers un emplacement où on pouvait lire Tokyo. Dans la seconde qui suivit, le petit homme se retrouva transporté au milieu de la capitale nippone avant de revenir dans le lieu où il se tenait l’instant d’avant.

« Prodigieux, n’est-il pas ?
– Il est vrai ! Avec vous, le monde…que dis-je ? l’univers me tend les bras ! Peu importe le lieu, la date ou le plan dimensionnel, je peux aller où je veux.
– Enfin bon, avec votre budget, n’espérez rien de trop extravagant.
– Il est vrai que certains voyages ne sont pas donnés. D’ailleurs, c’est quoi, au fond, là-bas ? Je ne vois aucunes indications sur les destinations ou sur les prix…
– C’est rien de bien intéressant. Pour en revenir à votre projet de vacances, je suis sûr qu’on peut vous concocter quelque chose de très sympa avec pas grand chose. Suivez-moi.

Alors qu’il présentait les différents séjours que son client pouvait s’offrir, il ne se rendit pas compte qu’il ne le suivait pas. Ce n’est qu’au bout d’un quart d’heure qu’il s’aperçut de sa disparition. Il commença à regarder dans tout le parking transdimensionnel avant de se rendre dans son bureau où il fut rejoint par sa secrétaire qui tenait un téléphone.

« Monsieur…
– Pas maintenant Melvina, vous voyez bien que je suis occupé !
– Monsieur Nyarlathotep, il y a quelqu’un qui veut vous parler. »

Elle l’avait appelé par son vrai nom, cela ne pouvait signifier qu’une chose.

« Qui est-ce ?
– Monsieur Cthulhu et il a l’air de très mauvaise humeur.
– Passez-le moi. »

Elle lui tendit le combiné. Il savait qu’il ne craignait rien. Pour autant, cela n’empêchait pas le fait qu’il détestait se prendre la tête avec son auguste confrère.

« Allô Cthulhu, ça fait un bail mon vieux !
– …
– Comment te portes-tu ?
– …
– T’es fâché ?
– …
– Ah…c’est à ce point ?
– Oui, c’est à ce point ! Écoute Nyarlathotep, je commence à en avoir sérieusement ras les tentacules de voir débarquer les cloportes qui te servent de clients dans mon salon ! Déplace tes foutus portails personnels et fous-les ailleurs que sur ton lieu de travail ! Je vais finir par avoir Nodens sur le dos avec tes conneries ! Je te rappelle qu’il te surveille H24 et, qu’à force de voir certains de tes clients passer par chez moi, il va finir par croire que je trempe dans tes combines de tour-opérateur transdimensionnel !!!
– Okay ! Okay ! Je m’en occupe de suite. Et pour mon client ?
– Quoi, ton client ?!
– Ben, t’en as fait quoi ?
– Je l’ai renvoyé dans le parking d’où il venait. Je te rassure de suite, il est physiquement intact. Par contre, je ne garantis rien quant à son état mental. Et pour la dernière fois, déplace ces fichus portails dans un endroit plus sûr ! »

Nyarlathotep retourna au parking souterrain et ne trouva personne. Cthulhu avait raccroché entre temps en lui répétant qu’il allait finir par s’attirer des embrouilles. Il se dit, qu’après une telle frayeur, son client était sûrement retourné chez lui et il décida d’en faire de même afin de réfléchir à tout ça, à tête reposée. Alors qu’il remontait les escaliers, il croisa sa secrétaire. Elle semblait bien pâle.

« Monsieur, il y a quelqu’un pour vous au téléphone.
– Qui ça ?
– Il s’agit de Monsieur Azathoth. Il est furieux. Il voudrait savoir de un, ce que c’est que ces histoires de tourisme interdimensionnel et, de deux, depuis quand vous laissez les humains entrer chez lui comme on entre dans un moulin.
– Décidément, faut vraiment que je pense à déplacer ces portails… »

Mickaël

Y a-t-il de la vie sur Mars ? – VoxPlume

Nous sommes mardi 13 septembre 2045, il est 16h47 et je suis tout seul à bord d’un œuf métallique, volant à travers l’espace intersidéral. Je sais que cette description paraît un peu grotesque, mais je n’ai pas d’autres mots pour définir cette espèce de chose ronde qui flotte et dans laquelle je suis installé. Comment je me suis retrouvé là à me plaindre me direz-vous ? Eh bien j’ai simplement répondu à une annonce postée par la NASA elle-même qui disait à peu près ceci : « Cherchons jeune h/f, entre 20 et 30 ans, en bonne santé, solitaire, pour mission spéciale rémunérée, séjour grand luxe tous frais payés»

Les seules conditions étaient de ne pas être claustrophobe, ni à tendance dépressive ou suicidaire et de ne pas être dérangé par la solitude. En tant que jeune étudiant vivant dans un petit studio miteux sans eau chaude et sans réelle vie sociale, cette annonce tombait à pic. Ni une ni deux, je me suis présenté, ai passé les tests et j’ai été pris.

Alors certes l’ovule volant dans lequel je suis tient toutes ses promesses en matière de luxe (baignoire à jets, canapé en cuir, chauffage…) néanmoins les interactions sociales me manquent un peu. Mais le fait de partir pour une mission pareille à plusieurs pouvait potentiellement créer une psychose et déclencher un comportement meurtrier. Le seul compagnon que j’ai pu avoir après avoir quémandé chat, rat, poisson, iguane, fourmi, c’est un cafard génétiquement modifié et théoriquement immortel appelé Todd. C’était soit lui, soit un moustique qui aurait, selon des tests très sérieux, potentiellement réveillé en moi un comportement meurtrier (ce qui ne m’étonnait pas). Todd semblait donc être le compagnon idéal pour ce voyage de longue haleine vers Mars, sûrement pour y découvrir des traces de vie.

Et il se trouve que c’est aujourd’hui même le terme de notre voyage. Ne restaient que quelques minutes avant que je n’atterrisse sur la petite planète rouge. Tandis que j’enfilais ma combinaison spéciale et mettais Todd dans sa petite bulle de protection, la boule métallique se posa délicatement sur le sol poussiéreux et s’ouvrit comme une fleur pour me laisser admirer le paysage. Après quelques minutes de contemplation, un message de la base résonna dans mon casque.

« Alors ce voyage, pas trop fatigué ? Bon on va aller droit au but ! couina mon interlocuteur, impatient. C’est comment ?
– Rouge.
– Super ! Dis-moi, est-ce que tu vois une forme étrange en face de toi ? En forme de poignée de porte ? »
C’était un peu surprenant, mais je voyais justement sous mes yeux une forme à peu près semblable à celle d’une poignée, alors j’acquiesçai.
« Bien, approche-toi et donne un bon coup de pied dedans.
– C’est une blague ?
– C’est très sérieux, pense à la mission.
Je m’exécutai sans grand enthousiasme. La forme se détacha du bloc rocheux sur lequel elle était posée et alla voler plus loin dans un nuage de poussière.
– C’est un bête caillou. répondis-je un peu déçu.
– Un mystère en moins les mecs ! La poignée de porte de Mars est un caillou ! brailla mon interlocuteur à ses collègues qui clamèrent leur joie en chœur.
– Vous plaisantez ? C’est juste pour ça que vous m’avez envoyé sur Mars? Vous n’auriez pas pu envoyer un stupide robot ou je ne sais quoi d’autre?

Mais visiblement euphoriques, les techniciens n’étaient pas d’humeur à répondre. Un peu sur les nerfs, je retournai dans la navette et m’assis aux commandes.
– Bon les gars sans rire, je fais comment pour décoller ?
– Il y a un bouton jaune sur le tableau de commande normalement. répondit le mécano qui se ressaisissait de ses émotions.
Je cherchai frénétiquement le bouton des yeux sans succès, je répondis par la négative.
– Merde Antoine je t’avais dit de rajouter le bouton jaune depuis la dernière fois. jura le technicien.
– Attendez, vous avez pas été foutus de juste poser un bouton « demi-tour » ? Vous êtes la Nasa les mecs !
– Ben écoute on peut pas penser à tout, l’erreur est humaine comme on dit. Profites-en pour visiter un peu, c’est pas tous les jours qu’on peut se balader sur Mars. Et prépare-toi à ce que ça coupe par manque de batterie, la navette ne se recharge que lorsqu’elle vole. Ne t’inquiète pas, on prévoit déjà un autre voyage vers Mars, on leur dira d’aller te chercher par la même occasion.
– Génial. Je vous remercie pas. »

La communication se coupa.
Seul sur Mars avec un cafard pour unique compagnon. Quel pied. Je retrouvai l’endroit où j’avais shooté mon petit caillou et écrasa le socle rocheux d’un coup de pied ferme, par dépit. Après tout c’était de sa faute si j’étais dans ce bourbier.
A mon grand étonnement un bruit métallique résonna longuement et une trappe s’ouvrit dans la poussière, laissant deviner un autre astronaute.
« ça alors ! Vous êtes venu me chercher c’est ça ? s’écria une voix féminine, avant de remarquer ma soucoupe en panne.
– Ah merde, vous vous êtes fait avoir aussi en fait. rectifia-t-elle après un silence.
– C’est ça…
– Quel bande de bras cassés.
– Je vous le fais pas dire.
– Eh bien. Restez pas là. Entrez. J’ai fait des pommes de terre pour le repas, j’espère que vous aimez ça ! »
Donc à ce grand mystère « Y a-t-il de la vie sur Mars ? » je réponds que oui. Mais qu’elle aimerait bien revenir sur Terre.

JellyBell

Les emmerdes – VoxPlume

« Depuis que je suis tout petit, les emmerdes, c’est pour moi. Je ne me pose même plus la question. Avant, j’essayais de les fuir mais maintenant, je laisse venir, je suis habitué. Tout ce que je veux, c’est ne pas filer mon « don » à ma petite sœur.
Bref, je rentrais chez moi ce soir-là, la tête bien remplie de toutes les emmerdes de la journée, prêt à les raconter à la petite pour qu’elle dresse ma liste quotidienne. C’est son grand jeu du soir. Et là je tombe sur elle. Un femme, la vingtaine, blonde, à moitié nue et torchée comme c’est pas permis. Elle était minable, là comme ça, devant moi, assise par terre à chantonner. D’habitude je m’arrête pas devant ce genre de gens mais là, j’ai senti l’emmerde approcher. Alors je me suis arrêté, docilement. Faut toujours obéir aux emmerdes.

La fille me regarde et sourit:
« Vous vous appelez comment ? demande-t-elle.
-Arman.
-Bonjour Arman.
-Bonjour. Dites, vous allez bien ?
-Moi je suis dame nature.
-Ok, très bien, vous êtes dame nature. Sinon, vous avez pas un membre de votre famille ou un ami pour que je l’appelle ?
-Tu me crois pas, hein ? »

Elle se lève et manque de tomber sur moi. Je la rattrape, j’essaie de la stabiliser un minimum. Elle me sourit encore et esquisse quelques pas seule.
« Je vais te montrer, tu vas voir, crie-t-elle en éclatant de rire. »
Un arbre apparaît devant moi. Puis un autre, et encore un autre, jusqu’à ce que la rue devienne une forêt gigantesque. Je regarde mes pieds, les pavés se sont changés en herbes folles. La fille s’est mise à danser autour des arbres. Elle continue de les faire grandir. J’avais jamais vu ça, c’était dingue.
Puis, d’un seul coup, elle s’effondre et elle vomit. Les arbres se flétrissent, le gris prend la place du vert et il ne reste plus que Dame nature, qui pour l’heure vomit ses tripes.
Je me dis ça souvent, c’est vrai, mais ce coup-ci, l’emmerde, elle m’avait pas raté. Soyons bien clair. Si vous vous trouviez devant une jeune fille bourrée qui se trouve être la Vie, osez me dire que vous partiriez sans elle. C’est la Vie tout de même. C’est à cause d’elle qu’on est sur Terre, j’allais pas la laisser sur le bord du trottoir en train de vomir. C’aurait été dégradant. Il fallait bien l’emmener quelque part, cette pauvre fille, le temps qu’elle cuve son vin.

Arrivés à la maison, je l’ai laissée dans mon lit et j’ai rejoint Justine, ma sœur. Elle m’a interrogé et je lui ai fait le signe de « nouvelle-emmerde-mieux-vaut-ne-pas-en-parler ». Elle a plus rien dit. C’est ça qu’est bien avec elle, elle comprend tout.
« Et du coup, elle est restée combien de temps chez vous ?
-Environ un an. Faut la comprendre en même temps, c’était pas sa faute : Au bout d’un moment, faut plus s’étonner quand les gens craquent. Vous imaginez le truc ? Ca fait des millénaires qu’elle arrange bien ses petites affaires, qu’elle fait naitre les bébés, qu’elle s’occupe des plantes et des animaux, tout ça sans discernement, sans jamais s’agacer, avec pour tous l’amour d’une mère. Elle les tue aussi, parfois, mais c’est pour créer la vie par-dessus. Et voilà que les Hommes commencent à foutre la merde. Et les voilà qui se tuent entre eux, qui polluent, qui dépriment, qui détruisent tout, leur corps, leur planète, bref qui font les Hommes quoi. Alors là, la pauvre fille, elle fait ce qu’elle peut pour les remettre sur le droit chemin. Mais non, ils vont quand même pas l’écouter, hein ?Alors elle a tenu longtemps avec eux, et puis, le soir où je l’ai trouvée, elle en a eu marre et a décidé d’oublier toutes ses emmerdes.

-En buvant.
-En se filant la plus grosse cuite de l’histoire, oui ! Je te rappelle qu’on parle quand même d’une fille immortelle. Je suis retourné dans le bar où elle était allée, ils étaient en rupture de stock.
-C’est dingue, siffla un badaud.
-Ca c’est sûr. Pauvre fille, quand même, je me sens coupable, soupira un autre en finissant son verre.
-Moi aussi.
-Et du coup, qu’est-ce qu’elle est devenue ?
-Elle est rentrée chez elle, gonflée à bloc !
-Et c’est tout, vous en êtes restés là ? Je m’attendais à une histoire d’amour moi, grommela un autre.
-Tu rigoles j’espère ? Avec toutes les emmerdes que je me tape, si en plus je les avais combinées aux siennes, on n’en serait jamais sorti ! éclata de rire Arman. »

Alice

Le problème de la timidité dans le milieu du travail… – VoxPlume

Robert Keller passa une main fatiguée sur son visage. Ses yeux relisaient encore et encore la même ligne du document, sans pour autant la comprendre. Finalement, il posa la feuille, s’avouant vaincu. Son regard las passa sur l’intégralité de son bureau inhabituel. Des tubes remplis de liquide étranges se tenaient en équilibre précaire en haut de ses étagères empilées les unes sur les autres. Le portrait au-dessus de la porte clignait occasionnellement des yeux. La fenêtre ne donnait pas vue sur l’extérieur, mais sur un mouvement coloré et indiscernable.

Les yeux de M. Keller aperçurent une forme derrière la porte entre-ouverte. Il soupira, et se força un sourire.
– Entre, Philip. Ne sois pas timide.
Le garçon rougit, puis, hésitant, entra dans le bureau de son supérieur. Ses yeux verts scannèrent rapidement la pièce, voulant regarder tout sauf l’homme qui lui souriait. Il joua distraitement avec une mèche de ses cheveux, fixa ses pieds, se mordit les lèvres, puis s’approcha finalement du bureau et s’installa sur la chaise en face.
Robert, tout accueillant, mit ses mains en cloche et regarda Philip par derrière ses doigts. Il savait à quel point le garçon était timide, et voulut prendre soin de ne pas le brusquer. Cependant, sa patience avait ses limites, et de plus il était fatigué. Il était conscient qu’il pouvait éventuellement déborder.

– Alors, Philip, dit-il en essayant de ne pas faire transparaître son agacement face au mutisme du jeune homme. Que veux-tu ?
– J’ai… J’ai les documents, Monsieur.
– Quels documents ? soupira Keller.
Philip se tordit sur sa chaise et tendit le dossier à Robert, la lèvre tremblante.
– Les documents sur le meurtre de Howey, Monsieur, bégaya-t-il.
M. Keller lui adressa un mince sourire avant de prendre le dossier et de l’ouvrir soigneusement. Ses yeux suivirent les lignes tandis que son cerveau imprimait les mots, les marquait au fer rouge dans son esprit. Il lança un regard à Philip, puis reprit sa lecture, l’air grave.

Le jeune homme sentait ses oreilles devenir brûlantes. Il n’osait partir, de peur que Keller ait encore besoin de lui. Mais en même temps, il avait un rendez-vous avec McConnell quelques minutes plus tard, et il ne voulait pas arriver en retard. Évidemment, il n’oserait jamais le dire à Robert.
Des fois, Philip se désespérait lui-même de sa timidité. Il se trouvait pathétique.

– Philip.
La voix de son supérieur le fit sursauter.
– C’est Dayne qui a fait cette enquête ? demanda Keller en jetant un coup d’œil au portrait au-dessus de la porte.
– Oui, Monsieur, répondit Philip, sa voix allant un peu plus dans les aiguës que prévu.
– Ce gamin est doué. Trop doué pour son propre bien.
Robert se remit à lire, ses yeux passant frénétiquement d’une phrase à l’autre. La commissure de ses lèvres remuait légèrement, ses paupières frémissaient. Ses doigts se crispèrent sur le papier blanc des documents.
– Tu as lu ce dossier, Philip ? demanda-t-il.
– Évidemment, Monsieur, répondit celui-ci, rougissant. Il fallait bien.
– Il fallait bien, soupira Keller. Comme c’est dommage.
– Pardon ?

L’homme se leva lentement, et avec flegme, agita la main en direction du portrait. Celui-ci ferma les yeux, et la porte se ferma dans un claquement. Philip, ne comprenant pas, passa son regard de la porte à son supérieur qui fouillait dans le tiroir de son bureau.
– Je t’aime bien, dit Keller tristement. Mais Dayne comprend bien. Et tu en sais trop.
Philip se leva d’un coup, et, avec la vitesse qu’il avait appris à atteindre pendant ses entraînements, courut vers la porte.
Il ne fut pas assez rapide. La balle de revolver traversa sa tête avec une facilité crasse.

Cupcake Nie

Trente ans plus tard… – VoxPlume

« Enfin. Je l’ai enfin terminée. Mon œuvre sur laquelle je travaille depuis plus de huit ans, jour et nuit. Nuits blanches, repas sautés, isolation, j’ai dû faire bien des sacrifices pour parvenir à ce résultat. J’ai perdu bon nombre de mes affaires dans des tests, plusieurs animaux y ont également perdu la vie, mais aujourd’hui est la preuve que tous ces efforts n’auront pas été vains. Chers amis, la date du 21 octobre 2015 est à marquer d’une pierre blanche !
Après avoir envoyé mon compagnon de toujours pour le test décisif, je dois avouer que la tension était palpable.

L’idée même que Newton, ce vieux félin qui m’a soutenu dans les moments les plus difficiles, puisse ne pas revenir m’avait fait longuement hésiter à l’envoyer dans le futur. Mais suite aux réussites successives de l’envoi de deux oiseaux puis de mon poisson rouge, je m’étais enfin décidé à envoyer mon chat. Inutile de préciser le soulagement et l’immense joie de le voir arriver, cinq minutes plus tard, dans mon petit véhicule méticuleusement modifié par mes soins.

Ma vieille Simca-Chrysler que j’avais soigneusement entretenue pendant plus de vingt ans est aujourd’hui devenue l’objet de ce qui est sûrement l’une des plus grandes découvertes scientifiques de la décennie, que dis-je, peut-être même du siècle ! Les provisions sont en place, le convecteur est rechargé et la route est totalement déserte. Il est temps de commencer.

Je m’apprête actuellement à pénétrer dans la machine. Je suis désormais paré à voir ce que l’avenir nous réserve, en espérant, bien évidemment, que notre Terre soit encore vivable d’ici plusieurs années… Par précaution et pour des raisons scientifiques, il m’est impossible d’emporter ce carnet avec moi. Je ferai un compte rendu de mon voyage dès mon retour à cette époque. L’expérience devrait durer quelques semaines, mais je serai de retour dans seulement quelques jours à compter d’aujourd’hui.
Sur ce, l’heure est venue.

Date : 21/10/15
Heure : 7h 28
Température : 9°C
Taux d’humidité : 38% »

« Et il a réussi?
– Je sais pas, les pages d’après sont blanches…
– Tu crois qu’il est mort ?
– Possible… C’est con, la première machine fonctionnelle a été créée y’a trente ans, seulement deux ans après son départ. Bah, tant pis, continuons à chercher, j’ai faim moi.»
Les deux garçons reposèrent le carnet dans son trou et continuèrent à creuser un peu plus loin.

Nouillechan

Questions-réponses – VoxPlume

L’ascenseur s’arrêta net. Les trois passagers se regardèrent en soupirant, espérant encore voir repartir la nacelle. Ils se rendirent rapidement à l’évidence : ils étaient bloqués.
L’homme soupira et appuya sur la sonnette d’alarme. Après quelques minutes d’attente, une voix leur répondit :
« Oui allô ? crachota la voix.
-Bonjour monsieur, on est…
-Coincés dans l’ascenseur, je m’en doute.
-Vous pouvez nous décoincer ?
-Ca risque de prendre un peu de temps. »

La voix coupa la transmission. Les trois passagers se regardèrent, gênés. La femme âgée se laissa tomber sur le sol et s’accouda au mur. L’autre femme la suivit presque immédiatement. L’homme resta debout.
« Je crois qu’on en a pour un bon bout de temps. déclara-t-il. »
Les deux femmes lui adressèrent un sourire poli. Le silence se fit dans la petite nacelle. L’homme passait d’un pied à l’autre, bougeant sans cesse. Il était très mal à l’aise. La femme âgée avait sorti une lettre de sa poche et la relisait avec attention. L’autre femme ne faisait rien.

L’homme déclara :
« Si on faisait un jeu ? »
Les deux femmes le regardèrent de nouveau, incrédules.
« Mais si, renchérit-il, ça nous ferait passer le temps ! On pourrait jouer aux questions-réponses. On pose une question, et les autres doivent répondre.
-C’est pas un jeu… grommela la femme.
-Mais si, vous allez voir, ça va être très drôle ! Je commence. Il faut dire la vérité, hein. Qu’êtes-vous venues faire ici ?
-C’est original…
-Oh, jouez le jeu un peu !
-Bon, grommela la femme, j’avais rendez-vous chez une amie. Et vous ?
-Oh, moi c’est tout simple, j’habite dans l’immeuble, je rentrais chez moi. Et vous madame ?
-C’est tout simple aussi, je comptais me suicider en sautant par la fenêtre du dernier étage. »
L’homme resta interdit pendant quelques minutes. La vieille dame avait recommencé à lire sa lettre, l’autre ne disait rien.

Enfin, il se reprit :
« Vous rigoliez tout à l’heure, n’est-ce pas ? s’enquit-il nerveusement.
-Non.
-Mais enfin, vous ne pouvez pas faire ça ! s’écria-t-il, C’est ridicule de mettre fin à ses jours. Tenez, je suis sûr qu’il doit y avoir quelqu’un qui va vous pleurer une fois que vous serez partie !
-Oh oui, bien sûr ! Mes enfants et mes petits-enfants pour commencer. Sans compter mes amis.
-Et bien alors, vous ne pouvez pas les abandonner, eux !
-Oh vous savez, ils sont grands maintenant…
-Mais ça n’a rien à voir !
-Vous ne pourriez pas la laisser tranquille, non ? grommela l’autre femme, Si elle a envie de mourir, c’est son choix.
-Mais non, ce n’est qu’une phase, personne ne veut mourir !
-Ben si, moi. sourit la vieille dame.
-Mais pourquoi ? demanda-t-il, dépité.
-Pourquoi pas ?
-Comment ça ?
-Eh bien, considérez ça comme une nouvelle destination, une nouvelle expérience. Honnêtement, j’ai fait beaucoup de choses dans ma vie. Alors j’ai réfléchi et je me suis dis que, quitte à partir, autant le faire en testant quelque chose que je n’avais encore jamais fait.
-C’est sûr que se suicider en sautant d’un immeuble, c’est pas vraiment le train-train quotidien… sourit la femme.
-C’est votre seule justification : vous en avez marre de vivre?
-Pourquoi, il faut en fournir plusieurs ? répondit-elle avant de regarder l’heure. Par contre, ça m’embête qu’on soit bloqué, j’aurais aimé sauter avec le coucher du soleil. Là, il va être trop tard.
-Je trouve ça vachement courageux de votre part, madame. déclara l’autre femme.
-C’est tout. Vous n’avez rien d’autre à dire ? soupira l’homme.
-Pas vraiment. »

La femme se replongea dans sa lettre. L’homme se passa la main sur le visage, impuissant. Il était défait.
« Désolée de vous déranger encore monsieur mais, « je me suis suicidée », vous l’écririez avec un –e- à la fin ou pas ? Non parce que, quitte à se suicider, autant le faire sans faute d’orthographe…
-Avec un –e-. lui répondit l’homme, le visage éteint.»

Alice

Attente souterraine – VoxPlume

« Le trafic est momentanément interrompu sur la ligne 4 suite à un accident grave de voyageurs. Nous vous demandons de bien vouloir patienter ou d’emprunter un autre itinéraire. »
Les plaintes s’élèvent dans la station de métro. J’ai toujours trouvé ça assez amusant de voir les gens râler comme ça. Certes, il y a ceux qui sont venus à plusieurs et partagent leur mécontentement avec leurs accompagnateurs, mais il y a aussi en grande partie des gens seuls, qui maugréent dans leur coin. Oui, je trouve ça drôle ! Je suis un petit con, me direz-vous, se moquer ainsi des autres peut être pitoyable, mais comment ne pas rire en voyant ça ? Se plaindre, juste pour faire du bruit. C’est ce que je pense. Se plaindre seul, c’est juste pour faire du bruit. Et ça ne sert à rien.

Une fois le brouhaha calmé, une bonne partie de la foule s’est dissipée, pendant que le reste attend à la station. Soit ils ont la flemme de prendre un autre métro, soit ils n’ont rien de mieux à faire que d’attendre. Moi ? Je fais partie de ceux qui n’ont rien de mieux à faire. Je m’adonne donc à mon occupation favorite : observer. En réalité, c’est pas vraiment mon occupation favorite, c’est juste un moyen de passer le temps. Mais je pense que c’est mieux de dire ça plutôt que « un truc pour moins m’ennuyer »… Passons.
Parmi ceux qui restent, il y à ces trois hommes en costume qui discutent, peut-être de leur travail, peut-être de leurs situations familiales. Je n’entends pas ce qu’ils disent, mais ça semble amusant, au vu des sourires qu’ils arborent. J’aurais plutôt pensé que ce genre de personne aurait tendance à se dépêcher de prendre un autre chemin, mais ceux-ci paraissent assez détendus.

Près d’eux, il y a cette fille, plutôt banale qui, malgré son air assuré, laisse tout de même voir un côté assez… « incertain ». Par là, je veux dire qu’elle a un regard sûr d’elle, je ne peux pas le nier, mais les allers-retours plus ou moins réguliers de ses yeux entre le sol et la sortie montrent qu’elle ne sait toujours pas si elle ferait mieux de rester ou de partir. Maintenant que j’y pense, c’est vrai que je n’ai pas relevé combien de temps durera la suspension. Pas trop longtemps j’espère.

Un peu plus loin, il y a ces deux femmes conversant assez bruyamment, il faut dire les choses comme elles sont. Bien qu’elles parlent français, leur accent donne un petit côté exotique, ça ne me déplaît pas, moi, par contre le bébé dans la poussette d’à côté semble moins apprécier. Et les pleurs de bébés, ça par contre, c’est moins mélodique. Oh, tiens, la mère semble en avoir marre elle aussi, puisqu’elle se dirige vers les commères avec un air disons… peu assuré. La discussion semble pourtant bien se passer puisque le niveau sonore de toute la station baisse de plusieurs décibels rien qu’avec le silence de ces deux personnes (et celui du bébé accessoirement).

Inutile de préciser qu’il y a encore beaucoup de monde, sur le quai, à qui je n’ai pas vraiment prêté attention. Non pas qu’ils aient des vies inintéressantes, je ne les connais pas. Tenez, ce type avec son étui de guitare a peut-être beaucoup de choses à raconter, de même que cette enfant aux yeux gonflés et rouges de larmes, tenant un homme par le bout des doigts. Mais je ne me suis pas penché sur ces cas pour la bonne et simple raison qu’un train vient d’arriver, et la foule s’est rapidement ruée dedans, si bien que plusieurs passagers sont restés sur le quai, grognant de la même façon qu’à l’annonce de l’interruption. Personnellement, je n’ai pas bougé de ma place. Je pense simplement attendre le prochain métro et continuer mon petit divertissement encore un peu.

Nouillechan

Trésor Inestimable – VoxPlume

Mary et Ryan réussirent à atterrir sans trop de dégâts après leur longue chute, mais ils s’attendaient à trouver encore plus de pièges sur le chemin. Il serait étonnant qu’on les laisse approcher sans efforts, mais ils étaient rompus à ce genre d’exercice depuis quelques années. Ensemble, ils avaient vu bien des endroits étranges et récupéré bien des objets, mais celui qu’ils traquaient en ce moment était sans doute l’un des plus importants de tous, et il était aujourd’hui à leur portée. Bientôt, ils sauraient quelle réalité se cache derrière le trésor du capitaine Kidd ; du moins, si les renseignements obtenus étaient bons…

« J’espère que ton type t’a bien refilé les bonnes cartes, parce que, sinon, je le retrouve et je les lui fais bouffer ! Pas question que je passe à côté du trésor de Kidd !
— Mary, as-tu jamais eu une seule raison de douter de moi ou mes informateurs ? Si Joey dit que cette carte nous mènera à l’Adventure Galley, alors, c’est qu’on trouvera ce foutu navire au bout.
— Tu m’excuseras si j’en doute, répondit aussitôt Mary. Merde, ça fait genre trois siècles qu’on essaie de localiser ce foutu navire, et Kidd aurait tranquillement laissé une carte dans ses appartements à New York ? Tu m’expliques comment elle n’a pas été rendue publique plus tôt ?
— Qu’est-ce que j’ai raté dans mon cours d’Histoire sur le sujet ?
— Rien, je t’écoutais pas.
Ryan soupira à cette remarque.
— Comme d’habitude, quoi. Bref, en très gros, Kidd a été engagé comme corsaire par l’Angleterre avant de devenir un vrai pirate. Il a fini par être capturé et condamné à mort en 1701, et je vais éviter les détails. Après cela, on a perdu toute trace de son navire et la légende de son trésor a débuté. Mais il est évident que la couronne anglaise a tenu à effacer toute trace de Kidd et a donc vidé ses appartements avant de s’emparer du navire, Kidd ne l’ayant en fait jamais brûlé, et d’aller l’échouer on ne sait où. Du moins, jusqu’à aujourd’hui…
— Et évidemment, ils se sont emparés du trésor au passage…
— C’est là le plus étrange. Apparemment, ils l’auraient enfermé dans le navire, comme s’ils voulaient s’en débarrasser et le cacher au reste du monde… »

Tout en discutant, le duo n’avait pas cessé d’avancer, jusqu’à arriver à une baie où gisait un vieux navire. L’Adventure Galley semblait les attendre bien sagement, sans aucun piège. Tous deux se dirigèrent vers l’épave sans voir le moindre danger, puis y montèrent en se dirigeant droit vers la cabine du capitaine. Encore une fois, aucun piège ne semblait les attendre, et leur inquiétude grandit. Un coffret était posé sur le bureau du commandant. Mary l’ouvrit sans laisser à Ryan le temps de l’examiner ; son visage se décomposa en découvrant l’intérieur.
— Bordel, c’est ça, le trésor de Kidd ?
Mary claqua le coffret de rage au sol et sortit en trombe. Ryan s’en saisit et découvrit l’objet de sa colère : un parchemin signé du capitaine Kidd.

Si vous êtes arrivés jusqu’ici, j’en suis désolé pour vous, car il n’y a aucun trésor. J’espère que vous aurez apprécié le voyage et l’île où j’ai envoyé l’Adventure Galley. N’hésitez pas à l’explorer, elle peut encore vous réserver des surprises, tout comme ma cale…

Capitaine William Kidd, le 12 juin 1698

« Finalement, il s’est bien débarrassé du navire lui-même », pensa Ryan, qui eut un rire nerveux en pensant à ce qu’allait lui réserver Mary après un coup pareil…

Anthony