Le problème – VoxPlume

Un bruit continu. Des martèlements de touches de claviers, des soupirs. Presque indiscernables dans le silence.
Une pénombre anxiogène. Des ombres immobiles n’étant révélées que par la faible lueur bleue des écrans. De temps en temps, un faible mouvement faisant frémir les ténèbres.
Une longue silhouette. Assise sur un fauteuil d’obscurité, au fond de la pièce, régnant avec calme sur le crépuscule de l’endroit. Jouant avec une arme à feu, la faisant tournoyer dans les airs avec une expertise presque malsaine.

– Monsieur.
Une voix tremblotante. S’élevant d’un point quelconque de la pièce sombre. Appelant à l’aide avec une politesse feinte emplie de terreur. Un mouvement souple. Presque imperceptible, se mêlant avec les ombres. Les pas glissant sur le sol poli sans faire de bruit. Le maître des lieux fut là sans même apparaître.
– Nous avons un problème.
Un frisson glacé. Rampant le long de l’échine, vibrant contre la peau fragile, la faisant trembler doucement. La peur, naturelle et étouffée, se répandant vicieusement.
Un toucher laconique. Un frôlement las, contre une épaule. La silhouette obscure se pencha légèrement, son menton tranchant faiblement éclairé par la lumière vive des ordinateurs. Les lèvres maigres se tordirent dans un sourire dépité.
– Un problème…

Un murmure distant. La voix de la silhouette, qui n’était pas humaine mais qui ne pouvait être autre chose, ne s’éleva même pas. Elle glissa sur le mur insonore, transcendante, étant là, inaudible. S’enroulant autour des cous, les serrant, les étouffant, les suffoquant. Elle faisait pression, toujours plus, toujours plus.
– Oui, un problème…
Un ricanement lancinant. Le rire se balançait, flottait de haut en bas, frappait immatériellement, violemment, soudainement. Il s’enfonçait tel une lame de rasoir, droit, pénétrant doucement, piquant, ne faisant couler que quelques gouttes de sang.
Une terreur sourde. Vibrant dans l’air, s’engouffrant par les narines et la bouche. Bloquant la respiration, se plaçant dans la gorge pour la boucher.
– Effectivement…

Un tintement métallique. Peut-être un cri, que le silence pesant étouffa.
Un balancement vif. L’ombre d’un bras tendu qu’on aperçut contre le mur anthracite.
Un éclat volcanique. Puis un autre. Et un autre. Une déferlée d’explosions tranchant le mutisme avec haine.
Un bruit mat. Suivi d’une flopée d’autres.
Une flaque écarlate. Se répandant lentement, s’infiltrant entre les dalles glacées du sol. Rejoignant d’autres dans un feu d’artifice rougeoyant.

Un rire sardonique. Perçant le nouveau silence de piques que personne ne fut là pour entendre.
Une lueur mourante. Les écrans s’éteignant les uns après les autres dans un ordre aléatoire.
– Oui, cela est le mot…
Une pénombre grandissante. Les ombres se mélangeant avec les autres, seuls mouvements dans l’immensité de la pièce.
Une main gisante. Elle n’était qu’une partie de ce qui allait rester là pour toujours.
– Un problème…

Un pas invisible. Peut-être quelques autres. Il n’existait plus que le noir désormais. Les yeux qui clignaient encore ne bénéficiaient de plus aucune lumière qu’ils ne pourraient refléter.
Un sourire mélancolique.
– Nous avons un problème…
Un éclatement ultime.
/Rideaux./

Cupcake Nie


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PROTEGEZ VOUS, TUEZ DES GENS – VoxPlume

Lilas tira une nouvelle fois sur sa capuche, dans un ultime espoir de réussir à protéger son visage de la pluie. Elle était trempée. Autour d’elle, les gens marchaient vite, préférant ne pas se regarder. Elle leva les yeux vers les longues barres d’immeubles remplies de panneaux publicitaires. L’un d’entre eux était particulièrement visible : PROTEGEZ VOUS, TUEZ DES GENS.

Lilas se souvenait bien de l’époque où l’on avait pris cette mesure drastique. Au début, elle s’était indignée. Puis, cette dernière solution avait sonné comme une évidence à ses oreilles. Il était impossible de faire autrement, il en allait de la survie de la planète.
C’était un fait : il y avait trop de gens sur Terre et pas assez de ressources, tout élève qui suivait un minimum les cours de géographie s’en rendait compte. L’humanité allait donc droit à la catastrophe et personne ne voyait de moyen de l’empêcher.

Jusqu’à Daniel Riffle. Il avait démontré point par point sa solution miracle : trop de gens sur Terre, tuez-en. C’est tout simple comme idée. Comme il le dit lui-même, tout le monde y pensait plus ou moins depuis des années, mais seul lui avait eu le courage de le dire. Mais qui tuer ? Devait-on tuer des familles entières, pour ne pas laisser un membre seul ? Ou plutôt un membre de chaque famille, pour équilibrer ? Devait-on s’occuper des vieux ou des jeunes ? Ou bien encore de la population d’un pays entier peut-être ?

Daniel Riffle avait rejeté toutes ces propositions. Toute la démarche devait être aléatoire. Chacun devait pouvoir être touché par le sort. Ainsi, personne ne se sentirait visé en particulier. Il avait alors créé un système que tous les pays avaient, un à un, appliqué : chaque semaine deux personnes par villes sont choisies par un ordinateur. Ces deux personnes sont les morts de la semaine. Les bourreaux arrivent chez eux juste après avoir reçu leur nom et adresse pour les éliminer. Tout l’enjeu est que le futur mort ne se doute pas qu’il va mourir avant que les bourreaux ne sonnent à sa porte. D’après Daniel Riffle, à ce rythme là, il leur faudrait encore huit ans pour réguler totalement la population et sauver la Terre.

Lilas tourna dans un ruelle et tapa sur l’épaule de Marc, son collègue. Celui-ci fit un signe de tête :
« Sale temps, hein ?
-Ca… On a déjà le nom ?
-Pas encore, dans quelques minutes je pense. Tu es prête ? »
Elle hocha la tête et pressa son arme. Pourquoi lorsque tout avait commencé, il y a deux ans, avait-elle décidé de devenir bourreau ? Elle n’en savait rien. C’est pourtant un métier éprouvant. Très bien payé, certes, mais l’on est détesté de tous. Et puis, il y a le risque: tout le monde peut être tiré au sort. Il y avait eu un cas d’un bourreau qui était devenu fou après que la machine ait indiqué le nom de sa sœur. Lilas n’avait jamais tué dans son entourage propre. Une amie à elle avait été choisie, une fois, mais ce n’était pas elle qui s’en était occupée.

Le portable de Marc sonna, indiquant que le nom venait d’être tiré. Celui-ci le regarda et le montra à sa coéquipière qui blêmit: c’était finalement arrivé. Elle se doutait bien que cela finirait comme ça, un jour. Tout le monde peut être choisi. C’est la règle. C’est un besoin. L’unique moyen de sauver leur planète.
« Marc, demanda-t-elle en tremblant, tu peux t’en occuper s’il-te-plait ?
-Bien sûr, répondit son collègue avec un sourire d’encouragement. »
Lilas ferma les yeux et Marc tira.

Alice

Lucky Catherine – VoxPlume

Chanceuse. De nombreuses personnes me disent chanceuse. Tant bien que mal, j’essaye de m’y convaincre mais la tâche s’avère étonnamment plus ardue que prévu. Il est vrai que de nombreux avantages s’offrent à moi : un titre que de nombreuses femmes rêveraient d’avoir, le confort et une vie faite de luxe et de bonne chère. Malheureusement, la situation n’est pas aussi reluisante qu’on pourrait se l’imaginer. Il a beau être qui il est, je le trouve profondément abject. Comment peut-on ainsi rejeter ses propres filles ?! Il faudra que je trouve un moyen de les réconcilier. Ce mariage servira au moins à quelque chose de positif. En parlant de nuptialité, il est effarant de constater que je suis sa sixième épouse. Cette conjoncture est des plus inconfortables pour moi. D’autant plus que la majorité de mes prédécesseures n’ont pas eu beaucoup de…chance, justement.

1. Catherine d’A. ou sept ans de réflexion

Le temps n’a malheureusement rien fait à l’affaire. Épouser l’aîné pour le voir mourir quelques mois après ne fut que le début pour Catherine. Elle dut, ensuite, attendre sept longues années afin de pouvoir se marier avec le cadet (selon les vœux de beau-papa) pour, au final, tout perdre. Il faut dire que ce brave Henry n’a pas eu la patience d’attendre aussi longtemps pour annuler l’hyménée. Il est vrai que cette chère Catherine ne faisait pas « l’effort » de lui offrir un héritier mâle, juste une petite Mary. Cette dernière n’eut pas une enfance que l’on pourrait qualifier de vraiment heureuse et la suite des évènements n’allaient pas annoncer de bonnes relations père-fille.

2. Anne B. ou l’épée d’injustice

Être sa maîtresse a dû représenter quelque chose de profondément grisant pour cette chère Anne. Devenir officiellement sa femme a dû la combler de joie. Malheureusement, comme pour Catherine, elle n’a réussi qu’à accoucher d’une fille. Il ne trouva d’autre moyen de s’en débarrasser que de l’accuser d’adultère et d’inceste. Même si la majorité des gens savait qu’il ne s’agissait là que de calembredaines et de billevesées, on ne pouvait, en aucun cas, s’opposer à lui, à moins de vouloir subir un sort peu enviable. L’exécution fut vite prononcée, vite expédiée. Elizabeth grandira sans sa mère.

3. Jane S. ou la réussite de la parturition

Jane fut la grande vainqueur. Elle lui permit, enfin, d’avoir un héritier mâle. C’est sûrement pour cela qu’il la considéra comme l’amour de sa vie. Malheureusement, ce n’est pas ça qui lui sauva la sienne. Non pas qu’il voulait s’en débarrasser, bien au contraire, elle devait vivre. La nature ne fut point du même avis. Une fièvre emporta la pauvre Jane quelques jours après que le travail fut terminé. Un autre orphelin de mère fut à déplorer.

4. Anne de C. ou le portrait persuasif

De tragique, ce qui arriva à Anne ne l’est pas vraiment. Tragiquement stupide ou ridicule, oui, mais dramatique, ça non. Tomber amoureux d’un portrait est sûrement l’une des choses les plus profondément absurdes qu’il aura fait tout au long de sa vie. Ne pouvait-il pas s’imaginer que le peintre s’était montré…comment dire cela sans me montrer blessante…courtois. Voilà, je pense que le mot approprié est courtois. Le divorce fut aussi rapide que le mariage.

5. Catherine H. ou le retour du bourreau

Pauvre enfant. Elle savait pertinemment ce qui risquait de lui arriver. Une nouvelle fois, il y a eu traîtrise dans la demeure. Par contre, cette fois-ci, il semblerait que la tromperie fut avérée. Catherine s’en est toujours défendue. Malheureusement, cela n’a pas empêché la lame de la hache de frapper son cou si délicat. Elle avait 22 ans. C’est une vie bien courte qui s’est offerte à elle.

6. Catherine P. ou, tout simplement, moi.

Et maintenant, me voilà à attendre. Pour être franche, je ne suis, en aucun cas, rassurée. Il va falloir faire usage de toute mon intelligence afin d’être la dernière de la liste. Trop de destins peu enviables m’ont précédée pour que j’aie la moindre envie qu’il y ait une suivante. Si la chance est de mon côté, peut-être parviendrais-je à lui survivre. Toujours est-il que je dois, au moins, faire en sorte d’être la belle-mère la plus douce et aimante pour ses enfants. Ils en ont assurément besoin. Tiens, il semblerait que quelqu’un frappe à la porte. J’entends une voix. Il doit s’agir d’un serviteur :

« Lady Parr, notre bon roi Henry, huitième du nom, vous attend en salle du trône.
– Très bien ! Prévenez-le que je finis de m’apprêter et ne vais pas tarder à me présenter à lui.
– Bien Madame, je m’en vais lui annoncer votre venue de ce pas. »

Mickaël

Signal Permanent – VoxPlume

Un tambour au rythme parfaitement régulier semblait résonner dans la tête de Micha, qui n’avait aucun souvenir de comment il était arrivé où il était… Sa tête était lourde et endolorie, le bâtiment était sombre, et le battement régulier n’arrangeait pas les choses. Micha prit le temps de s’habituer à l’obscurité, puis commença à explorer les lieux.

Il était manifestement dans un bunker militaire, parfaitement nettoyé, comme si tout était neuf, mais dont aucune vie ne semblait émaner. À l’exception de ce battement régulier et du bourdonnement qui l’accompagnait, aucun bruit ne semblait être émis de cet endroit. Il n’y avait pas la moindre voix, pas le moindre bruit classique de la vie quotidienne, juste un silence mortellement assourdissant ; le type de silence qu’on ne croisait que dans les cimetières. Micha finit par trouver un levier pour allumer la lumière dans tout le bunker et une grande peur l’envahit alors. Il n’avait jamais cru aux histoires paranormales en tout genre, mais se retrouver dans un bunker visiblement vide et pourtant entretenu aurait troublé n’importe qui…

Prudemment, s’attendant à tout moment à tomber sur un zombie ou une créature bizarre digne de Lovecraft, Micha avança à travers le bunker, cherchant l’origine du mystérieux son qui lui vrillait la tête. Chaque couloir présentait sur les murs une étrange inscription totalement absconse : MDZhB UVB-76. Tous ces éléments n’aidaient pas son état à s’améliorer, il lui semblait même commencer à entrevoir des formes étranges derrière chaque porte, qui s’évaporaient dès qu’il en approchait trop. « Ce ne sont que des hallucinations, se disait-il. Rien de plus, tu te fais pour pour rien, mon grand… »
Il finit par arriver à la salle de l’émetteur. C’était là aussi le vide complet, à l’exception de l’appareil qui diffusait le son dans le microphone. Micha découvrit une note à côté de l’appareil. À en juger par l’écriture sèche, il pensa qu’il s’agissait d’un mémo miltaire.

La station UVB-76 est un élément stratégique de la plus haute importance. Le signal radio transmis ne doit en aucun cas cesser d’émettre. Ceci est votre seul objectif. Vous devrez également veiller sur l’équipe scientifique envoyée ici. Notez que l’objet de leurs recherches ne vous concerne pas. La moindre question fera l’objet d’un rapport immédiat au Kremlin. Vous serez ravitaillés en nourriture et fournitures toutes les deux semaines. La relève arrivera quand le Kremlin l’aura décidé. D’ici là, vous serez seuls et soumis au plus grand secret. Si la localisation de la station devait être compromise, vous seriez prévenus rapidement et tenus de déménager les lieux vers un nouveau bâtiment, dont les coordonnées vous seront transmises dans la même journée.

Le texte était clair et synthétique, mais ne faisait que renforcer le mystère. Au sol, Micha découvrit une autre note, sans doute beaucoup moins formelle car vraisemblablement griffonnée à la main en toute hâte. Malheureusement, la majeure partie du texte était illisible, ne laissant plus que quelques mots disponibles…
JAMAIS… vie ou de mort… esprit… machine inconnue… portail… grande mission… hallucinations…
Micha ne savait pas quoi penser de ces mots, mais il était sûr d’une chose : des voix traînantes était en train de l’accueillir chaleureusement dans son dos, et il se demandait combien de temps il allait bien pouvoir rester sans se retourner…

Anthony

Restaurant de haute gastronomie – VoxPlume

Bonjour, je vous souhaite la bienvenue dans notre établissement.
Êtes-vous venu accompagné? Très bien, dans ce cas, je vous invite à prendre place à cette table, je vais de ce pas vous apporter notre menu.

Désolé de vous avoir fait attendre. Voici pour vous de quoi, nous l’espérons, satisfaire vos papilles. Êtes-vous un habitué des lieux? Oh, c’est votre première venue! Puis-je alors me permettre de vous conseiller? En entrée, je vous recommande le pavillon en ville bourgeoise, sur son lit d’argent abondant. Pour le plat principal, je peux vous suggérer notre assortiment de vêtements de luxe, agrémenté de sa sauce aux cosmétiques onéreux. En dessert, nous sommes réputés pour nos nombreuses activités à prix exorbitants. Vous laisserez-vous tenter par la salade d’équitation?

Plaît-il? Ah, je m’excuse si ça n’est pas dans votre budget. Permettez-moi d’aller vous chercher une autre carte. En attendant, puis-je vous demander de vous installer à cette table-ci? Elle est, certes, moins jolie et moins grande, mais ce n’est pas la table qui fait le goût, je suis sûr qu’elle vous conviendra.
Pardon pour l’attente, la voilà. Je vous laisse choisir, je reviens plus tard. Comment? Ah vous avez déjà choisi? Que voulez-vous prendre? Une entrée peut-être? Cinq pièces en appartement saupoudrée d’un peu de sociabilité, je note. Et pour le plat? D’accord, donc, un gratin de réussite scolaire et sociale, sauce poivre. Pardon? Ahem, excusez-moi, je ne suis pas sûre qu’il nous en reste en cuisine, de plus, avec la montée du taux de chômage en ce moment, il vous faudra dépenser gros si vous tenez réellement à ce tartare de travail. Je note.

Pour le dessert, nous avons un fondant de basketball avec sa crème anglaise, une tarte au dessin et à la peinture à l’huile ou bien des cafés gourmands : café crème avec divers accords de guitare.
Très bien, je vous apporte ça. Voici une assiette de relations familiales en sauce pour vous faire patienter.

Comment? Qu’est-ce que la formule Cheap N’ Quick? Oh ce n’est rien d’important, n’y faites pas attention, vous méritez mieux. Ah, ne regardez pas derrière cette vitre voyons! Je m’excuse, mais les plats qui y sont servis ne correspondent pas à vos moyens, j’imagine que vous pouvez comprendre.
Sur ce, permettez-moi de vous apporter votre repas, je n’en aurai pas pour longtemps.
Voilà votre commande, je vous souhaite une bienvenue dans la réalité.

Nouillechan

Tic, tac. Tic, tac. – VoxPlume

Les mains agrippèrent plus fort autour du cou de la jeune femme. Elle suffoquait, tentait de se débattre de cette étreinte mortelle. Les larmes, cinglantes, sans pitié, rampaient le long de ses joues. Elle tenta de hurler, un ultime appel à l’aide, mais sa voix se perdit dans sa gorge écrasée.

TIC.
D’un claquement de doigt, le temps s’était arrêté. La scène, figée dans le temps, pouvait être maintenant observée sous toutes les coutures. Mais il était trop tard pour la modifier. Maxime avait un pouvoir, incroyable, qui lui était cher plus que tout au monde. Il était capable d’arrêter le temps. Bien sûr, cela ne lui permettait pas de changer quoi que ce soit, simplement d’apprécier la pause soudaine du cours de la vie. Après tout, le temps n’était qu’un concept que les humains avaient créé pour se rassurer

Il observa un peu plus le visage, tragique, de cette femme se faisant assassiner d’une manière aussi brutale que l’étranglement. Maxime connaissait des façons bien moins douloureuses de faire cesser les jours de quelqu’un. Non pas, évidemment, qu’il mettait ces connaissances en pratiques. Il n’était pas ce genre de personnes. Ses pieds glissant doucement sur le sol de marbre, le jeune homme joignit ses mains derrière son dos tandis qu’il examinait un peu plus le monde immobile autour de lui. La beauté pure, immortelle, de la vie qui prenait une pause. Il se retrouva nez-à-nez avec une dame, probablement la soixantaine mais qui essayait de le cacher, riant de bon cœur, un verre de champagne dans la main. Plus loin, un jeune homme se tenait droit sur une falaise qui surplombait la violence de l’océan, dont les immenses lames venaient s’écraser avec vacarme contre les côtes de pierre. Cela n’avait pas vraiment de sens, se dit Maxime, tandis qu’il passait nonchalamment une main entre ses mèches fines.

Il continua son parcours silencieux et invisible. Il frôla une jeune femme, figée dans son mouvement de course. La bouche entrouverte, le torse penché en avant, sa jambe droite pliée derrière elle, elle était manifestement très pressée. Ses cheveux bruns, attachés en queue de cheval, volaient derrière elle avec une souplesse presque liquide. Sous son bras, elle tenait une pochette dont les feuilles noircies d’encre s’échappaient, pour l’instant statufiées dans leur vol. Ce genre de spectacle n’épuisait jamais Maxime. Cette immobilité totale empreinte de toutes ces émotions, ces personnalités. Elles se suivaient dans un non-sens ordonné. Le jeune homme, qui appréciait ce sentiment très particulier depuis qu’il était tout petit, ne pouvait effacer le sourire satisfait de son visage. Cette fois-ci, il avait réussi l’objectif qu’il tentait d’atteindre depuis tellement de temps.

TAC.
Maxime sortit du bâtiment blanc, et la vie, fiévreuse, reprit d’un coup. Les voitures se remirent à circuler, les gens à marcher, les bouches à parler, les feuilles à frisonner. Le vacarme de l’être actif repartit avec autant de puissance que le mouvement. Le jeune homme, impassible, mais toujours souriant, s’approcha d’un plus vieil homme qui fumait un peu de tabac, appuyé contre un poteau. Ses yeux étaient dissimulés par d’épaisses lunettes noires. Maxime s’approcha de lui, un rictus sur ses lèvres.
– Monsieur ? l’interpella-t-il.
Le vieil homme se tourna vers lui.
– Je peux vous prendre en photo ?
Il hocha la tête, et remit sa cigarette entre ses lèvres. Maxime sortit son appareil et le tint devant ses yeux. Béat, il appuya sur le bouton.
TIC.

 

Cupcake Nie

Ascension – VoxPlume

L’écureuil fronça son museau et regarda la jeune humaine. Celle-ci lui sourit, fière de son succès. Elle se trouvait debout, en équilibre sur la branche la plus fine de l’arbre. Elle n’aurait jamais cru qu’elle réussirait un jour à l’atteindre. Et pourtant, elle l’avait fait. Elle était souvent tombée, elle avait mis plusieurs mois avant de parvenir seulement au milieu de l’arbre, mais elle l’avait fait. Son entrainement avait porté ses fruits.

Elle souffla un bon coup et ramena sa jambe droite contre son torse, délicatement, dans un mouvement parfait. Elle attrapa celle-ci avec sa main, et tendit son autre bras. Finalement, ce n’était pas plus difficile qu’au sol. Son Y se dessinait sur le soleil couchant. Un courant d’air souffla entre ses membres. Elle inspira lentement, sereine, épanouie dans cette soirée d’été.
Doucement, elle reposa sa jambe sur la branche, comme si elle n’était qu’un souffle. Elle regarda une dernière fois le cercle lumineux et entreprit de regagner le tronc principal. Ses jambes ne tremblaient pas. A cette hauteur, elle savait pertinemment qu’elle n’avait pas le droit à l’erreur. Au moindre faux mouvement, la chute serait fatale.

Pourtant, à cet instant, seule sur la plus fine branche de l’arbre, isolée de tous, avec pour seuls témoins le soleil et un écureuil, l’enfant ne ressentait pas le danger.
Elle posa un pied devant l’autre et continua son chemin vers le tronc. Elle ne se démontait pas. Elle avançait fièrement, pas à pas.

Enfin, elle atteignit le tronc. Elle se retourna vers la branche. D’ici, elle paraissait si fine ! Elle éclata d’un rire triomphant. Ca y est, elle avait accompli son but. Elle repensa avec hilarité à toutes ses chutes, ses échecs, aux gamins de sa classe qui lui avait dit qu’elle n’en était pas capable. Elle regarda fièrement vers le soleil, enivrée par son succès. Elle était décidemment la meilleure, la seule du quartier à pouvoir se vanter d’un tel exploit.

Au loin, le soleil se couchait. Les oiseaux chantaient dans les arbres, cachés par leurs épais feuillages. Autour d’elle, la vie nocturne du parc s’éveillait, se préparait pour la nuit. Dans sa rue, les gens devaient être en train de rentrer chez eux, de se calfeutrer dans leur salon. Mais elle, elle avait ce spectacle pour elle toute seule. Ce soir, elle dominait le parc, la ville et tout le reste. Ce soir, elle était libre. Ce sentiment l’enivra particulièrement. Elle poussa un cri victorieux. Il retentit dans tout le parc. Elle le réitéra des dizaines de fois, incapable de s’arrêter.

Elle regarda de nouveau vers sa rue. Grisée par son triomphe, elle voulait faire plus. Elle pouvait faire plus. Pourquoi s’arrêter maintenant ? Ce soir tout était possible, elle était capable de tout. Elle regarda la cime de l’arbre. Elle pouvait aller tout en haut. C’était facile, il ne restait que quelques branches. De là-haut, elle allumerait un feu pour illuminer le quartier et ils l’acclameraient tous. Même ceux qui s’étaient moqués d’elle. Exaltée par cette idée, elle entreprit l’escalade avec fougue. Elle grimpait vite, bien plus vite que d’habitude. Ce soir, elle allait repousser ses limites, et celles de tout le monde. Elle serait définitivement la meilleure. Elle continuait, la cime se rapprochait de plus en plus, elle y était presque ! Elle allait le faire ! Elle le sentait !
L’écureuil bondit sur l’arbre d’à côté au moment où la branche se brisa.

Alice

Entrevue Fantôme – VoxPlume

La vie nous réserve parfois de bien drôles de surprises. Au moment précis où je vous parle, elle s’apprête à en faire une bien belle à notre héros du jour, Maximilian Hofenschtater. Il est plus de minuit et celui-ci est, comme à son habitude, resté à son bureau afin de fignoler un article. Max est le rédacteur en chef d’un magazine littéraire qu’il a fondé voilà près de dix ans mais chut, voyons plutôt ce qu’il va lui arriver.

Alors qu’un ouvrage rempli de post-its trônait sur son bureau, Maximilian tentait, en vain, d’enregistrer des notes vocales sur son portable :

« Bon sang ! Mais comment marche cette foutue saleté ?! Alors…huuumm…ah oui ! Ça doit être ce bouton…voilà…ça semble fonctionner…okay…Mémo pour demain : Faire penser à Jane d’aller me chercher le manuscrit du dernier roman d’Howard Forster. J’espère qu’il se sera, enfin, décidé à changer la trame éléphantesque de son récit. Il faut, également, appeler Margaret Banks et la féliciter pour son dernier essai. C’est un véritable petit bijou. À ce sujet, la critique d’Edgar devra être légèrement modifiée. Il n’appuie pas assez sur l’intérêt que représente l’analyse des théories du professeur Brown sur l’humour….quoi d’autre…Ah oui ! Il faudra aussi dire à Tom qu’il arrête de porter sa nouvelle veste. Sincèrement, j’ai l’impression de m’adresser à la moquette de l’Overlook Hotel quand il la porte.
– Décidément, tu peux pas t’en empêcher. Faut toujours que tu prennes des notes alors que tu sais pertinemment que t’en as pas besoin.»

La voix venait de l’entrée de la pièce. Un jeune homme d’environ 35 ans s’y tenait en arborant un sourire malicieux. Il portait un nœud papillon rouge ainsi qu’un complet veston noir. Max se leva d’un bond de sa chaise et se jeta dans les bras de l’inconnu le serrant aussi fort qu’il put.

« Nom de dieu ! Artie ! Ça fait une paye !
– C’est vrai, mon vieux. Par contre, tu pourrais un peu desserrer ton étreinte, s’te plaît ? J’ai toujours apprécié une bonne vieille accolade mais pas besoin de te la jouer en mode Kraken…
– Ah oui…désolé…mais je suis tellement content de te revoir…bon sang, ça va faire plus d’un an que je suis sans nouvelles. Tu m’as sacrément manqué.
– Toi aussi, tu m’as beaucoup manqué.
– Alors, dis moi, qu’es-tu donc venu faire dans mon antre de la littérature ?
– Eh bien, je suis venu t’apporter un petit cadeau qui, je pense, devrait beaucoup te plaire.
– Arrête ton suspense et montre-moi ça de suite ! »

Arthur eut à peine le temps de lui tendre un manuscrit que Maximilian lui arracha des mains.

« C’est ton nouveau livre ?
– En effet et je dois t’avouer que je n’en suis pas peu fier.
– « La porte de Kqristal », ça promet !
– Eh ben, mon vieux ! La dernière fois que je t’ai vu aussi excité, c’était lors de la sortie en dvd d’un épisode inédit du deuxième Docteur. »

Cette phrase toute simple, toute bête, ce petit trait d’humour de son meilleur ami fit naître, en Max, un profond sentiment de nostalgie.

« Dis Artie, tu te souviens de Monsieur Bartolomeus, notre vieux voisin ?
– Comme si c’était hier. Je me rappelle qu’il nous disait toujours : « Les enfants, si vous voulez atteindre vos rêves, il ne faut surtout jamais lâcher votre objectif ! Battez-vous ! N’abandonnez pas ! Au final, il ne faut pas juste se contenter de rêver, il faut concrétiser ! »
– Il est vrai…tu te souviens aussi de notre promesse ?
– Oui…tu m’avais juré de devenir le plus grand journaliste littéraire de tous les temps et de fonder le meilleur magazine qui puisse exister afin que je sois fier que mes romans y soient critiqués.
– En effet ! Et toi, tu t’étais engagé à devenir le meilleur écrivain de tous les temps afin que je puisse défendre tous tes bouquins sans avoir à en rougir…on s’était aussi promis autre chose…on devait ne jamais s’abandonner l’un-l’autre et toujours se soutenir…
– C’est vrai mais Max…
– Alors, pourquoi as-tu disparu comme ça ?!
– Je ne pouvais pas faire autrement…
– Bordel ! Ne dis pas ça ! On peut toujours faire autrement ! Quand on veut, on peut ! Alors, maintenant, t’as pas intérêt à repartir !
– Je suis désolé mais il le faut bien…ne pleure pas…on se reverra…ne t’inquiète pas…et puis, n’oublie pas que tu as Tom pour veiller sur toi…
– Comment veux-tu que je ne pleure pas ? Mon meilleur ami, m’abandonne et ce, pour la deuxième fois…*souffle* c’est pas du flan, hein ? On se reverra vraiment ?
– Bien sûr. Ne t’en fais pas pour ça.
– D’accord…au fait, j’y pense, tu te souviens de cette bonne vieille Margaret ? Elle m’a envoyé un nouvel ouvrage… »

Alors qu’il s’était retourné pour récupérer l’essai sur son bureau, Max ne vit pas Arthur repartir. À sa place se tenait Tom, son assistant.

« Tom, qu’est-ce que tu fiches ici ?
– Je suis resté à mon bureau pour mettre à jour quelques trucs et corriger les coquilles dans l’article de Frank. Tu parlais à qui ?
– Tu vas pas me croire ! Depuis tout ce temps, Arthur est enfin passé me voir.
– Max, ce n’est pas possible…
– Bien sûr que si puisque je viens de lui parler…
– Non, c’est tout bonnement impossible…il est mort…tu le sais bien…ça va faire plus d’un an…
– Mort…c’est…c’est vrai…mais alors…comment ?
– C’est sûrement la fatigue. Il faut que tu te reposes plus. Je te dépose les épreuves du prochain numéro sur ton bureau et après, je te ramène chez toi. »

En rangeant lesdites épreuves, Tom remarqua un nouveau manuscrit qu’il n’avait pas vu quelques heures auparavant. Il le prit et sa réaction ne se fit pas attendre :

« Bon dieu ! Où l’as-tu obtenu ?
– De quoi ?
– Ce bouquin inédit d’Arthur, où l’as-tu trouvé ?
– Ah…ça…quelqu’un que je pensais ne plus jamais revoir me l’a remis…Arthur, vieux brigand…
– Hein ?
– Non rien…allez viens, on s’en va…Au fait, change-moi cette veste ! Le motif…sans rire…on dirait de la moquette ! »

Mickaël

Le progrès – VoxPlume

« Un peu de courage c’est pas le moment d’avoir peur ! Si ça se trouve dès que tu oseras, tu n’auras plus jamais peur. Il paraît que c’est à force de faire ce genre de chose qu’on domine nos pires craintes. » murmurai-je tout bas pour moi-même. Qu’est-ce que je ferai si rien ne se passe comme prévu ? Si tout à coup un scénario que je n’avais pas imaginé arrive ? … bon sang il ne faut pas que j’y pense. Il faut que je respire fort et profondément, je sais bien ce que je dois faire, et arrivera ce qui arrivera. J’y penserai à ce moment-là. Je ferme les yeux.

« Allez du courage, du courage ! Il faut juste appuyer sur un stupide bouton pour que tout s’enchaîne ensuite. Aucune raison pour que tout aille mal ! Tu as tout répété, millimétré, réfléchi au moindre détail, tu as absolument tout prévu, tout va bien se passer tu entends ? TOUT VA BIEN ALLER ! » martelai-je. D’une main tremblante, je saisis le petit appareil pour le contempler un instant. Il y a un bouton vert et un bouton rouge. Si tout va mal, je peux appuyer sur le bouton rouge. Oui, il faut que je me dise que je peux tout arrêter si ça venait à devenir trop éprouvant pour moi, mais je me sentirai bien honteux si je venais à abandonner en si bon chemin. Prenant soudain conscience de ce que je tiens dans la main, je rejette l’appareil au loin comme s’il venait de me brûler et vais me réfugier loin de lui.

« Je ne pourrai jamais ! C’est trop dur ! » hurle une voix dans ma tête. Je me recroqueville un petit moment pour me calmer. Il faut que je lâche prise, que je dédramatise. Je me relève, tremblant ; mon cœur bat la chamade, j’ai l’impression qu’il va exploser tandis qu’une perle de sueur roule sur ma tempe. D’un pas prudent, je m’approche à nouveau de l’appareil qui gît au sol, inerte. Il a l’air si innocent comme ça. On ne dirait pas qu’il pourrait provoquer une telle peur. Je me penche lentement pour le saisir à nouveau, prenant soin de ne pas faire de faux mouvements qui pourraient précipiter le processus si bien rôdé dans ma tête. Je le fixe un long moment d’un œil vide. Enfin, après une intense réflexion, je presse le bouton vert.

« Biiiiip  » geint-il une première fois.
L’impression de tomber dans le vide envahit mon corps entier, tout devient cotonneux, ma respiration s’accélère. Quelle horrible sensation. Je résiste pour ne pas appuyer sur le bouton rouge.
« Biiiiip  » répète-t-il tandis que mon malaise grandit. Enfin, lentement, ma main ose amorcer un trajet vers ma tête pendant que mon cœur s’arrête.
« Clinique du dentiste Müller j’écoute ? retentit une voix suraiguë.
– Bonjour Gaëtan Dupy à l’appareil, j’aimerais prendre rendez-vous jeudi prochain à dix heures. marmonnai-je à toute vitesse.
– Jeudi prochain à dix heures… d’accord pas de problème, c’est noté !
– Merci. Au revoir. »
Et je raccroche. Au bord des larmes certes, mais infiniment plus soulagé. Un nouveau petit pas en avant pour vaincre cette stupide phobie.

JellyBell

Question existentielle – VoxPlume

« Il faut savoir douter de tout », nous répétait sans cesse mon professeur de philosophie. Ça devait être un de ses passe-temps favoris, pendant nos cours, de tout remettre en question. Et il le faisait avec tout et n’importe quoi. Ce n’était pas une mauvaise chose en soi, bien au contraire, c’était très intéressant, j’aimais beaucoup. D’autant plus que ça permettait de nombreux débats en classe. Du moins, pour ceux qui ne dormaient pas. Pourtant, je ne pensais pas que cette réflexion que j’affectionnais tellement pourrait autant me tourmenter.

Vous avez déjà tous rencontré ce genre de personnes qui vient vous importuner même si vous n’avez rien demandé. Il y en a qui, par exemple, veulent vous vendre des radiateurs par téléphone en plein mois de juillet. Il y en a aussi qui viennent vous proposer leur tout nouveau décapeur thermique, alors que vous êtes juste venu acheter une bouteille d’eau. Eh bien laissez-moi vous raconter ma journée du 18 mars dernier. Enfin, pas toute ma journée ; ça serait inintéressant et inutilement long. Disons simplement que mon dernier cours venait de se terminer.

Après avoir quitté mes amis, je pris la route pour rentrer chez moi, à seulement quelques rues du lycée. Je m’apprêtais à mettre mes écouteurs quand j’entendis une interpellation venant de derrière. Je me retournai donc naïvement pour voir une petite tête blonde qui s’agitait niaisement.
« Hé monsieur ! Je peux te poser une question ?
Voulant rentrer rapidement, je ne pus m’empêcher de répondre froidement.
– Qu’est-ce que tu veux ?
Au vu de sa mine surprise par mon agressivité excessive, je repris plus calmement :
– Excuse-moi, qu’est-ce que tu voulais me demander ?
-Euh… Non rien, c’est peut-être un peu compliqué pour toi.
Il se moquait clairement de moi. Ma fierté me poussa à (après avoir bien regardé autour si personne n’avait vu la scène) lui extirper sa question.
– Tu voulais quoi ? Dépêche-toi !
– Comment on peut savoir qu’on existe ?
Sa question sortit si rapidement que je la pris de nouveau pour de la provocation. Aussi, je m’empressai de lui répondre :
– Ce n’est que ça ? Haha mais c’est très simple ! Tu le sais parce que tu … Enfin, le fait d’exister c’est … Tu sais, quand tu vois ce qui t’entoure et que tu te rends compte que…
Que tu disais n’importe quoi. Oui, j’étais totalement perdu, mais je n’osais simplement pas le reconnaître face à la question d’un enfant d’à peine 10 ans. C’est pourquoi je bafouillai une explication plus ou moins plausible (du moins je l’espérais pour un enfant de cet âge) :
– Bon, écoute, je vais faire simple. Rien ne te prouve que tu existes, tu le sais, tu le sens. Tu n’as pas besoin de trouver de justification à ton âge. Vis ta vie simplement et fais de ton mieux pour réussir ce que tu entreprends.
En voyant son regard intrigué, je pensais que j’avais fait illusion. Et j’étais plutôt fier de moi.
– En fait, t’en sais rien ? commença-t-il. Bon c’est pas grave, je savais que j’aurais dû demander à quelqu’un d’autre. A plus. »

Sur ces mots, le gamin s’en alla, me laissant là, totalement déconcerté au beau milieu de la rue et je le vis se diriger vers un homme assis (sûrement pour le déranger lui aussi). A ce moment, je n’osais pas admettre que les paroles de ce petit m’avaient atteint. Je rentrai donc chez moi, m’isolant au moyen de mes écouteurs et aussitôt arrivé, je me mis face à mon ordinateur pour regarder le dernier épisode de ma série. Les minutes défilaient, les scènes se succédaient, mais ce ne fut qu’au bout de quinze minutes que je remarquai que je n’avais pas enregistré la moindre parole et que mes pensées étaient entièrement consacrée à ma conversation antérieure.
Lorsque mon père arriva, j’étais encore plongé dans mes pensées. Loin de moi l’idée de lui demander son opinion : ses avis étaient généralement centrés autour de son travail et ses conquêtes. Le reste de la soirée se passa donc dans le calme habituel. Et une fois couché, je peinai à trouver le sommeil.

Le jour suivant, une fois arrivé au lycée, mes pas me guidèrent vers la salle de philosophie. Mon professeur me vit et avant qu’il ait le temps de prononcer la moindre syllabe, je lui lançai au visage :
« Monsieur, comment peut-on savoir qu’on existe ?
Cette phrase prononcée, je me rendis compte à quel point je devais paraître ridicule. Mais à ma plus grande surprise, il sourit, et me répondit après quelques secondes de silence :
– En tant que ton professeur de philosophie, je te rappellerais une des plus célèbres citations de Descartes, « Je pense, donc je suis ». Mais en tant qu’adulte et être humain, je te pousserais à te forger ta propre opinion sur le sujet, car c’est seulement ainsi que tu seras satisfait de la réponse que tu auras obtenue.
Modérément surpris de cette réponse, je le remerciai et m’apprêtai à quitter la salle lors que…
– Après… peut-on réellement trouver une explication à ce problème ? » Cette phrase qu’il venait de prononcer me parut sonner comme un défi. Deux personnes différentes m’avaient lancé un même défi. Il n’était donc pas question d’abandonner.

Depuis ce jour, j’ai eu le temps d’y réfléchir. Mais j’aimerais que vous y cogitiez aussi et que vous m’éclairiez si vous trouvez la réponse. Parce que moi, je pense en être encore loin.

Nouillechan