Le jour où tout a basculé REMASTER

« Cette histoire est inspirée de faits réels.
– Euh, excusez-moi ? »

Des soupirs commencèrent à s’élever dans le studio, suivis de chuchotements :

« C’est encore le stagiaire…
– Il a toujours des trucs à redire, celui-là, il ne va donc jamais s’arrêter ?
– En même temps, on ne peut rien dire, c’est le neveu du proprio de la chaîne… »

Lorsque le calme revint enfin, le producteur de l’émission, Marc, invita Emilien, 22 ans, jeune stagiaire en communication audiovisuelle, à poursuivre.

« On est vraiment obligé de commencer l’émission comme ça ? Je veux dire, c’est du déjà vu tout ça, tout le monde le fait ! Et puis, avec la faible proportion de « faits réels » qu’on a mise, je―
– Et vous avez mieux à proposer, je présume ?
– Euh… Mieux, je ne sais pas, mais on pourrait essayer d’innover. Tenez, un exemple tout con, ce Michel Breuil, c’est un peu banal comme nom, un de mes professeurs disait toujours « pour un programme qui attire, prenez des noms qui déchirent » ! Ah, et y’a le scénario aussi, il est très cliché, il faudr―
– C’est bon, on a compris ! Vous savez quoi, mon cher Emilien, on va vous laisser les rênes pour un épisode. Un épisode entier. »

Un brouhaha s’empara de nouveau de la salle, mêlant surprise et inquiétude, tandis que le jeune stagiaire commençait à esquisser un sourire.

Quelques semaines plus tard, sur une chaîne télévisée grand public :

« Cette histoire est TOTALEMENT INEDITE. Nous sommes chez Gégé, un empaqueteur de mouchoirs en papier comme il n’en existe pas deux dans la petite ville de Méru. Mais son quotidien va être bouleversé avec l’arrivée de son nouveau voisin Michou, qui ne jure que par le mouchoir en tissu. Comment ces deux personnes que tout oppose vont-elles réussir à battre les robots envahisseurs dans le plus grand tournoi de toupies du pays, et regagner le cœur de leur premier amour commun ? »

Dans une maison, quelque part, non loin du studio de production :

« L’émission est foutue… » soupira Marc, en caleçon sur son canapé, en entamant son quatrième pot de glace de la soirée.

NouilleChan


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Chroniques [Para]Normales N° 1 – Le mystère Ravencroft.

1885 : Le premier incident notable s’étant produit dans l’immeuble Ravencroft (du nom de son architecte, Edward Ravencroft) est d’une remarquable banalité. Un jeune professeur, Preston Windham, avait réussi, par on ne sait quel miracle, à louer un appartement au sixième étage du bâtiment. Peu de temps après son installation, il remarqua, un soir, le bruit régulier et passablement énervant d’une goutte d’eau tombant dans un lavabo. Plic. L’évier de la cuisine fut le premier concerné. Ploc. Puis celui de la salle de bain. Plic. Et, enfin, la baignoire. Ploc. Une fois tous les robinets consciencieusement fermés, il retourna à sa lecture. Plic. Décidément, pour une habitation aussi récente, les travaux de plomberie laissaient à désirer. Il revérifia partout dans chaque pièce. Ploc. Rien. Et pourtant, il continuait de l’entendre. Ploc. Obsédant. Plic. Cela ne pouvait plus durer. Le lendemain, il fit venir un plombier. Après plusieurs heures de recherches infructueuses et une facture particulièrement salée, l’artisan déclara qu’il avait d’autres choses à faire que de perdre son temps. Pensant qu’il se moquait ouvertement de lui, Preston entra dans une colère noire. Ploc. Une voisine ayant entendu le vacarme provenant de chez lui se dépêcha de contacter la police. Arrivées sur place, les forces de l’ordre se hâtèrent de maîtriser le forcené. Plic. Le rapport d’enquête mentionne qu’à aucun moment, le plombier n’avait entendu le moindre son à l’intérieur de l’appartement. Pas un seul. Ploc. On en vint rapidement à la conclusion que le pauvre souffrait d’une forme rare de démence. Il fut envoyé dans un centre psychiatrique afin de soigner sa pathologie. Le registre indique qu’il ne quitta jamais les lieux.

1894 : Agatha Crawford, romancière en voyage, avait été logée par un couple d’amis habitant au cinquième étage de l’immeuble Ravencroft. Durant son séjour, elle passa de nombreuses journées à mener des recherches pour son prochain recueil de nouvelles ne rentrant qu’une fois la nuit tombée. Un soir, alors qu’elle rentrait, justement, d’une de ses virées en ville, elle fut témoin d’un évènement étrange. Alors qu’elle se trouvait devant le miroir de sa coiffeuse, elle entendit un filet d’eau s’écouler au dessus de sa tête. Le bruit, d’abord ténu, devint de plus en plus perceptible. Qui pouvait bien prendre un bain à cette heure-ci ? Elle n’y prêta guère attention jusqu’à ce que le plafond se mette à suinter. Les voisins avaient dû oublier de couper le robinet et la baignoire était en train de déborder. Elle décida d’aller les prévenir. Au moment même où elle frappa à la porte, le bruit cessa immédiatement et elle n’eut aucune réponse. Lorsqu’elle en parla le lendemain matin, une expression d’incompréhension traversa le regard de ceux qui l’hébergeaient. Ils lui expliquèrent alors que personne n’avait plus habité les lieux après l’internement du précédent locataire. Pourtant, le plafond était bel et bien détrempé. Il s’agissait peut-être de vagabonds. Elle fit part de son expérience dans un court roman qui rencontra un fort succès à l’époque.

1906 : Cette année-là, c’est l’ensemble des canalisations qui sembla rencontrer des problèmes. En effet, les habitants affirmèrent les avoir entendu trembler comme si quelque chose passait à l’intérieur. Le concierge émit l’idée qu’il pouvait s’agir de bulles d’air couplées à un état vétuste des tuyaux. Un locataire lui fit remarquer qu’ils avaient été changés l’année précédente. On prit soin de les vérifier pour découvrir qu’une grande partie d’entre eux avaient été déformée de l’intérieur. La qualité des matériaux employés fut immédiatement mise en cause par le propriétaire qui reprocha à l’entreprise de l’avoir lésé. Le patron de celle-ci se défendit en expliquant qu’il avait utilisé ce qui se faisait de plus solide sur le marché. Selon lui, quelqu’un avait sûrement dû s’amuser à y introduire quelque chose ce qui expliquerait leur état. Toutefois, il était facile de constater qu’il s’agissait d’un matériel bas de gamme.

1915 : Une tragédie frappa de plein fouet la vie de l’immeuble. Jonathan Harpswell, cardiologue, fut retrouvé mort dans son appartement. Les circonstances de son décès restent, encore aujourd’hui, inconnues. Âgé de 32 ans, il était en parfaite santé et était considéré comme un sportif accompli. Le compte-rendu d’autopsie fait état de la présence d’eau dans les poumons provoquée par une insuffisance cardiaque. Le médecin-légiste chargé de le rédiger se permit un trait d’esprit resté célèbre pour avoir été relayé par de nombreux organes de presse : « C’est bien la première fois que je vois un gars mourir noyé à soixante mètres au-dessus du niveau de la mer et à plusieurs dizaines de kilomètres des côtes. »

1917-1919 : Deux ans après, la mort refit parler d’elle. Cette fois, c’est le concierge qui décéda les poumons remplis d’eau. Les choses ne firent qu’empirer par la suite. En 1918, ce furent pas moins de trois personnes qui moururent dans les mêmes circonstances. Un dernier décès en 1919 finit par convaincre les autorités municipales de la nécessité de faire condamner l’immeuble. Si toutes les disparitions précédentes ne les avaient en rien alertés, un détail étrange concernant ce dernier cas semble avoir été à l’origine de cette décision. Un article paru dans un journal local faisait état d’étranges marques de ventouses remarquées sur le cou du défunt. On parla d’une violente réaction allergique à un produit employé au début du siècle dans des travaux d’isolation. La prudence, ainsi que des rumeurs qui se voulaient de plus en plus insistantes, poussèrent la mairie à prendre des mesures radicales. L’immeuble Ravencroft fut rasé l’année suivante.

1935 : Incident à la piscine municipale. Une jeune employée a été retrouvée morte flottant dans le bassin central à l’heure d’ouverture. Ses poumons étaient, comme on pouvait s’en douter, remplis d’eau et son cou présentait d’étranges marques circulaires. Les autorités ont refusé de faire le moindre lien avec les affaires qui ont eu lieu quelques années auparavant à la même adresse.

Mickaël

Les Envahisseurs sont là !

— L’invasion a commencé ! Ils sont là, ils nous suivent, nous observent, attendent le moment idéal pour frapper ! C’est la fin de l’Humanité si on ne réagit pas tout de suite, je vous le dis !
— Hé, on se calme, tu parles de qui ou quoi, là ?
— Ils sont là, je vous dis ! Dans les villes, les villages, les réseaux sociaux !

— Tu sais que quand tu te mets à parler comme ça, tu passes juste pour un bon gros taré, non ? Enfin, bref, je vais sûrement le regretter, mais vas-y, je t’écoute. Il se passe quoi exactement ?
— Les autres mondes nous attaquent ! Ils veulent qu’ils n’en restent qu’un, et le nôtre semble déjà éliminé dans cette petite compétition !
— Les autres mondes ? Quels autres mondes ?
— Les dimensions parallèles, celles auxquels seuls les auteurs ont accès, celles qui racontent des histoires alternatives aux nôtres…
— Ah ouais, genre on a pris d’autres décisions, voire on n’a même pas existé, c’est ça ?

— C’est ça. Et donc, il en existe une où l’Humanité a atteint un stade de sagesse et de paix comme on en rêve ici. Devant les piètres résultats de la nôtre, il a été décidé de créer une union entre les mondes pour nous placer sous le contrôle de personnes plus douées pour nous faire évoluer !
— En clair, nos clones issus d’une ou plusieurs dimensions parallèles s’apprêtent à nous attaquer ?
— Mais pire ! L’invasion a commencé, je vous dis, ils sont partout ! Ils nous suivent même à la trace, ils font les mêmes gestes que nous, ils nous étudient, mais la nuit, ils disparaissent et se réunissent pour comploter !
— Mais attends, comment ils peuvent faire ça sans que personne les remarque ?

— Ils ont un système de camouflage perfectionné, personne ne les remarque, on a même fini par penser que leur présence était naturelle, alors qu’elle ne l’est pas… Ah, bon sang, nous sommes fichus !
— Mais on devrait parfois les repérer, quand même, surtout dans les zones les plus fréquentées, on devrait avoir quelques accidents.
— Non, non, non, ils vivent encore sur un tout autre plan de notre dimension. C’est malin. Ils peuvent ainsi observer et écouter sans jamais être dérangés.

— Ouais…. T’as définitivement fondu un fusible, mon gars. Allez, je me casse, moi.
— Attention derrière, il est là et attend de frapper ! Au sol, sombre comme ses desseins…
— Ah oui, d’accord, tu penses donc que nos ombres sont des agents d’un autre monde chargés de nous dresser… Je le redis : t’as pété un câble !
— Vous verrez. Vous verrez tous que j’ai raison. Un jour, ils disparaîtront totalement et ne réapparaîtront que pour frapper…

Le lendemain, tout le monde semblait avoir étrangement perdu son ombre.

Anthony

Qu’un simple concours de popularité

« Théo, t’es sûr de ton coup ?
– Mais oui, t’inquiète. J’ai une réputation à tenir, je ne vais pas m’arrêter maintenant.
– Si tu le dis… »

Jules soupira en regardant son ami s’infiltrer dans la pénombre du bâtiment. Il patienta quelques longues minutes, se demandant quand son ami allait ressortir, avant de recevoir une notification sur son téléphone :

« Théo Brenne a publié une photo dans le groupe privé Baleine Bleue: Avec mon pote George Clooney. »
Il soupira de nouveau avant de voir une silhouette quitter l’enceinte du musée de cire.

« Easy, je te l’avais dit ! lança alors ladite silhouette en brandissant fièrement la photo sur son téléphone.
– Mouais, tu devrais t’estimer heureux de pas t’être fait chopper, réplica Jules, visiblement lassé de l’attitude de son ami.
– Ça fait plusieurs fois que je devrais « m’estimer heureux », c’est un peu beaucoup pour mettre ça sur le compte de la chance, non ? C’est bon, ça te coute quoi de m’encourager de temps en temps ?
– T’es vraiment une tête de mule. Tu devrais sérieusement arrêter ces conneries, ça ne t’apportera rien de bon. Allez, viens, on rentre. »

Prêtant peu d’attention à ces propos, Théo regardait avec fierté son post devenir de plus en plus populaire. Voyant les interactions avec la communauté du groupe augmenter, il ne put retenir un rictus, ce qui décrocha un soupir de son interlocuteur qui entama la marche.
Au moment où les chemins des deux lycéens devaient se séparer, une courte sonnerie émana du portable du plus jeune. Il ne perdit pas une seconde avant d’en consulter la raison.

« Wow, il est rapide, j’ai déjà eu ma prochaine mission ! lança-t-il alors, plein d’entrain.
– Tu sais très bien ce que j’en pense, Théo… S’il te plaît, arrête-toi pendant que tu le peux encore. »
Voyant l’air désolé de Jules, Théo perdit son sourire et lâcha rapidement avant de reprendre la route :
« Ça fait déjà bien longtemps que je ne le peux plus. »

Le lendemain, au lycée :
Jules restait devant la grille du bâtiment, attendant avec appréhension son cadet. Les secondes et les minutes passaient, et, voyant l’heure du début des cours se rapprocher dangereusement, il décida de téléphoner à son ami. Vainement. Il déglutit avant de consulter anxieusement le groupe virtuel qui était la raison de ses angoisses depuis quelques mois. Lorsqu’il repéra les mots « mort » et « immolation » dans l’intitulé de la mission qui avait été attribuée la veille, il soupira d’une voix tremblante :
« Quel abruti… »

Des larmes commençaient à couler le long de ses joues quand il sentit une main lui tapoter l’épaule.
« Eh, ça va pas, vieux ? T’as vraiment mauvaise mine !
– Théo ? Mais… Et la mission ?
– Tu avais raison, je préfère arrêter tout ça, quitte à ce qu’on me regarde de haut en me traitant de lâche. A quoi ça sert, la popularité et l’adrénaline quand on est mort ? Allez, viens, on va manger jap’ !
– Euh, très belle réplique, mais t’es conscient qu’on a cours là ? plaisanta Jules en séchant ses larmes.
– Ouais, je sais bien, mais on ne sait jamais quand un nouveau challenge stupide va émerger.
– Vu sous cet angle… On y va ! »

Nouillechan

GAME OVER

Quelque part dans une petite ville bien paumée du centre de la France :

AH MAIS C’EST PAS VRAI ! Pas encore ! C’est déjà la huitième fois que je crève alors que j’en suis même pas à trente minutes de jeu ! Flûte de zut de turlutu tête de morue ! Ta grand-mère l’orang-outan des presqu’îles ! Bon, ça sert à rien de s’énerver et de jurer, je suis sûr que je peux m’en sortir sans le moindre problème. J’ai réussi à finir des jeux plus hardcore que celui-ci donc tout devrait bien se passer. Sans rire, si j’ai réussi à platiner Super Meat Boy !, Binding of Isaac, tous les Dark Souls ou encore Breath of the Wild, je dois pouvoir être capable de finir cette saleté sans avoir à péter une durite ! « GAME OVER » ET MERCREDI, VENDREDI, SAMEDI, DIMANCHE ! NEUF ! Neuvième mort ! Si ça continue comme ça, y a pas que mon personnage qui va voltiger, c’est moi qui te le dis. Mais bon sang, les contrôles sont dégueulasses et puis, c’est quoi ce lag absolument immonde ?! Sans oublier que je pige rien à rien de ce que je dois faire ! Le pattern ! Depuis quand il est comme ça le pattern de ce mob ?! « GAME OVER » MERDUM ! Dix fois ! Dix fois que je meure sur des trucs complètement débiles parce que la difficulté de ce jeu est aux fraises et qu’il a été codé avec le postérieur d’un babouin constipé qui souffre d’hémorroïdes mais là, j’en peux plus ! RAS-LE-BOL ! Maintenant, ça va ch…

Quelque part dans le commissariat d’une petite ville bien paumée du centre de la France :

« Donc c’est à ce moment-là que vous avez saisi votre console de jeux, que vous l’avez envoyée valdinguer par la fenêtre de votre appartement et que vous avez manqué de tuer votre voisine du dessous qui revenait des courses écrasant, au passage, son pauvre chihuahua qui n’avait rien demandé ?
– C’est bien ça, monsieur l’agent.
– Cela fait longtemps que vous présentez de telles tendances à la violence, monsieur ?
– En fait, ça a débuté quand j’ai eu, pour la toute première fois, une manette entre les mains et…
– Vous avez alors commencé à vous enfermer chez vous, à ne plus parler aux gens, à devenir de plus en plus agressif. Monsieur, savez-vous que, chaque année, l’addiction aux… »

Quelque part dans la salle de projection d’une agence de publicité parisienne :

« STOOOOOOOOOOOOP ! hurla Max Hubert, le patron de la boîte. Arrêtez tout ! Stoppez-moi ça sur le champ ! J’en ai assez vu !»

Il se retourna vers le duo en charge du projet qu’on lui présentait et reprit :

« Bon les deux guignols, est-ce que l’un d’entre vous deux pourrait m’expliquer ce que vous n’avez pas compris dans le principe de faire une campagne de pub pour promouvoir le jeu-vidéo ?
– Eh bien, il semblerait bien que nous ayons commis une légère erreur d’interprétation, lança maladroitement Jonathan, un des deux employés qui lui faisaient face.
– Vous m’en direz tant ! Et qu’est-ce que vous n’avez pas compris dans ma requête alors que je l’avais formulée le plus simplement du monde ?!
– Pour tout vous avouer, on avait pas vraiment réussi à entendre ou même comprendre ce que vous nous aviez demandé à ce moment-là. Faut dire que vous appeliez d’on ne sait où et qu’on a pigé que la moitié des mots que vous avez dit. Néanmoins, on a réussi à choper au vol « campagne « , « jeu vidéo » et « politique », ce qui fait qu’on a pensé qu’il était tout à fait probable que vous vouliez qu’on fasse une sorte de campagne de prévention contre le support vidéoludique, tenta d’expliquer Sebastian, le collègue de Jonathan.
– Mais vous êtes complètement cons ma parole ! On bosse avec des studios et des développeurs pour les aider dans leurs choix marketing, à quel moment vous vous êtes dit que j’avais envie de me coller une balle dans le pied en faisant un truc pareil ?!
– Il est vrai que notre réflexion ainsi que la démarche intellectuelle qui en a découlé ont cruellement manqué de logique, remarqua Jonathan. Par contre, pourquoi le « politique » ?
– Parce que je voulais faire en sorte de contrer cette politique à la con qu’ont les médias de vouloir à tout prix diaboliser le dixième art !
– Ah… Ben, on a bien foiré… soupira Sebastian.
– Bon, je vais pas y aller par quatre chemins. Vous allez me rattraper ce merdier. Je veux le projet finalisé pour la semaine prochaine et vous avez pas intérêt à vous louper.
– Mais comment ? demanda Jonathan.
– Vous.vous.démerdez ! s’exclama Max avant de quitter la pièce, furieux. »

Jonathan et Sebastian se retrouvaient seuls et désemparés lorsque le premier demanda au second :

« J’ai pas rêvé, il nous laisse tout juste une semaine pour concevoir, mettre en chantier et réaliser une campagne de promotion complète autour du jeu-vidéo alors que celle qu’on vient de lui livrer a mis des mois à se faire, c’est bien ça ?
– C’est ça. Je crois bien qu’on est parti pour crécher ici pour les jours à venir.
– Tu penses qu’il va se passer quoi si on se loupe ?
– Hum… Game Over ?
– Et merde… »

Mickaël 

Des problèmes d’avoir un jumeau bénéfique

« Vous savez, on parle souvent du concept de jumeau maléfique : ce mec qui vous ressemble vachement et qui passe son temps à faire chier le monde et à commettre des infractions en tout genre, ce qui vous vaut des séjours au commissariat plus ou moins long parce que, évidemment, on vous accuse à sa place. Eh bien laissez-moi vous dire que c’est très gentillet tout ça, comparé à ce qu’un jumeau maléfique peut subir à cause de son propre jumeau.

Pour commencer, monsieur s’est mis en tête d’aider les gens. Si c’était pour pouvoir avoir quelque chose en échange je ne dirais rien, mais non ! Cet hurluberlu a décidé de faire ça par gentillesse, par amour d’autrui ! Non mais je me demande bien où il va chercher toutes ces idées stupides qui puent la licorne arc-en-ciel à la lavande ! Et encore, s’il ne faisait que ça ! Mais il est doué en plus le petit con ! Il réussit à aider absolument tout le monde, et sans jamais rien accepter de qui que ce soit !

Ensuite, il faut savoir qu’il aime les animaux. Vous allez me dire, « mais il a raison, c’est tout mignon les nanimaux choupinoux ! » Alors déjà, non. Un animal, c’est un truc incontrôlable qui laisse des traces partout et qui t’empêche de dormir. C’est une de mes armes de prédilections pour faire chier les gens, et je peux vous assurer qu’une personne qui entend un chat miauler toutes les minutes pendant plus de sept jours devient folle. Après c’est peut-être parce que ladite personne était ligotée dans une cave, mais je ne vais pas m’étendre là-dessus.

Et quand bien même on décide que les animaux sont mignons, allez le dire au propriétaire du zoo du coin dont les cages se sont soudainement vidées parce que Môssieur a décidé qu’ils étaient malheureux enfermés. Qu’on se le dise, c’est l’intention que je trouve abjecte, pas le résultat, je suis même jaloux de ne pas avoir eu l’idée avant lui. Et puis, je me fiche assez de ce pauvre propriétaire éploré. Non, ce qui me dérange, moi, c’est d’avoir une quinzaine de singes, deux demi-douzaines de pingouins, un vivarium rempli de serpents et d’insectes en tout genre, quatre girafes, trois grands fauves et cinq éléphants dans mon appart depuis deux semaines ! Ce serait drôle si je pouvais conduire mon jumeau chez les flics encore une fois, mais même pas ! Figurez-vous que Môssieur s’est fait acclamer par tous les activistes de la cause animale et qu’il a levé des fonds pour les rapatrier dès que possible dans leur habitat d’origine, avec les félicitations du président de la République à la clé ! Quand je vous dis que je suis à bout !

Et encore, je ne vous parle pas de sa gentillesse exécrable, de ses multiples talents et de sa capacité phénoménale à se faire des amis. C’est bien simple, une fois, un mec a laissé tomber ses clés, il les lui a rendues et aujourd’hui le type squatte pour la troisième fois de la semaine le canapé en kirugumi girafe, parce que, je cite « il ne faut pas troubler l’équilibre des bêtes ». Pas un pour rattraper l’autre, franchement ! Cela dit, ne vous inquiétez pas trop, j’ai décidé de répliquer en enfilant ma tenue de chasseur colonial. Et je peux vous assurer que ce sera pas des balles à blanc… »

David finit la lecture du dernier article du blog de son frère jumeau juste avant que l’ordi ne s’éteigne définitivement, les fils bouffés par une des lionnes qui s’était énervée dessus une bonne partie de la journée. Derrière lui, Balthazar, en kirugumi girafe, un bol de céréales à la main et un petit macaque sur l’épaule gauche, regarda tristement l’ordinateur :

« Il fout quoi ton frère ?

-Oh, il doit être en train de rager dans sa chambre…
-N’empêche, tu penses la tenir longtemps ta blague ?
-Encore un peu, c’est assez drôle de faire des crasses finalement, après tout ce qu’il m’a fait subir. Et puis j’aime bien le voir se lever le matin en espérant que les animaux soient partis, rigola-t-il, Moi je m’en fous je dors chez toi.
-C’est qu’il s’améliore notre petit ange gardien ! Et t’as pensé à mon idée ?
-Non, pour la dernière fois Balthazar, on ne va pas mettre le boa constrictor dans son lit ce soir !
-T’es pas drôle…
-Par contre j’ai pas dit que je n’avais pas planqué l’alligator dans la cuvette des chiottes…
-T’es maléfique Victor. Sourit Balthazar. »

 

Alice

Quand Dracula rencontre les Super Nanas

« ARCHIBALD PERCEVAL VON BLOOD ! Ayez l’obligeance de ramener vos fesses dans votre chambre ! TOUT DE SUITE ! »

Vous tous le savez pertinemment, lorsque votre père ou votre mère vous appelle par votre prénom complet, c’est rarement pour vous féliciter d’avoir ramené un bulletin de notes impeccable ou parce que vous avez parfaitement réussi à accomplir toutes les tâches plus ou moins ingrates qu’il ou elle avait bien pu imaginer vous confier pour remplir votre week-end. Ainsi, au moment même où PetitVampyrDu666 entendit son paternel hurler à travers le château, il savait que le résultat de sa dernière petite expérience venait d’être découvert. Ça allait chauffer sévère. Il se dépêcha donc de lui obéir. Alors qu’il s’apprêtait à rentrer dans la pièce, il se rendit vite compte que ses craintes étaient fondées

« Qu’est-ce que c’est que cette chose ? demanda le Comte Von Blood en désignant un petit être assis sur le lit de son fils. Celui-ci portait une couche, avait la peau d’un bleu pastel, était blond et avait une corne en plein milieu du front.
– Eh bien, père, vous n’allez pas me croire mais c’est… Comment dire… Une très longue histoire.
– Habituellement, je vous aurais bien dit que j’ai tout mon temps mais ce n’est pas le cas présentement donc vous me faites la version courte sans simagrées sinon je peux vous assurer que ça va mal se mettre et ce, très rapidement.
– D’accord. Par où commencer ? Ah oui ! Je sais ! Vous vous souvenez quand vous m’avez dit qu’il serait bon que j’arrête de m’abrutir devant les jeux-vidéo, la TV ou mon ordinateur et qu’il serait de bon ton que je fasse quelque chose de plus productif de mes journées ?
– Bien évidemment. Où voulez-vous en venir ?
– Au simple fait que j’ai décidé de suivre ce conseil. Cherchant un moyen plus productif de m’occuper l’esprit, je me suis mis à fouiner dans la bibliothèque jusqu’à ce que je tombe sur un merveilleux ouvrage « Comment j’y suis parvenu » par le Docteur Victor Frankenstein. J’ai dévoré ce livre et me suis dit que ce serait une bonne idée de, moi aussi, tenter le coup. Malheureusement, manipuler des cadavres, c’est pas trop mon trip. J’ai donc décidé de m’y prendre autrement. J’imagine que le nom de Professeur Utonium ne vous dit rien.
– Ça me rappelle vaguement quelque chose. N’est-ce pas un personnage de dessin animé ?
– Tout juste. J’ai repris sa formule de création de la vie : du sucre, des épices et des tas de bonnes choses, tout en la combinant aux méthodes de Frankenstein. Malheureusement, n’ayant pas d’agent chimique X sous la main, ça restait une sorte de bouillasse immangeable et rien d’autre. J’ai donc dû improviser et l’ai remplacé par autre chose.
– Je vois. Et sur quel ingrédient de substitution votre choix s’est-il porté ?
– Vous n’allez pas du tout aimer mais il s’agit de… de… de sang que je suis allé chercher dans la réserve de grand-père !
– TU AS FAIT QUOI ?! »

Ouh la vache ! Ça sentait pas bon du tout ! Il était très rare que son père le tutoie. En fait, il ne le faisait qu’en deux occasions : lorsqu’il était très fier de lui et lorsqu’il était méga furax. À ce moment précis, ce n’était pas de la fierté qu’Archibald pouvait voir dans le regard de son père, bien au contraire. Il le saisit par les épaules :

« Quelle fiole as-tu prise ?!
– Je sais pas moi. Elle avait une drôle de couleur.
– D’accord mais laquelle ?!
– C’était une espèce de mauve fluo bizarroïde.
– Bon sang, ne me dis pas que t’as été assez con pour faire ça ?!
– Père ! Le petit ! s’exclama Archibald en désignant la créature.
– Est-ce que tu sais, au moins, ce que tu as mis dans ta foutue mixture ?!
– Ben, je dois avouer que non…
– Il s’agissait du sang d’une créature mythique absolument unique en son genre. Un ingrédient rare et unique au monde qui valait une véritable fortune ! Ton grand-père le gardait en cas de nécessité et toi, jeune inconscient tu t’en es servi pour créer ce… ce… ce truc !
– Père, il a un nom, vous savez.
– Ah bon ?! Parce que tu lui en as trouvé un ?
– En fait, c’est maman qui…
– Parce que ta mère est dans la confidence et elle n’a pas jugé bon de m’en parler ?! Non mais je suis le dernier à être mis au courant de ce qui se passe dans cette maison. J’imagine qu’elle a donné son aval pour que tu le gardes…
– En effet.
– Cela signifie donc que je n’ai pas droit vraiment au chapitre. Bon, il s’appelle comment ce petit gars ?
– Balthazar.
– Comme ton grand-père. C’est un choix judicieux. Enfin, je crois. Par contre, pourquoi ne pas lui avoir donné son nom complet ?
– Pour tout vous dire…
– Non parce que Balthazar Roderick Vincent, il est vrai que cela fait un peu long mais… »

Avant même qu’il ait eu le temps de finir sa phrase, deux autres êtres identiques à celui qui était assis sur le lit firent leur apparition au moment où ils entendirent leurs noms respectifs. La seule chose qui les différenciaient était la couleur de leur peau : le dénommé Roderick avait le teint écarlate tandis que celui qui avait été appelé Vincent était vert.

« Vous savez, père, dans ce genre d’expérience, le résultat vient souvent par trois… »

Quelques jours plus tard dans la chambre d’Archibald :

« Et donc, c’est le seul moyen que t’as trouvé pour faire en sorte que ton père arrête de vouloir te dire quoi faire de tes journées ? demanda Vlad, le cousin de PetitVampyrDu666.
– Yep !
– Tu crois que le jeu en valait vraiment la chandelle ? Non parce que, pour le coup, il a été plutôt raide.
– Maintenant que tu le dis, c’est vrai que 300 jours de consignation dans ma chambre, c’est salé. Mais bon, au moins, je suis peinard et puis, j’ai mes nouveaux petits frangins qui peuvent aller me chercher ce que je veux dans la baraque pendant que je reste ici. D’ailleurs, ils m’ont ramené un livre : « L’art et la manière de passer inaperçu » par l’Homme Invisible. Je sens que je vais bien m’amuser. »

Mickaël 

Quand on confie une mission à un imbécile…

— Mais c’est pas vrai, mais qu’est-ce qu’il a encore foutu, ce con ? C’était pourtant pas une mission compliquée, comment il a fait pour foirer ça ?
— On l’ignore, chef. Il n’a rien voulu nous dire à part qu’il avait, je cite, « lamentablement échoué dans l’exercice de son devoir envers l’auguste personne du Grand Leader de la Fédération ».
— Quand il joue les pompeux, c’est jamais bon signe. Bon, ouvrez-moi cette porte, qu’on en finisse.
L’assistant obéit et s’en alla ensuite sans autre mot. Le chef de la Fédération eut toutefois une fort désagréable surprise en entrant là où son homme était censé l’attendre.
— Bordel, mais c’est vide… Ah non, mais si on se paie ma tronche en prime, va y avoir des morts, je vous le dis !
— Par ici, chef !

Après un sursaut de surprise, il se dirigea droit vers l’endroit d’où semblait provenir la voix.
— Loris ? C’est quoi, ce merdier ? Et t’es où ?
— Hum, alors, comment dire…
— Je t’avais demandé de supprimer toute trace de l’autre enfoiré, me dis pas que t’as raté ça ?
— Heu, en fait… J’ai à la fois échoué et réussi.
— Va falloir que tu m’expliques, là, on n’est pas en plein débat sur la physique quantique, donc, c’est techniquement impossible d’être dans ces deux états à la fois. Et montre-toi, nom de Dieu !
— Je suis juste en face de vous, chef ! Mais je suis invisible.
— Ok, t’as décidé de te foutre de ma gueule jusqu’au bout, là.
— Mais non, c’est juste que l’autre abruti que vous vouliez faire disparaître, il est aussi un peu savant fou et laisse traîner ses fioles un peu partout. Quand j’ai vu « Invisibilité », bah, j’ai testé… Sauf que lui aussi avant que j’arrive. Bref, il n’y a donc plus aucune trace physique de lui nulle part. Voilà, je crois qu’on peut dire que j’ai réussi, sur cet aspect. Non ?…

Un lourd silence se fit pendant quelques secondes.
— Tu sais pourquoi je t’ai engagé comme nettoyeur, Loris ? Parce que t’es con comme un manche – et c’est insulter les manches – mais que tu m’as assuré que tu étais le meilleur avec un flingue à la main.
— Oui, mais bon, je ne connais personne qui ait tiré sur une cible invisible…
— Bref, tu me dis donc que t’as bu un truc qu’il fallait pas, que t’es désormais invisible et que tu sais pas comment on va régler ça, et qu’en plus, il y a type qui m’en veut à mort qui est bien vivant, en liberté, et invisible qui traîne quelque part en ville. C’est ça ?
— C’est grossièrement résumé, mais… Oui.
— …J’avais tort sur un point, en fait : t’es encore plus con qu’un manche. Bon, maintenant, on fait quoi ? On enfile des lunettes thermiques en permanence pour le repérer ?
— Ah non, pas besoin. Il est là, en fait, on a plutôt bien accroché, et il voulait voir où je bossais.
— Mon horoscope avait raison : c’était définitivement une journée de merde, conclut le chef alors qu’une lumière rouge pointait sur son front.

Anthony

Policiers-voleurs

La commissaire de police Janet Sting raccrocha son téléphone, épuisée. Le reste du commissariat n’en menait d’ailleurs pas plus large. Il faut dire que depuis ce matin-là, ils avaient dû gérer 14 vols à mains armée, 17 meurtres, 3 braquages de banques et une demi-douzaine de voitures brûlées et de bagarres. Les cellules du petit commissariat de Satilo-les-bains, sympathique bourgade paisible, étaient pleines.

Janet se passa la main sur le visage, abasourdie. C’était à n’y rien comprendre. Sa ville d’habitude si tranquille faisait face au plus haut taux de criminalité jamais recensé dans la région, et en moins de trois heures !

Le policier Cécile Marchand, fier représentant de la loi du haut de ses 56 ans, entra en trombe dans le bureau de sa chef :
« Faut envoyer une brigade, c’est le quatrième braquage de banque.
– Mais comment ils font, il n’y a que deux banques à Satilo-les-bains b*rdel !
– Les hommes présents à cause du premier braquage ont dû partir pour aider à séparer une bagarre et à repêcher le corps du bijoutier hors de la rivière chef.
– Mais c’est pas dieu possible, tout le monde est devenu taré ou quoi ?!
– Il semblerait chef. Il y a aussi eu une nouvelle bagarre devant le supermarché, apparemment on en est à trois morts.
– On a combien d’hommes valides ?
– Comme d’habitude, six, et sept si on vous compte.
– Le maire en pense quoi ?
– La mairie n’est pas accessible, elle est bloquée par les stands du grand jeu d’extérieur annuel.
– Ah oui cette conner*e ! Et personne n’a pensé à l’appeler ?
– Pas vraiment…
– M’étonne pas que toute la ville devienne chtarbée avec des policiers pareils… Passez moi le téléphone. »

Janet composa le numéro du maire et attendit sa réponse. Celui-ci ne tarda pas à répondre, complètement affolé. Janet n’aimait pas le maire. Trop jeune, elle le considérait comme un gamin inexpérimenté capable des plus belles conneries. Une fois encore, celui-ci ne la déçut pas.
« Ah Janet, heureusement vous êtes là. Je crois que j’ai vraiment merdé ce coup-ci !
– Oh non, ne vous inquiétez pas trop, après tout seule la moitié de la ville a rendue l’âme pour l’instant, pas de quoi s’alarmer…
– Oh Janet vous me rassurez ! Un instant j’ai eu peur que…
– Mais évidemment que vous avez merdé triple buse ! Mais qu’est-ce que vous avez fait bon sang ?! Je sais bien que vous êtes une référence nationale en matière de connerie, mais là vous avez battu tant de records que je ne comprends même pas comment vous avez réussi votre affaire !
– C’est… c’est à cause du grand jeu d’extérieur.
– Si vous m’annoncez que vous avez rendu tout le monde chtarbé en organisant un cache-cache, je vous préviens que je vais avoir beaucoup de mal à vous prendre au sérieux.
– En fait, c’était plus un policiers-voleurs.
– Et ?
– Je me suis un peu gouré dans les papiers à distribuer aux gens et dans les règles, enfin je crois. Pour tout vous dire je n’ai jamais vraiment joué à ce jeu, et je me suis dit que les 7 policiers municipaux suffiraient à contenir tout le monde…
– Vous leur avez dit quoi à ces c*ns b*rdel de m*rde ?!
– Qu’ils étaient tous des voleurs et que celui qui ferrait le plus grand crime gagnerait le prix de la foire. »

Janet resta muette devant la connerie profonde du maire. Celui-ci finit par demander, hésitant :
« C’est quoi les vraies règles, du coup ? »

Alice

Retour vers le futur antérieur

Vous savez, je suis un mec plutôt tolérant.Toute forme d’étroitesse d’esprit a le don de me foutre une gerbe monumentale. Je vous laisse donc imaginer ce que la connerie de certains blaireaux peut avoir comme effet désastreux sur mon système stomacal, sans oublier les migraines fulgurantes que réussissent à provoquer les abrutis sectaires de tous poils que je croise de temps en temps au boulot ou même dans la rue. Malgré tout ça, je dois avouer qu’il y a quand même deux-trois trucs qui me font dresser le poil.

Alors, j’en entends déjà deux-trois en train de gueuler comme des veaux : « Mais tu viens tout juste de dire qu’être étroit d’esprit, c’est pas bien et que les gens qui étaient comme ça te gonflaient violent, tu nous aurais donc menti ?! » Premièrement : on va se calmer illico, bande de jeunes margoulins. Deuxièmement : vous allez très vite piger pourquoi je dis ça.

Et pour y parvenir, je vais devoir vous parler de mon petit frère. Ce mec, c’est une véritable crème. Il est gentil comme tout et il est loin d’être con. Y a juste un petit souci le concernant. Souvent (Trop souvent), il se tape des trips nostalgiques bien violents. Alors là, vous vous dites : « Bah, il a le droit de faire ce qu’il veut, quand même. » Je dis pas le contraire mais quand le gars refait toute la déco de sa chambre tous les six mois parce qu’il change d’époque, ça devient vite soûlant. En moins de cinq ans, on a fait tout le XXe siècle. Je crois bien que, jusqu’à présent, le pire, ça a été sa période 70’s. Non parce que le disco avec ses couleurs flashies, ses paillettes, ses coupes de cheveux et ses fringues pas possibles entre pattes d’éph’, cols pelle à tarte et pompes compensées, c’est quand même sacrément hideux. Sans déconner, j’en ai vu passer des horreurs sans noms. D’ailleurs, à un certain moment, j’ai bien cru que ma rétine allait cramer tant ce que j’avais sous les yeux piquait.

Mais même lors de la période disco, j’ai rien dit. J’ai tenu bon. La musique ringarde à fond les ballons pendant des soirées entières, je l’ai acceptée. J’ai fermé ma gueule. J’ai encaissé chaque connerie. J’en ai bouffé du Abba, du Boney M et du « Born to be Alive » à en avoir les oreilles en sang. Sans oublier, les cadeaux qui vont avec tout ce délire. Non parce que le petit ange, il veut aussi faire profiter de sa passion à tout le monde. J’ai ainsi eu droit à une jolie paire de lunettes de soleil en étoiles pour mon anniversaire ainsi qu’une intégrale de la période disco de Dalida. B*rdel de sainte m*rde ! Quel être humain sensé offre un truc pareil ?!

Mais là, la coupe est pleine ! J’en ai ras le bol de ses âneries ! Je vais régler ça maintenant ! J’ai préparé mon argumentaire pour la confrontation, ça va chier !

« Nathan ! hurlé-je à travers la maison.
– Qu’est-ce qu’il y a ?
– Ramène tes fesses ici, faut qu’on cause ! »

Le petit frangin se dépêche de sortir de sa chambre et de rappliquer dans le salon où je me trouve. Il a dû sentir que ça allait chauffer. Il a pas l’air super sûr de lui. C’est déjà ça de gagné. Je lui laisse pas le temps d’en placer une.

« C’est quoi ça ? lui dis-je en désignant sa tête.
– Ben… Tu sais, je suis passé aux années 80 donc tu me connais, je…
– Je veux rien savoir ! C’est proprement honteux !
– Tu crois pas que t’exagères un peu ?
– Moi, j’exagère ?! Je crois bien que j’ai été plutôt cool jusqu’à présent. Je t’ai passé toutes tes lubies à la con mais là, c’est le point de non-retour alors soit tu m’arranges ça, soit je m’en charge moi-même !
– Sérieux, je peux quand même… »

Je le fusille du regard. Il comprend bien vite qu’il doit juste la boucler. Je le vois partir et j’entends la tondeuse s’actionner dans la salle de bain. Alors ouais, je suis un mec plutôt tolérant mais la coupe mulet, c’est mort ! On n’est pas des sauvages, purée !

« Et t’en profiteras aussi pour changer de froc ! J’ai pas envie de te voir te trimbaler en pantalon cuir moule-burnes toute la sainte journée ! Merci ! »

Vivement qu’il passe aux 90’s… Et m*rde, j’avais oublié les baggies…

Mickaël